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qu'en 1873, Girard (1), dans sa thèse Imaugurale, dit que pour que la vessie absorbe, il faut que sa muqueuse soit plus ou moins altérée, qu’elle soit érodée, qu’elle soit, en un mot, privée par place de son vernis épithéhal qui lui sert d’enduit protecteur. Sa théorie est soutenue dans la thèse de Guilhaud (2), qui, étudiant la physiologie de la vessie, déclare se ranger à l'opinion de MM. Alling et Jolyet pour admettre qu'il faut que l’épithélium soit plus ou moins altéré pour que la vessie absorbe.
Depuis, en 1878, Cazeneuve et Livon (3; ont repris la question. Pour eux, la vessie saine n'absorbe pas, mais toutes les fois que la muqueuse de la vessie sera enflammée, le passage des principes urinaires à travers la paroi vésicale devra être redouté. Ils ont recherché aussi si l’urée traversait l’épithélium vésical, en étudiant la dialyse sur des vessies pleines d'urine. Ils ont constaté que la diaiyse ne commençait qu'après la mort ou la destruction de l’épithélium, c’est-à-dire environ trois heures après le début de l’expérience, ou immédiatement si on à gratté la muqueuse.
En 1880, dans le Lyon médical, nous voyons Cazeneuve et Lépine (4) s'occuper de nouveau de l'absorption vésicale. Ils admettent, et là Cazeneuve est en contradiction flagrante avec ses premières conclusions, que la vessie saine absorbe certains éléments normaux de l'urine, puisque leurs expériences prouvent que la vessie saine absorbe de l’urée et des phosphates, et plus facilement l’urée que les phosphates:; mais ils ajoutent que la non absorption de certaines substances toxiques ou médicamenteuses reste un fait parfaitement acquis.
(4) Girard. — Thèse de Paris, 1872, n° 136.
(2) Guilhaud. — Thèse de Paris, 48173, n° 460, p. 11.
(3) Cazeneuve et Livon. — Recherches expérimentales sur l'absorption par la muqueuse vésicale. Revue de médecine, 1819, p. 1.
(4) Cazeneuve et Lépine. — Lyon médical, 16 mai 1880, p. 91.
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Cette question de l’absorption vésicale passionne aussi les physiologistes étrangers, toujours moins partisans que nous de la théorie de Küss.
En 1880, aussi, Fleischer et Brinkmann (1), après des expériences très bien conduites, faites sur l’homme ou même sur des femmes, en arrivent à conclure que la muqueuse vésicale à l’état normal est susceptible d’absorber l’iodure de potassium et très probablement d’autres médicaments, mais que cette absorption est lente el passagère, ce qui fait que certains physiologistes ont pu injecter des poisons dans la vessie des animaux sans constater des symplômes d’intoxication, car les phénomènes toxiques dépendent de l’état du filtre rénal. Ils croient de plus que dans les affections vésicales, les mêmes phénomènes acquièrent un développement encore plus considérable.
À la même époque, en Allemagne, en Autriche, en Italie, Maas et Pinner (2), London (3), Mosso et Pellacani (4), à la suite de nombreuses expériences, admettent aussi une résorption faible et excessivement lente par la vessie de toutes les substances solubles.
En France, Reliquet (5) se rattache à l’opinion de Küss et Susini. Dans ses leçons sur les maladies des voies urinaires, il admet que tant que l’épithélium est intact, les liquides contenus dans la vessie ne sont pas absorbés.
Mais les expérimentateurs n’'affirment pas avec autant de certitude l’imperméabilité de l’épithélium vésical. Car, en
(1) Fleischer et Brinkmann. — Deutsche med. Wochenschr., 1880, n° 49.
(2) Maas et Pinner. — Ueber die Resorptionsterhaluisse der Blasen. Chir. elin.,
(3) London. — Sur le pouvoir de résorption de la muqueuse vésicale. Carlsbad, 1882.
(4) Mosso et Pellacani. — Sulle fonzioni della vescica. Acad. d. Lincei, 1881.
(5) Reliquet, — Leçons sur les maladies des voies urinaires, 1878.
