‹ Sur L'absorption Vésicale: Étude De La Question Et Recherches ExpérimentalesChapitre 11 sur 21 · L'ÉPITHÉLIUM EST-IL CAPABLE D'ABSORBER · texte numérisé non relu

L'ÉPITHÉLIUM EST-IL CAPABLE D'ABSORBER

La muqueuse de la vessie possède-t-elle un pouvoir d'absorption comparable à celui d’autres muqueuses ? Nous allons maintenant essayer de le démontrer. Nous avons vu que les avis sont très partagés et diffèrent suivant qu'il s’agit de la vessie normale ou de la vessie enflammée. Il nous faudra donc diviser la question et l’examiner séparément pour l’épithélium vésical sain et pour l’épithélium malade.

Pour la vessie enflammée, pour l'épithélium vésical pathologique, presque tous les physiologistes semblent s’accorder à reconnaître la faculté absorbante. Ils vont même jusqu’à faire de cetétat de maladie de l’épithélium la condition indispensable à l’absorption vésicale. Si l’épithélium vésical est altéré d’une façon quelconque, on voit l'absorption des substances toxiques se produire plus ou moins rapidement. Telle est l'opinion de tous ceux qui refusent un pouvoir absorbant quel qu'il soit à la muqueuse vésicale saine, et qui ressort de notre exposé historique. Nous avons vu que Guyon, Küss et Susini, Cazeneuve et Livon, Boyer et Guinard, Pousson et Ségalas, ete., admettaient que pour que la vessie absorbe, il faut que la muqueuse en soit plus où moins altérée, qu’elle soit érodée, qu’elle soit, en un mot, privée par place de son

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épithélium. Alling, dans sa thèse où il nie l’absorption par la vessie saine, dit qu'il n'avait qu'à injecter quelques gouttes de teinture de cantharides dans une vessie à épithélium sain pour Penflammer et produire des phénomènes d'absorption.

Cependant, dans la plupart de ces cas, si on analvse les expériences qui ont amené ces conclusions, on voit que l’absorpuon n’a pu se faire par la muqueuse vésicale, car elle avait été détruite.

D'autre part, nous voyons que Paul Bert (1) pensait que la vessie malade devait absorber plus difficilement, ear il fait remarquer que Demarquay ayant fait ses expériences sur des vessies malades avait dû trouver l'absorption vésicale moindre et plus difficile. Il est vrai qu'il devait entendre par vessie malade ou enflammée une vessie atteinte de cystite, et non une vessie où l’épithélium aurait été raclé au moyen d'un instrument ou bien détruit par le contact d’une substance caustique.

Tel est aussi l'avis de quelques expérimentateurs de nos jours, et nous voyons Bazy et Sabatier (2) rapporter que fréquemment des cliniciens font part de leur étonnement de voir des sujets dont la vessie est malade, obligés de se sonder à chaque instant, se servir pour cet usage d’instruments qui sont loin d’être aseptiques et ne présenter néanmoins aucun phénomène d'infection ; tandis qu'au contraire des personnes qui ont la vessie saine peuvent présenter tous les symptômes d’une infection à la suite d'une seule exploration faite à l’aide d’un instrument d’une propreté douteuse. Ce sont des observations journalières et qui sont constatées dans tous les services de chirurgie.

Quoi qu'il en soit, que la vessie ait été dépouillée de son

4) P. Bert. — C. R. Société de biologie, 13 novembre 1869. (2) Sabatier. — Thèse de Paris, 1894, n° 409, p. 26.

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épithélium ou qu’elle soit seulement atteinte de cystite, sans rechercher si elle absorbe plus ou moins que la vessie saine, tout le monde semble admettre que la vessie enflammée absorbe ; nous ne lui refuserons donc pas un pouvoir absorbant.

Pour la vessie saine, à épithélium intact, les auteurs sont moins d'accord. Nous avons vu ailleurs, en suivant l’évolution de cette question, que l'absorption par la muqueuse vésicale saine avait été longuement discutée, qu'elle avait été admise par les uns et rejetée par les autres.

On accorde sans consteste le pouvoir absorbant à toutes les membranes muqueuses vivantes de l'organisme, pourquoi le refuserait-on à la membrane interne de la vessie ? Cepen- : dant, au point de vue physique, les phénomènes d'absorption étant essentiellement des phénomènes de diffusion et d’endosmose, se produisant physiologiquement au niveau des épithéliums, en contact avec des substances capables de les traverser, il semble qu’on ne devrait pas refuser un pouvoir absorbant à l’épithélium vésical : car l'urine et les substances qu’elle peut contenir en dissolution étant en contact avec une surface muqueuse se trouvent dans les conditions de l'absorption.

