Lettres inédites
BARBEY d'aUREVILLY ET HECTOR DE SAINT-MAUU 141
J'ai trouvé votre lettre qui m'a donné le double regret du cœur et de son voisin, l'estomac. »
« Mon cher Saint-Maur, ne me traitez pas comme un convalescent ! pas de viande blanche, horreur des vies puissantes ! Mais de la noire et de la rouge, couleur Robiu des bois ! et digne d'un Robin Hood d'académiciens ^ comme moi. »
« Hector de mon âme, quel jour voulez-vous de moi pour dîner ? »
« Cher poète,
Je reviens des pays les plus extravagants.
« Et ma première idée est de vous écrire pour vous demander d'abord si vous avez reçu le deuxième volume des Œuvres et des hommes que j'ai fait mettre à la poste, avec votre adresse ?
«Et ensuite ipouv savoir quel jour vous voudrez moffrir la monumentale tranche de gigot, digne de mon appétit d'abbé et d'abbé qui ne fait pas de cérémonies, comme vous voyez. »
« Votre fidèle congréganiste, demain à six heures et demie, sera chez vous, le cœur plein, la coupe pleine, et y célébrera roi'tice accoutumé, à cette table, dont votre poésie fait un Autel ! »
« Glorieux prieur de Saint-Maur,
« Vous êtes, je présume, de retour dans votre Mauritanie. Je viens de terminer mes caravanes. Avez-vous terminé les vôtres ?. . . Peut-on se revoir ? Peut-on aller boire, je ne dis pas aux retours heureux (heureux est un mot que je n'écris plus), mais aux retours aimables ce vin des Roses que j'ai baptisé, et qui fait vraiment, quand on l'a bu, le miracle des Roses dans le cœur?
1. Cette lettre est du 44 octobre 1863. Or, ce jour-là, mrine, Barbey d'Aurevilly achevait dans le Nain Jaune ses Quarante Médaillons de l'Académie, qui ne sont pas des portraits Haltes. Pour de la satire, c'est de la satire.
«Donnez-moi de vos nouvelles, à tous. Comment va Mademoiselle Stizannette?... Moi, je me porte bien et suis ari-ivé d'hier soir. Je reviens avec, je crois, au cœur, toutes sortes de nostalgies. J'ai des pommes de Pigeonnct pour vous. Vous me trouverez normandisé, sentant le cidre, la fumée de sarrasin brûlé, et l'air nitrique de la mer. Un joli gaillard à reparisienner, si on peut ! »
Tout le monde les aimait, ces dîners de Saint-Maur. Dans les nombreuses lettres ou pièces de vers, toutes inédites, que Roger de Beauvoir adressait à son « cher voisin et amphitryon* », c'est une ritournelle que cette reconnaissance de l'estomac. Ah ! il les célèbre, ces (( agapes », ces « fêtes olympiques » ! « Je me suis assis comme Tyrtée à la table des dieux, écrit-il, le 29 septembre 1862, j'ai dissimulé de mon mieux ma boiterie au sein de TOlympe, mais aujourd'hui je m'apparais à mes propres yeux sous le jour le plus cruel ! Je vois tout ce qui me manque pour être digne de vos banquets si bien couronnés par les fleurs animées de votre style. » Et, dans une jolie chanson, dédiée à son hôte, il ajoute :
Quand minuit, cette heure brutale,
Fatale, Nous dit : il faut quitter Saint-Maur, Quand la citadine banale Nous enlève aux agapes d'or,
1. Barbey d'Aurevilly, renchérissant, disait : « Ciier Amphitryon de mon âme ».
Roger se dit : « Laissons la table
Aimable Où dort le nectar épuisé, Laissons Horace et sa folie,
J'oublie La coupe où ma lèvre a puisé ! »
Ce n'est pas vrai ! De vos paroles
Si folles, 0 ma coupe ! — tu te souviens !...
Comment les oublier, en effet, ces soirées homériques et pantagruéliques, où le chansonnier a cru voir « d'Aurevilly couvert d'acanthe » .
Que Vellini *, pâle bacchante,
Entraîne loin de Loyola !
On parle de tout, et l'on cause
En prose, En vers, de Fould et du clergé.
Pour traiter la question du pape.
On frappe De l'Aï ! — Le Pape est jugé !...
La dame de ce gai Ténare
S'y pare De son indulgente bonté, Elle souffre jusqu'au cigarre {sic)
Barbare, Les fumeurs font autorité !
Une autre chanson de Roger de Beauvoir est tout