‹ Sur Gérard de Roussillon. 5 [1] piècesChapitre 57 sur 59 · M.' DE L'ESCALOPIER · texte numérisé non relu

M.' DE L'ESCALOPIER

PAR M. ASATOLE DE MOHTAIGLON

Membre réftidant.

Tons les ouTiîers du champ de rérudition ne traTaiUent pas delà même ttiaiiière ; ils mettent une aptitude comniuiie au service' d'une mène passion , maïs lei^ différences des esprits et celles des sîtualîom sociales cbangent souTeni et le but et la ilature des efforts.

Les uns, ou plus ambitieux, ou seulement plus heureux, arrivent, par la valeur et le nombre de leurs travaux, à sf fVayer un cbeitoin daAs le inonde, à se créer, grâce à la diffusion de Tear nchn, une position sérieuse dans le sens de leurs goûts, et à parvenir aux places et aux hdnneurs doat le mérite et les services du savant ont le droit d'étire investi^. lyaittrea ne doivent malheureusement rien de semblable à la sdesoe; ils ï^y réfugient plutôt, ils s'y dévouent, ils $'j eonsoment înéme. Eh tout casj (jné les uns soient poussés par lé soin de leur gloire oti dé létir fortune , et leis autres par le^seul amour de l'étude, ce sont tous ceux-là qui ne eeasent de payer de Teur personne, qui sont les prodoctewre, et qui, à moins de succomber à la peine, trava^lent sans relâche p^ur aller jusqu'au bout dès travaux qu'ils ont entrepris ; c'est de

leur foule que sortent de temps en temps les grands maîtres et les grands écrivains de Térudition et de Thistoire.

Pour les premiers, la science est sinon un serviteur, au moins un aide et un patron ;pour les seconds, c'est un maître, souvent impérieux ; il en est d'autres pour qui elle n'est jamais qu'une amie fidèle et une compagne toujours souriante. Ceux-là, moins par intention que par la suite même des circonstances, se restreignent à la seule étude et s'en tiennent pour ainsi dire à ses plaisirs, sans se condamner constamment au dernier et rude labeur de terminer et de donner à un corps de recherches, d'observations et de pensées, la forme définitive extérieure qui détache Toeuvre de soi pour le livrer à l'exïimen des autres ; ils se trouvent — et leur nombre devrait être plus grand qu'il ne l'est — parmi les heureux du monde, qui sont animés de ces mêmes goûts sans avoir à leur demander la même chose. Ils n*ont pas à parvenir, ils n'ont pasà^s'abstraire dans le travail pour s'éloigner des- réalités de la vie; le .temps. est à ^x d'ailleurs , et ils peuvent remettre au lendemain. En même temps on aptre désir s'empare d'eux, parce qu'ils sont à loême de le satis£aure : celui de la possession ; ils aiment mieux travailler avec des livres à eux, pouvoir, k toutes les heures, trouver chez eux ce qui leur est nécessaire. C'est pour œla qu'ils commencent^ et dans cette recherché, oà l'instruction 4u .savant se double et s'aiguise des aventures du chasseur , leur vie se passe souvent à rassembler pi us de matériaux qu'ils n'en emploient et même qu'ils n'en pourraient mettre, en œuvre. Ils sont bons juges, excellents conseillers, spectateurs bienveillants, en iméme temps du métier et du public,;d'une opinion cpm«; pélente et d'une curiosité érudite, pleins d'intérêt et exempts, d'envie, voyant tout bon travail av(9ç plaisir, et parce qu'il les dispense de le commencer ou de le &)irs'il se trouve dans le .sens de leurs études, et parce qu'il les laisse plus libres de se prendre à un nouveau sujet. Ils peuvent faire, mais ils aiment peut-être mieux aider à faire ; aussi se mettent-ils facilement à la disposition des autres |)Our leur ouvrir les

trésors de leurs livre», de leurs lectures, de leurs souvenirs de voyages, de leurs relations et au besoin de leur bourse. Ce soiit aussi des savants, mais ce sont surtout des amateurs dans racceptiob la meilleure du mot. Je n'ai pas besoin de vous dire que le. regrettable confrère, dont vous m'avez chargé de vous eniretQtiir^ était ;de ces amateurs et l'un des pHis distinguéii.

Marie^oseph-Cburles, comte de FEscalopier, est né, non pas au Lîancourt des la Rochefoucauld situé près de Clerqiont (OiseX mais, à son château patrimonial de Liancourt*- Fosse, près deRoye, département de la. Somme, le avril i8i3. U était . issu d'une ancienne famille, qui prétendait — *compae Scidigier — sortir des délia Scala de Véroiie'; ce qui est sAr, c'est qu'elle était déjà importante dans FÉdiei^ vinage. parisien d^ le scâzième siècle^, et que plus tard «Ile ei^erça jusqu'à la Révolndcm de noitibrëuaés charges au* Pùrlei^e^^ 4euK de ^es membres çnl furent même président!, l'iin^fu :morUer, l'autre aux enquêtes', et nous pouvons icmaiîq^r ici que cette famille eut, dès l'origine , un des Mtelsîd^. la place.Royale, parce que celui-ci, bâti comme les attires dans le premier tiers du dix-septième siècle et • vcH^iii de celifi dit/cardinal de Rîchelien, dut à une succès-

I . Voy. Généalogie de M, le pre'siJent PEsealopiery Cillions en Chain- ]Mg*e^ Jean Oun^entitt*, 4628, ta-8, réîroprimé en 1763, sous le titre de