D'ailleurs la simple constatation de la couleur plus foncée et de la densité plus grande de l’urine du matin ferait. pencher en faveur de cette hypothèse, car il sembleraitque l'urine s’est concentrée en demeurant dans le réservoir urinaire.

Mais on a invoqué diverses considérations pour nier la perméabilité de l’épithélium vésical. On a d’abord fait appel à la seule raison, on a invoqué la constitution histologique de la vessie où l’absence d’origines lymphatiques dans la muqueuse vésicale, on a fait ressortir surtout une pro-

priélé vitale spéciale de cet épithélium. Nous avons vu qu'on a fait un grand nombre de recherches de contrôle et dont on a tiré diverses conclusions.

Nous allons d’abord discuter les arguments que l’on a donnés; nous y ajouterons quelques faits en faveur de l'hypothèse.que nous admettons; nous examinerons ‘ensuite les conclusions des expériences que nous avons étudiées dans le chapitre précédent.

Pour la concentration des urines du matin, on a rappelé que pendant la nuit, aucune cause ne venant modifier la pression sanguine ni augmenter la quantité du liquide sanguin, l’urine était sécrétée en bien moins grande quantité que dans la journée, ses matériaux solides étant les mêmes. Mais pourquoi Kaupp pendant la journée, conservant ses urines pendant plusieurs heures dans la vessie, voyait-il diminuer les quantités d’urée et d’eau ? :

On à aussi fait appel à la simple raison pour nier la perméabilité de l’épithélium vésical. Si la vessie, réservoir où s’accumule l'urine entre chaque miction, jouissait vraiment d'un grand pouvoir d'absorption, elle n'aurait plus sa raison d'être et serait comparable en tous points au fameux tonneau des Danaïdes. Car les substances éliminées par l'urine retourneraient de nouveau dans la cireulation, el comme la plupart sont toxiques pour l'organisme qui cherche à s'en débarrasser, elles ne tarderaient pas à y produire des effets nocifs. Aussi tous les partisans de celte théorie voient-ils dans l’imperméabilité de l’épithélium vésical la condition indispensable à l'intégrité de l'organisme, par conséquent la vessie ne peul pas et ne doit pas absorber à l’état normal.

Mais ceux-là mêmes qui refusent à l’épithélium vésical toute perméabilité accordent un grand pouvoir d'absorption au col de la vessie et aux différentes portions de l'urèthre. De telle sorte que d’après leur théorie, si l'organisme devait

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être empoisonné en admettant l'absorption vésicale, il le serait fatalement par les substances toxiques contenues dans l'urine que ces points faibles laisseraient échapper, dans l'hypothèse de l'imperméabilité de l'épithélium vésical. D'ailleurs la vessie peut bien laisser retourner dans la circulation une partie deson contenu, sans qu'il y ait lieu de craindre des accidents, si les produits toxiques sont encore éliminés au fur et à mesure. Les accidents n’apparaissent ordinairement que lorsqu'il ya accumulation des substances toxiques de l’urime dans l'organisme. C’est ce qui arrive quand l'urine n’esi plus expulsée de la vessie, il y a alors plus d'absorption que d’éhmination. On peut ainsi expliquer les accidents d’urémie par simple rétention d'urine.

On à parlé ensuite de la constitution histologique de la vessie. Les parois de la vessie sont épaisses, formées de plusieurs couches musculaires, tapissées par un épithélium pavimenteux, stralifié, remarquable par les formes bizarres de ses cellules dont les unes sont allongées et les autres cylindriques, et qui n'est pas fait pour se laisser aisément pénétrer. Mais l'épaisseur des parois d'un organe ne doit pas jouer un grand rôle dans l'absorption, les substances pour être absorbées n’ont pas besoin de passer à travers les différentes couches qui constituent les parois, mais doivent se rendre dans les vaisseaux y aboutissant. Quant à l’épithélium pavimenteux, 1l n’est dit nulle part qu'il ne soit pas perméable, car toutes les cavités el toutes les surfaces qui en sont tapissées, comme la langue, les joues, les gencives, le vagin, etc., jouissent du pouvoir absorbant. Nous ne croyons pas que quelqu'un le leur refuse. Il n'y à guère que la peau qui, recouverte par un épithélium pavimenteux, paraisse être

