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LA POÉSIE DE FAMILLE

EN ALLEMAGNE

(Doit et Avoir, par Gustave Frcytag. Lcipzick '.)

La poésie est le premier besoin d'un Allemand. Où il la trouve, il ne demande rien de plus. Où elle n'est pas, il cherche à la créer, la tirant de lui-même et la répandant sur tout ce qui l'entoure. Sa vie, dans le cercle étroit qui la borne, s'arrange naturellement comme une idylle ou un tableau épique. Il ne faut pas toujours se lier à la candeur apparente de l'Allemand. Mais lui seul parait encore capable, au milieu des raffinements de la civilisation, d'une candeur que rien ne ter-

i. Revue contemporaine, octobre 1856.

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nisse cl que rien n'entamo; et c'est là un don de l'âme essentiellement poétique. Il a des facultés vierges; il sait jouir avec sincérilé et rêver sans se moquer de ses rêves; l'esprit, le pur et subtil esprit, ce })rivilège fatal et charmant de la race française, lui est encore à peu près inconnu. On dirait à le voir si enthousiaste, et cependant si calme, qu'il est sorti d'hier des forets de la Germanie primitive et qu'il campe à Vienne ou à Berlin comme sous la tente des patriarches. Gœlhe, dans ses fragments, trop négligés, de littérature et de philosophie, émet à ce propos une opinion caractéristique. « Comme il n'y a pas, dit-il, de plus noble délassement et de plus pure jouissance que la poésie, tous les Allemands, à quelque condition qu'ils appartiennent, devraient se mettre à écrire des vers sur les événements de leur vie journalière. Pour peu qu'ils eussent de culture et que les règles essentielles de l'art ne leur fussent pas inconnues, ces vers auraient presque toujours du mérite et seraient dignes d'être lus par d'autres que par Fauteur. » Je frémis d'un tel conseil s'il était donné et suivi en France. Un Français n'écrit, pour ainsi dire,

que devant son miroir, en se contemplant luimême, avec le dessein bien arrêté d'être applaudi. Par un phénomène moral, dont il faut chercher l'explication dans l'infatigable vanité que nous reprochent les étrangers, il se dédouble, il peut, à la môme heure, au même instant, éprouver de violents transports et calculer ce que ces transports, rendus par de belles images, lui rapporteront d'admiration, de larmes flatteuses, de sourires sympathiques, d'honneurs et de couronnes. Il y a toujours en lui de 1 Alexandre qui trouve, au milieu des périls les plus pressants, le loisir de s'écrier : « 0 Athéniens, qu'il m'en coûte pour vous contraindre à parler de moi! » Aussi les vers d'amateur sont-ils chez nous autant de meurtres, accomplis avec préméditation; et la métromanie, si elle devenait universelle de ce côté-ci du Rhin, serait la folie la plus insociable qui pût y exercer ses fureurs. Gœthe, lorsqu'il donnait ce périlleux conseil, savait très bien que l'Allemand, replié en lui-même et vivant là, au plus profond de son moi, d'une existence féerique, illuminée de feux d'artifice indescriptibles, est capable de se découvrir du génie et de ne

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confier sa découverte à personne, d'éprouver toutes les joies et tous les ravissements du ciel à se réciter les Lieder qu'enfante son cerveau et de n'y pas chercher un lecteur, d'être enfin lui seul à lui-même son public, son auditoire et sa postérité; à peu près comme dans un ordre d'idées différent, lorsqu'il discute en philosophe les fondements de la société politique, il détruit et fauche sans pitié, fait un carnage inouï d'institutions et de croyances, et ne voudrait pas seulement, si on le poussait à la pratique, retrancher du monde un caporal autrichien. Le Français aime trop souvent la muse en conquérant; c'est une belle maîtresse dont il est fier; il veut qu'on la voie; il la mène au bois à l'heure où il est siir d'y rencontrer le plus de monde; il la fait asseoir dans sa loge, en plein Opéra, et, quand les yeux des spectateurs sont fixés sur elle, il se lève, il gesticule, tout en lui nous crie : « Regardez, elle est à moi. » Il y a tel de nos poètes que je ne puis m'empécher d'apercevoir encore penché sur son secrétaire, occupé à écrire ses vers au moment même où je les lis. Derrière chacun de ses mots, je vois ses mines et ses attitudes. Je

