Gottn douleur de foie était une maladie de cœur
BARBEY d'aUREVILLY A HECTOR DE SAINT-MAUR 189
je suis la cage, j'ai été pris par une grippe qui dure depuis trois semaines, et qui, à Flieure qu'il est, m'empêche encore de sortir.
Cependant, je serai chez vous vendredi — si, conformément au passé, on peut dîner chez vous, moins gaiement que s'zV était là, — mais comme s il était là.
Vous oublier, vous ! je vous défends de mettre jamais ce mot-là à côté de mon nom...
Faites pénitence au pied du portrait de votre mari de la mauvaise pensée que vous avez eue sur moi.
A vous toujours, même méconnu, et quand vous ne voudriez plus de moi, — ce que je ne croirai jamais î jamais ! jamais ! jamais !
Jules Barbey d'Aurevilly*.
1. Barbey d'Aurevilly signait de toutes manières. — de son nom, de ses initiales, — et tiuclciuclbis : Barbe... d'Aur...
LE CHANOINE ANGEli-BILLAUDS
Dans Tun dos plus beaux coins de la Basse-Normandie, à quelques certaines de mètres de Saint-Sauveur-le-Vicomte (la patrie de Barbey), s'élève une éminence verte, couronnée de hauts arbres : c'est le Mont-de-la-Place, d'où la vue s'étend, éblouie et reposée, sur l'opulente vallée de la Douve, la vallée de Tempe de cette Thessalie normande. Sur le plateau qui domine cette colline, une chapelle, simple d'extérieur, se dresse au milieu des pelouses. En y pénétrant, on remarque d'abord d'innombrable^ orillammes, qui, sur leurs soies blanches ou bleues, portent des noms illustres de batailles et de braves, puis des bannières plus modestes, hommages des humbles paroisses du Gotentin. Tout cela est vibrant, enllammé et pur. Et, de ces Ilots d'arj^ent, d'azur et d'or, émerge une admirable statue de la Vierge, la
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statue de Notre-Dame de la Délivrance, vénérée depuis des siècles.
Le sanctuaire commémore, en effet, la « délivrance » du sol français, à la fin de la guerre de Cent ans. Son origine, sans doute, est bien plus ancienne, et, dès le temps des Croisades, il y eut sur le Mont-de-la- Place une chapelle et une léproserie. Mais la reprise sur les Anglais de la citadelle de Saint-Sauveur-le- Yicomte ayant été le dernier fait d'armes de la sanglante et interminable guerre, l'église fut reconstruite en ex-voto à Marie Libératrice. Jetée à la cime de ces vagues de verdure, cette nef à Tancre y symbolise depuis lors la reconnaissance confiante :
La Délivrance est là sur la colline, En face du soleil couchant !
C'est ainsi que, dans sa gratitude pour l'Auxiliatrice, qui avait brisé ses chaînes mondaines, chantait Tabbé Léon d'Aurevilly, originaire de Saint-Sauveurle-Vicomte, comme l'illustre écrivain, son frère.
Il y a une quarantaine d'années, le pèlerinage était délaissé : il est aujourd'hui florissant et pieux. Le sanctuaire appelait toutes les restaurations, matérielles, religieuses et morales : Téglise, maintenant, ressemble à un chant de pureté, de triomphe et d'amour.
Cette résurrection a été l'œuvre d'un bien original
et bien saint prélat, Mgr Achille Anger-Billards, qui
fut pendant trente-trois ans chapelain de Notre-Dame
de la Délivrance, et qui est mort près de sa chère
Libératrice, le 24 août 1906. Une femme de talent,
qui signe Victor Féli, a écrit avec émotion et grâce la
vie de ce prêtre, qui méritait, certes, d'être connue \
et que doivent en particulier connaître ceux qui,
sachant la faveur spéciale dont il a joui auprès de
Jules Barbey d'Aurevilly pendant les quinze dernières
années du vieux « laird », soupçonnent Tinfluence
qu'il a pu exercer sur lui et désirent s'en préciser
la nature.
