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tenu compte de ce fait que Küss, Bouley (1) et quelques physiologistes italiens avaient donné naissance à cette idée que le revêtement épithélal de l'estomac était une barrière infranchissable à l'absorption. Bouley avait fait avaler à un cheval, auquel il avait lié le pylore, des doses formidables de strychnine et il n'avait pas eu d'intoxication. Küss rapportait un fait semblant encore plus convaincant. Ce physiologiste citait le cas d’un homme qui, ayant une obstruction du pylore, avait pu avaler, sans en souffrir le moins du monde, des quantités énormes d’opium, mais qui était mort empoisonné quand, l'obstacle ayant disparu, une débâcle s'était produite.
Cependant Schiff et Claude Bernard ont pu battre leur théorie en brèche et nous donner l'explication de ces faits qui avaient surpris Bouley et Küss. [ls nous ont montré que si la strychnine ne tuait pas le cheval qui la portait dans son estomac el si l’homme de Küss avait présenté ce phénomène, cela provient de ce que cette strychnine est absorbée très lentement par l'estomac, par petites doses, non toxiques, qui sont éliminées au fur et à mesure par les reins. Et observaüon concluante, ils liaient le pylore à un animal, puis lui faisaient avaler de la strychnine, ils lui laissaient le pylore fermé un certain temps, puis ils l’ouvraient, mais l'empoisonnement n'avait pas lieu. Si l'estomac n’avait pas absorbé, Panimal aurait dû périr rapidement alors.
en est de même pour l’épithélium vésical. On ne peut faire la même expérience en se servant de la même substance toxique, de la strychnine, car on ne pourrait la faire éliminer par le rein, sans modifier les conditions de l'opéraüon. Mais si l’on introduit dans une vessie, dont on a lié urèthre el uretères, une solution de glucose titrée (expérience
(1) Bouley, — Bulletin de l’Académie de médecine, 1882, L XVI.
XXXIX, p. 87), on constate qu'au bout d'un certain temps une grande partie a été absorbée. C'est aussi ce qu'ont fait Moro et Gæbelein et pour un certain nombre de substances.
Il en serait de même du curare, qui est absorbé par l’inteslin, mais d’une manière si lente qu’il est éliminé par les reins avant qu'il aiteu le temps de s’accumuler dans l’organisme jusqu’à la dose toxique (CI. Bernard).
Et Claude Bernard déterminait la mort rapide des chiens chez lesquels les injections de curare étaient précédées de ligature des uretères.
Pousson et Ségalas, pour n'avoir pas retrouvé dans la salive de certains de leurs sujets le lithium qu'ils avaient introduit dans leur vessie une ou deux heures auparavant, tandis qu’ils l'avaient retrouvé chez d’autres qui avaient éprouvé le besoin d’uriner, ont conclu que te col de la vessie seul est doué d’un pouvoir absorbant. Il faudrait alors croire que, dans les expériences de tous leurs prédécesseurs, les sujets sur lesquels on opérait n'avaient jamais éprouvé le besoin d’uriner.
Nous avons pu voir qu'il fallait attendre toujours un certain temps pour que le lithium arrive dans la salive.
Par conséquent, nous rattachant à des expériences qui nous ont paru probantes, préférant des faits tout nus à des hypothèses non démontrées, nous penserons que l’épithélium vésical sain peut absorber. Nous rapportons d’ailleurs toute une série d'expériences, faites dans les meilleures conditions, et en nous plaçant à différents points de vue, qui semblent démontrer ce que nous avançons, tout en ménageant les différentes conclusions obtenues jusqu'à présent par les divers expérimentateurs.
Dans nos premières expériences, nous avions 1mité les anciens expérimentateurs, nous étions sujet aux mêmes critiques, quoique nous ayions pris toutes les précautions possi-
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bles. Mais nous avons essayé de faire mieux, et pour qu’on ne puisse nous faire aucun reproche et pour mieux démontrer que l’épithélium vésical est capable d’absorber. Je crois que nous avons évité toutes les critiques. Nous avons comme Phélip lé les uretères, pour éviter la dilution par l'urine pendant l'expérience, nous avons lié le col en ménageant la circulation, pour bien séparer l’urèthre de la vessie et nous avons recherché les substances introduites par la vessie dans l'urine qui s’écoulait par les uretères, comme l'avait fait Ashdown (1). L'épithélium n'était pas lésé ; son examen, après la mort de l’animal, a pu nous en démontrer l'intégrité.
D’après ces expériences, dans les conditions physiologiques ordinaires, l’épithélium vésical sain est capable d’'absorber, d’une part, des sels d’alcaloïdes, tels que le sulfate de strychnine, le chlorhydrate d'apomorphine, le nitrate de pilocarpine ; d'autre part, des solutions de sels métalliques, tels que le chlorure de lithium ou l'iodure de potassium. Il est aussi capable de laisser passer l’urée et le glucose.
(4) Nous avons décrit plus loin notre manuel opératoire en détail.
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QUEL EST LE DEGRÉ DU POUVOIR ABSORBANT DE L'ÉPITHÉLIUM VÉSICAL ? QUELLES SONT LES CONDITIONS CAPABLES DE LE MODIFIER ?
L'épithélium vésical est capable d’absorber. Mais quel estle degré de ce pouvoir absorbant à l’état normal et quelles sont les conditions susceptibles de le modifier ? Quelles sont les causes qui peuvent accélérer ou retarder, faciliter ou rendre impossible l’absorplion vésicale ?
[ nous faut encore ici étudier séparément l’épithélium sain et l’épithélium altéré.
Pour l’épithélium sain, dans les conditions physiologiques ordinaires, bien que les avis soient assez différents, nous avons vu que la plupart des physiologistes qui admettent l'absorption vésicale semblent se ranger à l'avis de Bérard pour déclarer que ce n’est pas au niveau de la muqueuse vésicale que l'absorption est le plus active. C’est ainsi que Ségalas (1) père rapporte que 2 grains d'extrait alcoolique de noix vomique dissous dans deux onces d'eau, Injectés dans les voies aériennes, produisent le tétanos avant 15 secondes, tandis que 2 gros de la même substance, c’est-à-dire 60 fois
(4) Ségalas. — Journal de physiologie de Magendie, IV, p. 285.