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pourrais les reproduire exactement sans en altérer la moindre nuance. Je lui rappellerais à luimôme, s'il l'avait oublié, comment il s'est essuyé le front après cette strophe sublime; comment, lorsqu'il a mis dans la bouche de son héros ces imprécations vengeresses, il a levé vers le ciel un bras menaçant et de quel air de bienveillance béate il s'est écrié en terminant cet hvmne à la louange des humbles : « Nicole, apjjorte-moi mes pa?itou/les. » Un Allemand aime la poésie pour elle-même; il ne lui demande que des jouissances de cœur, les longues heures à deux dans les sentiers détournés, sous les ombrages mystérieux. Il est si pleinement heureux de son commerce qu'il n'a point le temps d'en être vain. Signe infaillible d'une vraie passion î L'Allemagne a eu cette bonne fortune qu'au moment où la grande poésie s'est développée chez elle, les mœurs étaient d'une simplicité extrême. On ne connaissait point le luxe, même dans les capitales. Si les imperceptibles potentats de la vallée du Rhin s'étaient mis en tête, au xvii^ siècle d'imiter le faste de Louis XIV et d'avoir leurs Versailles en miniature, l'exemple de Frédéric II,

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Faustérilé singulière qu'il affectait, sinon dans sa conduite, au moins dans sa tenue et dans celle de sa cour, avaient bientôt arraché les princes allemands à ce goût dangereux de la dépense, et la somptuosité passagère de quelques landgraves n'avait pas eu le temps de s'étendre et de pénétrer dans le reste de la nation. On aura une idée de l'existence unie que menaient les bourgeois de Berlin, à la fin du dernier siècle, lorsqu'on saura que la grande débauche des plus notables était d'aller le dimanche dans un restaurant, situé près de la Maison des Invalides, manger en famille du jambon au pois. Cette simplicité de goûts et de vie, outre qu'elle mettait plus d'abandon et de fraîcheur dans les relations sociales, devait avoir nécessairement pour effet de rendre les imaginations et les cœurs plus sensibles à l'attrait de la poésie, seule magnificence et seul plaisir qui parussent permis, seule déesse brillante qui vînt jeter son éclat et sa diversité sur ces jours uniformes. La poésie, à laquelle on subordonnait et le confort et le gain et toutes les jouissances matérielles, n'avait d'autre rivale que la musique, alors comme aujourd'hui passion

universelle du peuple allemand. Mais la musique était elle-même un acheminement vers la poésie. Et comme, de plus, Finstruction, soigneusement répandue par le protestantisme et les rois philosophes du xvm" siècle, avait élevé toutes les classes à un certain degré de culture, les œuvres ■des poètes, lorsqu'elles commencèrent à paraître, au lieu de rester le privilège de quelques lettrés en petit nombre, devinrent aussitôt le patrimoine de la nation tout entière. Depuis les Grecs, aucune poésie n'a été plus profondément nationale et aucun peuple ne s'est plus absolument identifié avec ses poètes. Tieck n'était que le fils d'un maître cordier, et avant môme qu'il eût touché le seuil d'un gymnase, Gœthe lui était devenu familier. Tout enfant, tandis que sa mère rélevait avec la Bible, son père l'élevait avec Gœtz de Berlichmgen, « auquel le digne homme croyait comme aux livres saints ». A défaut de mille petits faits semblables, un fait général, trop peu observé jusqu'ici, attesterait encore la popularité des poètes et la merveilleuse puissance de la poésie en Allemagne. Cette œuvre difficile, que l'esprit et l'éloquence ont accomplie chez nous

