‹ Supplément aux Réflexions d'un catholique à l'occasion de l'affaire Guibord [microforme]Chapitre 6 sur 11 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

[lle AssEnTION.—Les Administrateurs du Cimetière Catholique, en prohibant d'in. Aumer Guibord dans la partie principale du Cimetière, avec la permission et méme l'offre expresse de l'enterrer dans le lieu réservé aux sépultures purement civiles, ont fait un acte conforme au lois ecclésiastiques, et inattaquable au point de vue de la loi civile.

Avant d'aborder sérieusement la question, délassons-nous un instant en énumérant lesdiverses objections que les Avocats, animés d'une charitable sollicitude pour la Demanderesse, et craignant, sans doute, tant soit peu pour eux-mêmes, ont alléguées, à l'effet d'obtenir que le corps de leur ami et frere soit enterré, non pas dans un certain terrain réservé, qui n'a point l'avantage de leur plaire, mais daus la partis principale du cimetière de la Côte-des-Neiges.

lo. C'est, disaient-ils, le Cimetière des Pendus !—Or, il est constant que TOUS les criminels exécutés à Montréal depuis l'ouverture du cimetière, ayant donué des marques de repentir, ont été inhumés parmi les enfants fidèles ou repentants de l'Eglise.

{1} Voici les noms des Jurisconsultes jinsénistes ou incrédules qui furent choisis pour rédiger de concert cette charte fondamentale d'une Eglise sacrilége et ridicule :=—Camus :—Fréteau : —Goupil de Préfeln;—Treilhard ;—Lanjuinais ;—Legrand ;--Martineau ;-DunAND DE MAïLLANE, l'auteur du Dictionnaire de droit canonique, ouvrage consulté, trop souvent avec une confiance impr'udente. Voir L'Eglise Romaine en face de la Révolution. par Grétineau-doly; Tome fer, page 117.

Vo. Mais, ajoutent-ils, ce recoin est séparé du reste du Cimetière par une clôture ! — Plaisante objection !.........La plupart des terrains concédés ne sont-ils pas aussi entourés d'un grillage ou d'une palissade ? Sont-ils léshonorés pour cela ? Si l'Institut-Canadien désirait orner d'une belle clôture toute neuve ce terrain réservé, sans doute où ne lui refuserait point cette légère consolation.

30. C'est un coin de peu d'élendue, destiné à des sépultures exceptionnelles !— Dieu soit loué, de ce qu'un terrain, comparativement si petit, soit suffisant, et que 1. ces déplorables sépultures soient si rares! Ceci étant bien constaté, peut-on raisonnablement se plaindre de ce que l'étendue respective des deux parties du Cimetivre soit proportionnée au nombre des inhumations qui doivent s'y faire ?

4, Ge terrain m'est pas un lieu convenable pour une sépulture honorable, ce n'est pas un vrai Cimetiére, mais une voirie —Eh! que manque:til pour que ce compartiment réservé réunisse toutes les conditions d'une honorable sépulture civile, pourvu qu'on fasse abstraction de nos virux préjugés catholiques ?-— C'est véritablement un cimetière, séparé de tout autre usage, exclusivement destiné à recevoir les dépouilles mortelles d'êtres humains. A part les bénédictions de l'Eglise, que peut-on désirer davantage ?

0 Mais du moins ce terrain ne fait point partie du cimetière de la Côte-des- Neiges !—Assertion inexacte ; car, dès le principe tout le Cimetière, y compris ce compartiment, fut destiné officiellement et exclusivement par l'Evèque et la Fabrique à la sépulture des catholiques ; tellement que dans le coin dont il s'agit, l'on n’enterre que des Adultes qui se sont dits Catholiques jusqu'à leur mort, ou des enfants non baptisés appartenant à des familles catholiques. Et le Prêtre, té- ! moin de ces inhumations, certifie en toute vérité et conscience, qu'elles ont eu lieu dans le Cimetivre de la Côte-des-Neiges.

Go Mais, ajoute-t-on, quiconque est enterré dans ce recoin, est noté d'infamie!-- Ceci aurait pu être vrai autrefois en France, lorsque les peines canoniques, pro: noncées par l'autorité ecclésiastique, entrainaient la privation plus ou moins complète des honneurs et des droits politiques et civils. Maintenant, en Canada, l'Etat ne professant officiellement aucune religion, se trouve dans la nécessité d'ignorer si, en vertu de leur croyance et de leur discipline, les catholiques peuvent et doivent regarder telle ou telle espèce de sépulture comme honorable ou comme ignominieuse. Et après tout, n'est-il pas étrange, que ces esprits-forts, qui, pendant leur vie, affichent tant de mépris pour le vulgaire catholique, et bravent en face avec taniue courage moral nos préjugés du moyen-âge, soient assez faibles pour redouter ce qu'il nous plaira de dire ou de penser sur leur compte, quand ils ne pourront plus nous entendre ?

