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qui la prit. Une commune amie et parente, alors fort âgée, M''"" Flavie de Glatigny, les mit en rapport en 1801. Elle eut la main heureuse, ce jour-là. Pendant près de ving^t ans, ils devaient s'aimer comme des frères.
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Hector de Saint-Maur était un poète aimable ^, que son temps a trop négligé peut-être, et qui, d'ailleurs, semble bien avoir dédaigné la gloire '. Né comme Barbey d'Aurevilly, en 1808, il était, comme IlégésippeMoreau, de Provins, oii Thibaut de Champagne, autre poète, avait jadis transporté les roses de Terre Sainte. 11 devait, lui aussi, aimer les vers et les fleurs. Aussi, devenu clerc de notaire, comme tout le monde, versiiia-t-il dans son étude, comme beaucoup d'autres... Tant y a qu'en 1834, le jeune Hector reposait sur la paille humide de Sainte-Pélagie, oi^i Ton rencontrait à cette époque, disent oratoiremcnt les biographes de jadis, « soit les fds de famille qui,
•1. M. Juslin IJclIanf^or lui a consacre unoôLude dans son ouvrage: Les puèles de la Voulzie (l'aris, l^cnierre. 1910).
2. Alexandre Dumas (ils écrivait, en 1870. à M"'" de Saint-Maur : « C'était un vrai poète, pour lequel la post('rilé fera ceiiainonient ce que la turbulence des temps présents, joinie à la çirandc modeslie, peul-èlre même à la grande indi/ference de l'éciivam, n'a pas eu la justice de faire. » [Lel Ire inédile.)
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entraînés par la fougue de la jeunesse vers le plaisir, avaient souscrit un peu à la légère quelques lettres de change ou des billets à ordre, que des pères ou des oncles un peu rigoureux n'avaient pas voulu solder pour leur faire expier leurs folies, soit des jeunes gens au cœur ardent qui, impatients et passionnés pour la liberté, ne trouvaient pas leur idéal parfaitement réalisé par celui du général Lafayette, qui avait présenté au peuple Louis-Pliilippe comme la meilleure des Républiques)). (Ouf!) On ignore, au demeurant, à quelle catégorie des pensionnaires Hector de SainL- Maur doit être rattaché. Toujours est-il qu'il collabora sous un anonymat décent à la Gazette de Sainte- Pélagie, que rédigeaient les captifs, — dont plusieurs sont illustres. Sa pièce avait pour titre r Hirondelle du prisonnier. Toutes nos grand'mères ont fredonné cette romance.
Hirondelle gentille.
Voltigeant à la gi'illo
Du cachot noir.
Vole, vole sans crainte :
Autour de cette enceinte,
J'aime à le voir
Tu t'envoles !... J'y songe :
C'est que tout est mensonge
VA vanilé ; H nest dans cette vie Quun bien digne tronvio :
La liberté!
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Le sentiment, le rythme, et jusqu'à cette affectation d'aisance et de simplicité, qui nous la démode, tout séduisit dans cette piécette : elle eut un succès fou, et fut « mise en musique » avec un essaim d'autres Hirondelles, ses sœurs ou ses filles, pour la fortune de tous les orgues de Barbarie européens et l'agacement des nerfs de toute une génération. C'était la gloire, si Saint-Maur eût voulu ! Mais l'obscurité lui plaisait, et tandis que Raspail, Esquiros et M. de Peyronnet, à qui la chanson était tour à tour attribuée, protestaient mollement, l'auteur véritable restait inconnu. C'est en 1854 seulement qu'Alexandre Dumas ayant, dans son journal le Mousquetaire, reproduit cette poésie, provoqua sur son origine une discussion entre érudits: tous se trompèrent, ce qui décida Hector de Saint-Maur à revendiquer sa fille : Me, me, adsum qui feci! Comme preuve de sa paternité, il envoyait au journal une autre romance, de même coupe, l' Hirondelle retrouvée :
Après vingt ans, petite, Quoi ! l'on te ressuscite,
Tu me reviens :
De ton battement d'ailo, 0 ma pauvre hirondelle,
Je me souviens
— L'hirondelle captive ]\récoutail allenlive :
Uuand je voulus
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Toucher sa robe ailée, La pauvrette empaillée Ne bougeait plus.
