DÉBRIDEMENT PRÉCOCE DES PLAIES DE GUERRE TRAITEMENT DE LA GANGRÈNE
de Chirurgie lu docteur Henri Toussaint, en rapportant les accidents phlegmoneux qu’il avait observés après la réunion intempestive avec des agrafes de Michel.
La discussion qui suivit cette communication fut un peu confuse. Je crois avoir été net et précis en exposant une pratique à laquelle je n’ai depuis rien changé. Voici comment je me suis exprimé le 14 octobre 1914 :
« Il y a deux questions qu’il ne faut pas confondre :
1° La question de l’occlusion immédiate des plaies de guerre soit avec des agrafes, soit avec des fils de suture, soit à l’aide du collodion ou d’un agglulinalif quelconque. On doit toujours, je crois (sauf pour les plaies très nettes par armes blanches), ne pas fermer la plaie et se contenter de placer sur la blessure ouverte un pansement aseptique ou mieux antiseptique.
2° La question du débridemenl de ces plaies : elle se réduit à une question d’opportunité, et est dominée par leur état aseptique ou septique. Si l’on voit le blessé peu d’heures après la blessure et que la plaie" soit largement ouverte, qu’il n’y ait pas de décollement, on peut s’abstenir immédiatement de débrider. —Et cependant l’infection par certains agents, comme les éclats d’obus, les shrapnells est tellement la règle, qu’on peut se demander si ce débridemenl précoce et préventif ne serait pas préférable à l’abstention, surtout si le blessé n’est pas soumis it une surveillance constante, s’il doit être évacué au loin, par exemple.—Quand on le voit assez longtemps après qu’a été faite la blessure et que celle-ci est même légèrement infectée, avec décollement des bords ou fusées purulentes plus ou moins étendues, il faut largement débrider et drainer. C’est pour cela (soit dit en passant) que toutes ces blessures doivent être confiées à des chirurgiens et non à des médecins peu familiarisés avec le bistouri. Beaucoup de blessés, qu’on aurait pu sauver par des débridements opportuns, succombent à des phlegmons et clapiers purulents. »
L’année suivante (19 janvier 1915) j’ai eu l’occasion de revenir deux fois sur ce sujet important. D’abord, à l’Académie de Médecine, à propos du traitement de la gangrène gazeuse où l’un de mes collègues avait préconisé à la fois les grandes incisions et l'emploi de l’air chaud.
« Ainsi que j’ai eu déjà l’occasion de l’affirmer à la Société de Chirurgie, le 14 octobre 1914, il est nécessaire, sans s’attarder à d’autres pratiques illusoires, de ne pas hésiter à ouvrir largement au bistouri, sauf de rares exceptions, toutes les plaies des parties molles par éclat d’obus qui sont toujours septiques, et même par balles, qui le sont souvent. Ce n’est pas
air chaud de Gailfe, on ne peut nier que cette cautérisation ne demande un certain apprentissage, que n’auront pas fait tous les chirurgiens appelés à soigner des blessés; dès lors, ne sera-t-on pas exposé à des accidents causés par des brûlures? Je n’hésite donc pas à l’affirmer : l’air chaud, tout en ayant des propriétés stérilisantes très recommandables, peut être fort bien remplacé, même dans les cas les plus compliqués. J’ai guéri, sans son emploi- des gangrènes gazeuses formidables ayant nécessité' des débridcments multiples de 20 à 30 centimètres, en les faisant simplement suivre de lavages à l’eau oxygénée.
D’après ce qui précède, on voit que, dans la guerre moderne, la presque totalité des blessures de guerre est infectée d’emblée. C'est donc un pansement antiseptique, et non pas seulement aseptique, qu’il conviendrait d’appliquer sur le champ de bataille. Je donne pour ma part, la préférence à la gaze iodoformée, mais on peut préconiser un autre topique. Ce n’est que [dus tard, quand la plaie est devenue aseptique, qu’on doit employer la gaze
Six mois après (7 juillet 1915), j’avais encore l’occasion d’affirmer ma pratique à la Société de Chirurgie dans une discussion sur la gangrène gazeuse.
<5 Des accidents septiques peuvent suivre des ploies en apparence assez légères, par projectiles de guerre (même de simples sétons des parties molles) quand elles n’ont pas été désinfectées énergiquement à temps. Quel est le moyen capital de désinfection des plaies septiques, celui sans lequel les pansements antiseptiques les plus attentifs demeurent inutiles? Ce moyen, comme je le disais ici même dès le mois d’octobre, comme je l’ai répété plus récemment à l’Académie de Médecine, c’est le débridement des orifices d’entrée et de la plus grande partie, sinon de la totalité, du trajet des projectiles infectants.
En effet, les projectiles, alors même qu’ils n’ont pas entraîné de débris de vêtements, sont presque toujours septiques. Certes, j'ai, comme tous mes collègues, observé des^daies par balle de fusil ayant traversé un membre, ou même la poilrine, ou s’y étant logées, qui se sont comportées aseptiquement. C’est surtout, on le sait, quand la balle était animée d’une grande vitesse, ce qui est indiqué par une petite perforation à la sortie comme à l’entrée. Mais de pareilles plaies sont loin d’être la règle absolue. J’ai observé, encore assez fréquemment, des plaies par balle à orifice de sortie large et irrégulier, parfois éclaté : c’est surtout lorsque cette balle a ricoché sur un corps dur, soit extérieur, soit intérieur, ainsi que cela arrive dans
reçus à l’hôpital militaire du Panthéon, atteint d’une fracture comminutive de la cuisse par éclat d’obus, compliquée de gangrène étendue, avait mis quarante-huit heures à venir d’Arras à Paris. »