Registres (le la paroisse Notre-Dame de Versailles
20G SUR BARBEY d'aUREVILLY
Barbey ». Si M. Bourget a lu Tensemble (33 volumes et quelques plaquettes) de ses œuvres critiques, il a dû s'apercevoir que Técrivain ne manque jamais une occasion de reprocher avec une âpreté amëre aux rois de France, et spécialement aux Bourbons, d'avoir semé le trouble dans tant de familles et d'avoir rendu les filiations incertaines. Pourquoi, d'ailleurs, n'eût-il pas aimé à parler de son ascendance royale, s'il était si peu (( attristé de Fillégitimité »? M. Bourget répond que d'Aurevilly rougissait d'être le cousin du comte de Ghambord ! Voilà qui est assez plaisant. Barbey n'a jamais, il est vrai, dissimulé son mépris — bien injuste — pour les princes ou les prétendants qui n'ont pas tiré l'épée. De là à se taire obstinément sur son origine possible, s'il n'en était pas attristé, il y a vraiment loin !
La vérité, c'est que le solitaire de la petite rue Rousselet a toujours protesté contre cette légende, de même que contre les « calomnies et inexactitudes biographiques de toute sorte », au centre desquelles il vivait, disait-il.
La noblesse de Barbey (ï Aurevilly.
Dans la conférence qu'il a donnée au printemps
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lie 1909 sur son illustre ami, M. Paul Bourget raconte encore que « presque à la veille de sa mort » — laquelle est d'avril 1889, — Barbey d'Aurevilly le pria de passer chez lui.
« Je vous ai fait venir, me dit-il, pour que vous attestiez, quand je n'y serai plus, que je n'ai pas été un imposteur... Vous avez peut-être entendu dire, continua-t-il, que je ne m'appelais pas d'Aurevilly. » Et comme je protestais qu'il avait fait ce nom véritablement sien par son génie : « Il ne s'agit pas de cela )), répondit-il, « il s'agit de savoir si mes amis, Saint-MaiiVf Coppée, d'ivry, vous-même, pourrez jamais dire que j'ai usurpé la noblesse... »
Alors, Barbey d'Aurevilly fit développer ses parchemins, datant de Louis XV, et aurait ajouté : « Ce n'est pas grand'chose, ce n'est que la savonnette à vilain. » — Cette parole m'étonne, et M. Bourget me pardonnera d'autant plus de mettre en doute la parfaite fidélité de sa mémoire, que, sur un point au moins, elle est, de toute évidence, en défaut. Hector de Saint- Maur, qui fut, en effet, à partir de 1861 f intime ami de Barbey d'Aurevilly, était mort en 1879, dix ans avant cet épisode. Il est vrai, de plus, que les Normands faisaient usage de cette expression « savonnette à vilain » pour railler les anoblis : M. Bourget a pu, comme tout autre, lire ce détail à la page 17 du premier volume de M. Grêlé. Mais, que d'Aurevilly ait raillé lui-même la jeunesse de son blason, j'ai peine à le croire. 11 protestait à la fois contre ceux
qui niaient sa noblesse et contre ceux qui l'exagéraient : mais il ne la plaisantait pas.
Barbey jeune et Edelestand du Méril.
(( Il faut, écrivait Barbey d'Aurevilly à son cousin Edelestand du Méril en lui dédiant (18G1) les Historiens politiques et littéraires^ il faut que ton nom soit ici, non pour toi, grand esprit, qui n'as pas besoin d'un liommage, mais pour moi, à qui tu as ouvert rintelligenee et à qui tu as donné cet amour des clioses de la pensée, le seul sentiment qu'il y ait sur la terre qui ne nous fasse pas souffrir... Quelle qu'ait été ma vie, et qui sait? les torts de ma vie, tu n'en as pas moins toujours été pour moi la moitié de mon sang, puisque tu es le fils de la sœur de ma mère, et partout 011 la destinée m'ait poussé, elle ne m'a jamais effacé celte allée du jardin de Valognes où je me promenais, à treize ans, entre toi, jeune homme, et ta sœur ; et de soleil, comme dans cette allée, je ne crois pas en avoir revu de plus beau. »
«Tu m'as ouvert rintelligenee» : on ne saurait néMiger ce mot. C'est, en effet, Edelestand du Méril (lui a éveillé chez Barbey d'Aurevilly presque enfant le sens littéraire. Né en 1801, il était son aîné de sept
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ans. Mais les deux cousins se voyaient souvent à Valognes, chez le docteur du Méril, père d'Edelestand, et leurs causeries étaient enthousiastes. Longtemps, Jules Barbey considéra le jeune savant^ comme son maître et rechercha avant tout son patronage.
