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APERÇU HISTORIQUE ET EXPOSÉ CHRONOLOGIQUE DES FAITS CONCERNANT LA QUESTION DE L’ABSORPTION VÉSICALE
La question de l’absorption par la muqueuse vésicale a été l’objet de nombreux travaux, qui, tour à tour, ont permis d'admettre ou de nier la perméabilité de cette muqueuse, et a passé par une série de phases qu’il est assez curieux de constater.
Voici l'opinion qui a cours actuellement, au moins en France. Le Dictionnaire des sciences médicales, qui résume assez bien l’état de la science, dit (1) :
«En somme, tout le monde admet aujourd'hui que la muqueuse vésicale est tout à fait imperméable à presque toutes les solutions, grâce à son épithélium ».
La déclaration est nette et précise. Mais il est intéressant et instructif de montrer, par l'évolution qu’a subie la question de l'absorption vésicale, comment est née, s’est propagée et s’est affermie l'opinion qui a cours sur cette question.
C'est dans la thèse inaugurale d'un élève de l’École de santé militaire de Strasbourg, Susini, sur l’imperméabilité vésicale (2), en 1867, et reproduite (3) l’année suivante dans le Journal d'anatomie, qu’a été mise en lumière pour la pre-
(1) Dictionnaire des sciences médicales de Dechambre. Art. Vessie, p. 226.
(2) Susini. — De l'imperméabilité vésicale. Thèse de Strasbourg, 1867, n° 30.
(3) Recherches sur l'imperméabilité de l'épithélium vésical. (Journal de l'anatomie, 1868).
mière fois l'opinion du vénérable professeur Küss sur cet important sujet.
Ce travail de l'élève de Strasbourg, que nous discuterons en détail et dont nous relèverons toutes les expériences, en essayant de démontrer les causes d’erreur, n’entraïna pas l'adhésion des physiologistes français, et lorsqu’en 1869, à la Société de Biologie {1}, Bert et Jolyet rapportèrent leurs expériences sur des chiens et des chats qui démontraient l’absorption par la muqueuse vésicale, leur avisreçut l'approbation de tous les membres de cette docte assemblée, où se trouvaient Gübler et Brown-Séquard.
En 1870, les élèves de la Faculté de Strasbourg se dispersèrent dans diverses écoles. Ils firent connaître et vulgarisèrent la profonde originalité de l’enseignement du professeur Küss. L'un des élèves les plus distingués de ce maître éminent, devenu lui-même un de nos maîtres contemporains les plus remarquables, M. Mathias Duval, publia un Compendium (2) des idées du savant strashbourgeois en un volume où l’originalité et la clarté des idées n’ont d'égales que la netteté et l'élégance de l'exposition. Le succès de ce livre que le sentiment patriotique aurait contribué à faire valoir fut considérable.
La question de l’imperméabilité vésicale se reliait à des idées sur la physiologie des épithéliums.
L'idée était acceptée. Aussi des expériences remarquables sur l’endosmose faites par un de nos maîtres, M. le professeur Livon, en compagnie de M. Cazeneuve (3), bien qu'elles n'apporlassent aucun jour immédiat sur la question de
(4) Comptes rendus de la Société de biologie, séance du 13 novembre 1869, p. 316.
(2) Mathias Duval. — Cours de physiologie, p. 633.
(8) Cazeneuve el Livon. — Nouvelles recherches sur la physiologie de l'épithélium vésical. C. R. Acad. des Sc., 1818, p. 435.
se RE cr l’absorption, furent-elles acceptées comme une démonstration évidente de l’imperméabilité de l’épithélium vésical.
L'élan était donné et actuellement tout semblerait faire admettre d'une manière définitive cette opinion qui tend à devenir classique, que l’épithélium vésical sain est tout à fait imperméable.
Cependant, de nos jours, la question a été remise à l'étude, et on en revient à admettre la possibilité et même la réalité de l’absorption vésicale. Dans ces dernières années, l'absorption vésicale a été défendue, surtout à l'étranger, par quelques travaux soigneusement élaborés, et, en France même, M. Cazeneuve lui-même semble avoir abandonné ses anciennes idées, comme on peut en juger d’après les expériences qu'il a faites, en 1881, avec M. Lépine (1).
Nous allons d’ailleurs, après ce court exposé historique, donner l'opinion des principaux physiologistes français et étrangers pour bien montrer lincertitude qui règne encore sur cette intéressante question de l'absorption vésicale et suivre chronologiquement les diverses et différentes phases qu'a traversées ce point délicat de la physiologie du réservoir urinaire.
