‹ Sur Gérard de Roussillon. 5 [1] piècesChapitre 6 sur 59 · ROUTES ROMAINES · texte numérisé non relu

ROUTES ROMAINES

Le pays voisin de Ghâteau-Ghâlon, comme son territoire est sillonné déroutes antiques; et jusqu'à ce jour l'archéologie ne les a point signalées.

L'une arrivant de Poligny par la montagne, passe à Plasne, de là sous la forteresse de Ghâteau-Ghalon à cent mètres seulement plus bas, touche en cet endroit les champs Perrooi,

(1) Ce Dom est rindice assuré du passage de la voie romaine.

(2) Sur le droit d'asile à Omaos et daos son territoire, voyez les titres fort curieux pubUés en 1863 par M. Marlet. {Eclaircissements sur le titre de Franche-Comté, p. 125.)

(3) BuUe du 12 des kal. de juin 1148, par lequel le pape Eugène III confirme ce droit. (Inventaire de rarchevôcbé.)

(4) Enquête de 1423, signée de Yinario. {Archiv, de Dole,)

à droite (ce nom est significatif), contourne la montagne^ passe entre Gharrin et Saint-Martin^ ou la croix des Pârouses et le lieu dit es Pârouses en empruntent le nom y passe à Lavigny sous le nom de Graio) chemin tirant de Yoiteur A Layignt (titre de 4619) et arrive ainsi à I^ons-le-Saunier. Nombre de débris romains en sillonnent le passage.

Celte route se bifurque près de Saint-Martin^ pour arriver^ parla vallée de Névy et de Baume^ à la grande voie d'Isernore à Poligny vers Crancot. Dans la vallée fort étroite de Baume, un lieu dit la Pérouse en indique la direction précise.

Cette petite route transversale se bifurque elle-même, près du confluent de la Saille et du cours d'eau arrivant des villages de la Doye et de Blois. Le passage de la voie est marqué à Blois, par le lieu dit sous le Pérou. De la vallée elle monte sur la hauteur pour se diriger par le bois sur la forteresse de Château-Chalon, en passant dans les champs Paroux. Ces noms sont caractéristiques, et cette montagne si curieuse se trouve ainsi enceinte de routes romaines : preuve qu'elle a été occupée et habitée à l'époque la plus ancienne.

Une autre voie romaine, non plus par les hauteurs mais parcourant la plaine en face de Château-Chalon , se dirige comme la précédente de Lons-le-Saunier à Poligny.

Elle est tracée à l'ouest de Domblans, par Chevalier et l'auteur des annuaires du Jura. C'est celle qui porte le nom de Yie-Poire en plusieurs endroits, nom que les paysans ont converti en chemin de la Victoire ; elle passe au Gai-Farou, puis entre Frontenay et Bréry, arrive à Groson, et se dirige sur Poligny par le lieu de ce territoire appelé le Pérou.

Une de ses bifurcations prend la direction de Dole, et un titre de 1619 l'appelle le grand chemin de Bréry à Dole; cette route passe près de Yillette-les-Dole , dont le sol est couvert de débris antiques, et arrive dans cette ville par le vieux pont sur le Doubs, dont on voit encore deux arches : elle y descend en suivant la rue des Romains,

. Dénombrement de l'armée du roi, qui a fait venir outre Saône se$ hommes de guerre de toutes les provinces de son royaume* Concordance avec Tannaliste contemporain : undique plurimos fide-

Hum suarum convenire faciens (Voyez pièces justiûcat.^

n» VI, supra,)

(Novembre 870.)

Li rois se pensa bien que Girars manderoit (I) Et trestout son effort sur li assambleroit, 11 le savoit si fort et si fier de coraige Que de corps et d'avoir, se pense, aura domaige. Charte li rois de France mande trestout venir Outre Sone (2) où il est : là se voudra tenir Avecques ceuh qu'il ha ou (3) lui menés ainssois (k). L'arère ban venir fait de touz les François : Oncques ne demora en trestoute la France Chevalier n'escu!er puis qu'il fust de puissance (5) Qu'il ne venissent tuit dou roi au mandement. Pour obéir du tout à son commandement (6).

Si furent tuit li altre que dire vous vouroie; Mas le tiers ne le quart reconter ne pouroie. Il fi venir Anglois et tous ceulz de Bretaigne Les YUans (7), les Galois et touz ceulz d'Aquitaigne ; Il û venir à lui trestouz les Angevins Et la chevalerie de tous les Petevins (8) ;

(1) Assemblerait ses vassaux.