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1887, Herbert H. Ashdown (1) (d'Édimbourg), dans un travail soigneusement élaboré et appuyé sur un grand nombre d'expériences, soutient que la strychnine, l’éserine, la morphine, le curare, l’atropine, l’éther, le chloroforme, l’urée, l’eau sont absorbés par la muqueuse vésicale, et 1l démontre que la résorption de ces substances est d'autant plus active que la vessie est plus distendue par la solution, et il ajoute qu’une solution d'urée est plus vite résorbée que de l’eau pure.
Son travail est suivi de près de celui de Phélip (de Lyon)(2), qui, à la suite d'expériences faites sur des animaux pour chercher lé degré du pouvoir absorbant de l’urèthre normal, conclut aussi à l'absorption par la muqueuse vésicale saine et reconnaît que cette absorption augmente avec la distension de la vessie, de telle sorte quela vessie distendue peut absorber autant que l’urèthre normal. Il a d’ailleurs vérifié ces faits en clinique (3), en anesthésiant la vessie à la suite d’injections de cocaïne dans sa cavité.
En 1888, dans son Traité de physiologie des animaux, Colin (4) reconnaît que la faculté absorbante de la muqueuse vésicale se prouve par la concentration progressive de l’urine qui séjourne dans la vessie, et que l'absorption est bien plus active dans une vessie, qui a été préalablement vidée au moyen d'une sonde ou lavée par une injection saline.
Tricomi (5) aussi soutient la perméabilité de l’épithélium vésical ; 1l a trouvé que la vessie saine absorbe aussi rapidement et souvent plus rapidement même que le tissu conjonctif
(1) Herbert H. Ashdown. — On absorption from the mucous membrane of the urinary blodder. Journal of anatomie and physiologie, t. XXI, 1887, p. 299.
(2) Phélip. — Pouvoir absorbant de l'urèthre normal. Lyor médical, 1887.
(83) Phélip. — Lithotritie rendue possible par l'emploi de la cocaïne. Lyon médical, 1887, p. 170, et Lyon médical, 1888, p. 484.
(4) Colin. — Physiologie des animaux, 1888, Il.
(5) Tricomi.— Lezione di clinica chirurgia propedeutica. Padova et Verona, 4892.
sous-cutané ; mais dans les affections vésicales, quand la muqueuse est enflammée, l'absorption se fait moins bien.
Beaunis (1), Landois (2), dans leurs Traités de physiologie, admettent aussi l'absorption vésicale.
En 1892, au Congrès des Sociétés savantes, notre maître M. le professeur Magon (3), qui a été l’inspirateur de ce travail, fait une communication sur les conditions de l'absorption de la muqueuse vésicale. Après avoir répété toutes les expériences des auteurs qui attribuaient l'imperméabilité de l’épithélium vésical à l’action de la vie, 1l a trouvé la cause des erreurs opératoires qui avaient fait admettre à tort que la vessie n’absorbait pas. Pour expliquer les contradictions et les divergences des faits expérimentaux si nombreux qu'a enregistrés la science, 1l a recherché, en s'inspirant des travaux de Claude Bernard et de Ch. Robin, la cause des diverses conditions qui accélèrent ou retardent, facilitent ou rendent impossible l’absorption de la muqueuse vésicale qu'il admet franchement.
C’est ce travail que nous reproduisons d’après les notes qui nous ont été fournies et dont nous reproduisons aussi les conclusions principales.
M. le professeur Guyon (4) déclare au contraire que la vessie est imperméable et qu’elle ne se laisserait pas plus pénétrer par les poisons microbiens que par les substances médicamenteuses si elle n’est pas en élat de réceptivité, état causé par la stagnation habituelle de l'urine dans la vessie, la congestion, la chute de l’épithélium.
Tel n’est pas l’avis de M. Bazy, chirurgien de Bicêtre, qui déclare nettement le contraire à la séance de l’Académie des
(1) Beaunis. — Physiologie humaine, 1888.
(2) Landois. — Physiologie humaine. Tradue. Moquin-Tandon, 1893.
(3) L. Magon. — Congrès des sociétés savantes, 1892.
(4) Guyon. — Résistance de la vessie à l'infection. Mercredi médical, 1892.
= 61e sciences du 27 novembre 1893 (1) et dans un travail publié l’année suivante (2).
