‹ Sur Barbey d'AurevillyChapitre 15 sur 54 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

11 aurait pu ajouter que presque rien n'en altère le sourire. Car Saint-Maur a toute la gamme des sentiments, et il la parcourt toute en un clin d'œil. Barbey d'Aurevilly Fa dit avec justesse dans une étude fort belle sur le poète, son ami : « Elégiaque, lyrique et comique ! Voilà les trois faces qui sont les trois profondeurs du talent de Saint-Maur. Ce n'est point du tout un monocorde. C'est, au contraire, le nombre des cordes qui fait la force de sa lyre. On parle toujours des sept cordes de la lyre... mais je crois que la sienne en a plus de sept... D'aucuns vous diront qu'il est éclectique en poésie, mais ne les croyez pas ! Il est vrai. » Aussi comprend-on que Victor Hugo lui ait, à plusieurs reprises, envoyé des félicitations moins banales, peut-être, que celles dont les poètes les plus inconnus et les plus médiocres ont été quotidiennement gratifiés parle seigneur de Ilauteville-House.

« Vous avez fait une ode splendide et touchante, et si j'étais l'Océan, je serais bien fier d'avoir de lelles algues dans mes flots. Mais l'algue, c'est moi, et le flot qui berce, qui caresse et qui emporte où il veut, c'est votre poésie, à la fois charmante et grande.

« Qui chantera après moi ? — Vous, Monsieur. — Qui est poète en ce temps-ci? — Vous, jeune homme... Vous avez un beau et puissant talent, plein d'àme, ce qui charmera les poètes, plein d'esprit, ce qui charmera la foule... Si j'étais Auguste, je vous ferais César ^ »

Page 1