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plus, mais en observant, cette fois, toutes les formalités prescrites par la loi. Il est vrai qu'il espérait, au moyen de certaines combinaisons financières, raclieter bientôt le titre, secrètement déposé entre les mains d'Ehrentbal. Un moment, Ebrentlial, pressé par son fils de renoncer à ses projets contre la fortune de Rotbsattel, semblait décidé à sacrifier ses droits et à restituer l'acte; mais, en ce moment même, l'acte a disparu. Antoine, dès que la baronne lui a confié celte circonstance, devine sans beaucoup d'efforts qu'une pièce de cette nature n'a pu être dérobée que par Ilzig-. Il se trouve que le domaine de Rotbsattel va être définitivement mis en vente par autorité de justice; maître d'un double titre, Itzig- peut acbever la ruine du baron et rendre son désbonneur public. C'est donc contre lui qu'Antoine, arrivé dans la capitale, dirige d'abord ses rechcrcbes. Mais l'ancien commis d'Ebrentbal est devenu un personnage; il fait de grandes affaires; radieux et impénétrable, il reçoit les attaques d'Antoine en bomme sur de son importance. Malbeureusement pour lui, il n'en est pas de même d'IIippus, qui a été son complice dans
le vol de Tliypothèque. La vie d'IIippus n'est qu'une suite de terreurs; sa tête, affaiblie par l'abus du vin, voit partout des agents de police. Itzig est perdu s'il ne trouve quelque moyen de se débarrasser de lui. Un soir, Ilippus tombe cbez Itzig, baletant, effaré, regardant derrière lui avec des yeux bagards, comme s'il avait un spectre sur les talons : il vient de rencontrer la justice dans sa rue. Il n'y a pas de temps à perdre; Itzig offre de lui payer son passage en Amérique, et, en attendant qu'il parte pour Hambourg, de le cacber sur le bord de la rivière, dans une maison abandonnée attenante à l'auberge de Lœbel Pinkus ; seulement , pour dérouter la police, il faudra y pénétrer par une porte de derrière donnant sur l'eau. Itzig entraîne Ilippus plus mort que vif cbez Lœbel Pinkus; il lui fait traverser une salle solitaire, pénètre dans la galerie extérieure et descend avec lui un escalier qui aboutit à trois pieds de la bienheureuse maison et de sa porte. Trois pas dans l'eau, et ilippus pourra dormir en lieu sûr, sans rêver de gendarmes. Mais Hippus, qui connaît son Itzig, ne lui a jamais accordé qu'une confiance sage-
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ment mesurée sur ses mérites. Il n'a pas plus tôt senli l'élément humide, qu'il se fig-ure qu'on veut le noyer. Le voilà qui se démène et crie de toute la force que communique aux poumons d'un avocat ivrogne la sainte horreur de l'eau. Itzig ne songeait pas à mal. Mais, quoi! ces hurlements vont attirer des gens soupçonneux; et le prudent Itzig prend le parti d'envoyer Hippus au beau milieu de la rivière. Quelques jours après, trahi par des indices non suspects, il se noie luimême en voulant fuir les gendarmes par le même chemin. Ainsi linit Veitel Itzig, et l'honneur du baron est sauvé. Je n'ai pas besoin de TOUS dire la conclusion de l'histoire. Antoine épouse Sabine, qui héritera un jour de la maison Schrœter; Fink, riche à millions, se marie avec Lénore, redevenue assez riche elle-même pour n'avoir aucun besoin de ses millions; les Polonais, vaincus par les Allemands, apprennent d'eux à vivre; le fief de Rothsattel, sur lequel Juda étendait déjà sa main triomphante, reste chrétien, et le roman se termine magnifiquement, comme un épithalame, par une apostrophe aux deux maisons conjugales.