Les anciens, qui croyaient à l'absorption par la vessie, ont fait jouer à ce réservoir un rôle encore plus considérable, et, sans nous perdre dans les détails, il est curieux de voir exposer tout au long dans une physiologie du commencement du XIX® siècle une théorie de la sécrétion de l'urine par la
vessie.
(1) Cazeneuve et Lépine. — Lyon medical, 1880, p. 91.
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Tous les physiologistes de la fin du XVIIF siècle et du commencement du XIX° siècle admettent nettement l’absorption par la muqueuse vésicale. Les uns, comme Haller (1), pensent seulement que l'urine se concentre dans la vessie par résorplion de ses parties les plus ténues, s’épaississant et devenant plus rouge ; d’autres vont encore plus loin: c’est ainsi que Cruikshank (2) nous dit qu'ayant résisté à l’envie d’uriner et s'étant présenté plus tard pour y satisfaire, 1l n'y avait plus rien dans sa vessie.
Quelques années plus tard, en 1779, Schreger (3) rapporte qu'il a retrouvé dans les lymphatiques de la vessie le lait qu'il avaitinjecté dans la cavité de cet organe.
En 1815, Emmert (4) a vu l’absorption du cyanure de potassium se faire par la vessie, tandis qu'une décoction d’angusture introduite dans le réservoir urinaire ne produisait pas l'effet vénéneux accoutumé.
En 1824, Ségalas père (5) soutient que la vessie est capable d'absorber des substances médicamenteuses et regarde l'absorption vésicale comme assez active. Il est approuvé par Magendie.
Bérard, dans son Traité de physiologie (6), admet l’absorplion par la vessie tout en la regardant comme plus faible que par d’autres muqueuses. «Les substances injectées dans la vessie sont aussi reprises en partie par absorption ; mais ce n'est pas là, dit-1l, que l'absorption offre le plus d'activité ».
En 1849, de Longet, dans son Traité de physiologie, s’occupe aussi de labsorption vésicale et admet nettement que
(1) Haller. — Eléments de physiologie, 1752, p. 244, (2) Cruikshank. — Anatomie des vaisseaux absorbants. Trad. Petit-Radel, 1187. p. 240.
(3) Schreger. — De funclione placentæ uterinæ. Erlangen, 1799, p. 19. (4) Emmert. — Meckels’ Archiv., 1815, p. 178
(5) Ségalas. — Journal de physiologie de Magendie, 1824, t. IV, p. 285. (6) Bérard. — Traité de physiologie, 1849, Il, p. 630.
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« lorsqu'il existe un obstacle à l'émission des urines, leurs matériaux peuvent être repris par résorption comme ceux de la bile, puis diversement éliminés» (1). Il rapporte pour prouver ce qu'il avance un certain nombre d'observations dont quelques-unes ne lui paraissent pas très concluantes.
En, 1855, Béclard (2) admet que les liquides contenus dans la vessie se trouvent dans les conditions de l'absorption. L'année suivante, Kaupp (3) rapporte qu’en se soumettant à un régime alimentaire rigoureusement le même, examinant ses urines après les avoir laissées séjourner plus où moins longtemps dans la vessie, 1l a trouvé que la rétention augmente la proportion de chlorure de sodium et diminue la proportion d’urée et d’eau. Il conelut donc à l'absorption par la vessie des matériaux contenus normalement dans l’urine.
D'après Civiale (4), l'absorption vésicale est à peu près nulle. À
En 1862, Ségalas fils (5), dans sa thèse inaugurale, à la suite d'expériences comparatives faites sur des chiens et des lapins, confirme l'opinion de son père et conclut que la vessie a une action absorbante au moins aussi active que celle de l'estomac. Küss (6), Morel, Lereboullet (7) n’admettent pas la perméabilité de l’épithélium vésical. Sir Henry Thompson (8) est de leur avis ; tandis que B. Hicks (9) admet l'absorption vésicale et utilise les Imjections de cocaïne dans la vessie pour calmer les douleurs de la cystite.
(1) De Longet.— Traité de physiologie, 1849, I, p. 326. (2) Béclard. — Traité de physiologie, p. 405, et Dictionnaire Dechambre- Art. Absorption, p. 229.
Civiale. — Traité des maladies des voies urinaires, 1860.
) Ségalas Em. — Thèse de Paris, 1862, n° 59.
) Küss. — Gazette médicale de Strasbourg, 1844. ) )
(9) B. Hicks. — The Lancet, 13 octobre 1861.