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au xviu* siècle, le mélange des classes et le trioniphe de l'égalité, c'est la poésie qui l'a préparée au delà du Rhin. Quelque étrange qu'il paraisse de rapprocher l'un de l'autre l'auteur d'IIermann et Dorothée et celui de Candide, Gœthe en ce point a été le Voltaire de l'Allemagne, et Carlyle ne s'est pas abandonné au frivole plaisir de soutenir un paradoxe, il a jeté sur l'histoire intellectuelle de notre époque un magnifique trait de lumière, lorsque, voulant donner la formule de Gœthe, il a défini sa poésie « le complément de la Révolution française. »

Cette passion et cette aptitude toute spéciale des Allemands pour la poésie viennent de se révéler une fois de plus par le succès de Doit et Avoir, parvenu en moins d'une année à sa cinquième édition. C'est le roman selon leur cœur. Puisque leur faculté propre est de tout convertir en poésie, même parfois l'histoire la plus aride et la métaphysique la plus sèche, puisqu'en toutes choses c'est la poésie qui les séduit et qu'elle leur suffit partout, ils n'exigeront rigoureusement de leurs romanciers aucune de ces qualités de réflexion ni aucun de ces efl^ets vio-

lents que nous sommes habitués à trouver dans les nôtres. Des analyses délicates et minutieuses, des passions brûlantes, des amours coupables, le développement d'un caractère fortement accusé, l'action lente d'un vice étudié depuis son origine jusqu'à ses dernières conséquences, des personnages fameux mêlés à des événements fictifs qui fassent ressortir leur génie et nous rendent leur rôle plus intelligible, des situations haletantes, des imbroglios inextricables, des drames de ménage sinistres, où chaque détail, môme le plus vulgaire, soit un incident qui oppresse et chaque mot une catastrophe, les rangs bouleversés, le rapprochement soudain des extrêmes, du prince et du mendiant, du forçat et de la sœur de charité, chose dont nous avons tant abusé, rien de tout cela ne leur est indispensable. Pourvu que leur âme soit doucement remuée, pourvu que leur imagination soit alléchée par des tableaux riants, par des scènes d'une suavité pure, et qu'un récit, plein d'onction, les porte sans secousse trop vive vers une moralité honnête, qui flatte leur bonhomie, on pourra leur servir vingt fois de suite, sous vingt formes différentes,

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l'histoire du bon Fridolin et du méchant Thierry; à chaque fois ils seront satisfaits, ils seront ravis. Je ne dis point qu'il n'y ait pas autre chose dans lœuvre de M. Freytag. Mais à coup sur on se tromperait, si l'on s'attendait sur le titre à y trouver un de ces terribles romans d'affaires, conduits droit à leur but, avec la logique impitoyable d'un géomètre, comme par exemple César Birotteau, où l'intérêt et le drame reposent aussi sur une question de Doit et Avoir. En dépit de l'engouement fort légitime dont nous nous sommes pris pour les romans de famille depuis la mort de Balzac et l'enterrement, définitif, je l'espère, du roman feuilleton, je doute que, si l'on traduisait tel quel en français cet ouvrage, la fiible ou plutôt l'une des trois fables principales qui le composent, la double histoire, parallèlement racontée, du sage Antoine et du pervers Itzig obtînt beaucoup plus chez nous qu'un succès de mères de famille et de pensionnats de demoiselles. Et cependant il est impossible de lire l'original sans être charmé presque à chaque page; une foule de qualités précieuses s'y révèlent; par ses défauts mômes, il restera l'un des

types les plus curieux qui se soient produits à notre époque du génie et du caractère allemand, et c'est à ce litre surtout que la critique lui doit une attention spéciale.