L'abbé Anger-Billards habitait sur « le Mont » la plus pauvre des cabanes, véritable hutte d'ermite, où, par le toit de ciiaume, l'eau coulait sans interruption sur un sol de terre battue. Quelques meubles boiteux ornaient seuls cette demeure de la Thébaïde. Le vieillard coucliait sur un grabat, empilait sur le terre-plain marécageux de sa chaumière les livres que sa science dévorait par milliers, vivait de rien avec une vieille servante et un domestique, héroïquement fidèle, entré tout enfant chez lui, donnait même asile, comme eût pu faire un François d'Assise, à un chien aveugle, à une chatte désarticulée, à une grotesque chèvre boiteuse, pleurait la mort des crapauds familiers, et
\. Un vol. in 12. Paris, Poussiclguc. 1909.
célébrait dans le recueillement, le travail et le dénuement, la Vierge Marie et son Fils. « Un grand cœur dans une petite maison, voilà ce qui m'a toujours touché davantage ici-bas », disait Lacordaire : on se rappelait ce mot en entrant chez l'abbé Anger-Billards. Né au Havre-de-Grâce le 23 mars 1826, il appartenait à une excellente famille. Il fut élevé dans le domaine de Billards, canton de Vire, où son père, ancien officier de l'Empire, enflammait sa jeunesse aux récits épiques de la grande époque. Aussi le jeune Achille revait-il de figurer dans une nouvelle Iliade. Ses études achevées au petit séminaire de Vire, il se prépara à Saint-Gyr.
« Mais Dieu, dit Victor Féli, qui savait quel merveilleux soldat aurait en lui son Eglise, lui inspira soudainement, dans un voyage à Paris, au cours de nombreuses réceptions mondaines, où le jeune homme fut choyé de toutes parts, l'idée très claire de l'insuffisance des choses terrestres devant les aspirations de son âme. Bientôt plus rien ne resta des séductions humaines en parallèle avec l'attrait céleste ; les rêves de gloire pâlirent devant les attirances divines... »
Et Achille Anger-Billards entra au Séminaire, en proie à une ferveur et à un enthousiasme que soixante années ne firent jamais que développer.
Une fois prêtre, il retourna comme directeur des éludes au Petit Séminaire de Vire, et fut ensuite longtemps professeur de rhétorique, puis de philosophie
UN AMI DES DERNIERS TEMPS 19o
au collège Sainte-Marie, de Gaen. Maître admirable, il ne communiquait pas seulement à la jeune aristocratie normande qu'il était chargé d'instruire, sa science très étendue ou le feu d'une imagination vraiment extraordinaire, mais il s'ingéniait à lui donner encore le goût passionné des pratiques et des vertus chrétiennes. Il initiait ses élèves à la charité la plus active et la plus vraie.
<( Au collège Sainte-JMarie, raconte- 1- il, je conduisais mes rhétoriciens tous les huit jours voir les pauvres. Ils étaient tous très riches et de familles nobles. Le long de la route, je les faisais entrer chez des misérables où les enfants grouillaient dans la saleté, la puanteur. Mes élèves les peignaient, les décrassaient, arrangeaient et brossaient les pauvres loques. Au bout de vingt minutes, je repassais. Un jour, le plus haut titré de la classe, le marquis d'Angleville, me barre la route, tenant à la main une petite fille bien nettoyée et qu'il embrasse en me disant : Eh bien ! maître, étes-vous content? »
Son travail de professeur n'empêchait pas Tabbé Anger-Billards de collaborer déjà à de nombreux journaux et revues. Il devait écrire jusqu'à sa mort c'est-à-dire pendant cinquante ans. Il a laissé quelques opuscules, élo([uents, érudits et pieux. Mais c'est surtout dans la presse périodique (notamment dans l'UniverSf la Liberté, etc.) que ses instincts héréditairement batailleurs et son cœur apostoHque aimaient à s'affirmer ou à se répandre. Il était prêtre avant tout, mais traditionaliste en politique, et toutes ses
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sympathies allaienl à la vieille France. De là même toute une partie plus périssable de son œuvre. Il se peut que les lecteurs modernes de beaucoup de ses articles ne saisissent plus toujours le lien logique qui existait pour lui entre les destinées du catholicisme et celles, par exemple, de l'ancienne monarchie. Tout ce qui appartient à l'ordre nouveau est, pour ce philosophe, volontiers grandiloquent et nourri de Joseph de Maistre, l'objet d'une égale réprobation. Parfois même, les idées se confondent sous une phraséologie magnanime. Aussi puis-je regretter que Victor Féli, dans son ouvrage si exactement documenté et d'une peinture si fidèle, n'ait pas toujours débrouillé ces confusions, et aille môme, une ou deux fois, jusqu'à les accroître, — d'ailleurs par un noble souci d'admiration constante.
Mais quelle verve dans ses polémiques religieuses ! et quelle sûreté de doctrine ! et quel style, éternellement jeune, ardent, pleins d'images neuves ! Mgr Anger-Billards mérite d'être rangé au nombre des bons journalistes. Il était soutenu et guidé par une foi où se mêlent les plus exquises naïvetés de l'enfance et la science du théologien et de l'historien. Grand lecteur, orateur simple et nourri, tous ses dons naturels et toute sa science acquise débordent dans ses articles. C'est un Ilot de poésie, de logique et de véhémence, où surnage je ne sais quelle candeur charmante, —
hélas ! mêlée de quelque réthorique, innocente elle aussi.
