‹ Suppuration des Fibromes au Cours de la PuérperalitéChapitre 8 sur 31 · RATE · texte numérisé non relu

RATE

formation se fait par les lymphatiques qui lapportent de la muqueuse dans la capsule du fibrome. L'absence d'infiltration embryonnaire périglandulaire jointe à l'abondance de traînées de leucocytes le long des vaisseaux, semble l’établir. Au niveau de la capsule du fibrome, l'infiltration leucocytaire est si abondante qu'il y a là une véritable nappe purulente ; en même temps les vaisseaux y sont thrombosés. Aussi le fibrome, en même temps qu'il est envahi par des cellules embryonnaires, se nécrose-t-1l par son centre jusqu’au moment où 1l tombe en déliquescence pour se confondre avec la masse putrilagineuse d’odeur infecte dans laquelle il baigne ». On pourrait encore, surtout si l’on admet avec Claisse l’origine infectieuse des fibromes, admettre que ces tumeurs portent en elles les germes de la suppuration.

On conçoit que sous l'influence de la grossesse, qui provoque une augmentation généralement considérable du muscle utérin et des thromboses vasculaires qui amènent l’anémie de tout un territoire vasculaire, ces tumeurs deviennent moins résistantes, et laissent les microbes qu'elles contiennent habituellement exalter leur virulence jusqu'à provoquer la suppuration. Ce serait même, d’après Claisse, le terme normal de leur évolution. Si comme l’admet cet auteur, ces tumeurs débutent par une infeclion subaiguë des vaisseaux utérins, qui détermine de la périvascularité proliférante des tissus avoisinants, sous l'influence de germes morbides. on peut facilement concevoir que la grossesse et surtout le travail diminuant la vitalité des tissus, la virulence des germes devienne plus grande, et que la suppuration

éclate. Mais alors, pourquoi est-il si rare que les fibromes suppurent, ne devraient-ils pas tous arriver à ce stade et surtout pourquoi, au cours de la grossesse, ne suppurentils généralement qu'après avortement ou accouchement, c'est à dire après quil se soit créé une porte ouverte pour l'infection.

N'est-1l pas plus logique de conclure que l'infection du fibrome a élé précédée d'une infeetion utérine, infection qui, parfois, a pu être assez légère pour ne pas laisser de traces dans le tissu utérin, d'autant mieux que très rarement les examens microscopiques des tissus utérins ont été faits, et que trouvant dans la tumeur un tissu de moindre résistance, ne s y soit largement étendue en se propageant très souvent du côté du péritoine.

Il semble très probable, dans la plupart des cas tout au moins, que les germes morbides sont transportés par voie lymphatique de la muqueuse utérine à la tumeur, surtout au niveau des portions de la tumeur qui avoisinent la capsule et où les vaisseaux sont le plus abondants. Mais la question de terrain ne saurait être négligée, et 1l est évident que la suppuration apparaît d’abord dans les points les moins vascularisés, ayant déjà subi des lésions de dégénérescence notamment des lésions de putréfaction.

Nous connaissons peu les agents pathogènes de ces suppurations. À la suite de l'accouchement et de l’avortement, le streptocoque est très probablement la cause la plus fréquente de la suppuration, car c’est lui qui, en général, provoque l'infection puerpérale.

Mais si le streptocoque est probablement le microbe que l’on doit rencontrer le plus fréquemment, la suppu-

ralion des fibromes, comme les autres suppurations, peut être provoquée par d’autres baailles.

Dans deux des cas cités par Gatti, où l'examen bactériologique du pus a été fait, l’auteur a rencontré le staphylocoque.

Une longue place appartient sans doute au gonocoque, cause si fréquente d’endométrite à la suite de couches, car il est évident qu’une partie de sa virulence est exaltée par le fait même de l'accouchement, qui apporte à ses cultures un milieu éminemment plus favorable que celui où il se trouvait avant le travail.

Hartmann et Mignot ont décrit un bacille spécial dans un cas de fibrome suppuré :

« À l'examen direct du pus, on trouve au mieu de leucocytes nombreux une grande abondance de bacilles courts, volumineux, souvent réunis deux à deux par leurs extrémités. Le bacille se colore bien par toutes les couleurs d’aniline, mais se décolore avec la plus grande facilité.

« En culture aérobie 1l ne pousse rien.

« En culture anaérobie il donne dans la gélatine, tout le long de la piqûre, une strie blanche, de laquelle se détachent de petites arborescences cristallines, semblables à du givre. Cette culture apparaît en 24 heures.

« Le bouillon se trouble rapidement et exhale la même odeur fétide que la tumeur.

« Ce bacille n’a pas été inoculé aux animaux. »

D'ailleurs 1l est très possible que la présence de bacilles ne soit pas constante, surtout dans les vieilles suppurations des fibromes, et qu'au moment où l'on pratique l'examen, les cultures soient stériles. Il se passerait là

un phénomène analogue à celui que l’on rencontre dans ces abcès chroniques du foie, suite de dysenterie, dans les vieilles cultures des trompes, etc... Les microbes qui primitivement ont occasionné la suppuration, ne trouvent plus à la longue, dans le milieu où ils se sont développés, les éléments nécessaires à leur existence et ont fini par disparaître ; 1l ne reste plus comme vestiges de leur présence que les dégâts qu'ils ont occasionnés.

Page 1