‹ Sur Gthe [microform]Chapitre 23 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

En dépit des obligations sans nombre que contractent à son égard les Rothsattel, il v a entre eux et lui un mur infranchissable. Le baron le considère comme un tuteur importun et le fatigue de ses résistances capricieuses, à peine dignes d'un enfant. Encore si l'amour de la fille lui restait! Lénore Taime toujours, il est vrai; comme une sœur dévouée, elle le console, par ses tendres soins, des aigreurs du baron; ce n'est plus toutefois pour lui la Lénore des premières années. Lui-môme, plus il apprend à la connaître, vaine, fantasque, étourdie — (du moins c'est ainsi maintenant qu'il la voit), — plus il se rappelle, malgré lui, les vertus sérieuses qu'une autre eût consacrées peut-être à son bonheur. Mais voudrait-il ravir Sabine à Fink, revenu sans doute d'Amérique pour elle seule? Fink, cependant, est bien loin des pensées que lui prête Antoine. Il songe avec quelle adresse et quelle vaillance Lénore manie un cheval; il Ta vue durant le siège du chtlteau, belle de courage et d'ardeur, impatiente de charger l'ennemi, et il applaudit chaque jour à cette résignation joyeuse dans l'adversité quWntoine traite de frivole. Ah!

l'admirable compagne pour un aventurier tel que lui! Et que Sabine lui parait fade avec ses langueurs et son art de conserver les nappes! Fink n'est pas homme à le penser sans le dire, et Lénore ne s'effraie pas de l'entendre. C'est ainsi qu'Antoine devient de plus en plus étranger à ceux pour lesquels il se dévoue. Il arrive un jour où le baron, fou de défiance et de colère, lui fait une insulte irréparable. Ce jour-là, Antoine n'a plus qu'à partir pour aller reprendre, chez Schrœter, sa vie obscure et laborieuse, trop heureux si l'asile qu'il a imprudemment quitté consent à lui rouvrir ses portes.

Son retour dans la province allemande est un dernier service qu'il rend au baron. Il ne s'agit plus de sauver la fortune des Rothsattel; c'est l'honneur de leur nom qui est en péril. Rothsattel a cédé, dans le temps, à Ehrenthal, une première hypothèque, prise sur sa terre, au nom de la baronne, sans lui donner d'ailleurs d'autre garantie que sa parole de gentilhomme et l'instrument, non enregistré, de l'hypothèque. Depuis, poussé sur le bord de l'abîme, il a vendu à Itzig cette même hypothèque qui ne lui appartenait

LE ROMAN ET LA POÉSIE DE FAMILLE

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