‹ Sur L'absorption Vésicale: Étude De La Question Et Recherches ExpérimentalesChapitre 14 sur 21 · TES · texte numérisé non relu

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Suivant Nothnagel et Rossbach, la dose mortelle minima de strychnine injectée sous la peau étant de 0 gr. 00075 pour 1 kilo de chien, il nous aurait fallu à peine O gr. 01 ou 0 gr. 02 de strychnine pour tuer sûrement un chien de 9 ou 18 kilos en lui faisant une injection sous-cutanée. D'après nos expériences [, I, IT, IV (p.73 et 74), nous avons été obligés d'employer des doses à peu près vingt fois plus fortes pour tuer nos animaux par la voie vésicale. Ainsi dans l'expérience 1, avec un chien de 9 kilos, avec 0, 10 centigr. de sulfate de strychnine, nous avons bien eu quelques phénomènes de strychnisme ; dans l'expérience III, avec un chien de 18 kilos, avec 0, 15 centigr. de sulfate de strychnine nous avons eu aussi quelques phénomènes d'absorption ; mais il a fallu des doses plus fortes pour amener la mort. Nous avons fait périr un chien de 10 kilos (expérience IT) ; 1l avait reçu danS sa vessie 0,20 centigr. de l'alcaloïde ; un chien de 18 kilos a suecombé aussi, mais après l'injection vésicale de 0,25 centigr. de sulfate de strychnine (expérience [V). Il leur aurait fallu des doses au moins vingt fois moindres, si l’alcaloïde leur avait été ’introduit sous la peau. Il aurait probablement fallu aussi beaucoup moins de temps, tandis que dans nos deux expériences les chiens ne sont morts qu’au bout de deux heures environ.

Nous avons fait les mêmes constatations en nous servant du chlorhydrate d’apomorphine. En pratiquant l'injection dans le tissu cellulaire sous-cutané, nous avons obtenu des vomissements au bout de 10 minutes en injectant seulement 0,002 milligr. (expérience XIV, p.78) ; en introduisant l’apomorphine dans la vessie à l’état normal, il a fallu au moms 0 gr. 02 centigr. pour avoir des vomissements au bout de vingt minutes (expérience VII, p. 76).

Ilen a été de même pour les autres substances expéririmentées. Pour qu'on puisse décelerle lithium dans la salive, il a fallu injecter dans la vessie au moins 0,50 centigr. de

= ff chlorute de lithum (exp XXIX, page 83). Pour la pilocarpine alors que 0,01 centigr. injectée sous la peau a amené la salivation presque immédiate (div. expér.), il a fallu introduire des doses cinq à dix fois plus fortes dans la vessie pour obtenir de la salivation, dans un temps qui a varié depuis dix minutes jusqu’à une heure après (diverses expériences).

Done, dans les conditions physiologiques ordinaires, le pouvoir absorbant de l'épithélium vésical sain est relativement faible.

Mais il peut varier : augmenter ou diminuer encore sous l'influence de diverses conditions.

C'est ainsi que se conformant aux lois physiques et physiologiques qui président et à la transsudation des liquides à travers les membranes et à l’absorption par les autres muqueuses, 1l augmente avec la température, avec la durée de contact. avec la concentration des solutions, avec le degré de pression employée, et il est variable avec la nature chimique des liquides dont on se sert.

Il serait même très Intéressant de rechercher quelles sont les substances que la vessie absorbe plus aisémentet de déterminer le degré d'augmentation du pouvoir absorbant avec chacune de ces conditions. Nous nous proposons de l’étudier plus tard.

Ce pouvoir absorbant augmente aussi avec l'accroissement de volume de la vessie, et tous les physiologistes s'accordent à reconnaître que la vessie absorbe beaucoup plus à l'état de plénitude qu'à l’état de vacuité. Nous avons vu qu'Ashdown (1) admet que la résorplion des substances introduites dans la

(1) Ashdown. — Loco citato.

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vessie est d'autant plus forte que la vessie est plus distendue par la solution injectée, Ses conclusions sont approuvées par Phélip qui, distendant la vessie en y insufflant de l'air, a pu montrer que la vessie distendue peut absorber quatre fois plus qu'à l’état de vacuité.

Bazy et Sabalier n’injectaient que 2 centim. cubes de leur solution de façon à éviter l'intervention de la pression.