Parmi les polémiques que soutint Mgr Anger- Billards, une des plus vigoureuses fut la campagne qu'il entreprit en 1856 et qu'il mena jusqu'en 1865 en faveur des écoles et des chrétiens d'Orient. Il réclamait spécialement pour le nouveau patriarche latin de Jérusalem les anciennes prérogatives injustement retirées à ce siège.
« L'abbé Anger-Billards, dit Victor Féli, publia pour cette cause une longue série d'articles, qui étaient traduits aussitôt en syriaque, en turc et en grec moderne et firent beaucoup de bruit. Le justicier arriva à son but, et le sultan, de guerre lasse, mit fin aux spoliations si courageusement dénoncées... La fin de cette brillante campagne lut un véritable triomphe pour son auteur. Les patriarches d'Orient, les archevêques, le vice-roi Ilarembey, quoique dépendant du sultan, couvrirent d'honneurs, de titres et de décorations le vaillant prélat. »
Quehjue peu de goût qu'il eût, en eflet, pour les titres, il fut clioréveque d'Antioche, prélat milré de Cartilage, vicaire général de Césarée, chanoine de Smyrne, Ephèse et Jérusalem.
C'est en 1863 que son évèque l'avait nommé chapelain de Notre-Dame de la Délivrance. Si active et parfois même si hrillante qu'ait été son existence antérieure, c'est près de ce sanctuaire, dont il releva les ruines, que s'écoula sa vie véritahle. Toujours écrivain et journaliste, il se lil, malgré une santé pré-
Caire, prédicateur quotidien. Chaque jour, à sa messe de 8 heures, il sermonnait, devant la Vierge miraculeuse, les pèlerins plus ou moins nombreux. « J'ai pris, disait-il, comme saint Paul, la devise : Malheur à moi, si je n'évangélise pas! » N'eût-il donc pour auditeurs que sa vieille servante et son fidèle Louis Yver (un domestique, ou, pour mieux dire, un factotum comme on n'en voit guère et qui a laissé sur son maître un journal du plus édifiant intérêt), Mgr Anger-Billards prêchait le dogme, les vertus évangéliques, la vie des saints. Choqué du trop vif attachement des Normands ses compatriotes pour les biens de ce monde, il les exhortait à la pauvreté sainte.
Lui-même, il prêchait d'exemple. A reconstruire son église et à soulager les misérables, son patrimoine s'était vite épuisé. C'était désormais son pain, à peine assuré à la journée présente et jamais au lendemain, qu'il partageait avec les mendiants. Ses repas, à mesure qu'il avançait en âge et en sainteté, se réduisaient au néant. Il en vint plusieurs fois à manquer de tout, il resta des journées entières à attendre une charité, que la Madone suppliée finit toujours, du reste, par lui envoyer, et même un jour, assure-t-on, de façon directe et merveilleuse... Mais à peine possédait-il quelque argent qu'il le distribuait aux pauvres, disant avec son éternelle et douce
candeur : « Quand je donne, il me semble que je dois ce que je donne. » Un jour, une femme de ménage, poursuivie par des créanciers, lui conta son affaire. Mgr Anger-Billards n'avait rien. Mais « soudain, dit sa biographe, son visage attristé s'éclaira de joie ». Il ouvrit son tiroir et, y prenant sa croix de commandeur du Saint-Sépulcre, don d'un prince royal et à laquelle il tenait beaucoup, il la donna à cette pauvresse, qui la vendit 600 francs.
Désormais, plus rien, rien de rien, ne restait au vieux prêtre, sinon ses piles de livres et de bouquins, où, dans Thumidité glaciale de sa solitude, il puisait pour son âme, assoiffée d'idéal, un pur rafraîchissement. « Pendant trente ans, cette sainte existence s'est passée tout entière en prières, méditations, prédications quotidiennes, aumônes journalières, correspondance écrasante, études sans trêve, copies envoyées presque chacjuejour aux journaux de Paris, de la province ou de l'étranger. » Mgr Anger-Billards dormait trois ou quatre heures à peine, coupant môme son sommeil par des méditations. Enfin, il trouvait le temps de consoler et de ramener à Dieu bien des cœurs. Par la fenêtre toujours ouverte de sa chambre, les pécheurs entraient la nuit pour solliciter Fabsolution du saint.
