LETTRES CHOISIES
DE
BxVRBEY D'AUREVILLY A HECTOR DE SAIiNT-MAUR
Les lettres suivantes \ adressées par Barbey à son cher Hector de Saint-Maur, serviront à « illustrer » ce que nous venons de dire de leurs relations si amicales.
1. Tous ces billets et fragments sont inédits. C'est à peine si quelques lignes ou (juelqucs mots do doux ou trois d'entre eux ont déjà paru, sans mC'me que le contexto lut analysé, dans la thèse de M. Gi'elé sur Bavbey iV Aurevilly . Seule, la première des lettres qu'on va lire a été, peu de temps après la mort du maître, publiée dans le volume, aujourd'hui un peu oublié, i.\o. M. Charles Buet, Barbey iVAurccllly, impressions et souvenirs. (Kncore le texte ciu'il donne contient-il une erreur, ]»ros(iuo iiuperceptil)l(\ il est vrai.) Mais, comme c'est la première de toutes les lettres adressées par Barbey à Hector de Saint-Maur, il nous a semblé utile de la reproduire, afin que la suite de leurs relations apparût plus nettement. — Beaucoup de ces lettres ou billets mantiiient de date. Des recherches minutieuses nous ont pourtant permis, prescjuc toujours, de la lixer. au moins approximativement. — J'ajoute (jue la présente publication est laite avec l'aimable autorisation de M"« Road.
Lundi, 17 juin 61.
Monsieur,
Que devez-vous penser de moi ?... Pensez-en tout ce qu'il vous plaira, excepté que j'aie pu être insensible à la grâce de votre lettre et à la distinction de votre envoi. Le nom que vous avez invoqué, d'ailleurs, le nom de ma cliëre Flavie de Glatigny ^ faisait de vous un correspondant à part, quand vous ne l'auriez pas été par le ton charmant de votre lettre. Si donc je ne vous ai pas répondu plus tôt (et c'est une honte, je l'éprouve bien), la faute en est à une vie qui ressemble, pour la façon dont elle se précipite, à une chute par une fenêtre quand on n'est pas encore arrivé à sa destination. On est un peu pressé — comme vous le supposez — pour écrire des lettres dans cette situation agréable. Et puis, je voulais vous lire avant de vous écrire — vous dire mon sentiment sur votre traduction - avant de le dire en public, — et toujours, par suite de cette vie de
1. C'était, comme nous l'avons déjà dil (voir p. 124), et comme on le verra plus loin, une parente d'Hector {\q Saint-Maur et une amie de toute la famille Barbey, lîllle était fort âgée, contemporaine à peu près et compatriote de M™" Théophile Barbey, mère de Barbey d'Aurevilly. Elle symbolisait ou synthétisait pour celui-ci tous les souvenirs de l'enfance. Penser à elle, c'était pour lui remonter au berceau. En souvenir de ces all'ections lointaines, il fermait souvent ses lettres à Saint-Maur d'un cachet au nom de Flavie. Son ami, d'ailleurs, a célébré les vertus un peu jansénistes do cette noble vieille lille dans une belle pièce de vers (citée p. 135).
2. Il s'agit (le la traduction du Livre de Job qui venait de paraître.
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torrent que je mène, je n'ai pas ouvert votre volume. Il est là, sur ma table, qui me fusille de sa couverture et me fait mille reproches muets — les muets sont les plus éloquents ! Ah ! Monsieur, je me calme avec cette idée : vous êtes bien spirituel pour être formaliste. Mais si vous n'êtes pas plus indulgent pour moi que moi-même, vraiment je serai trop malheureux !
Et pour diminuer mon anxiété, Monsieur, ditesmoi encore un mot et que dans ce inot il y ait l'indication des heures où Ton peut, sans vous déranger, vous trouver chez vous d'ordinaire, et j'irai vous demander de vive voix mon pardon, au lieu de vous le demander par écrit. Quoi ! vous êtes le parent de ma chère Flavie, de ma moitié de mère, et je n'irais pas vous serrer la main ! Je suis en tout. Monsieur, pour la présence réelle^ dans les sentiments comme dans les sacrements.. . il faut mettre le plus de visage qu'on peut dans ses relations, surtout quand on croit que ces relations ont chance de devenir plus tard des amitiés.
