‹ Sur Gérard de Roussillon. 5 [1] piècesChapitre 26 sur 59 · Hist, de Languedoc^ I · texte numérisé non relu

Hist, de Languedoc^ I

2. On a ea d'autant plus raison de n'en pas tenir compte au'il n'est pas très-sûr que l'auteur de la chanson n'ait pas voulu désigner Charles le Chauve par le nom de Charles Martel. A tout le moins on peut affirmer qu'il avait au sujet de ces deux personnages des notions fort confuses. Tout à fait à la fin, dans un passage que le ms. de Paris contient seul, on lit :

Set .c. ans en avia que Dieus fo natz Qu'esta ffuerra fo fâcha ni l'ambaissatz...

E duret oe .Ix. e plus assatz.

C'est bien, ou à peu près, le temps de Charles Martel. En divers endroits (par ex. éd. Hofman, 8337; Michel, p. 262) est mentionné Pépin, fils de Charles ; et on pourrait citer quelq^ues autres passages conduisant à la même conclusion. Mais aux vers 8^30 et suiv. (Michel, d. 26)), le pape, s'adressant à Charles devenu vieux, lui dit : « Charles Martel ton aïeul fit de grands maux, et toi, i pendant ta jeunesse, tu as été tel que lui. C'est pourquoi tu as reçu le nom • de Martel; ce nom rat faux. Maintenant tu dois plutôt avoir le nom de Charles c le Chauve. •

Caries Martels tes aives fest molt granz maus, E ttt de tun juvent fus altretaus, Perau'ogis nom Martels, cis nuns fu faus, Er deiz mais nom aver Caries lî caus.

Je donne ces vers d'après le ms. d'Oxford, fol. 164, le dernier est omis dans

176 p. MEYER

Le personnage auquel on s'est adressé en premier lieu est le duc et comte Girart qui gouvernait la Provence au nom de Charles, roi de Provence (f 863), fils de Lothaire I et petit-fils de Louis le Pieux. Son nom apparsdt souvent dans l'histoire. En 860 il chasse du pays les Sarrazins'. En 862, c'est à la requête de Girart^ qualifié dans l'acte d' « illustris comes ac magister noster », que le roi Charles donne à l'église de Viviers une lie du Rhône '. Peu de mois après c'est encore à sa requête que le roi fait un don important à l'église cathédrale de Carpentras K Vers le même temps il est mentionné le premier entre douze comtes qui assistèrent à une assemblée tenue en Provence 4. Lorsque Charles mourut sans postérité en 863, son héritage fut partagé entre ses frères Lothaire, roi de Lorraine, et Louis, empereur d'Occident et roi d'Italie. Lothaire prit le Lyonnais, le Viennais, le Vivarais, Louis la rive gauche du Rhône qui avoisinait ses états. Lorsque Lothaire mourut en 869, Louis son frère pensa recueillir son héritage, mais ses deux oncles, Charies le Chauve et Louis le Germanique s'unirent pour le dépouiller. Louis le Germanique prit les provinces voisines du Rhin et Charles le Chauve s'attribua le Midi. Là il rencontra Girart qui lui tint tête. L'épisode le plus saillant de cette guerre est la capitulation de Vienne défendue par Berte, la femme de Girart, celui-ci étant ailleurs K Depuis l'histoire est muette sur ce Girart.

Tel est le personnage qu'on a voulu identifier avec le Girart fondateur de Vézelai et de Pothières, et par suite avec le Girart de Roussillon épique. D. Vaissète, D. Plancher 6, VArt de vérifier les dates 7, pour ne citer que les anciens auteurs, considèrent l'identité comme n'ayant même pas besoin d'être prouvée. Ainsi D. Vaissète s'exprime ainsi à propos du comte Girart, lieutenant en Provence du roi Charles : « Ce seigneur « n'eut qu'une fille de Berte, son épouse, dame aussi distinguée par sa « piété que par sa naissance. Ils consacrèrent l'un et l'autre une partie (c des biens très-considérables qu'ils possédaient à la construction de « deux monastères qu'ils fondèrent dans les états de Charles, roi de « Provence » (I, 565). Et plus loin, après avoir rapporté la capitula-

le ms. de Paris. Mais lors même ()^u'on ne tiendrait pas compte de ce dernier vers, que je regarde comme parfaitement authentiaoe, il n'en serait pas moins clair que dans Ta pensée du poète le Charles Martel, adversaire de Girart, avait un aïeul appelé aussi Charles Martel.

I. Vaissète, Hist. de Languedoc, I, 561. — 2. Vaissète, I, 565.

3. De Wailly, Eléments de paléographie, I, 272; Andreoli et Lambert, Monographie de Saint-Siffrein de Carpentras, p. 22.

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