Fameuse écuyèrc du Cirque de l'impératrico
avez dû lire cet article du Gaulois, dans lequel on Ta, pour moi, dépoétisée. Cet article, qui voulait pourtant la mettre en valeur, l'a roulée dans la boue. Une boue rose : la couleur n'y fait rien ; c'est toujours de la boue ! Suprême maladresse î Elle n*existe plus pour moi... A partir de cet article, Océana, pour qui n'est pas un crevé ou un gommeux. n'est plus qu'une étoile éteinte.
Sous Ion étoile favorite.
Le soir, quand tu viendras errer...
Je n'y viendrai plus. Toutes mes promenades, sous cette étoile-là, sont finies.
Mon clier Saint-Maur, victime de la pluie, citadin égaré par peur des provinciaux de l'Exposition, les pique-assiettes de la curiosité, écrivez-moi quand il pleuvra et que vos blancs moutons seront rentrés. Que je vous serve à quelque cbose les jours de pluie, puisque je ne vous ai servi à rien les jours de beau temps.
Votre ami délaissé.
3 décembre 78.
Mon cber Saint-Maur,
Je ne vous fais pas mes excuses de n'être pas allé vendredi « banqueter » cbez vous. J'étais strangulé
BARBEY d'aUREVILLY A HECTOR DE SAINT-MAUR 183
par les occupations les plus liomicidement bêtes! the struggle for life. Il fallait faire mon article, mais voici ma semaine of leisure. Voulez-vous de moi vendî^edi, h la condition qu'il y aura un plat de poisson pour mon catholicisme?... hein? Parpaillot, voulez- vous de moi à ce prix ?
Puis, voulez-vous de moi avec Georges Landry *, ce jeune homme auquel votre poésie a tourné la tête et que vOus aviez invité à venir avec moi dîner chez vous avant votre escapade épeurée de l'Exposition? Nous n'y sommes pas allés et nous avons bien fait ; vous aviez filé sans tambour ni trompette pour éviter les parents de province — ô évanouissement de l'amitié ! — même à Paris!
Dites donc ce à quoi vous m'autorisez. Faut-il venir? et puis-je venir avec mon Fidus Achales?...
Et à vous, quoi que vous disiez.
Mercredi ■.
Va pour l'oie! Repas d'hommes d'esprit! Manger une oie... délices ! cela a l'air d'une vengeance. A vendredi donc ! Je vous amènerai Prosper
d. Voisin de chambre et ami de Barbey.
2. Celte lettre et les dcu.x suivantes sont de dalc incertaine. Mais, si elles ne renseignent pas sur un moment précis de la vio de Barbey, leur verve peut symboliser l'ensemble de ses longues et joyeuses relations avec Saint-Maur.
(l'improspëre) Delamare, criiurneur noire, et qui s'abattra sur votre oie, comme un corbeau sur une cbarognc.Etnous, nous rirons comme deux singes ! Tout à vous, Monsieur de Saint-Maur !
Vendredi.
Mon cber amphytrion éternel,
Embrocbez-le, puisque le drôle ne peut attendre !
Mais je suis plus malbeureux que si j'étais moimême à la broche, tournant au feu haletant de l'amitié !...
Moi, j'attends — hélas ! je le peux — un campagnard qui doit — le gueux payera probablement sa dette — diner demain avec moi, demain, le jour de votre lièvre ! [1 m'a promis, se réservant la liberté de ne pas venir. Si, à 5 heures pi^écises^ — il a dit précises, — il n'est pas chez moi, je serai libre. Vous, vous ne rentrez qu'à 6 heures. A 5 heures 1/4, je prendrai donc une petite voiture et je filerai d'un train de lièvre, vers le lièvre et vers vous !
Sinon, je serai plus triste que tous les lièvres, qui sont fort tristes, vous le savez, excepté le vôtre, heureux d'être mangé par vous ! Cet ajiimal — non le vôtre — est triste et la crainte le ronge. Je commence d'avoir celle de ne pouvoir dîner chez vous, mais que sera-ce quand j'en aurai la certitude !
BARBEY d'aUREVILLY A HECTOR DE SAINT-MAUR 185
Quelle mine je ferai dans mon gîte !
Car, que faire en un gîte, à moins que l'on n'y songe?
Je songerai au vôtre, où je ne serai pas !
Ainsi, à 6 heures, mettez-vous à table, comme à Tordinaire. Faites comme votre lièvre : n'attendez pas, et buvez à mon infortune...
Jeudi.
Cher poète,
J'ai vu M. Delamare et il m'a dit que vous aviez pensé à moi pour vendredi. Je n'y faudrai pas. J'ai donné rendez-vous à mon dit sieur Delamare — comme disent les exploits que je reçois — pour demain 5 heures au Café de Bruxelles, et c'est de là que je le phaétoniserai aux Batignolles, mais nous ne verserons que chez vous.
Des vers, du gigot à l'ail, du Chambertin, combinaison charmante ! Mais, mon ami, j'irais manger du pain sec et boire de l'eau chez vous que je ne serais pas attrapé, et la prose que vous faites, quand vous me dites que vous m'aimez un peu, est de bonne poésie pour mon cœur.
Ce qui ne m'empéclie pas d'aimer l'autre! Non, pardieu ! Avec vous, on est tout prêt à tous les senti-
ments et on n'est embarrassé que de la préférence ! Diable ! je marivaude, pardon !
Or, quand on dîne chez Grégoire ^, Il vaut mieux boire -
Paris, samedi, 26 juillet 19^.
Ma très chère Madame de Saint Maur,
... Quand je serais né sans mémoire de cœur, vous m'en auriez créé une. Ah ! le silence n'est pas Toubli ! Mais à quoi bon parler, et surtout par lettres — les impuissantes lettres qui ne valent pas une inflexion de voix ni un regard — de ce qui n'est plus et de ce qui ne sera plus jamais? Saint-Maur, avec son amitié et sa gaieté charmante, était un rayon dans ma vie. Le rayon est éteint. Après mon frère \ qui en était un aussi de gaieté spirituelle et de cœur, il était le dernier, et me voilà dans les ténèbres. Il faut là dedans aller seul.
i. Grégoire est le nom patronymique de la famille de Saint- Maur.
2. Ici, Barbey d'Aurevilly a dessiné à l'enôre rotige ûii petit verre.
3. Nous avons cru devoir ajouter aux lettres à Saint-Maur cetle lettre et les suivantes, écrites à la veuve et à la pctite-dlle du poète, pour montrer (|uelle fidélité Barbey d'Aurevilly gardait à sa mémoire.