Des faits cliniques observés depuis longtemps l'avaient conduit à supposer que la vessie devait être douée du pouvoir absorbant. Des faits expérimentaux lui ont démontré que la vessie saine peut absorber et qu’on peut tuer aussi sûrement un animal en lui injectant un poison dans la vessie qu'en le lui injectant dans le rectum ou sous la peau. Si la vessie a été considérée comme la seule surface épithéliale qui n’absorbe pas, c’est d’une part qu'on à confondu imbibition avec absorption, et d’autre part qu’on n’a pas employé un poison suffisamment actif pour l’animal en expérience.
La même année, sous l'inspiration de Bazy,un desesélèves, Sabatier (3), reprend la question de l'absorption vésicale dans sa thèse inaugurale. Etudiant le pouvoir absorbant de l'estomac, du rectum et de la vessie dans une série d’expériences comparatives sur des animaux, il arrive aux conclusions suivantes :
1° La vessie saine absorbe.
2° Elle absorbe moins rapidementque le rectum, mais aussi rapidement et quelquefois plus rapidement même que les voies digestives supérieures.
Mais au même moment où la thèse de Sabatier voyait le jour, Boyer et Guinard (4) publiaient des £tudes et recherches expérimentales sur l'imperméabilité physiologique de l'épithélium vésical qui prouvaient nettement que la vessie saine n'absorbait pas ou que si l’épithélium vésical ne représentait pas une barrière absolument infranchissable, il ne devait se
(1) Bazy. — De l'absorption par les voies urinaires. Comptes rendus Acad. d. sciences, 27 novembre 1893.
(2) Bazy. — Archives de médecine expérimentale, 1894, p. 596.
(3) Sabatier C. — Thèse de Paris, 18 juillet, 4894, n° 409.
(4) Boyer el Guinard, — Archives de médecine expérimentale, 1894, p. 883.
laisser pénétrer qu'avec une extrême lenteur, et de telle facon que les poisons qu’on y introduit dans des conditions physiologiques n’ont pas le temps de s’accumuler dans l’organisme pour y produire des symptômes toxiques.
En réponse au travail de Bover et Guinard, Bazy (1) soutenait de nouveau que la vessie absorbait et allait donner ses preuves à la Société de Biologie le 28 juillet 1894, en faisant périr devant les membres de cette assemblée deux lapins en injectant dans leur vessie quelques centimètres cubes d’une solution de sulfate de strychnine.
À partir de ce moment, rous voyons que presque tous les physiologistes étrangers rapportent des faits en faveur de l'absorption vésicale. Walsh (2) admet l'absorption vésicale, presque au même degré que par l’urèthre ou le vagin.
En France, Henrijean et Corin (3) acceptent les idées étrangères el reconnaissent à la vessie saine un certain pouvoir d'absorption. Mais deux autres expérimentateurs, Pousson et Ségalas, ayant opéré sur la vessie humaine, dans un nouveau travail publié en 1895 (4), refusent à la vessie saine tout pouvoir d'absorption et attribuent tous les prétendus faits d'absorption par la vessie saine rapportés par les physiologistes à la portion prostatique de l’urèthre, au col de la vessie. Voici d’ailleurs les conclusions de leurs expériences:
L'épithélium vésical sain est imperméable ; mais l’absorpton a lieu: \
1° Lorsque le sujet ayant la vessie saine éprouve le besoin
(4) Bazy. — Pouvoir absorbant de la vessie. Comples rendus Société de biologie. 28 juillet 189%, p. 62%.
(2) Walsh. — Absorption from the bladder, uretra aud vagina.. Univ. med. mag. Phila, 1894, VIII, 913-931.
(3) Henrijean et Corin. — Art. Absorption du Dictionnaire de physiol. de Richet, I, 1895, p. 35.
(4) Pousson et Ségalas. — Sur le pouvoir absorbant de la vessie chez l'homme, Bulletin médical, 1% mai 1895.
Er re d'uriner, l'urine arrivant à baigner la portion prostatique de l’uréthre.
2° Lorsque l'épithélium vésical est altéré.
Malgré ces conclusions, l’un d’eux, Pousson (1), n'attend pas la fin de l’année pour produire l’anesthésie de la vessie par les injections d’antipyrine dans sa cavité.