Ce saint était fort artiste. Un grand nombre de littérateurs ont entretenu avec lui, au moins par cor-
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respondance, des relations d'amitié. Mais, disais-je, le plus célèbre de tous ses amis, et peut-être le plus cher, fut Barbey d'Aurevilly. C'est derrière le cercueil de l'abbé d'Aurevilly qu'ils se rencontrèrent pour la première fois, en 1876. Leur sympathie mutuelle fut, dès lors, très grande. Barbey ne possédait plus un pouce de terre à Saint-Sauveur-le-Vicomte, où ses aïeux avaient été fort riches, mais il revenait quelquefois dans sa petite ville natale, et visitait l'ermite du Mont. Alors, sur la pelouse de la Délivrance, à l'ombre de l'antique église, les conversations du chapelain et du romancier se prolongeaient, afïectueuses , poétiques, chrétiennes. Le causeur incomparable qu'était Barbey d'Aurevilly s'embrasait au contact d'un vieux cœur ardent : aussi bien, Mgr Anger-Billards le comprenait-il, ce grand méconnu. Il sentait mieux que personne toute la sincérité de son catholicisme, et combien son art même, jusque dans ses libertés ou dans ses audaces, restait catholique de fond. Barbey d'Aurevilly, en lui dédiant le second volume de ses Philosophes et écrivaiîis religieux, ne faisait môme que reconnaître la générosité combative avec laquelle son ami prenait sa défense. Voici, en effet, parmi les lettres si intéressantes que publie Victor Féli, (juehjues passages adressés à M. Charles Buet, où l'abbé Anger-Billards défend avec la passion la plus intelligente le grand romancier :
« J'ai souvent entretenu de ses romans B. d'Aurevilly. Il m'a livré la clé de son secret. Pourquoi a-t-il peint les passions d'une touche si vigoureuse? 11 a pu se tromper sur l'efficacité de sa mélliode, mais ses intentions étaient extrêmement morales. Il peint de manière à inspirer l'horreur du mal. Il retourne le cœur humain comme on retourne la poche d'un fripon pour trouver là, dans la poche ouverte, le corps du délit qui. sans cette opération violente, faite sur les voleurs, aurait été invisible...
« Ce qui caractérise mon illustre ami, c'est Tinflexible amour, aussi grand que possible, de l'Eglise catholique, du Pape, du prêtre, de l'antique et vrai caractère français... Il veut ['entier et le total en tout... Cet inflexible attachement à la vérité totale dans tout ordre de choses explique pourquoi il ne se trompe pas dans ses jugements et dans ses étonnantes appréciations sur l'art, sur la politique, dans les matières philosophiques et dans les questions ecclésiastiques. C'est à cause de cette aptitude à mettre dans un relief plein de couleurs, de vérité et d'énergie les solutions les plus difficiles, que Mgr Bertaud. un esprit total aussi, celui-là, appelait d'Aurevilly une théologie naturelle et certaine... »
A un homme qui le défeudait avec tant de perspicacité et de justice, l^arbey d'Aurevilly devait bien certaines confidences. Aussi aimait-il à s'épancher dans le cœur de ce prêtre, que des lettres comme la suivante devaient inonder de joie :
Mai 1878.
(( Mon très cher abbé,
« La vie, ce char à quatre roues qui memporte. ne me permet pas d'écrire. Mais pourtant, je vous dois ceci^ à vous qui aimez mon àme encore plus que mon esprit.
« Dimanche, j'ai eu le bonheur de communier. Je suis rentré
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dans le chemin droit. J'ai senti vos prières sur mon âme. Que Dieu vous rende le bien que vous m'avez fait ! Je suis sur qu'au regard de Dieu, vous m'avez fait du bien... »
On verrait par cette seule citation combien furent intimes les rapports de l'abbé Anger-Billards et de Barbey d'Aurevilly. Mais la correspondance que publie Victor Féli prouve surabondamment Tascendant exercé sur le romancier vieillissant par ce prêtre d'une vertu si originale et si active. Il faut croire désormais que c'est pour beaucoup à l'inlluence du solitaire de Saint-Sauveur que le solitaire de la rue Rousselet dut de faire une mort si résignée et si grande.