À la suite de ces auteurs et d’après les expériences que nous avons faites sur des chiens avec du chlorhydrate d’apomorphine distendant la vessie soit en y insufflant de l'air (XXX VII), soit en injectant { ou 2 cent. cubes d’éther {(XID), soit en faisant suivre ou précéder notre injection médicamenteuse d’une injection plus considérable de liquide (X), nous pouvons dire que l’épithélium vésical a un pouvoir absorbant proportionnel à la distension de”la vessie. Car si nous comparons les expériences VI, VIT, VII, IX (pages 75 et 76) aux expériences X (page 76), XII (page 77) et XXX VII (page 86), nous pouvons constater qu'avec 0,01 centigr. de chlorhydrate d’apomorphine injecté dans des vessies plus ou moins distendues, nous avons obtenu dans le même temps les mêmes effets qu'avec des doses deux, trois ou quatre fois plus fortes du même corps introduites dans des vessies non distendues, où cette dose de de 0,01 centigr. n'avait produit aucun effet (exp. IX, p. T6).

Phélip (1) suppose que l'augmentation du pouvoir absorbant de l’épithélium vésical avec l'accroissement du volume de la vessie est dû à l’amoindrissement de l'épaisseur des diverses couches qui constituent la paroi de cet organe sous l'influence de la distension, et aux modifications de la circulation qui en résultent. Nous accepterons ses idées, mais il nous semble que sila perméabilité de l’épithélium vésical est favo-

(1) Phélip. — Loco citato.

risée par la distension de la vessie, c'est plutôt par le plus grand développement de la surface absorbante; l’augmentation du pouvoir absorbant de la vessie étant proportionnelle à sa distension.

Cependant les modifications de la circulation influent sur l'absorption, car les injections d'éther dans la vessie ont augmenté la rapidité de l'absorption. L'éther agit en augmentant la vascularisation, en distendant les vaisseaux (exp. XII).

En dehors de ces conditions, il en est encore qui ne sont pas déterminées, et qui pourraient peut-être donner l'application de bien des faits, par exemple la véritable raison pour laquelle la vessie absolument placée dans les conditions de l'absorption a un pouvoir absorbant aussi faible.

Nous avons constaté que tous les auteurs, qui comme Guido Barbiani (1), Moro et Gæbelein ont lavé la vessie avant d'y introduire la substance expérimentale, ou même, qui comme Ségalas, Bazy ou Sabatier ont vidé la vessie au préalable, concluaient à la perméabilité de lépithélium vésical, tandis qu'aucun de ceux qui considèrent la vessie comme imperméable ne l’avaient ni vidée, ni lavée avant l'expérience. Ceci pourrait au besoin nous suffire pour avancer que le lavage de la vessie augmente le pouvoir absorbant de son épithé- Hum. C’est la conclusion du travail de Guido Barbiani (1). Mais il ne s'explique pas pourquoi la vessie absorbe mieux quand elle a été lavée, et d'autant plus qu’elle à été mieux lavée. N'ayant pas trouvé de lésions matérielles de l'épithéhium vésical, il pense que dans ces cas l'absorption doit être attribuée ralionnellement à un trouble produit dans sa fonction, trouble qui probablement est dû à l’action mécanique exercée par le liquide sur les parois de la vessie.

D'après nos expériences, nousen arrivons aux mêmes con-

(1) Guido Barbiani. — Loco citato.

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clusions que Barbiani, admettant nous aussi que sans léser l’épithélium, le lavage de la vessie augmente son pouvoir absorbant, mais nous ne pouvons accepter ses explications.

La raison, donnée par Barbiani ne nous satisfaisant point, nous nous sommes demandé si le lavage de la vessie n’entrainait pas certaines substances qui auraient pour rôle de protéger l’épithélium et qui seraient sécrétées par lui.

Aussi, et nous avons, je crois, des expériences probantes à l'appui, nous pensons que ce n’est ni l'action mécanique exercée par le liquide de lavage sur les parois de l'organe qui favoriserait le pouvoir absorbant en troublant la fonction de l'épithélium vésical, ni le contact de la sonde produisant un certain traumatisme, mais plutôt l’altération de cet enduit protecteur, du mucus lui-même qui, à l’état normal, d’après les conclusions de Ch. Robin et de Claude Bernard, tapisse la muqueuse vésicale et en diminue la perméabilité, en formant une sorte de vernis à la surface de l’épithélium.