A dater de ce jour, Hector de Saint-Maur était classé poète. Il collabora au Mo^isqiietaire, à la Revue de Paris ^ et enfin à r Artiste^ qu'Arsène Houssaye dirigeait avec grâce.
Son œuvre est assez considérable. Il a traduit élégamment le Livre de Job, les Psaumes, le Cantique des Cantiques et les Bucoliques de Virgile \ Enfin, les poésies plus personnelles qu'il avait publiées ou écrites depuis vingt ans ont été réunies par lui, en 1876, sous ce titre : le Dernier Chant.
Il n'y faut pas clierclier des raffinements d'école, des jongleries ambitieuses. Le premier mérite d'Hector de Saint-Maur est de ne pas forcer son talent et de rester simpb;. Il est sans prétention aucune. Dans la préface de son recueil, il dit, parlant de lui-même : « Aux nuages de la métapbysique et de la psycbologie, le poète préférera les nuages de pourpre et d'or qui passent le soir sur le front pâli delà lune; il pleurera, s'il le faut, des larmes vraies quand le moment sera venu, maissa muse n'ii'apas s'énerver dans de vagues
4. « J'ai ontro les mains une autre traduction maiiuscri(e des Bucoliques^ de la ra(;on de Jules Janin, et je renonce à riuiprinioi* après vous avoir lu », lui écrivait Louis Ralisbonne, le -8 mars 876. {Lettre inédite.)
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rùvories et dans des h'islesses morbides et faetices à la poursuite d'un idéal de convention. » Aussi, — comme il l'ajoute d'ailleurs, — est-il inutile de l'interroger sur la pensée mère de son œuvre : il est le premier à l'ignorer. « Sa poésie n'est pas révolutionnaire : ni thèse, ni synthèse, il a chanté pour chanter. » Il ne lui en coûte môme rien de convenir que, « s'il n'existait dans la nature ni fleurs, ni ciel bleu, ni soleils couchants, ni oiseaux, toute poésie pour lui serait comme un vase fermé». Il ne sait pas, enfin, dans quel genre se classer, et dirait volontiers avec la sagesse classique :
Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux.
Mais la facture est habile, le sentiment pénètre, à force d'être sincî're et doux^, et, hors de toute mirvrerie, de toute convention, l'amour de la nature, de la famille, de la petite patrie provinoise, où coule l'Auxence, sœur de la Voulzie, s'exprime avec une intensité harmonieuse. Enfin, je ne sais quelle ironie, mêlée de tendresse, rapproche souvent de Musset M. de Saint-Maur -.
1, « La sinct'iilù élail avoc la bontô un do ses plus grands mérites. » {Lellre inédite d'Alexandre Dumas lils.)
2. Qui, d'aillours, l'a pasticliti parfois : ainsi, dans Une Suile à Manluchc.
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Viens, j'entends chanter l'alouette, Gravissons ce sentier boisé Que domine la silhouette D'un clocher jadis ardoisé.
C'est l'église de mon village, C'est là que je fus baptisé...
Là qu'au départ des hirondelles, J'ai vu la grand'mère et l'aïeul.
Un soir, dans un vague bruit d'ailes.
Disparaître et me laisser seul !..,
Un écho sort de son enceinte Que le vulgaire n'entend pas, Et quand sa cloche tinte, tinte...
Mon âme aussi tinte tout bas.
Ma foi qui par instant chancelle Se redresse en ce lieu bénit...
L'ironie à ma lèvre expire, Je vois là Jésus sur la croix :
Une larme éteint mon sourire.
Ici je prie, ici je crois.
Peut-être ne trouverait-on pas à chaque page du recueil cette élégance et ce sentiment. Mais Tœuvre (l'Hector de Saint-Maur respire le plus souvent, avec la bonne humeur et la grâce, la poésie véritable. « Rien, écrivait à sa veuve Théodore de Banville, rien n'altère l'élévation et la pureté de ses chants. ^ »