Voici d'abord l'analyse succincte des événements de toute sorte que M. Freytag a mêlés dans son roman. Le baron de Rothsattel, l'un des seigneurs les plus considérés de la province de N***, vit paisiblement sur ses terres entre sa femme et sa fille Lénore ; son fds Charles est au service. Avec toutes les apparences du bonheur, le baron est tourmenté d'un souci qui devient chaque jour plus cuisant. Sa fortune suffit pour lui assurer une existence honorable. Mais que sera cette fortune, partagée entre son fils et sa fille? Que deviendront les enfants de ses enfants et leurs héritiers si son bien va toujours se divisant et s'éparpillant, au lieu de s'accroître à mesure que sa famille produira des rejetons plus nombreux? Faute d'une industrie

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qui augmente journellement ses capitaux, il voit, au bout (le trois générations, sa postérité dépouillée du fief de Rotlisattel, errante et dispersée, loin du manoir de ses ancêtres, aux quatre coins de IVVUemagne. Ces inquiétudes exagérées sur l'avenir sont entretenues chez lui par une crainte beaucoup plus sérieuse que lui donne le présent. Sa fille Lénore, élevée à la campagne, n'a encore reçu, vers l'âge de quinze ans, qu'un commencement d'éducation irrégulière et décousue. Assez mal surveillée par son père, dont toute l'attention est absorbée par le soin de son domaine, accoutumée dès l'enfance à courir seule les champs, à pied ou à cheval, elle a contracté, dans son langage et dans ses manières, des habitudes de liberté qui, fort innocentes en elles-mêmes, peuvent un jour lui devenir funestes, car la société ne pardonne guère qu'on ignore ses usages, et les bienséances se vengent presque toujours cruellement de ceux qui les choquent. Le baron sait combien il serait nécessaire qu'elle vît le monde et qu'il allât passer avec elle deux ou trois hivers dans la capitale. Mais ses revenus sont juste suffisants

pour le faire vivre à la campagne. S'il se met à tenir double maison, à recevoir et à être reçu, il faudra qu'il se condamne pendant une partie de l'année, non pas à des privations, — ce n'est pas ce qui l'effraye, — mais à une économie mesquine, peu en rapport avec les exigences de son rang. Et cependant, le séjour périodique de la ville est le seul moyen d'achever l'éducation de Lénore et de corriger ce qu'il y a en elle de fantasque et d'inusité. Dans cet embarras, il se décide, après de longs combats, à écouter les conseils de l'honnête M. Ehrenthal, marchand juif de la ca})itale, qui lui persuade d'emprunter sur son bien à la Société hypothécaire de la province cinquante mille thalers en lettres de gage, et d'attendre à les faire valoir dans quelque bonne entreprise. Cet Ehrenthal, dont la fausse bonhomie a depuis longtemps séduit le baron, est un brocanteur d'affaires assez louches, qui gagne ce qu'il peut, comme il peut, tranquille sur ses gains, quelle qu'en soit l'origine, tant que la justice n'a point le droit de s'en effaroucher. Il ne cherche naturellement qu'à exploiter à son profit l'inexpérience du baron; peut-être

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même prévoit-il déjà sa ruine et l'heureux moment oii il s'installera, lui, Juif et fils de Juif, dans le châleau d'un fils des croisés. A peine le baron s'est-il établi en ville, muni de ses lettres de gage, qu'Elirenthal réussit, au moyen d'une opération qui lui procure des bénéfices rapides, à pousser sa confiance jusqu a l'aveuglement. Au bout d'une ou deux années, les dépenses de Rothsaltcl s'élèvent désormais bien au delà de ses revenus, et les résolutions énergiques paraissant nécessaires pour remettre dans son budget l'équilibre détruit, Ehronthal saisit l'occasion et l'engage dans deux spéculations, également compromettantes pour sa fortune. D'abord, en lui montrant l'ap[)àt de gros intérêts à percevoir, il lui fait prendre liypotlièque pour quarante mille thalers sur une terre du comte Zaminsky, située hors de la province; bien entendu, ce comte est plus qu'à demi ruiné, et le baron circonvenu n'en sait rien. Bientôt après il lui persuade d'élever une fabrique de sucre de betteraves sur son propre domaine; et comme Rothsattel, après le placement qu'il vient de faire, n'a plus sous la main les sommes suffisantes.