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dépourvue de pouvoir absorbant; mais nous verrons que là c'est à cause d’une disposition particulière, la mort de cet épithélium. Pourquoi la muqueuse vésicale qui est bien vivante et dont l’épithélium est pavimenteux n’absorberait-t-elle pas alors? On à invoqué ici une propriété physiologique spéclale de cet épithélium, et due à sa vie même ; l’épithélium vésical s’opposerait absolument aux passages, tant qu'il est en vie, el grâce à cette disposition particulière, 1l formerait une barrière infranchissable ; mais dès qu'il est mort ou altéré, qu'il ne peut plus réagir, il laisse passer les substances avec la même facilité qu’une membrane inerte.

Pour l'absorption de la peau qui présente un épithélium pavimenteux comparable à celui de la vessie, on sait que ce sont les couches cornées, mortes pour ainsi dire, qui s’opposent le plus énergiquement à l'absorption; 1l suffit, en effet, de les faire disparaître et de mettre les médicaments ou les poisons en contact avec la couche de cellules épithéliales sousjacentes plus jeunes et plus vivantes pour que l'absorption se produise avec rapidité. Ainsi, pour la peau, ce seraient les cellules vivantes qui favoriseraient l'absorption: pour la muqueuse vésicale, les mêmes cellules, en vertu de cette même vie, jouiraient de la propriété de s'opposer à l'absorption. Les mêmes éléments souffleraient en quelque sorte le froid et le chaud; les propriétés vitales si mystérieuses expliqueraient cette contradiction. Mais c’est à tort qu’on invoque l’influence de la vie pour expliquer les contradictions des expériences sans en spécifier le mécanisme. Celte influence, dit Claude Bernard (1), ne devrait jamais intervenir dans les discussions expérimentales.

Pendant longtemps on avait aussi invoqué, pour nier l’absorption par la vessie, l'absence de lymphatiques de l'épithé-

(4) Claude Bernard. — Revue des cours scientifiques, 6 février 1869.

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lium vésical. Aujourd'hui, c'estun argumentqui n’a plus aucune valeur, si toutefois il en avait eu auparavant. On à vu qu'il ne suffit pas, pour expliquer la non absorption d'un organe, d’invoquer l'absence de lymphatiques, d'autant plus que dans les phénomènes d'absorption, les vaisseaux sanguins sont pour le moins aussi importants que les Iymphatiques. D'ailleurs nous avons vu que Schreger (t),ayant rempli de lait tiède la vessie d’un chien, a retrouvé plus tard ce liquide dans les vaisseaux Iymphatiques de cet organe. Et depuis les travaux d'Albarran, de Pasteau (2) et de Gerota (3), les lymphatiques de la vessie sont mieux connus. Ces auteurs ont décrit de riches réseaux lymphatiques intra-muqueux el sousmuqueux, par lesquels les produits absorbés par les cellules épithéliales pourraient être transportés dans la circulation générale, s’ils ne l’étaient pas par les autres vaisseaux de l’organe, car le principal rôle des lymphatiques est bien d'absorber où plutôt de conduire les produits d'absorption, et du moment qu’il s’en trouve dans la vessie, cet organe doit absorbér, la disposition d’un organe réglant aussi sa fonction.

En clinique, les chirurgiens ét les médecins semblent tenir compte dans leur thérapeutique du pouvoir absorbant de la muqueuse vésicale et en avoir tiré des conséquences pratiques. En effet, on s’est servi avec succès des injections médicamenteuses dans la vessie pour le traitement de certaines maladies. Nous avons vu que. dans une séance de la Société de Biologie, Gübler et Brown-Séquard rappelaient que depuis longtemps les médecins ont eu l'idée de mettre à contribution la muqueuse vésicale pour faire absorber des substances médicamenteuses. En Italie, en Allemagne, en Russie, on a employé pour le traitement du choléra des injections dans la

(1) Schreger. — De functione placentæ uterinæ. Erlangen, 1799, p. 19. (2) Octave Pasteau. — Thèse de Paris, 1898, n° 107. (3) Gérola. — Anatomie und physiologie der Harnblase, 1891, p. 439.

AE vessie des carbonates alcalins. Il en a été de même en France, où Brown-Séquard lui-même a injecté des carbonates alcahns et de l'opium dans la vessie de cholériques. Les effets de l'opium ont toujours été notés.

