‹ Sur Barbey d'AurevillyChapitre 21 sur 54 · Le lire inédile · texte numérisé non relu

Le lire inédile

2. L'homme qui n'oublie pas, c'est Barbey d'Aurevilly lui-même, qui se connaissait une mémoire prodigieuse ot infaillible.

i:')0 SUR BARBKY D AURKVILI.Y

Hector de Saint-Maur ne devait pas longtemps larder à suivre dans la tombe Fabbé d'Aurevilly. Il mourut en 1879, au retour des liirondelles. Ce fut pour son vieux commensal et son contemporain un terrible coup. Des témoins assurent qu'à la nouvelle de cette mort et devant le cadavre du poète, Barbey d'Aurevilly perdit longtemps la parole et demeura comme hébété. Il sentait sans doute que c'était pour lui la dernière grande amitié masculine. Coppée, il est vrai, et quelques écrivains de son entourage, devaient lui apporter encore, dans les dix années qui lui restaient à vivre, un arrière-parfum des amitiés parties. Il devait goûter de môme, comme une très douce joie à la lin du voyage, l'attachement si délicat, si noblement dévoué de M''"" Read. Mais l'irrésistible gaîté de Saint-Maur ne ferait plus diversion désormais aux tournois et aux joutes du nol)le bretteur, éternellement parti contre son siècle... Et tout en bataillant ses ultimes batailles, en faisant rendre gorge au naturalisme du dieu Zola, en poursuivant l'édition de son cï'uvi'e critique, commencée sous Saint-Maur, le vieux (( laird » reportait souvent vers la maison aimée des Batigiiolles sa pensée et ses regrets. « Oublier, moi ! écrivait-il à M""" de Saint-Maur. Je n'ai jamais rien oublié de ma vie, mais j'aurais oublié tout que je n'aurais oublié ni Saint-Maur ni vous\ »

Page 1