‹ Sur Gérard de Roussillon. 5 [1] piècesChapitre 21 sur 59 · III. — La composition de la Vie latine · texte numérisé non relu

III. — La composition de la Vie latine

Il s'agit maintenant de chercher pourquoi, en quel lieu, en quel temps, à l'aide de quels éléments, a été composée la Vie de Girart.

Pourquoi} Simplement pour donner à Girart le renom de sainteté, et attirer à l'abbaye de Pothières, qui se glorifiait de posséder son tombeau, un nombreux concours de pèlerins. Le but est si évident que ce serait faire injure à l'intelligence du lecteur que prétendre le lui dévoiler.

En quel lieu f II est non moins évident que c'est à Pothières, par la main d'un moine de Pothières, qu'a été écrite cette légende. L'analyse qui pfécède suffit à le montrer, h fecit cui prodest. Nous avons donc affaire à l'un de ces écrits monastiques où les âmes douées de sendbilité et d'imagination se plaisent à voir le témoignage de la piété naïve et de la foi ardente des vieux àges^ ou encore le travail inconscient de l'imagi* nation populaire, tandis que la critique y reconnaît une compilation arbitraire d'éléments disparates et souvent contradictoires, choisis et groupés de façon à en imposer à un public crédule.

LA LâGENDE DE GIRART DE ROUSSILLON 167

En quel temps / Il n'est pas difficile non plus de déterminer approximativenient l'époque où la Vie a été écrite. On 7 trouve aux §§ 234 et suivants le rédt d'un miracle qui aurait été accompli « modemis temporibus ». «'Ce que nous avons vu de nos jeux^ » dit l'auteur, te nous ne voulons pas le taire. » Ce miracle se serait accompli sous le pontificat d'Alexandre II, sous le règne de Philippe, roi de France, Humbert étant abbé de Pothières. Alexandre II occupa le Saint Siège de 1061 à 1073, Philippe fut roi de 1060 à 1 108, et l'existence de Humbert est constatée en 1075, mais il était sans doute en fonctions avant cette époque, car son prédécesseur Amoldus ou Amaldus n'est mentionné qu'en 1049 et 1059 1. La date du miracle est donc 107} au plus tard, et par suite on peut affirmer que l'écrit où ce miracle est raconté par un témoin oculaire, ou se prétendant tel, ne peut être plus récent que les dernières années du XI* siècle ou les premières du xii*.

A l'aide de quels éléments f Ici la recherche devient plus délicate et nous ne pouvons pas espérer découvrir tous les éléments dont notre hagiographe a fait usage. Néanmoins j'ai lieu de croire qu'on en peut déterminer les principaux. On verra que les résultats qu'on peut obtenir sont, bien qu'incomplets, d'une grande importance pour l'histoire de la légende de Girart de Roussillon en général, et, plus particulièrement, pour celle de la chanson bourguignonne du xii® siècle.

Il faut prendre pour point de départ de notre recherche les résultats déjà acquis, à savoir que l'auteur était un moine de Pothières écrivant à la fin du xi* siècle ou, au plus tard, dans les premières années du xii*, et désireux de donner le renom de sainteté à Girart, le fondateur de l'abbaye. Il 7 avait donc à ce renom de sainteté un commencement de tradition. On savait, ou on croyait savoir à Pothières, que Girart était mort à Avignon (§ 170); que son corps n'avait été transportée Pothières qu'après plusieurs années, que cette translation, conforme au désir du mourant, n'avait eu lieu qu'après que Dieu eut manifesté, par des signes merveilleux, son irritation contre ceux qui gardaient induement le corps du défunt (§§ 183 et suiv.). De plus, la croyance populaire attribuait aux mérites de Girart plusieurs cures miraculeuses, non pas très^nombreuses peut-être : l'auteur a soin de s'excuser (§ 195) du peu qu'il raconte sur ce que le récit d'autres miracles aurait été détruit dans un incendie ; peu ou beaucoup^ notre auteur avait à sa disposition un certain nombre de miracles. Tel a été, ici comme pour beaucoup d'autres vies de saints, son premier élément. Mais il n'y avait pas là les données d'une biographie. Ces données ont été fournies : 1® par la charte de fondation des monastères de Pothières et de Vézelai ; 2*" par une chan-

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