Lettres inédites
C'est dans la dernière partie surtout du Dernier Chant ^ que Victor Hugo pouvait saluer et exalter le lyrisme véritable, la poésie personnelle et intense. Cette dernière partie débute par la pièce intitulée Marie-Anna^ que Saint-Maur consacre à sa fille, morte jeune femme et jeune mère, le 8 décembre 1866. C'est de beaucoup, dans Tœuvre entière, le poème le plus touchant et le plus humain. Pleurant sa fdle, le père n'a eu qu'à regarder saigner son cœur. Oui, dit-il,
Oui, la douleur est bonne et nous apprend à vivre. Je le veux bien, — j'aurai la résignation.
Mais un duel terrible se livre dans son âme :
Le Doute et l'Espérance à mes côtés se tiennent ; De ces deux combattants quel sera le vainqueur ? — Deux grands rivaux de haute origine, qui viennent, Le Doute de l'esprit, l'Espérance du cœur.
Oui, c'est un Dieu caché que celui qui nous frappe...
Les secrets de la mort sont terribles et sombres, Et Jésus devant elle a lui-même pâli : Sépulcre ! qui dira dans tes abîmes d'ombres Ce qui s'est accompli ?
Livre-moi tes secrets et déchire tes voiles, Guide mes pas tremblants dans l'obscur carrelour ! Nuit sombre, nuit terrible, allume tes étoiles Et montre-moi le jour !...