Venons enfin à la scule objection sérieuse que l'on ait opposée à notre proposition. 70 Le Cimetière de la Cüte-des-Noiges, dit-on, n'étant pas béni, est un terrain simplement profane ; on peut done faire des sépultures civiles dans un endroit quelconque de son enceinte. Noilà bien, ce nous semble, la difficulté énoncée dans toute sa force, Voici nos réponses.

Lo. Notre Cimetière n'a rien de commun avec les Cimetières des grandes villes de France, dans lesquels les cadavres sont enterrés côte-t-côte sans distinction de croyances religieuses. Depuis trois quarts de sivele, lescatholiques français, et méme tous ceux qui ont conservé quelques sentiments religieux parmi les proteslants et les juifs, gémissent et réclament contre cette institution impie, triste hériage de la Révolution. À Montréal, chaque culte à son cimetière distinct ; et celui de li CGôte-des-Neiges est exclusivement un Gimetière catholique.

20. Dans un cimetière quelconque, soit religieux, soit même profane, pourvu qu'il soit soumis à quelque sorte de police et d'administration, Jamais il n'a été loisible au premier venu de désigner à sa fantaisie l'endroit qu'il lui plaît pour sa sépulture ou celle de son ami, C'est aux administrateurs qu'appartient le droit exclusif de désigner la place de chaque fosse ordinaire, et de concéder les terrains privilégiés.

30. Or le Cimetière de la Côte-des-Neiges, aux termes de la loi civile, est la Propriété légalement reconnue de La Fabriqne de Montréal, sous l'administration immédiate du Curé et des Marguilliers, sous la haute direction et le contrôle de l'Evêque. Si donc les Administrateurs jugent bon de diviser le cimetière en compartiments : par exemple, en assignant un pour les Adultes, un second pour les petitsenfants baptisés, un autre pour ceux quine reçoivent que lasépulture civile, un quatrième pour les terrains à concéder, ete., sans doute, ces réglements ne seront pas du goût de tout de monde. Mais, en vérité, nous ne voyons pas de quelle manicre ils pourraient léser aucun droit acquis, et fournir un motif de se plaindre devant les tribunaux, ou de réclamer une réparation quelconque.

40. Nous avons du reste UN USAGE QUI FAIT LOI. Dès l'ouverture de ce cimetivre, les Administrateurs assignèrent un terrain spécial pour les sépultures purement civiles. Chaque année, quelques inhumations de ce genre ont eu lieu, et invariablement dans ce même terrain, sans que pendant l'espâce de 13 ans aucune réclamation se soit élevée contre cette pratique. Et, même depuis le commencement de l'affaire Guibord, l'ancienne règle à recu plusieurs fois son application.

50. Bien plus, jamais aucun terrain n'a été concédé par les Administrateurs du cimetière, sinon avec la clause expresse, que si le concessionnaire venail à encouvir la privation des honneurs de la sépulture catholique, il perdrait son privilége. Vraiment, les avocats de la Demanderesse auraient bonne grâce à prétendre que, dans les mêmes circonstances où un concessionnaire serait expulsé de son terrain et relégué dans ce triste recoin, ces messieurs de l'institut, auraient, moyennant l'humble tarif d'une fosse ordinaire, le droit de venir imposer leurs caprices aux Administrateurs et les contraindre de violer leurs réglements et leurs usages.

Go. En vain l'on alléguerait la différence qui existe entre un cimetière béniet un cimetière non béni ;—car cette différence, étant fondée uniquement sur certains rits et prières liturgiques qu'il a plu à la Sainte Eglise de déterminer et de prescrire, ne peut être appréciée, sans que l'on sache préalablement :—quels sont les privilèges accordés par la volonté des Souverains Pontifes aux cimetières bénis;—<si l'Evèque peut ou ne peut pas les communiquer en tout ou en partie à un cimetière non-béni : —quels sont les rits essentiels et les cérémonies accessoires de la bénédiction,— si ces rits essentiels ont été accomplis de point en point, ete. ete.—Or de pareilles questions référées à nos Magistrats seraient accueillies par eux comme une plaisanterie déplacée.

Conséquemment, tout ce que le Pouvoir Givil, en Canada, doit et peut connaitre concernant notre cimeticre, c'est que :—10. telle étendue de terrain à été expressément affectée par la Fabrique, avec l'agrément de l'Evêque, à la sépulture des Catholiques ;—2?0o. que tous et chacun des Catholiques décédés dans la localité sont décemment inhumés dans l'enceinte du susdit terrain, en présence de témoins dignes de foi.

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