'Mémoà^ géné^^gi^mé. Js là mait0m th l'Eeemle, ^ Férom^ thnt tute brancha a faii touche àParif stms le nom de CEeealopier , in*8 de 81 page^* On trouTe k la suite 33 pages'» ctiif5m à part, qui reproduisent une dédi« n^ d*UB prêtre irlandais aux fils du président Jean, protecteur de la Maison

. dea lfla^4aia, U Vmiiê.^LaChûênaye d^ Boù^ t.TI, p. 6tH69.-*OacMtijite un écrivain dans la famille^ le littérateur et historien Cbaiie^-^riVMPdiLfMi^ lopier de Nonnur.'^ La Pfœnia in obilum A. l'Etcafopier, conjugit C. Thui(' hgrU (llicliel G«igtM, lieitr de la Taillerie), legieui régis Gdiliarum ad

. FemeMm RfipiMic9m,'VJtmttàk, 4033, in-4, est on livre rare. — Je netais si jpierre l'Escf lopier, père jésuite, prédicateur, théologien et,liomai)iflte distingué du dix-septième siècle (1606-03), était de la même famille. • i. Woj, Ffaneois BhBchard, Les préiidenU au mortier du Parlement de Paris ^ Besongne, 4637, iu-M.,p. 383w4,,er,;à b fin, dans le Catalogue des Conseillers , p, 99, H t , 4 13.

aion ininterrompue et bien rare d'être encore possédé par leur descendent.

La RéTolution ayant changé Kancîen ordre social , la familleifeM. de L'Escalopier ne rentra pas daite les affaires, et il. dut pent^tre a ces chneonstanoes nonveUe» de pouvoir se livrer tout entier aux études» qui; avec les' amitiés nombreuses dont il n'a cessé d*étre entouré , ont été la plus ehère occupation de sa Tie. Il les cotnéiença dès la jeunesse ; sa mère , qui Toyait aveô plàistr naître ce goftt inteltigent et honorable , réoom{iensait chacun de ses sucoès au coiHége Charlemagne par des ouvrages précieux, et commença ainsi à développer et k affermir diez lui la passion de la recherdie et de la connaissance de)i livrer, qui ne devait plus le quitter.

O lurent ses sentiments et ses idées, profondémekircaâi<^ Kqt es- jusqu'au dernier jour et cela avec une foi aussi oom* plète et sincère que sknple, indulgente et désibtérei^iéte, qui imprîiaèrent etne cessèrent de oônset^r'à i^ étudeSiet ite bibliochèque, qui le» caractérisait autant -qu'elle les aervah, ime physionomie particidière et ane'tfnkè féconde, fin effets à part l'indispensable en tout genre et une partie spécialement réservée à la province de Picardie, où il était né et qu*il habitait tons les étés, sa collection était surtout consacrée aux antiquités catholiques et à toutes les branches de Varchcologie religieuse du moyen âge. Les plus impor^ tants de ses voyages ont tous été dans le même sens, — d^aîiord eehii de Jérusalem, qu'il fit dès 1836, époque à laquelle il était plus difHciie et plus périlleux qu'aii^ourd'hui , et qui était représenté chea^ lui par une réunion^ aussi intéressante que^nsidérable des pèlerinages et dés voyages de tous lés temps en Judée, — comme aussi ses divers s^ours à Eome, où l'attiraient les premiers restes des temps'ehrétiens, Pintérét qu'il prenait aux découvertes successives faîtes dans les Catacombes, et les relations instructives qu'il avait liées avec tous les savants distingués qui, en Italie et surtout à Rome, s'occupaient des mêmes matières.

Cette spécialité d'études, faîeii connue de tous ceûqui se troayuent AToir besoin d'y recourir, Tnvait fiut itdmettre à vifa^trab ans dans Totre cotopqgnte^ d'abord comme as-* sodé correspondant le d avril 1835, ensuite comme rneas'*bre résidant le 9 mars 183$^, et tous les traraux publiés par lui 6*y rapportèrent. Un court Essai sur ia chdteiienle tt J'abbâjre de Saim^Just^ publié en 188B*, une Noie sur un ret€tble de. f église de Faverolks^ arrondissenient de Mont«* didier (Somme), imprimée en 1840 -dans vo^ Mémoires^ ^ ne sont qiie des opuscules, comme a.nsst la Notice sur un tnà^ muerii intitulé Armâtes mundi ad anmun 1264\ dan« la^ quelle il décrit un manuscrit de la bibliothè^e de l' Arsenal, analogue à la Chronique de Saiut-Marien d'Auxerre, et en donne les sommaires, suivis d'ejLtraits^ relatifs aux fondations religieuses, anx origines liturgiques et aux légendes. Une plaquette, intitulée Divisions bibliographiques de Ik bibliothèque du comte Charles de CEscahpier^ Paris, Didot, 1847, in-8* de 16 pages, a un caractère tout à fait privé'; malgré cela il y faudrait insister si nous avions ici le temps de montrer comment toute réunion de livres se trouve forcément avoir un caractère dominant, auquel il faut obéit* pour qu'elle puisse recevoir tout le degré d'utilité dont elle est susceptible, et comment ce caractère dominant entraide nécessairement des divisions nouvelles et un classeraetkt particulier. Mais à cette éppque M. de TEscalopier avait déjà publié Tonvrage qui lui fait le plus d'honneur, cVstà«dire la traduction de Théophile, l'un des plus vieux traités sur la technique des arts, puisque nous ne possédons rien des livres spéciaux des anciens sur ce sujet, et c'est d'elle

que nous devons plutôt nous occuper. Comme tout le

4 . Saint-Jaat-en-Chaoasée (Oise), entre QenBont et Moatdidier.

3. Paris* Bime veuTe Dondey-Dnpré, 4836, in -8 d'une feuille.

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