D'après Alapy (2), la vessie saine ne laisse passer que les substances volatiles, et dans une proportion directe avec le pouvoir de volatilisation de ces substances. Holtinger (3) admet l’absorption vésicale, tandis que Lewin et Goldschmidt (4) n’admettent l'absorption des voies urinaires que par le bassinet et les uretères , la vessie pouvant recevoir des substances toxiques sans qu'il en résulte des troubles de l’organisme, tant que l'urine toxique n’a pas pénétré dans le bassinet et les uretères.
Depuis, quelques travaux sérieux admettent tous l’absorption vésicale, quelques-uns dans des conditions particulières. Zyngalès (5) en 1896, Schlesinger (6) et Gerota (7) en 1897, reconnaissent le pouvoir absorbant de la vessie. Moro et Gæbelein (8), après une série d'expériences, ont pu soutenir:
(1) Pousson. — Anesthésie de la vessie par l’antipvrine. Journal méd. de Bordeaux, 9 mai 1895.
(2) Alapy. — De l'absorption par la vessie. (Orvon. hetil. Budapesth, 1895, XXXIX-444 et suiv.).
(3) Holtinger. — Zur Frage der absorptions fahigkeit der gesunden Harnblase. (Centr. f. d. krank d. Harn. u. sexualorg, 1896, VII, p. 249).
(4) Lewin et Goldschmidt. — Die Resorption Korperfremder Stoffe aus den : Harnblase. (Arch. f. exp. path.), XXXWVII.
(5) Zyngalès. — Sur le pouvoir absorbant de la vessie. Arch. d. farmacol, 1896, p. 45.
(6) Schlesinger. — Zur physiologie der Harnblase. Vien. klin. Wochenschr. Jahrg, 1897.
(1) Gerota. — Ueber die anatomie und physiologie der, Harnblase. (Arch. anat. physiol. Abt. 428-459, 14897).
(8) Moro et Gœbelein. — Ueber das Resorptions vermogen der Harnblase. (Zeitschr. klin med., Bd, 32, 1891).
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1° Que la muqueuse vésicale est capable d'absorber en quantité notable les substances en état de dissolution, l’absorplion s’effectuant d'autant plus facilement que la solution est plus concentrée;
2° Qu’en même temps que l'absorption il se produit un passage d’eau dans la vessie, si bien qu'on trouve toujours dans la vessie plus d’eau qu’on en a injectée.
L'an dernier en 1900, Guido-Barbiani (1), tout en admetlant l’absorption vésicale, démontrait que cette absorption se faisait plus facilement, et sans altération de l’épithélium, en prenant la simple précaution de vider et de laver le réservoir urinaire avec une solution quelconque, de l’eau pure même, avant d'y introduire la substance à expérimenter.
(1) Guido Barbiani. — La lavatura della vescica urinaria in rapporto all'assorbimento. Bulleti delle scienze medich. di Bologna, février 1900.
LA DIFFÉRENCE DES RÉSULTATS OBTENUS PAR LES EXPÉRIMENTA- TEURS DÉPEND DE LA DJIFFÉRENCE DES CONDITIONS OÙ ILS SE SONT PLACÉS.
On voit donc qu'en poursuivant l'étude de l'absorption vésicale chez les différents auteurs qui se sont occupés de cette question, on se trouve en présence de conclusions diamétralement opposées. Si on les étudie de plus près, on voit que ces conclusions sont soutenues avec une égale conviction par les partisans qui les ont adoptées, sans qu'il soit possible de savoir quand et comment la question pourra être définitivement tranchée. Ceux qui admettent l'absorption vésicale ont tous une série d'expériences positives, qui, sans exception, justifient leur dire, tandis que ceux qui n’y croient pas ont tous été aussi heureux, mais en sens contraire, et ne possèdent que des expériences qui prouvent, d'une façon non moins unanime, que l’épithélium vésical est une barrière absolument infranchissable.