On a pu pratiquer des lithotrities sans douleur et sans le secours du chloroforme, grâce à des injections intra-vésicales de cocaïne, quelques minutes avant l'opération. Elles sont d’ailleurs d’un usage courant, etrares sont les services de chirurgie où elles n’ont pas remplacé l’anesthésie générale.

Alling et bien d’autres ont pu apporter des soulagements à certaines douleurs vésicales, à des névralgies d’organes voisins du réservoir de l'urine, grâce à l'introduction de quelques centimètres cubes d’une solution de morphine dans la vessie (1).

Pousson même, qui nie l’absorption de la vessie par la muqueuse, conseille l'emploi des injections d’antipyrine dans ce réservoir pour amener l’anesthésie de cet organe (2).

Si l’épithélium vésical n'absorbait pas, ne se laissait pas pénétrer, comment les substances introduites dans la vessie dans ces cas pourraient-elles produire leurs effets ordinaires? Comment expliquer avec cette hypothèse le défaut de sensibihité de la vessie, sans anesthésie générale, à la suile des injections de cocaïne, d’antipyrine, de morphine, etc., dans ce réservoir, et comment expliquer surtout les quelques accidents mortels survenus il y a peu d'années dans certains services de chirurgie à la suite de l'introduction de trop fortes doses de cocaïne dans la vessie?

(1) Alling rapporte l'observation d'une jeune fille, atteinte d'une névralgie de l'ovaire, qui souffrait beaucoup moins à la suite d’une injection intra-vésicale de morphine, que lorsque l'injection lui avait été faite sous la peau. (V. Alling. Bulletin de thérapeutique, 1868. Observ. V, p. 546).

(2) Pousson. — Anésthésie de la vessie par l’antipyrine (Journal méd. de Bordeaux, 19 mai 1895). |

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Mais malgré ces faits qui ne sont pas sans valeur, on s’est appuyé aussi, et au-dessus de louies les raisons, sur l’expérimentation pour refuser à la vessie tout pouvoir absorbant.

. Cependant, comme nous l'avons vu, tous les physiologistes qui ont fait des recherches sur ce sujet n'admettent pas limperméabilité de l’épithélium vésical sain; au contraire, on peut contester la plupart des expériences de leurs adversaires qui considèrent la vessie saine comme une barrière infranchissable. |

En effet, un grand nombre d’observateurs sérieux et d'expérimentateurs distingués ont reconnu l'absorption par la muqueuse vésicale, se basant en outre sur des expériences qui ne peuvent laisser aucun doute dans l’esprit.

À des époques différentes, à des intervalles assez éloignés, avec des expériences qui ne se ressemblaient pas dans tous leurs détails, Magendie, Ségalas père, Ségalas fils, Claude Bernard, Paul Bert, Bazv, l’'éminent chirurgien de Bicêtre, et son élève Sabatier, puis Phélip, ont admis l’absorption vésicale, après avoir conslalé la mort, des accidents toxiques ou les phénomènes produits ordinairement chez les animaux dans la vessie desquels ils avaient injecté des solutions de sulfate de strychnine ou d'autres alcaloïdes.

Demarquay, Fleischer, Brinkmann et quelques physiologistes étrangers ont pu retrouver dans la salive l’iode de l’iodure de potassium qu'ils avaient injecté dans la vessie au moyen d'une sonde. \

Schreger à retrouvé, dans les lymphatiques venant de la vessie, le lait qu'il avait mis au contact de la muqueuse de cet organe en l’introduisant dans sa cavité.

Sabatier, à la suite des conseils du D° Grasset, a, dans une expérience très élégante, pu suivre dans les veines venant

de la vessie l’eau oxygénée qu’il avait injectée dans cet organe (1).

Ashdown a retrouvé dans l'urine qui s’écoulait des uretères l’iodure de potassium, le salicylate de soude et différentes substances qu'il avait introduites dans le réservoir urinaire.

Moro et Gœbelein ne retrouvaient pas la même quantité de substance, ni du liquide qui le tenait en dissolution, quand ils les avaient laissé séjourner quelques heures dans la vessie.

Tous ces faits réumis ont de la valeur. Nous en apporterons plus loim la démonstration.

S1 on avait pu faire aux premiers expérimentateurs le reproche de n’avoir pas séparé l’urèthre de la vessie ou d’avoir lésé l’épithélium par des manœuvres trop brusques, on ne peut plus le faire aux derniers, caf les expériences plus récentes et trop peu connues de Phélip et surtout de Moro et Gœbelein sont irréprochables el leurs conclusions incontestables.

