‹ Supplément aux titres et travaux scientifiquesChapitre 8 sur 14 · Contribution à Vétude histologique des tumeurs · texte numérisé non relu

Contribution à Vétude histologique des tumeurs

(Bulletin de laryngologie, <•’ Juillet 1908.)

Il est rare que le chirurgien spécialiste procède avec soin h l’examen histologique d’une tumeur qu’il a extirpée du sinus maxillaire ou des fosses nasales ; plus rarement, encore, il prend soin de relater la description détaillée des lésions qu’il a constatées dans un mémoire original, ce dernier fût-il très succinct. Nous considérons cette lacune, comme doublement regrettable ; des observations intéressantes restent ainsi perdues pour la littérature médicale. D autre part, ce travail permettrait, dans un temps relativement court, de constituer un dossier riche en documents, que consulterait avec fruit celui qui voudrait entreprendre une étude d’ensemble sur l’histologie des tumeurs malignes de ces cavités.

C est une minime contribution û cette œuvre de l’avenir que nous désironsapporter ici, endonnantladescription des lésions révélées

par le microscope, à l’examen d’une tumeur épithéliale primitive de l’antre d’Highmore, propagée secondairement à la fosse nasale, au sinus frontal et au labyrinthe etbmoïdal du côté correspondant.

Le néoplasme s’était développé chez un homme de cinquante et un ans, et avait, dès le début, affecté une évolution rapide. Quand le patient se présenta à l’examen, la tumeur se caractérisait par le syndrome suivant : obstruction nasale gauche absolue, avec, secondairement, épiphora et surdité, soulèvement en masse de la région malaire, avec vascularisation anormale de la peau et sensibilité à la pression, un peu d’exophtalmie.

La résection du maxillaire supérieur fut acceptée. Les constatations, faites au cours de cette opération, permirent de se rendre compte de l’extension insoupçonnée de la tumeur, et, par suite, de la gravité extrême du pronostic. Le plancher de l'orbite était détruit dans sa moitié interne, et surtout, le sinus frontal, le labyrinthe ethmoïdal apparurent, comblés par des bourgeonnements cancéreux ; bien plus, il fut aisé, à l’occasion du curettage des cavités fronto-ethmoïdales, d’arriver à cette conviction, que la lame criblée était perforée, et que le néoplasme végétait en pleine

Le malade succomba, quinze jours après l’opération, au milieu d’accidents adynamiques.

L’aspect macroscopique des fragments de la tumeur était assez earactéristique ; la surface de section reproduisait exactement l’apparence d’un foie atteint de sclérose atrophique, c’est-à-dire, que le tissu du néoplasme se montrait tacheté de granulations, à contours nettement limités, du volume d’une tête d’épingle ou d’une lentille, de teinte grisâtre, et, de plus, aisément énucléables avec la pointe du bistouri. Ces granulations étaient plongées dans une gangue de consistance ferme, rosée, comparable aux taches de cirrhose, qui encerclent les lobules atrophiés du foie de Laënnec. Les caractères objectifs de ce néoplasme nous permettaient immédiatement de penser qu’il appartenait au type épithélial ; seules, en effet, les proliférations cellulaires, sous forme de travées et de digitations cylindriques, de l’épithélioma, impriment cette morphologie à un

tissu du cancer. La coupe d’une tumeur conjonctive donne, règle générale, une surface de section lisse, nette, et nullement granuleuse, bien différente de celle que nous avions sous les yeux.

L’examen microscopique qui a été pratiqué par mon assistant le D' Rabé (1) confirma cette impression; il s’agissait d’un épithélioma du type pavimenteux lobulé.

qu’une tumeur épithéliale du type pavimenteux puisse tirer son origine d’une muqueuse à épithélium cylindrique. La muqueuse du sinus maxillaire présente en effet un épithélium du type prismatique stratifié (1), et le développement, à ses dépens, d’un épithélioma pavimenteux, risque, de prime abord, de surprendre. Une

l'Histologie de Kolliker et Errer (édition allemande).

loi d’histologie générale, normale ou pathologique, donne la solution du problème, celle des métaplasies épithéliales (1), c’est-à-dire de la transformation toujours possible, sous l’influence de certaines causes (inflammation, traumatisme répété), d’un épithélium, de forme donnée, en un épithélium d’un type différent. Les histologistes admettent, en effet, tous aujourd’hui, que la forme d’une membrane épithéliale n’est pas irrévocablement fixée, suivant son type primitif ; elle varie, au hasard de conditions mécaniques (frottement), d’irritations pathologiques, dont cet épithélium peut être le siège. Ainsi, dans le naso-pharynx, au cours de son évolution, on observe des types épithéliaux divers : le larynx et la trachée sont normalement tapissés par un épithélium, tantôt prismatique, tantôt stratifié pavimenteux. Enfin, il est de notion banale, que, dans l’urètre, l’épithélium prismatique normal peut prendre le type stratifié et même se kératiniser (urétrites chroniques sténosantes). Il est aisé, après ces quelques considérations, d’admettre que la muqueuse de l'antre d’Highmore, munie normalement d’un épithélium prismatique stratifié, puisse donner naissance à un néoplasme, du type pavimenteux lobulé.L’épithélioma s’est développé aux dépens d’un fragment de la muqueuse dont l’épithélium présentait normalement des cellules pavimenteuses stratifiées, ou bien cette même muqueuse avait subi, du fait d’une inflammation antérieure, une métaplasie épithéliale.

Page 1