Cependant, constatation curieuse à faire, et d'où l'on pourra peut-être ürer une explication satisfaisante, tous ceux qui ont fait des expériences sur l'absorption par la muqueuse vésicale ne se sont pas placés dans les mêmes conditions ; bien au contraire, 1l semblerait que chaque expérimentateur ait voulu se placer dans des conditions particulières,
C'est ainsi qu'en parcourant l'exposé du mode opératoire
7 ve
de chacun, nous voyons que les uns ont fait leurs expériences sur l’homme où même la femme, tandis que les autres se servaient de petits animaux, de lapins ou de chats, et d’autres de chiens d'assez forte taille. Les uns opéraient sur des animaux à jeun depuis au moins vingt-quatre heures, les autres sur des animaux en pleine digestion. Les uns se sont contentés d’injecter des substances dans la vessie, sans se rendre compte de l'absorption possible par les autres portions des voies urinaires, les autres ont introduit les solutions par les uretères ou à travers les parois de la vessie, tandis que d’autres les ont injectées au moyen d’une sonde introduite dans l’urèthre. Certains n’ont fait aucune différence entre la vessie saine et fa vessie malade. Les uns vidaient la vessie avant d'v introduire quoi que ce soit; les autres la laissaient pleine, d’autres la lavaient soigneusement. Les uns ont injecté des quantités minimes de liquides ; les autres ont distendu la vessie sous l'influence des substances introduites, certains même l'ont dilatée en y insufflant de l'air. Quelques-uns ont lié les uretères avant l'expérience, tandis que d’autres ont évité toute opération préalable. Les uns ont mis l’épithélium vésical en contact avec des solutions acides ou concentrées, les autres avec des solutions alcalines ou très diluées, ou neutres. Les uns se sont servis de solutions d’alcaloïdes, les autres ont fait leurs expériences en n’employant que des solutions de sels métalliques.
Certains n’ont fait que des expériences d’endosmose et ont recherché les substances injectées dans le réservoir urinaire sur les parois de l’organe. D'autres se sont contentés de constater ou d'attendre les phénomènes généraux ou toxiques produits ordinairement par les substances dont ils se servaient pour admettre ou nier, la perméabilité de l’épithélium vésical, tandis que d’autres ont recherché le corps introduit
pa TN pa dans la vessie, soit dans les sécrétions, la salive par exemple, soit dans l’urine qui s’écoulait par les uretéres.
Mais en comparant attentivement tous les différents travaux, on voit que, non seulement, dans les mêmes conditions, les résultats sont les mêmes; mais encore que, si on prend la peine d'interpréter les conclusions lirées des diverses expériences qui ont été faites, en tenant compte des conditions où s'était placé l'opérateur, elles diffèrent peu; c'est d’ailleurs ce que les expériences que nous avons pu faire nous ont démontré.
Nous allons d'abord voir dans quelles conditions se sont placés ceux qui admettent l'absorption vésicale, et de quelle façon ils l'admettent; nous verrons ensuite les expériences de ceux qui refusent à l’épithélium vésical toute perméabilité et les raisons qu’ils imvoquent.
À. — Expériences des partisans de la théorie de l'absorption par la muqueuse vésicale
Les premiers expérimentateurs, Ségalas, Magendie, ete., qui, dans la première moitié du siècle dernier, avaient conclu à l'absorption par là muqueuse du réservoir urinaire, se basaient sur ce fait que des animaux étaient morts à la suite d'injections de sulfate de strychnine dans la vessie. Ségalas fils (1) dit en propres termes: « Mon père, en 1824, avait établi dans ses recherches que la membrane muqueuse vésicale absorbe l’extrait alcoolique de noix vomique. J'ai repris, en. 1862, les expériences de mon père et j'ai constaté que les lapins dans la vessie desquels j'injectais une solution de strychnine succombaient rapidement, pour la plupart, sous
(1) Segalas E. — Comptes rendus Acad. des Seiences, 1869, p. 732.
Ne
l’mfluence de ce poison». Demarquay, Paul Bert, Brown- Séquard admettaient aussi l'absorption par la muqueuse vésicale saine, suivis qu'ils étaient par les physiologistes de de leur époque.
Bert et Jolyet ont injecté de la strychnine et de l’iodure de potassium dans la vessie de chiens et de chats. Les animaux sur lesquels la strychnine à été injectée ont éprouvé des accidents au bout de dix minutes environ; les autres ont fourni des traces d’iode dans leurs sécrétions au bout d’un temps également assez court. Demarquay a opéré sur des vessies malades, puisque les hommes sur lesquels il faisait ses expériences étaient sondés chaque matin. Il injectait dans la vessie de l’iodure de potassium. Il le recherchait dans la salive; sur seize observations, huit fois il n’a pas retrouvé l’iode dans la salive, dix heures après l'injection vésicale. f
Mais leurs expériences furent reprises par d’autres qui démontrèrent que les substances introduites dans la vessie par les auteurs avaient pu être absorbées par les autres portions des voies urinaires, l'urèthre par exemple, ou bien à la suite de lésions de l’épithélium, car 1ls n'avaient pas sondé leurs sujets et ils avaient employé des animaux bien petits.
