Impression du catalogue de cette bibliothèque, 3 vol
in-8. Paris, 1866.
Quand un homme de bien a consacré toute sa vie à rachèvement d'une œuvre sérieuse, il laisse après lui des souvenirs que rien ne saurait effacer, et il a le droit d'attendre, s'il n'est déjà récompensé par Testime de tous ceux qui l'ont connu, les jugements de la postérité. Il a pu se dire quand Dieu l'a rappelé à lui : « Non omnis moriar 1 »> Celui dont nous pleurons encore aujourd'hui la perte fut l'un de ces savants bibliophiles dont la vie peut être présentée comme exemple; le faire connaître, c'est lui rendre à la fois un juste tribut d'hommages et de regrets; c'est aussi donner par l'accomplissement d'un pieux devoir une satisfaction suprême à des affections qui n'ont pu jamais être consolées.
Marie-Joseph-Charles, comte de TEscalopier, naquit, le 9 avril 1812, au château de Liancourt, près de Roye, dans l'une de ces anciennes demeures
M. LE COMTE M.-J.-G. DE L'ESGALOPIER. m
nobiliaires où le villag^e tient au château, où le clocher de Tég'lîse s'abrite à Tombre des g^rands arbres du parc. C'est là que se passèrent les premières années de sa vie, et c'est de cette époque que datent, l'on peut dire, les sentiments d'une constante sollicitude, qui se traduisirent si souvent depuis par de nombreux bienfaits.
Il descendait de l'antique famille qui, dès les premières années du xii^ siècle (1101), était établie à Vérone, dont elle posséda pendant long^mps la seigneurie. Plus tard, le nom se modifia^ et sous les titres de princes de la Scala, Scaligeri, Scaldi, P Escale, plusieurs de ses membres s'illustrèrent par la protection qu'ils accordèrent aux lettres et aux arts. M. le comte de TEscalopier, qu'on ne put jamais accuser de morg'ue hautaine, était justement fier de cette orig^ine, et s'en' préoccupa même assez pour ne pas se contenter des généalog'ies déjà connues de ses aïeux, et pour vouloir apporter lui-même, par de nouvelles recherches, des documents importants à l'histoire de sa famille (1).
(I) Voy. Généalogie de M. le président de tEscalopier. Châlons en Champagne, 1628, in-8, réimprimée en 1763, sous le titre de Mémoire généalogique de la maison de tEscalopier, de Vérone, dont une branche a fait souche à Paris sous le nom de TEscalopier, in-8 de 81 pages. On trouve, à la suite, 33 pages, chiffrées à part,^ qui reproduisent une dédicace d'un prêtre irlandais aux fils du président Jean, protecteur de la maison des Irlandais, à Paris. -^ La Chesnaye des Bois, t. YI, p. 59-62. — On compte un écrivain dans la famille, le
iT H. LE COMTE M.-J..G. DE UESGALOPIER.
Dans des temps, qui ne sont pas encore bien éloignés de nous, se retrouvent deux présidents du Parlement de Paris, Tun à mortier, l'autre aux enquêtes; le g»rand-père de M. le comte de FEscalopier fut intendant royal à Montauban en 1740, puis à Tours en 1755. Ce furent là les dernières charges publiques exercées par ses ancêtres. La Révolution était venue édifier un nouvel ordre de choses, et cette famille ne Taccepta point ; elle s'éloigna des agitations politiques; elle ne s'occupa plus que de faire du bien autour d'elle, et elle sut si bien conquérir l'affection, le dévouement de ses serviteurs, qu'aux moments les plus difficiles des tourmentes révolutionnaires, les vassaux cachèrent et protégèrent le châtelain, comme si, par une sorte de prescience, ils avaient deviné ce que serait pour leurs descendants celui qui devait sortir, plus tard, de cette noble famille.
littérateur et historien Charles-Armand TEscalopier de Nourar. Les Nœniœ in obitum A. rEscalopier, conjugis C. ThuUerii (Michel Goignet, sieur de la Tuillerie), legati régis Galliantm ad Venetam Rempublicam^ Venedis, 1633, in-4, est un livre rare. — Je ne sais si Pierre TEscalopier, père jésuite, prédicateur, théologien et humaniste distingué du dix-septième siècle "^ (1606-63), était de la même famille. — ^Voy. François Blan-
chard, les Présidents à mortier du Parlement de Paris Besongne, 1637, in-fol., p. 383-4, et, à la fin, dans le catalogue des conseillers, p. 99, 111, 112.
M"^ la comtesse de TEscalopier possède un mémoire trèsdétaillé, préparé par M. Lacabane, sous la direction de M. de l'Escalopier.
M. LE COMTE M-J.-G. DE L'ESCALOPIER. y
M, le comte Charles de TEscalopier perdit son père de très-bonne heure; il fut élevé sous les yeux de sa mère, et quand l'âgée vint de préparer la vie de l'homme par les fortes études de l'enfance, ce fut au collègue Gharlemag^ne qu'il fut conduit : la maison de la Place Royale était toute voisine. Aux fSêtes brillantes d'autrefois avait succédé la vie la plus calme, vouée tout entière au travail. Cette jeune intellig^ence sag'ement dirig'ée se développa rapidement, témoignant déjà par de rares aptitudes quels seraient les g^oûts de l'âg-e mûr. L'histoire, les gfrands événements du passé captivaient surtout l'esprit de l'élève, qu'éncourag'eaient de légitimes triomphes; et M""' la marquise de l'Ëscalopier, en venant à son tour récompenser les efforts dont elle était le témoin, ne contribua pas peu à développer dans son fils le g'oût des livres; elle lui permettait de choisir ceux qui répondaient le mieux à ses tendances. Ainsi se fondait, sous une direction aussi intelligente que généreuse, une bibliothèque qui devait un jour devenir l'une des plus riches collections qu'ait pu former un simple particulier.
Ce ne fut pas cependant du premier coup que M. Charles de l'Escalopier trouva sa voie. Il hésita quelque temps; il céda, l'on peut dire, à un entraînement qui n'était pas sans charmes. Comme il aimait les livres, il aima les fleurs, un moment même il sembla donner la préférence à ces dernières; et qui songerait à l'en blâmer, si l'on se