Agréez donc, en attendant ma personne, l'expression de mes sentiments les plus repentants et les plus distingués.
Kn arrivant Je la campagne, samedi.
Cher poète,
Je ne suis qu'un pied à Paris, mais mon cœur est
r.)4 SUU BARBKY D AUnEVIf.LY
aux BaLi^iiolles. Je voudrais bien que le reste fût avec mon cœur, mais...
Toujours les mais terribles ! La vie éclioue toujours sur les mais !
Mais un livre à finir ^ et des arrangements de toute sorte pour l'iiiver font de moi pour l'instant un captif et un esclave. Je vous demande quelques jours avant de vous dire celui que vous me demandez et où je me permettrai d'être lieureux.
J'ai su que vos vers avaient paru, mais je ne les ai pas vus. J'ai joui seulement de penser que mon nom s'entrelaçait au vôtre, comme nos sentiments dans nos cœurs. Je continue mon affreux métier au Pays '\ à ce Pat/s qui n'est que bete. Avez-vous lu le Guizot ou faudra-t-il vous l'envoyer?
Voici toujours le Ciirê d'Ars, qui fera contraste avec cette in)pertinente légèreté que vous avez probablement lue dans le Figaro^ i^ y ^ deux jours.
Le Brummell paraîtra lundi. Ne l'acbetez pas. Je veux vous donner un exemplaire aussi dandy que la chose. Tout à vous ''.
\. C'est vraisomblablemont le second volume des Œuvres et des hommes (les llisLoricns poliliques et Liiténilves).
2. Le Pays, d'opinion bonapartiste, ('tait le journal de Granier de Ca.ssagnuc. Barbey d'Aurevilly y faisait la crili(|ue littéraire depuis 1852. La silualion conimenrait à y' devenir dillicile pour lui, et il devait provisoirement quitter ce journal en octobre 186:2.
3. Cette lettre est du mois d'octobre 1861. L'article sur « le Curé
Jeudi.
Cher Saint-Maur, Ja mauvaise chance, c'est pour moi qu'elle a été samedi. J'ai dîné chez mon pauvre Roger*, qui a été excellent et où j'ai parlé de vous pour me consoler de n'avoir pas dîné chez vous, mais cela ne m'a pas consolé...
Aujourd'hui, je suis à ma forge, et je vous écris pour que votre volonté soit accomplie. Jusqu'à mardi, je ne puis prendre de jour. Je tenterai la fortune peut-être, cette coquine (jui m'a toujours trahi, mais dire un jour, je ne le puis.
Fiez-vous à moi. Ah ! des que je le pourrai, chez vous ! J'y suis trop heureux pour ne pas y filer entre deux ennuis.
Je suis content de vous voir content de mon dernier article. L'approhation des vibrants comme vous!! Et que la gloire du suU'rage universel aille au diahle ; je hois de votre vin sous toutes les espèces ! et je me moque du vin bleu dans les
d'Ars, par l'abbc jMoniiiu ». t;c Irouvo. en (^iïel, dans le l'ai/s ilu 48 ocU)l)rc 18()1. L'ailiidc sur « ltrc(joirc de Tours et Frcdvr/aire, ])ar M. tiuizot », avait, paru loi"' oclobro.Et c'«\sl éfj;alenionl à ce inonient que lui donnée chez Poulct-JMalassis la seconde édition du célèbre ouvraj^c de Rarbey : Du Dandijsmc cl de Cieor<ies Bruinmell. (La preniière édition, publiée à Caen par les soins île 'rrelmtien, et dont (iutd(|ucs exemplaires sont sur papier de couleur, est de