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Ehrenthal n'hésite pas à lui avancer, moyennant sûreté, des fonds considérables, se promettant bien, lorsqu'une crise sera imminente, de la précipiter en retirant son aide et de tarir brusquement la source où le baron se croit toujours certain de puiser.

C'est alors que deux personnages nouveaux interviennent activement dans ce drame. Ils sont nouveaux, ou à peu près, pour le baron, mais non pour le lecteur, puisqu'on les voit en scène dès le premier chapitre du roman. Antoine Wohlfart et Veitel Itzig sont tous deux originaires d'Ostrau et tous deux orphelins. Ils ont quitté le même jour leur petite ville pour chercher fortune dans la capitale. Antoine est entré dans la maison T. Schrœter, renommée pour la sûreté autant que pour l'étendue de ses relations commerciales, et, grâce à son intelligence et à son zèle, il s'y est rapidement élevé à d'importantes fonctions. Itzig est allé frapper à la porte de son coreligionnaire Ehrenthal, qui lui a rendu d'abord l'existence assez dure. Mais l'industrieux Itzig, en prêtant de petites sommes à courte échéance, en achetant des créances désespérées, auxquelles

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il savait rendre une partie de leur valeur, en se faisant, à ses heures de loisir, l'intermédiaire et le courtier d'un incessant commerce de vieux effets et de vieux meubles, a fini par réaliser un capital qui a ébloui son patron; de telle sorte qu'Ehrenthal, après l'avoir employé à cirer ses bottes, en a fait successivement son teneur de livres, son associé et le confident de ses projets. Il y a longtemps du reste qu\\ntoine et Itzig^ sont secrètement liés, par des passions et des intérêts différents, à la destinée du baron. Antoine aime Lénore, dont le hasard la rapproché à son entrée dans la vie active, et qu'il a revue souvent depuis dans un salon de la capitale. Itzig aime le château de Rothsattel, qui a eu ses premiers regards de convoitise. Ces premières amours de Juif sont terribles, et Itzig n'a jamais oublié le château. Une opération hardie vient justement de le mettre à la tête d'une somme assez ronde. Un sien ami, du nom d'Ilippus, avocat fort savant, brouillé avec la police, lui a enseigné en vingt leçons toutes les embûches dont le régime hypothécaire est semé et tous les pièges qu'un habile homme peut tendre

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au moyen du papier timbré. Sa fortune et sa science lui permettent dorénavant d'aspirer, sans trop d'outrecuidance, à devenir seigneur suzerain du fief de Rothsattel. Initié à tous les plans d'Ehrenthal, qui ne connaît pas les siens, il lui sera facile de les déjouer, de saisir au moment propice la proie que guette son patron et d'être le Raton de ce Bertrand. Pour cela, il devient, sous le nom d'un tiers, à l'insu d'Ehrenthal, actionnaire de la fabrique et créancier du baron. C'est en vain qu'Antoine, vaguement informé par des propos d'auberge des manœuvres d'Itzig, avertit Rothsattel de se tenir sur ses gardes. C'est en vain que, pour sauver l'héritage de Lénore, il forme une ligue avec le propre fds d'Ehrenthal, Bernard, jeune homme d'une grande noblesse d'aine, qui souffre de la cupidité de son père, et qui au fond la maudit. C'est en vain qu'il réussit à fléchir Ehrenthal lui-même. Rothsattel commence à se défier du marchand lorsqu'il devrait s'abandonner à lui sans conditions. Survient une crise. Placé par les opérations de sa fabrique en face d'exigences et de besoins qu'il ne peut satisfaire, il n'imagine pas d'autre moyen, pour