Claude Bernard ayant injecté du curare dans la vessie des chiens, le curare ne lui avait pas semblé être absorbé; mas il détermina la mort rapide des chiens chez qui les injections intra-vésicales de curare étaient précédées de la ligature des uretères.
Kaupp retenait son urine dans sa vessie pendant 12 à 24 heures et prenait la densité de cette urine. Le lendemain, avec lamême alimentation, le même genre de vie, il urinait fréquemment, toutes les deux heures, et prenait à chaque miction la densité de son urine. Il fit même l’analyse précise des urines rendues dans ces deux conditions, l’une de rétention intra-
908.2 vésicale, l’autre de miction fréquente pour soustraire l'urine à lout phénomène de résorption. Il trouva que la vessie absorbait en pelite quantité. Mais on a répudié cette méthode, car, quoi que l’on fasse, il est impossible d'affirmer qu'à deux jours d'intervalle l'urine doive avoir la même densité.
Fleischer et Brinkmann (1) ont fait leurs expériences sur l’homme en choisissant comme agent l’iodure de potassium, dont ils recherchent la présence dans la salive activement sécrétée sous l’influence de la pilocarpine.
[ls administrent, d'abord, à un individu sain 5 centgr. d'iodure de potassium dans 10 gr. d’eau et, quelques minutes après, font une injection de pilocarpine sous la peau ; ils retrouvent l’iodure dans les 50 premiers grammes de salive sécrétée après l'opération.
Ils prennent ensuite un convalescent et lui injectent dans la vessie 1 gr. d’iodure de potassium, puis sous la peau de la pilocarpine ; pendant 1 heure et demie la salive ne contient pas d'iodure. Chez deux jeunes gens, ils mettent un quart d'heure d'intervalle entre les injections vésicale et sous-cutanée et trouvent des traces très faibles d'iodure dans la salive.
Dans trois autres cas, les auteurs emploient 2 gr. d'iodure de potassium au lieu d’un et attendent une demi-heure pour la seconde partie de l'opération; ici, la salive contient une quantitité notable d'iode.
Chez deux femmes, ils prennent des précautions spéciales pour éviter d’avoir le reproche d’avoir permis à la muqueuse uréthrale l'absorption attribuée à la vessie et obtiennent des résultats analogues. |
Ashdown (2) s’est servi d'animaux, surtout de chiens. Après avoir détourné le cours de l’urine au niveau des deux
(1) Fleischer et Brinkmann. — Loco eitato.
(2) Herbert Ashdown, — Loco citato.
NN
uretères et avoir introduit dans ces conduits des canules, afin de pouvoir recueillir directement l'urine venant des reins, il a introduit dans la vessie diverses substances, de l’iodure de potassium, du salicylate de soude, de la strychnine, ete. Il a constaté l'absorption de ces produits, car, au bout d’un certain temps, ila pu constater dans les urines qui s'écoulaient par les uretères la présence de l’iodure de potassium et du salicylate-de soude.
Phélip (1) a fait ses expériences sur des chiens de forte taille à jeun depuis 24 heures. Après avoir lié les deux uretères, 1l met à nu le col vésical et, après avoir évacué avec précaution le contenu de la vessie au moyen d'une sonde droite N° 7, il sépare la cavité vésicale de l’urèthre au moyen d’une ligature appliquée au niveau du col, sur la sonde laissée à demeure.
Il pousse ensuite dans la vessie de l'animal 1 gr. d’eau contenant en dissolution 0,05 centigr. de sulfate d’atropine. Il a constaté des phénomènes d’absorption, qui ont varié d'intensité, suivant qu’il a augmenté ou diminué les doses,
et qui ont été bien plus manifestes quand 1l a distendu la
vessie en y insufflant de l’air.
