‹ Sur Gthe [microform]Chapitre 22 sur 28 · II:*- 1?- if · texte numérisé non relu

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siers, teneurs de livres, contemplent la majesté silencieuse avec un respect plein de tremblement. Antoine, seul, ose résister à Fink. Outragé par lui, il va jusqu'à le provoquer en duel. On s'attendrait à les voir dès lors ennemis acharnés. Mais l'orgueilleux Fink, sensible à ce trait de courage, décline la provocation et fait de son adversaire son compagnon inséparable. Ce n'est pas qu'il soit d'abord séduit par les qualités solides d'Antoine, qui, plus tard, doivent le soumettre et le dompter. Il a seulement reconnu en lui « de la race » ; il prend, à le former, le môme genre d'intérêt qu'à dresser un cheval farouche. C'est lui qui enseigne au timide jeune homme à porter un habit et à tenir son chapeau. C'est lui qui le présente à très haute et très puissante dame la comtesse de Baldereck, et qui le lance dans la haute société de la capitale en le faisant passer lestement pour le bâtard d'un empereur. Tel est l'homme singulier pour lequel Sabine» l'ange protecteur de la maison T. Schrœter, éprouve une passion d'autant plus profonde qu'elle dort muette au fond de son âme. Fink a beau la blesser dans ses délicatesses de femme

et d'Allemande, heurter toutes ses idées d'économie domestique, trouer à coups de fourchettes ses nappes les plus fines, rentrer chaque nuit à une heure où les honnêtes gens sont rarement dehors, raconter à table des histoires incong-rues: elle l'aime, elle pleure de l'aimer, et se cache si bien de ses larmes qu'Antoine seul a deviné son secret. Pour Fink, il court les bals; il adore trois ou quatre femmes à la fois : M^'" de Baldereck le lient pour son fiancé, Rosalie Ehren- (hal le reçoit à la sourdine, et il ne serait pas gentilhomme et digne en tout point d'une bellemère d'aussi haut rang que la Baldereck, s'il n'entretenait une danseuse du Grand-Théùtre. Comment Sabine, à qui ces intrigues ne peuvent échapper, ne ferait-elle pas un sérieux retour sur elle-même? Comment ne serait-elle pas effrayée de se sentir enchaînée au destin d'un homme qui, dans son orgueil, joue sans cesse avec son existence et celle des autres? Aussi jure-t-elle de surmonter cette fatale passion. Quand Fink, rappelé brusquement en Amérique par de pressantes affaires de famille, songeant trop tard, à cette heure solennelle de la sépara-

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lion, quel trésor il va perdre, demande à Sabine d'être la compagne de sa vie, Sabine a le cœur brisé, mais elle refuse. Pauvre femme, à qui il ne reste dans sa douleur d'autre consolation que ramilié d'Antoine; et cette amitié même va lui faire défaut!

Antoine, en effet, ne pense qu'à Lénore. Se rapprocher d'elle, se dévouer à elle, il ne forme pas d'autre vœu. La ruine du baron lui offre enfin une occasion de le réaliser. Dans le désespoir où Rothsattel est plongé, il n'a ni le sang-froid ni l'énergie nécessaire pour disputer aux intrigues d'Itzig les débris de sa fortune. Déjà il doit renoncer au fief de Rothsattel; il ne lui reste d'autre refuge que cette terre polonaise du comte Zaminsky, sur laquelle il a pris hypothèque et qu'il s'est ensuite laissé induire à acheter un prix fort au-dessus de sa valeur. Mais cette terre est depuis longtemps abandonnée : il faut tout y créer, l'habitation et les cultures, et tout créer au milieu d'une population hostile; l'idée seule de tant de soins accable le baron. Pour comble de malheur, au milieu des chagrins, des larmes et des fatigues, il devient aveugle. C'est alors que

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Lénore, dans un admirable élan de cœur, sonire à Antoine qui n'est plus tout à fait un inconnu pour son père, puisqu'il a vainement essavé de l'éclairer sur les projets d'Itzig. Ce qu'on propose à Antoine, c'est le sacrifice de son existence tout entière : abandonner la maison Schrœter, s'exiler en Pologne, y vivre en ami, lui dit-on, mais peut-être aussi en domestique d'un grand seigneur. N'importe, il vivra auprès de Lénore, et il accepte. Il vient pourtant de rendre au Principal un de ces services qui lient pour toujours un homme à un autre. Dans un récent voyage au milieu de la Pologne insurgée, il l'a tiré des mains d une bande de furieux qui se préparaient à l'égorger. Depuis ce temps, Sabine, émue de son courage, a senti se transformer en un sentiment plus vif et plus tendre l'affection presque maternelle dont elle l'enveloppait naguère , quand il était encore au seuil de la jeunesse, timide et ignorant le monde. Il est devenu homme maintenant, et elle l'aime en homme; Fink, qui était l'objet de ses entretiens avec lui, n'en est plus que le prétexte; elle lui parle moins de son ami et davantage de lui-même.

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Antoine, cependant, ne remarque point ces symptômes; il n'entend pas les conseils de Schrœter qui lui montre en perspective, dans son com|)toir, la fortune à laquelle il va tourner le dos, et plus encore, le bonheur! Le bonheur, il est là-bas dans le manoir désolé et non dans cette maison florissante. Il part donc, — et avec quelle joie secrète! avec quels doux mouvements d'espoir! — afin de tout préparer en Pologne pour recevoir les Rothsattel ou plutôt Lénore.

Mais, hélas! une fois qu'il s'est établi à X***, tout change d'aspect; la. tristesse sur cette terre de deuil fait place à l'espérance. Lutter chaque jour contre la malveillance des paysans et la jalousie des palatins du voisinage, rétablir Tordre dans la propriété, contenir les maraudeurs et les braconniers, habitués à un long pillage, forcer l'indifférence des autorités locales à protéger la famille allemande, et tout cela sans obtenir même la confiance du baron, qui ne voit plus partout que des ennemis et d'avides intrigants! Antoine succomberait à ces devoirs pénibles si, par un bonheur inattendu, Fink ne lui tombait un beau jour dans les bras, arrivant tout frais

des Montagnes Rocheuses sans se faire annoncer. Fink a reconnu décidément que le commerce ne lui convient pas, surtout le commerce chez les Peaux-Rouges, agréablement entremêlé de trahisons et de chasse à rhommc. C'est pourquoi il a pris le parti de déserter, avec armes et bagages, la très honorable Compagnie de l'Ouest, non sans avoir eu la précaution de ménager une déconfiture complète à ses associés, qui étaient d'abominables coquins , et de les dénoncer comme tels dans tous les journaux de l'Union. Il sait que les ménagères allemandes sont ennuyeuses à périr. Il frémit à l'idée des jeunes margraves qu'on rencontre chez M'"*" de Baldereck. Mais il a hanté les démocrates propriétaires de nègres et il se résigne à tout. Il arrive justement pour être témoin de scènes terribles au milieu desquelles il se joue; la province polonaise est en feu, et les paysans soulevés viennent assiéger le château de X***. Le sang-froid de Fink et son esprit fertile en ressources ne sont pas à son ami d'un médiocre secours pour écarter le péril et sauver la petite colonie allemande. Mais que sert à Antoine cette victoire!

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