Il.n'en est pas de même de leurs adversaires, les partisans de la théorie de l’imperméabilité de lépithélium vésical. Si nous analvsons leurs conclusions, nous voyons qu’elles ont été déduites d'expériences qui pour la plupart sont sujettes à caution où qui n'apportent pas une démonstration éclatante à la théorie de la non absorption par la muqueuse vésicale.

En effet, Küss et Susini, Cazeneuve et Livon n’admettent pas l’absorption par la vessie parce qu'ils n'ont pas retrouvé à la surface de cet organe les produits injectés dans sa cavité.

{4) M. Grasset injecte dans la vessie d'un lapin 3 cent. cubes d'une solution d'eau oxygénée à 3 volumes. Cette solution est neutre. Il a, bien entendu, pris toutes les précautions voulues pour ne pas léser l'épithélium vésical Ouvrant ensuite l'animal, il constate que dans toutes les veines de la vessie, il s'est formé des embolies gazeuses produites par la décomposition de l'eau oxygénée qui laisse échapper son oxygène.

Nous avons vu ailleurs que ce n’est pas là qu'il faut les chercher, mais dans les vaisseaux qui viennent de l'organe. Ils ont confondu absorption et imbibition. L’absorption étant le passage dans l’organisme au moyen des vaisseaux et non le passage à travers une membrane quelle qu’elle soit.

Et comme l’a fait remarquer Phélip : « La vessie fermée du côté de l'urèthre et le cours de l'urine détourné au niveau des uretères, ce n'est pas à la surface externe de la vessie qu'on doit chercher les substances que cet organe a pu absorber, comme l’ont fait Küss et ceux qui l’ont imité.

» Que penserait-on de l’expérimentateur qui, étudiant l’absorption intestinale, chercherait les peptones absorbés ou tout autre produit de la digestion dans la cavité péritonéale, puis qui, ne les trouvant pas en ce point, refuserait à l'intestin tout pouvoir d'absorption ? C’est dans les vaisseaux, qui sont l’aboutissant des premières voies naturelles de l'absorption intestinale, que de tels produits cheminent après avoir franchi la barrière épithéliale ; c’est Ià qu’il faut les chercher, et Küss, dans une expérience dont l'originalité a fait tout le mérile, en n’observant pas à la surface externe d’une vessie dont l'épithélium était normal, après injection vésicale de solution de ferrocyanure de potassium et application sur la surface externe de l'organe de solution de perchlorure de fer, la réaction bleue qu’il avait constatée sur une vessie dont la muqueuse était altérée, et en opérant de la même façon, n’était nullement en droit de conclure de l'absence de contact de ces deux solutions dans le premier cas que la vessie normale quant à son épithélium n’absorbait pas » (1).

D'ailleurs, d’après Susini, l'estomac ne devrait pas absorber non plus, car, parlant de son expérience il ajoute «nous avons fait la même épreuve sur le poumon, l'intestin et l’es-

(1) Phélip. — Lyon médical, 1888.

ie tomac. Les deux premiers organes ont donné une coloration immédiate, le troisième rien ». On est cependant d'accord aujourd’hui pour reconnaître que l'estomac absorbe.

Mais quelle valeur peut-on accorder à ces conclusions, puisque Susini avoue lui-même qu'il a été forcé de répéter souvent ses expériences, qui dans le principe n'ont jamais réussi, puisqu'il se produisait (oujours une coloration bleue, sinon sur toute la surface, du moins en certains points (1)?

Pour les expériences qu'il a faites sur lui-même, il a mieux opéré, car il a cherché les produits injectés dans les sécrétions. Mais s'il ne les a pas trouvés, cela peut tenir à deux causes : il a fait dissoudre les substances dans une trop grande quantité d’eau, ses solutions étaient trop diluées ; il a injecté une trop petite quantité de la substance active ; ensuite, il a mal cherché le produit éliminé. Ne le trouvant pas dans la salive sécrétée normalement, il aurait dû augmenter la sécrétion salivaire par la pilocarpine, comme l'ont fait Fleischer et Brinkmann, ou même le chercher dans le tissu glandulaire luimême.

Alling a constaté nettement des phénomènes d'absorption, eñ injectant des substances actives dans la vessie ; mais il les a attribuées à l'urèthre. Il avait constaté que l’urèthre absorbait, et a fait surtout des expériences qui le prouvent, plutôt que la non absorption de la vessie et le pouvoir absorbant de l’urèthre.