Sabatier (2) a suivi les recommandations de son maïtre Bazy. Il s’est comme lui servi d'une sonde en caoutchouc rouge (N° 8); il n’a jamais distendu la vessie : 1l n'a pas injecté plus de 2 centim. cubes de façon à éviter l'intervention de la pression, de façon aussi à éviter le besoin d'uriner et à faire passer ainsi l'urine dans l’urèthre; mais 1l à quelquefois lié l'uréthre, et il a obtenu des résultats identiques à ceux de Bazy, qui n'avait jamais lié l’urèthre pour éviter l'absorption par la muqueuse uréthrale. Ce fait semble bien démontrer que lier l’urèthre est une précaution superflue. Mais tous deux
(4) Phélip. — Lyon médical, 1888. Loco citato. (2) C. Sabatier. — Loco citato, p. 80.
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ont employé de petits animaux, le plus souvent des lapins el des chats, ils ont injecté de hautes doses d’alcaloïdes et en solutions concentrées, qu'ils ont introduites à la température ordinaire. Ils en ont toujours constaté l'absorption, 1ls ont aussi constaté l'absorption de poisons microbiens.
Moro et Gœbelein (1) ont fait leurs expériences sur des chiens soumis à la narcose par la morphine. L'animal une fois endormi, ils lui ouvraient le ventre, ils liaient les uretères, 1ls évacuaient l'urine avec une sonde introduite dans la vessie à travers l'urèêthre, et dont ils se servaient ensuite pour laver soigneusement la vessie avec de l’eau dislillée. Après avoir comprimé la vessie pour évacuer le liquide de lavage, ils fermaient le ventre et ils injectaient dans ce réservoir, à travers la sonde laissée en place, une quantité déterminée de solution Utrée d’une substance donnée, ils plaçaient une pince sur la sonde, et au bout de 2 ou 3 heures ils tuaient le chien et ils vidaient la vessie. La quantité et le poids spécifique du liquide retiré permettaient de juger s’il avait été absorbé ou non.
Parmi les substances qu'ils ont étudiées (glycose, urée, sel de cuisine, alcool, acide borique, chlorate de potasse, morphine, cocaïne, quinine), seule la morphine n’a pas été absorbée par la vessie.
Guido Barbiani (2) a lavé la vessie avec différentes substances en solutions diluées (acide borique, acide phénique, sublimé corrosif, antipyrine, quinine, cocaïne, atropine, strychnine, iodure de potassium) ; la plupart de ces corps ne furent pas absorbés à la suite d’un premier lavage, tandis que tous le furent dans des lavages consécutifs.
En employant des solutions concentrées, l'absorption se fait
(4) Moro et Gœbelein, — Loco citato.
(2) Guido Barbiani. — Loco citato.
PET AE manifestement dès le premier lavage. Si la vessie a été lavée
seulement avec de l’eau, les substances introduites sont toujours absorbées rapidement.
B. — Fxpériences des partisans de la théorie de l'imperméabihté de l’épithélium vésical.
Susini (1) a opéré sur des lapins et des cobayes, sur des grenouilles et sur lui-même. Sur les animaux, après avoir fait une incision sur la ligne médiane et découvert la vessie qu'il laisse en place, il introduit une sonde en gomme élastique dans le canal de l’urèthre. Après avoir fait écouler un peu d'urine, 1l injecte délicatement avec une seringue la solution de ferrocyanure de potassium à 5 0/0, et chauffée à la température de 25° centigrades; la vessie ayant acquis le volume qu’elle avait avant d’avoir été sondée, il retire la sonde et lie l’urèthre.
Il badigeonne ensuite la surface extérieure de la vessie avec une solution concentrée de perchlorure de fer, et attend la réaction qui se produit ordinairement au contact de ces deux corps, le ferrocyanure de potassium et le perchlorure de fer, c'est-à-dire une coloration bleuâtre. La coloration bleuâtre ne commence à apparaître que deux heures après environ, dans les conditions ordinaires, mais apparaît bien plûs tôt quand l’épithélium a été raclé avec une tige de cuivre.
En expérimentant sur lui-même, il s’est introduit une sonde en gomme élastique de grosseur ordinaire dans le canal de l'urèthre, et dans la position assise. Il a ainsi vidé en partie sa vessie et s’est injecté, au moyen d’un irrigateur à jet continu.
(1) Susini. — Thèse de Strasbourg, p. 7.