L'HOMME
Origines et Jeunesse de Froissart. — Froissart liaquit à Yalenciennes, comme il a soin de nous l'apprendre daD« le prologue de la deuxième rédaction de son premier livre, où perce dès lors le sentiment de son importance et de la durée de son œuvre : « Et pour che que ou temps a venir on puist savoir qui a mis ceste hystore sus, et qui en a esté acteres, je me voel nommer : on m'appelle, qui tant me voet honnerer, sir Jehan Froissart, priestre, net de le conté de Haynau et de la bonne, bêle et friche ville de Valenchienes ». Et certes il a raison de mettre ainsi sa personne au frontispice de son œuvre, car elle y est intimement liée. Loin de critiquer sa vanité d'auteur, il faut même regretter, comme on va voir, qu'elle n'ait pas été plus explicite.
Il naquit en 1337 de parents aisés. Il repoussa bien vite le conseil d'entrer c/ans la marchandisey et l'on peut croire qu'il s'initia de très bonne heure à la théorie et à la pratique du gay sçavoir^ sans prendre à la lettre le roman bouffi dont il se fait le héros précoce dans son Espinette amoureuse.
Estoie forment goulousans De veoir danses et carolles,
avoue-t-il, et voici son excuse :
En toutes ces choses véir, Mon espérit se renouvelle.
C'est un goût assez innocent qu'il ne perdit jamais, en dépit de son habit, qu'il put satisfaire toujours et aux meilleurs endroits, ce qui expliquerait, d'après lui-même, la verdeur de son esprit jusqu'à la dernière heure.
Frolssart courtisan ce aax «ouUifjfes des hauts princes».
— De 1361 à 1366, il vit en Angleterre, à la cour de sa compatriote Philippe de Hainaul, la bonne reine qui « le iist et créa » clerc et poète en titre de sa maison et la servant de « beaux traittiés et ditliés amoureux ». Après un séjour de deux ans, à Bordeaux, auprès du prince de Galles, et un voyage en Italie « en arroy de souffîsant homme », en compagnie du poète Ghaucer et à la suite du duc de Glarence qui allait épouser la fille du duc de Milan, il apprend la mort de la reine Philippe et regagne Valenciennes (1369).
Il y trouvait deux maîtres à qui faire sa cour : Tun était ce duc de Brabant, Wenceslas, qui continuait de son mieux la tradition des grands seigneurs trouvères, la préférant à celle des preux dont son père, le roi de Bohême, avait été le glorieux émule, à Grécy. Aussi Froissart fera-t-il longtemps avec lui assaut de gentillesses rimées. L'autre « haut seigneur » était Robert de Namur, beau-frère de la reine Philippe. G'est à lui que Froissart s'adressa d'abord et offrira, en 1373, le commencement des chroniques dont il avaitjadis apporté un premier jet en prose ou en vers, à la reine d'Angleterre, propre belle-sœur de son protecteur.
Sa vocation de chroniqueur et l'inllaenee de Jean le Bel.
— A en croire les confidences allégoriques du Buisson de jeunesse^ c'est « dame Philozophie » qui lui aurait inspiré, à cette date, le dessein de renoncer à « vaine glore » et de consacrer son sens et sa science à un genre durable. Joignons-y les conseils d'un de ses protecteurs. Gui de Blois, seigneur de Beaumont et bientôt de Chimay où il procurera un canonicat à Froissart, en échange de la cure des Ëstinnes dont notre chroniqueur fut pourvu vers 1373. N'oublions pas surtout l'influence des chroniques de Jean le Bel, que Froissart admira jusqu'à les copier parfois textuellement*,