(2) Saône. Le roi était alors à Chàteaa-Chalon dans le Jura, près de Voiteur.

(3) Avec lui.

(4) Auparavant.

(5) Le plus qu'il y eut de force armée.

(S) Ce vers, qui manque dans notre ms., se trouve dans la copie de l'Arsenal.

(7) Les Irlandais.

(8) Les habitants du Poitou.

Il fi venir à lui trestouz les Berruers (i)

Et si fis! assambler trestouz les Henjuers (2);

Il fait venir la fleur de toute Picardie

Et les bons Thorangeaux et ceulz de Normandie;

Il fait venir la fleur de son paiis de France :

C'est bone gens es armes et plaine de vaillance;

Il fait venir Charlrains et tous ceuh de Bavière

Et ceux du Mans ; chascungs se trait à sa bannière ;

Il fait venir Briois (3) et tous les Champenois,

Tous ceulz de Gastinois et tous les Orlenois

Et tout plain d'autre gent dont je ne sai le nom :

Totevoies estoient-il gens de 1res grant renom.

Li rois ainssin ha fait son grand host assambler :

Partout lai où il vont, font la terre trambler;

Tant il y a belles armes et tant de biaux chevalx

C'oncque jour n'en vit tant Gauvains ne Parcevalx (A)

Trompes, corps et busines, gens, chevalx font tel noises

C'on les povoil bien oir de vingt lées (5) françoises.

[Roman en vers de Gérard de Rossillon, p. 70.)

Fourgues, neveu et député de Girard, se rend à Chàteau-Chalon pour offrir la soumission de son oncle à Charles le Chauve. Fait conforme à la tradition rapportée par M. Chevalier. (Mém. sur Poligny, p. 60.)

( Premiers jours de novembre 870.)

D'après cette tradition locale, le roi était à Château-Chalon, et Gérard dans un château voisin. Au contraire, dans le poème,

(1) Les habitants du Berry.

(2) Les habitants de l'Anjou vraisemblablement. (S) Les habitants de la Brie.

(4) Fameux héros de chevalerie dont le premier est déjà antérieurement cité.

(5) Lieues.

6i GÉRARD DB ROUSSILLON.

l'ambassade est envoyée au roi par le duc depuis la ville de Toulouse. L'auteur du roroan^ se trompant sur le sens de la tradition^ a-t-il pris le vieux château de Toulouse^ situé dans le Scoding à peu de distance de la forteresse occupée par le roi^ pour la ville de ce nom? L'esprit général des événements est fort altéré dans le chant de geste. Le poète ne connaît pas l'occupation de la Lotharingie par le roi des Francks. Dans son récit, Gérard n'est pas le défenseur généreux d'une cause abandonnée. Le roi, s'est emparé de la ville de Sens et même du château de Roussillon. C'est à Toulouse que la nouvelle de ces graves événements est parvenue à Gérard. Entre Charles le Chauve et ce feudataire^ le plus puissant de la Gaule, le débat n'a que la proportion d'un différend purement privé. Au milieu de ses conquêtes contre Gérard^ le roi est brusquement transporté à Château-Chalon, c'est là que l'ambassade lui arrive.

Li vaillans chevalier de l'aler s'aparoille :

En trestout son paraige (i) n'out li dus son paroillc;

Il estoit preux es armes couraigeux et hardis,

Oncques en ung bon fait ne fut accouardis (2) ;

Il fu de grant lignaige et de Irès-grant noblesce

De biauté^ de loquance^ fu plains et de proesce :

Tant fist qu'après sa mort de son grand pris parlon (3).

Il s'en ala au roi droit à Chastiau-Charlon :

Ce fut li nies Girart (4), qui Fourques fut clamés^

Il fu de toutes gens et prisiés y (5) amés.

Il s'en monte au palais lay ou li rois estoit^

Qui de Girart destrure sa gent amonestoit.

Estes vos le messaige devant le roi venu (6),

Devant lui s'agenoille : tuit se sont coi tenu.

Il salua le roi si bien comme le sont faire;

Mas li rois ne dit mot^ tant ha cuer de put aire.

(1) SoD affinité^ son alliance^ sa noblesse.

(2) Timide.

(3) Nous parlons de tout ce qu'il valait.

(4) Le neveu de Girard.

(5) YyovLvet

(6) Voici le messager arrivé devant le roi.

Cilz parla hautement si que tuit Tout oï^ Ne fut couars ne nices ne Gst pas Téboï (1).