Ce qu'il appela plus tard son «premier rêve «S c'est ridée, un instant réalisée, d'une collaboration avec lui. De concert avec Edelestand du Méril, Barbey et Trebutien fondèrent, en effet, à Caen, une revue (la Revue de Caen), qui dura exactement ce que durent les roses, l'espace d'un matin; elle n'eut qu'un numéro {30 octobre 1832). Mais elle contenait le premier conte du romancier futur. Léa.
Barbey cC Aurevilly et Biirns.
Painii les auteurs préférés de Barbey d'Aurevilly
1. Edelcsland PoiiL's du iMûril devait s'illustrer par des travaux philologiques et par une Histoire de la Comédie chez tous les peuples.
2. A Trebutien, Paris, 8 avril 1851 : [Mon frère Léon] « m'a « mandé qu'il sera pour vous à Caen, au mois de novembre. Quelle « meilleure raison pour que je tire mes chaînes d'ici et que je les « brise et que j'aille vous embrasser, vous, mes deux i'rùres ! Et « (luelle bonne chose de nous retrouver tous les trois, ne l'ût-ee que « deux jours! 11 n'y a (jue des étapes de bonheur dans la vie. et « puis il faut rouler sa tente autour de son bâton de voyage, « mais une étape à Caen, à Caen, la cille du premier rêvel... »
adolescent et mûri, on cite constamment Walter Scott et Byron. On oublie trop de mentionner Robert Burns, dont il connaissait l'œuvre à fond et dont il ne laisse jamais échapper l'occasion de faire l'éloge : «Burns, cette branche de houx qui est le laurier de l'Ecosse, Burns, le plus vrai des hommes dans son tartan vert, le poète à la grande bonhomie paysanesque, aux teintes brunes, sobres et profondes, à la mélancolie tout à la fois si sceptique et si superstitieuse, dont le charme est pour moi sans égal, enhn à l'humilité du détail, qui n'en est pas la crudité, — comme paraît le croire M. Pierre Dupont». [Les Poètes, première série, p. 246, article sur Pierre Dupont.)
Barbey cV Aurevilly et son frère Léon.
L'abbé Léon d'Aurevilly, eudiste, frère de Jules \ faisait des vers d'une élégance facile et souvent
■1. Et l'rère très aime, celui-là. C'était le frère de ràiiic en même temps «lue le frère du sang. (« La mort de Léon m'a coupé comme avec un couteau au moins la moitié du c(uur », écrivait Jules IJarbey en 1876, lorsqu'il le perdit.) — Plus favorisé que l'illustre écrivain dont il portait le surnom (les autres Irères s'appelaient Barbey du Motel), l'abbé d'Aurevilly repose dans sa patrie. Sous le lierre qui couvre les murs délabrc-.s du vieux château, au pied de la tour de rOuest, dans le cimetière des pauvres, une très liumbio pierre rappelle aux rares passants le nom de cet liumble prêtre qui exerça sui- le romancier une si pacifique et si clirélienno inllucncc. et qui fut une manière de saint.
médiocre ^ Ayant un jour composé tout un long poème sur sainte Germaine de Pibrac, il en soumit le manuscrit à son frère qui le sema de remarques, toujours justes et souvent sévères. On y trouve naturellement les flèches du Sagittaire et ses encres rouges et vertes, aspergées de poudre d'or. Ce curieux manuscrit de deux écritures, élégamment relié, se trouve actuellement à Saint- Sauveur- le- Vicomte, chez les nièces et héritières de M^'"" Elisabeth Bouillet, Tamie d'enfance de Jules Barbey. Il se termine par de longues observations critiques, adressées sous forme de lettre par celui-ci à son frère. Aimablement autorisé par M'"' Louise Read, nous les publions.
« Mon très cher, ce qui fait la pente par laquelle tu t'en vas, c'est cette merveilleuse facilité qui te crée riiomme aux bouts inmés^ comme t'appeUiit cet impayable capucin dont tu m'as conté l'histoire.
« Je rabâche cette antienne, mais défie-toi de ta facilité. Ton talent n'a pas de plus grande ennemie que cette amie charmante.
(( Il faut se défier des vers faciles comme des femmes faciles. Le talent facile, la vertu facile, même chose, dans des ordres différents. Il n'y a de beau et de grand que la diKiculté, quand elle est vaincue!
« Ainsi, mon cher abbé, dans le poème ci-contre, il