D'ailleurs Phélip a pu démontrer que l'absorption par l’urèthre est moins active que l'avait prétendu Alling ; et qu’elle ne saurait être comparée, au point de vue de son activité, comme l'ont fait Maas et Pinner, à l’absorption du tissu cellulaire, et qu’elle se rapproche davantage de l’absorp-

(1) Susini. — Thèse de Strasbourg, 4867, p. 6.

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ion par la muqueuse vésicale, si l'on expérimente en se plaçant de partel d'autre dans les mêmes conditions.

Cazeneuve et Livon n’ont fait que rechercher si l'urée traverse l’épithélium vésical. Ils ont, à cet effet, étudié la dialyse sur des vessies pleines d'urine. En grattant l’intérieur de la vessie à l'aide d’un fil de cuivre, ils ont facilité l’exosmose. Or, M. le professeur Magon, dans des expériences faites avec l'aide du vétérinaire directeur de l’abattoir de Besancon et dans cet établissement, a aussi singulièrement facilité la dialyse en agissant non plus sur l’épithélium, mais sur la portion la plus externe de la tunique musculaire. La dialyse est toujours facilitée par la moindre épaisseur de la membrane interposée entre les deux liquides, que cette diminution d'épaisseur se fasse de dedans en dehors ou de dehors en dedans. MM. Cazeneuve et Livon avaient pu aussi simplement enlever la couche de mucus, contraire à l’endosmose, sans que la vitalité de l’épithélium v fût mtéressée en quelque chose. |

Cazeneuve et Lépine admettent un pouvoir élecuif à l’épithélium vésical qui se laisserait facilement traverser par les éléments contenus normalement dans l'urine, tandis qu'il représenterait une barrière infranchissable pour les substances toxiques ou médicamenteuses qu’on y ajouterait.

Comment expliquer ce pouvoir électif de l’épithélium vésical ? ou bien il laisse tout passer ou bien il estimperméable, car pourquoi laisserait-1l passer l’urée, l’eau, l’acide phosphorique, l’acide sulfurique et ne laisserait-il pas passer l’iodure de potassium ou une autre solution saline ? Nous savons comment ils ont fait leurs expériences (page 36), voyons comment ils ont pu tirer leurs conclusions et les reproches qu’on peut leur faire. Ils avaient lié le col vésical et les uretères. Ils injectaient 0.04 centigr. de sulfate de

strychnine, les phénomènes de strychnisme commençaient au bout d’une vingtaine d’heures.

1 'attribuaient alors l'absorption du poison à la constriction de la muqueuse par la ligature. Ils avaient injecté une dose relativement faible, car leurs conclusions sur les éléments normaux de l'urine leur avaient révélé que la vessie absorbait peu. Ensuite, comment avaient-ils opéré pour démontrer que la vessie saine se laisse traverser par les éléments normaux de l'urine? Mais de la même façon: uretères et col vésical liés, ils avaient placé l’urine dosée dans la vessie et l'avaient retirée au bout de 36 heures. Pourquoi, dans ce cas là, ne pas songer que la muqueuse vésicale pouvait être altérée au niveau du lien constricteur, puisque dans le cas précédent c'était ce seul fait qui avait été cause de l'absorption de la strychnine ? -

Donc, pour l’urée et les divers principes de l'urine, leur conclusion est appuyée sur des analyses faites 36 heures après, tandis que pour la strychnine, ils auraient jugé de la réalité de l'absorption s'ils avaient vu éclater les phénomènes de l’empoisonnement dans un délai très court.

Boyer et Guinard refusent le pouvoir absorbant à la muqueuse vésicale, parce qu’à la suite de l'introduction de poisons dans le réservoir urinaire, ils n’ont pas vu éclater les symptômes habituels de l’empoisonnement. Mais ils auraient dû songer qu'il ne suffit pas qu’une substance active soit absorbée pour qu'elle manifeste aussitôt sa présence dans l'organisme, et, comme le fait remarquer Claude Bernard, «il faut qu’elle parvienne aux éléments sur lesquels elle est capable d'exercer son action et en quantité suffisante. Il pourra donc arriver des cas où la substance, quoique absorbée, n’agira pas sur l'organisme parce qu’elle ne sera pas parvenue à son élément spécial »(1). C’est pour n’avoir pas

(4) Claude Bernard. — Substances toxiques, p. 307.

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