Bien pert à son parler quMl fut à bonne escoule.

a Sirès rois entendes, s'il vous plaist, ma paroule. Cà m'envoie li dus Girars de Rossilion ; Et treslouz ses barnaiges partout se mervoillon Comment vous li voulés à tort touillir sa terre Senz nulle deffience (2) ne senz li mander guerre. Sires, li dus Girars est bons de grant vaillance. Et si est vostre bons lige et en vostre fiance. En tout vostre royaume n'avez nulz plus puissent Ne d'aidier à servir vous, nul mieux cognoissent (3). Il est preux et bardis et saiges et vaillans ; De faire vostre preu (4) ne fut oncques faillans. Devant touz ouse dire, senz noise et senz plaidier, Nulz cbevaliers au monde ne vous puet mieux aidier De force ne d'amis^ d'avoir ne de ricbesce, De scenz ne de valeur, d'onor ne de prouesce. Après, mon cbier signeur, si com pour voir savez, Espousées deux sors germanes vos avez :

Vostre eiïant et li sien seront cosin germain. Sire, prenés cy garde por Dieu et saint Germain (5), Yuillés prandre en amour celui qui est tous vostres Et gardés bien vos terres et nous laissiés les nostres ; Guardés que traiteur ne malvais losangier (6) Vostre très-grant ami ne vous facient cbangier. S'il est nulz si bardis qui li ousoit surmettre (7) Qu'il ait fait contre vous par bouicbe ne par lettre.

(1) Ebouer et ébover, en langue d'Oll. signifient effrayer, intimider. Esbaîf d'où notre mot ébahi, a le môme sens.

(2) Défi.

(3) 11 faut prononcer puissant et cognoissani. Nous avons déjà remarqué la tendance du poète ou du copiste à conserver çà et là les formes latines, comme le seraient ici potens et cognoscens,

(4) Ce qui vous est avantageux.

(5) Foy que doibs saint Germain, (Copie de rArsenal.)

(6) Flatteur.

(7) Accuser.

64 GÉRARD DE ROOSSILLON.

Il est apparoilliés (1) de M souffre à deffendre (2)

Et dedans Tostre Court touz près de bon droit prendre^

Sauf alant et Tenant^ et ses biens restaublis

Qu'à tort^ seoz nulle cause^ lî ayés destaublis (3).

Par moi tous mande ainssin ^ com son sigoeur vous prie

Que li faites bon droit devant toz baronie. d

— Charles ha entendu moult très-bien le messaige;

Mas ne vont pas tout dire ce qu'il out en.coraige (h) :

Toutefois respondit très foulenessement (5)^

Très députairement (6) et très angressement (7) :

(( Chevaliers^ se.céens n'eussiez tant d'amis^

Jamais ne vous véist qui vous a cy tramis (8);

Mais je vuilz bien qu'il saiche que tant com je porrai

Ne li lairai de terre plain pré (9), ou je morrai.

Saicbiés certainement et point ne m'escuidiés (10)^

Girars est faux félons^ et fouis outrecuidiés (il) ;

Mes paroilles cuide estre et cuide à moi partir (12);

J aurois eu plus chier qu'il fist de moi martir (13).

Combien qu'il aie le cuer fort et Ger y adroit^

Je li ferai tout perdre soit à tort soit à droit;

Je le ferai corps sainte je l'osterai de terre :

Il ne puet longuement sostenir ma grant guerre;

Mais jou promet à Dieu que se jou puis vif prendre^

(1) Prêt.

(2) De B'offi'ir à se défendre.

(8) Même version dans la copie de rArsenal. — On lit destablis au m* de Sens, c'est-à-dire vous l'avez privé.

(4) Au ccBur, en pensée.

(5) Avec beaucoup d'emportement. — On lit felonneusement dans la copie de l'ArsenaL

(6) Voici les expressions de pute aire^ dont nous avons parlé^ réunies en un adverbe.

(7) Avec beaucoup d'aigreur.

(8) Envoyé ici. En latin transmisit.

(9) On lit plain pied dans la copie de l'Arsenal.

(10) Et ne refusez pas d'y ajouter foi.

(11) Et un fou rempli de présomption.

(12) S'égaler & moi.

(13) Voici la variante de la copie de l'Arsenal :

Mais j'auroye plus ohier qu'il me feist martyr.

Il n'iert (1) ars ne noyés^ mais je le ferai peadre.

Or li va reouncier ceste bêle novelle :

Bientost verra tranchier maint chief^ mainte cervelle.

Auxi bien com abbés mon convent (2) li terrai;

Tant en ferai venir et tant en amenrai

Que j'en aurai bien cens pour ung qu'il en aura^

Mon povoir et ma force prochainement saura.

(Poëme cité, p. 62.)

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