Le lavage de la vessie entraïînerait donc le mucus vésical et mettrait ainsi la solution directement en contact avec l'épithélium. Il en serait de mème peut-être quand on vide une vessie au moyen d'une sonde, et si l'absorption se fait alors mieux et plus rapidement que dans les conditions normales, c'est que les points en contact avec la sonde ont été dépouillés de mucus.

Il est vrai qu'on a nié la présence du mucus vésical. Méhu (1) s’est basé pour le nier sur ce qu'il n'en avait pas trouvé dans l’urine et sur l'absence de glandes et de follicules sécréteurs du mucus dans la vessie ; mais on a trouvé du mucus à la surface de toutes les membranes muqueuses, et toutes les muqueuses ne possèdent pas de follicules glandulaires sécréteurs du mucus. Le mucus est sécrété par les cellules épithé-

(4) Méhu. — Bullelin général de thérapeutique, 1876, XCL, p. 161.

AO liales elles-mêmes. Car la muqueuse qui tapisse les sinus frontaux, les sinus sphénoïdaux est complètement dépourvue de follicules, et pourtant on sait combien la sécrétion du mucus est abondante dans certains coryzas.

D'ailleurs, la présence du mucus dans la vessie à été relatée depuis fort longtemps. Nous voyons Lieutaud (1) dire que : « Le sac membraneux de la vessie est enduit d’une morve qui le défend vraisemblablement contre l’âcreté de l'urine ».

Et Haller (2), en parlant de la muqueuse vésicale : «On aperçoit dans cette membranes les pores des cryptes qui versent un glulin visqueux et doux ».

La plupart des physiologistes admettent sa présence. D’après Longet (3), le mucus est sécrété en beaucoup plus grande abondance au niveau des muqueuses qui doivent rester longtemps en contact avec des matières irritantes (vésicule biliaire, vessie) qu’au niveau des autres muqueuses, que les matières irritantes ne font qu'effleurer à leur passage. Sans lui, le suc gastrique qui séjourne dans l’estomac pourrait corroder la membrane interne de ce viscère; sans lui la bile produirait une irrilation trop vive sur la membrane délicate de l'intestin, et l’urine sur celle de la vessie.

Claude Bernard (4) a démontré que l'estomac à jeun qui sécrèle peu de mucus absorbe beaucoup plus que l'estomac en digestion où la sécrélion du mucus est en abondance, puisqu’un chien à jeun meurt rapidement à la suite de l’ingestion de 4 centim. cubes de curare, tandis qu'un chien en digestion ne présente aucun phénomène toxique, après l'ingestion d’une même dose de ce poison.

(1) Lieutaud. — Essais anatomiques, 1166, p. 280. (2) Haller. — Elém. de physiologie, p. 244.

(3) Longel. — Physiologie, p. 972.

(4) Claude Bernard. — Substances toxiques, p. 303,

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Les expériences endosmométriques ont montré à Ch. Robin (1) qu'un venin liquide qui ne passe pas dans l’eau sucrée de l'instrument, tant que la muqueuse qui le ferme conserve intacte sa couche de mucus, s’y répand dès que cette couche vient à être enlevée. -

D'après Colin (2), les enduits muqueux sont destinés à restreindre l’absorption tout en protégeant les surfaces du contact trop immédiat des matières étrangères. Aussi les membranes où le mucus est peu abondant sont, toutes choses égales d’ailleurs, celles dont le pouvoir absorbant est le plus énergique, el les muqueuses où il est en couches denses et épaisses, comme celles de l’estomac des solipèdes, n’ont ce pouvoir qu'à un faible degré ou nul. Leur rôle limitatif n’a pas moins d'importance à la surface de la peau des animaux aquatiques qu'à la généralité des membranes muqueuses.

Le mueus vésical suffirait donc par sa présence à expliquer l'absorption minime de l’épithélium vésical. En effet, dès qu'il est enlevé, l'absorption vésicale se manifeste avec une bien plus grande intensité. Ce mucus vésical est pâle, opaque, quelquefois jaunâtre. Il peut se dissoudre jusqu'à un certaint point, tant dans les acides étendus que dans les alcalis. Il doit ses propriétés à la mucine qui en constitue la substance essentielle. La mucine (3) précipite par les acides ; mais le précipité de mucine est soluble dans un excès d'acide minéral, insoluble dans un excès d’acide acétique. Elles précipitent aussi par l'alcool, l'alun, le sous-acétate de plomb, etc., tandis qu'elle se gonfle énormément dans l’eau. Elle se dissout plus facilement dans les alcalis, dans la potasse très diluée, l’eau de chaux ou les carbonates alcalins, et les solutions d’acétate neutre de plomb.