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au moyen du papier timbré. Sa fortune et sa science lui permettent dorénavant d'aspirer, sans trop d'outrecuidance, cà devenir seigneur suzerain du fief de Rothsattel. Initié à tous les plans d'Elirenthal, qui ne connaît pas les siens, il lui sera facile de les déjouer, de saisir au moment propice la proie que guette son patron et d'être le Raton de ce Bertrand. Pour cela, il devient, sous le nom d'un tiers, à l'insu d'Ehrenthal, actionnaire de la fabrique et créancier du baron. C'est en vain qu'Antoine, vaguement informé par des propos d'auberge des manœuvres d 'Itzig, avertit Rothsattel de se tenir sur ses gardes. C'est en vain que, pour sauver Théritage de Lénore, il forme une ligue avec le propre fils d'Elirenthal, Bernard, jeune homme d'une grande noblesse d'ame, qui souffre de la cupidité de son père, et qui au fond la maudit. C'est en vain qu'il réussit à fléchir Ehrenthal lui-même. Rothsatlel commence à se défier du marchand lorsqu'il devrait s'abandonner à lui sans conditions. Survient une crise. Placé par les opérations de sa fabrique en face d'exigences et de besoins qu'il ne peut satisfaire, il n'imagine pas d'autre moyen, pour

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obtenir de l'argent, que de se livrer à Itzig; il sacrifie jusqu'à son honneur, et bientôt, en dépit de ce cruel sacrifice, sa ruine est consommée.

Mais le roman n'est pas fini. Il me faut môme présenter tardivement aux lecteurs deux personnages encore qui vont s'élever à l'emploi de premiers sujets, mais dont l'un, malgré sa physionomie originale et son caractère remuant, n'a joué jusqu'ici dans cette histoire qu'un rôle secondaire, tandis que l'autre, avec sa douceur et son abnégation, a passé presque inaperçu. Il s'agit de Fink, l'ami d'Antoine, et de Sabine, la sœur de T. Schrœter. Qu'est-ce que Fink? Il n'est point aisé de répondre et de reproduire en quelques traits cette figure de haute fantaisie que M. Freytag a dessinée avec une prédilection marquée. Imaginez, si vous le pouvez, un Yankee dont l'orgueil consente quelquefois à se dédire, une sorte de Méphistophélès gentleman, à demi réconcilié avec les hommes, qui se moque du bien sans parti pris pour le mal, qui se plaise à faire ressortir sans cesse les ridicules et les faiblesses de la nature humaine, et qui montre, par ses propres actions, tout ce qu'il y a en elle de géné-

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rosilé et de grandeur : vous aurez Fink. Gentilhomme de naissance, Fink, voué au négoce par la volonté paternelle, est cependant demeuré gentilhomme. 11 n'a que des goùls nobles, les chevaux, les armes, la chasse, la galanterie, la grande culture. Après mille escapades et mille aventures, qui l'ont conduit de Hambourg à New-York, et de New- York dans les solitudes de l'Amérique du Sud, placé par son père chez M. Schrœter pour y achever son éducation commerciale, il bouleverse du haut en bas la maison paisible du négociant. Il éprouve un âpre plaisir à dégoûter les commis, bonnes gens aux mœurs simples, des joies innocentes de leur état, et à tourner en ridicule le zèle important qui les relève à leurs propres yeux. 11 leur enfonce dans les chairs le collier de servitude (ju'ils ne sentent point. Il leur souffle l'esprit de mécontentement et de révolte; chacune de ses paroles sangle comme un coup de fouet : c'est le serpent dans le paradis. Rien n'est à l'abri de ses sarcasmes, pas même le Principal, espèce de dieu terrestre, trônant sur ses

ballots, dont tous les employés, porte-faix, cais-

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