Celle du cbapelain de la Délivrance fut digne de sa vie. Il mourut dans le plus complet dénuement, en écoutant des liymnes à la Vierge, peu après avoir dicté un dernier article. Renoncement, piété, coml)at: telle avait bien été, jusqu'à sa dernière beure, son évangélique existence \
1. Deux noies inédites du vieux chanoine valent la peine d'être citées ici :
« Barbey d'Aurevilly aurait voulu écrire le nom de Dieu sur le front calciné du Diable. »
« Si la patrie de ce grand homme le glorilie un jour, la ville de Saint-Sauveur-le-Vicomte se mettra au rang des cités les plus renommées. »
AUREVJLLY-ANA
Barbey d Aurevilly avait-il du sang Bourbon ?
On dit couramment que M. Ano:o, grand-père maternel de Barbey d'Auvevilly, « aurait été le propre fils du roi Louis XV, son parrain ». Ces mots sont de M. PaulBourget (conférence de 1909), qui dit encore : « Je savais déjà, détail qui m'a été confirmé par le duc d'Aumale, qu'il passait pour descendre, par sa mère, (Titn sang autrement noble. » Tout le monde sait cela ou croit le savoir, car M. Bourget a confié de nombreuses fois à la presse cette conversation princière, qui ne prouve rien \
M. Grêlé (thèse sur Barbey d'Aurevilly) avait déjà raconté tout au lonp: l'histoire : « Le Bien-Aimé avant « eu un fils d'une de ses nombreuses maîtresses, (( maria, dit-on, cette dernière à Jacques-Pierre Ango, «qui devint ainsi le père putatif de l'enfant... Or,
1. Si l'on on croit M. Joan do Bonnofon (Profaoo aux Dédicaces de Barbey d' Aurevilly), le duc d'Aumale aurait tenu ce propos à d'autres personnes encore.
« cet enfant, Louis-Hector-Amédée, né à Versailles le « 15 novembre 1739 et mort à Saint-Sauveur le 28 fri- « maire an XIV (décembre 1805), à l'âge de soixante- (c six ans, n'est autre que Taïeul maternel de Jules « Barbey d'Aurevilly. Le grand écrivain aurait donc « eu du sang royal dans les veines. Toujours est-il « que Louis Ango fut tenu à Versailles sur les fonts « baptismaux par le comte de Maurepas et la ducliesse « de Cbâteauroux. Son parrain fut le roi lui-même, «lequel vraiment ne pouvait moins faire, après lui «avoir donné la vie, que de lui donner son prénom... »
Comme le dit fort bien M. Jacques de Biez dans Texcellente brocbure qu'il a publiée sur la question^, « l'esprit est immédiatement mis en éveil par ces «deux faits graves, la faiblesse de la référence : iiinaria, dit-on; et un anacbronisme. En 1739, il n'y «avait pas de duchesse de Cbâteauroux, créée seule- « ment, les Concourt l'ont raconté, en 1743 )>.
M. de Biez ajoute : « Il est juste de dire que Barl)ey « d'Aurevilly a connu is la même erreur. En 1855, « il écrivait à Trebutien que la duchesse de Château- « roux avait été marraine de son grand-père, et que « Louis XV en avait été le parrain. «
Or, le parrain du petit Ango -, fils de Jacques-Pierre
1. Louis XV et Barbey d'Aurevilly {Pans Stock, 25 novembre 1909).
2. Ne lo 14 novembre 1739. et non le 15, — mais baptisé le 15,
(Ref^istrcs fJo la paroisse Saint-Louis de Versailles.)
Ango, (lirexleur des biens des religionnaires au département de Provence, et de Julie Dalleron, son épouse depuis le 22 août 1737, c'est-à-dire depuis plus de deux ans \ fut « Mgr le comte de Maurepas » ; et la marraine, « M""" la duchesse de Mazarin », représentés, d'ailleurs, par le concierge de r hôtel de La V allier e et par sa femme.
Ainsi, toute la légende s'effondre. M. Jacques de Biez, qui la « liquide» définitivement, fait encore allusion à d'autres récits. «On a, dit-il, parlé de faveurs exceptionnelles qu'aurait values au jeune Louis Ango sa soi-disant origine royale. » Ces faveurs sont imaginaires. «Lieutenant général civil et criminel du petit «bailliage de Saint-Sauveur, c'est mince. C'était la « situation naturelle d'un membre de famille notable « dans une contrée. »
M. le duc d'Aumale était donc mal instruit, qui croyait Barbey Bourbon.
Sur ce, M. l^ourget ajoute (|ue Barbey d'Aurevilly n'aimait pas à parler de cette histoire. Mais, dit-il, « il n'eût pas été le romancier audacieux des Diaboliques, s'il se fût attristé de r illégitimité ! » Pour une erreur, celle-là, c'en est une. Il est évident, au contraire, (jue la certitude d'une illégiliinil*'' dans son ascendance eût été des plus ])énil)les au « chevalier