Le roman? Il faudrait dire les trois romans; car, sans parler des épisodes, en voilà trois bien comptés : une histoire d'amour, une crise d'affaires, un récit moral. L'histoire d'amour a le tort de se développer trop tard et d'entrer dans sa péripétie la plus intéressante quand déjà le lecteur ne s'attend plus qu a un dénouement. Au contraire, la crise commerciale, qui amène la ruine du baron, arrive trop vite et ne dure pas assez. Les opérations de ses adversaires n'ont rien de dramatique; les machines qu'ils mettent enjeu sont vulgaires; on s'intéresse aux ennemis en présence, mais non point à leurs manœuvres; ce n'est point un combat dont le spectateur compte les coups avec anxiété. Le baron même linit par nous causer une sorte d'impatience dont nous ne sommes plus les maîtres; il se laisse tromper de si bon cœur que nous trouvons qu'on ne le trompe point encore assez. II entrait, sans doute, dans les plans de M. Freytag de prêter à
sa ruine une couleur plus sinistre en y ajoutant
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le déshonneur. Mais lorsque le baron, non content de vendre à Itzig riiypollièque qu'il a déjà cédée à Elirenthal de la main à la main, révèle à ce même Itzig l'alliance formée en sa faveur par Bernard et Antoine, et lui demande conseil sur leurs desseins qu'il trahit, ce n'est plus de la faiblesse, c'est une lâche déloyauté; ce n'est plus une imprudence, c'est du vertige et de la folie. Gomment pourrait-il nous inspirer encore quelque sympathie? La part que nous prenons aux infortunes d'un personnage, fictif ou réel, l'engage à notre égard. Si nous le voyons aggraver ses malheurs de ses fautes; si, prêt h se noyer, il choisit un trou au lieu de la perche qu'on lui tend; si, pour ne pas se donner la peine d'ouvrir les yeux, il repousse ses amis véritables et se jette dans les bras de ses ennemis; qu'on le pille, qu'on le roue, qu'on Fassomme, tant mieux! Pour nous-mêmes, pour notre repos, il faut qu'il nous devienne indifférent. Autrement, il nous tiendrait dans un état d'irritation perpétuelle; il nous épuiserait par des soubresauts incessants d'inutile colère. C'est ainsi que M. Freytag nous gâte son personnage et corrompt l'émotion do
douleur sombre, mais affectueuse, qu'eût excitée en nous le désastre d'un gentilhomme ruiné par inexpérience des affaires, et non par sottise, violant, malgré lui, sa parole dans une heure d'angoisses suprêmes, mais non pas gratuitement et lourdement félon. Que dire maintenant des intentions morales que décèle la régularité géométrique avec laquelle M. Freytag met en contraste Antoine et Itzig, et oppose leurs destinées entre elles de la première page de son livre à la dernière? Il n'y a guère de conception plus élémentaire et plus banale. D'un côté tout le mal, de l'autre tout le bien. Autant il se dresse d'embûches, autant il y a d'ornières et de précipices le long des sentiers tortueux suivis par Itzig, autant la route d'Antoine est droite et unie. Si M. Freytag n'est pas le plus résolu des calvinistes, il a manqué à sa vocation théologique. Qu'il le sache ou l'ignore, il vient de mettre en action, avec une hardiesse rare, la théorie de la grâce de Calvin. VInstitution chrétienne ne sépare pas la société des Méchants delà communion des Justes par un abhne plus infranchissable; l'Empire des Ténèbres et le Royaume de la Lumière ne s'y
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juxtaposent pas l'un à Tautre en masses plus compactes et plus impénétrables. Antoine est un élu, et Ilzig" un réprouvé. Antoine a tous les signes de la g-ràce, la confiance, la légèreté de cœur, la démarche sure, le don de plaire et d'aimer. Itzig porte sur sa figure même tous les signes de la réprobation : il est maigre, il est pâle, il a des cheveux rouges, et des cheveux rouges qui frisent! Je vois d'ici M. Freytag créant son petit monde. D'abord, comme il a l'Ame bonne, il pétrit des gens de bien avec une volupté infinie, et il les répand à profusion sur la terre allemande. Mais, quoi! ne faut-il pas qu'il pétrisse aussi des scélérats pour montrer qu'il en sait faire? Son paradis ne sera-t-il pas plus riant si le lecteur côloie de temps à autre le vallon sinistre qui mène aux abîmes! Calvin prétend que les damnés ne sont damnés qu'afin d'être aux élus un éternel et splendide témoignage de la puissance divine. C'est ainsi que fut enfanté le malheureux Itzig, voué fatalement aux rencontres périlleuses, condamné au vol et au meurtre, pour inspirer aux mères de famille allemandes l'horreur des mauvaises compagnies,
et pour montrer, en cinq éditions, avec quel art M. Freytag sait manier les couleurs sombres. Poétiquement, il n'y a rien qui prête à des beautés d'un ordre plus élevé que cette antithèse absolue du bien et du mal. C'est la simplicité et la grandeur épiques. Klopstock et Milton ne procèdent pas d'autre façon. Mais un romancier, mais un moraliste! Quel résultat M. Freytag se figuret-il avoir atteint? De nous intéresser à la vertu et à la probité en nous intéressant à Antoine? Oui et non. Nous aimons sans doute Antoine pour les actes honorables qu'il accomplit; mais nous l'aimerions encore sans cela, uniquement parce que l'auteur, en le formant, a voulu qu'on l'aiiiKit. Pure grâce! salut gratuit! Antoine na guère de mérite à rester honnête : tout lui sourit; tout est fleurs sur son chemin; ce n'est que bien tard qu'il se trouve aux prises avec des difficultés sérieuses, et il a, pour les braver, l'estime et l'affection de Lénore. L'image de Lénore plane sur toute sa vie, comme une étoile radieuse, pour le guider vers le bien, vers le bonheur, vers les grandes choses; quand l'étoile
disparait, il est au port. Quelle différence avec
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