(4) Ch. Robin. — Traité des humeurs, p. 439.

(2) Colin. — Physiologie des animaux, p. 806. (3) Engel et Moitessier. — Chimie biologique, p. 256.

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C'est ainsi que dans le lavage de la vessie, la mucine se gonflant dans l'eau, le mucus peut être entrainé; voilà la véritable raison de l’augmentation de l'absorption de l’épithélium vésical par le lavage.

Nous avons vérifié ces faits dans nos expériences, et nous avons pu voir que toutes les fois qu'on introduisait dans la vessie des substances capables de dissoudre la mucine, l'absorption se faisait beaucoup plus rapidement, tandis qu'avec des substances qui pouvaient la précipiter, l'absorption devenait beaucoup moindre ou était considérablement retardée, à moins que les substances introduites soient suffisamment caustiques pour atteindre l'intégrité de la muqueuse ellemême.

C'est ainsi qu'avec la solution de chlorhydrate d’apomorphine à 1 0/0, quinous avait donné des vomissements au bout de 20 minutes dans les conditions physiologiques ordinaires, avec des doses de 2 centimètres cubes, soit 0,02 cenligr., nous avons eu d’autres résultats bien différents, même en tenant compte de la dilution, suivant les réactifs introduits auparavant.

Avec l'acide sulfurique à 2 o/o en injectant {5 centimètres cubes de la solution avant d'introduire l’apomorphine, nous avons eu des vomissements très abondants avant dix minutes (8) (expér. XX, page 79).

Avec l’acétate neutre de plomb, nous obtenons à peu près les mêmes résultats, les vomissements n’ont commencé qu’au bout de 17 minutes, probablement parce que la vessie était déjà pleine, mais ont été très abondants et se sont continués pendant longtemps, une demi-heure environ. Dans ces deux cas, il semble que le pouvoir absorbant a été au moins double. Or l'acide sulfurique et l'acétate neutre de plomb peuvent dissoudre la mucine après l'avoir précipitée du mucus.

Avec des substances capables seulement de précipiter la

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mucine comme l’acide acétique, ou de former avec elle des composés insolubles comme le sous-acétate de plomb, en opérant de la même façon, c’est-à-dire faisant précéder l’in- Jection vésicale d’apomorphine de l'introduction de 15 centimètres cubes environ de solution de ces corps, nous n'avons pas eu de vomissements, pas de phénomènes d'absorption visibles avec la dose ordinaire de 0 gr.02 (expér. XV et XVI).

Nous avons aussi obtenu les mêmes résultats, c’est-à-dire un retard considérable de l'absorption, ou même aucune absorplion quand nous avons introduit dans la vessie des solulions de substances mucilagineuses, par exemple une décoclion de racines de guimauve et de graines de lin (expér. XVII et XVIII).

L'introduction de glucose pur dans le réservoir urinaire a rendu presque impossible l'absorption, puisque nous n'avons pas eu de vomissement après l'injection dans la vessie de Ogr. 025 de chlorhydrate d’apomorphine après 15 centimètres cubes d’une solution de glucose très concentrée. Comme souvent l’urine, même à l’état normal, contient des traces de glucose, il est possible, que nous ayons encore là une des causes du retard de l'absorption par la muqueuse vésicale.

Le glucose agirait dans ce cas par ses propriétés physiques; sa viscosité jouant un rôle mécanique et protecteur.

Car en solution très diluée, il est très facilement absorbé, et nous avons, je crois, là au moins l'explication de ce fait, que dans certaines glycosuries , la quantité de sucre dans l'urine est bien moindre le matin que le soir, l’urine ayant séjourné plus longtemps dans la vessie.

Donc l’épithélium vésical absorbe peu tant que la vessie n’est pas distendueou que son revêtement de mucine est intact; mais. son pouvoir absorbant augmenté proportionnellement à sa distension, et devient énorme dès que la muciné a disparu.

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