IS
n avoit eu lieu daijs les finances. Je le demande , que pouvoit-on faire de plus ?
.je nai garde cependant de placer fur la même ligne les combats que j'ai rendus pour l'avancement de Tordre & de l'économie , Se les victoires complètes remportées par Taffemblée nationale. Je pourrois néanmoins difpu ter de mérite avec elle en cette carrière, fi Ton confidéroit la différence infinie de nos pofitions. Elle a parlé au nom du peuplé entier; elle a marché avec toutes les forces de l'empire ; elle s'eft vue accompagnée &
•portée, pourainfi dire, par des vœux innombrables ; elle n'avoit befoin ni de préparer les efprits, ni de ménager les puiffans;
v elle difpofoit au nom de 11 nation du bien de la nation ; tout fléchiffoit devant fes pas; les obftacles qu'elle a rencontrées n'ont fervi qu a augmenter l'action 8c la ra-
. pidité de fes mouvemens , 8c la route qu'elle . . a fuivie s'eft trouvée frayée , 8c comme à l'inftant applanie par la feule preflion des larges roues de fon char triomphant. - Que l'on rapproche maintenant de cette force immenfe les moyens 8c les tentatives
d'un miniftre des finances , qui, éperdu pour > ainfidire au milieu d'une cour depuis longtems étrangère aux idées d'ordre & déco nomie, s'efforce de propager ces mêmes idées &: fe voit dans la néceflïté de combattre feul contre tous. On ne faura jamais toute la confiance dont j'ai eu befoin. je me rappelle encore cet obfcur & long efcalier de M. de Maurepas que je mohtois avec crainte & mélancolie , incertain du futcès auprès de lui d une idée nouvelle dont j'étois occupé , & qui tendoifc le plus fouvent à obtenir un accroiffement dereve* nuparquelque opériftionjufte mais févère ; je me rappelle encore ce cabinet en entrefol placé fous les toits de Verfailles , mais au-delTus des appartemens du Roi, & qui, par fa petitefle Se fa fituation , fembloit véritablement un extrait &: un extrait fuperfin de toutes les vanités 8c de toutes les ambitions ; c étoit là qu'il falloit entretenir de réforme & d'économie un miniftre vieilli dans le faite & dans les ufages de la cour, je me fouviens de tous lés ménagemens dont j 'avois befoin pour réuffir f &: comment
fslufieurs fois repoufle , jobtenois à la ûii> quelques complaifances pour lachofepu-^ blique ; 8c je les obtenois , je le voyois bien * < à titre de récompenfe des reffources que je trouvois au milieu de la guerre. Je me fouviens encore de l'efpèce de pudeur dont je me fentois embarraïïe lorfque je mêlois à mes difcours 8c me hafardois à lui préfenter quelques-unes des grandes idées morales - 1 dont mon cœur étoit animé, je femblois' alors auffi gothique au vieux courtifan , que Sully le parut aux jeunes , le jour qu'on le * revit à la cour de Louis XIII.
- Je trouvois auprès clu Roi plus de cou-' rage : jeune 8c vertueux , il pouvoit 8c vouloit tout entendre ; la Reineauffi m ccoutoit favorablement ; mais autour de leurs majeftés , maïs à la cour , à la ville , à com-' bien d'inimitiés 8c de haines ne me fuis-je pas expofé ! c'étoit à tous les genres de crédit 8c de pouvoir que je devois oppofer de la fermeté; c'étoit avec toutes les factions de l'intérêt particulier que j'avoisà combattre , 8c dans cette lutte continuelle je rifqugis à tout moment ma fragile exiftence.
je le fis cependant , 8c je marchai dans ma route fans reculer un moment. Auffi, je l'avoue , en me fouvenant 8c de ma pofition 8c de ma conduite , je confidère en pitié cette réputation de vaillance qu'on cher-*
che à fe donner au milieu de l'aftemblée
nationale, en y dénonçant à grand bruit-* niais fans aucun rifque , mille écus à retran** cher ou à prendre fur les foldats épars d'une armée en déroute, certain qu'on eft encore des applaudiflemens fansnombrede tous ceux dont on fe trouve environné.
On a foin , il eft vrai, de faire raifoniier le nom des grands , des miniftres 8c des couptifans , afin de perfuader au peuple que les géans font encore là, 8c que c'eft d'eux dont on fe joue, tandis que foi-même on eft bien fûr de n'avoir plus à lutter. qu'avec des fantômes.
Ce n'eft pas le tems aujourd'hui de particularifer lesréglemens d'ordre 8c d'économie, 8c les diverles difpofitions utiles aux finances, qui durant le cours de mon premier miniftère, ont rempli le but dont jetoi? fans ceiïe occupé -, je dois aller en avant
rapidement, &: j'aime mieux faire obferver
que Ton trouve le germe de nos idées ac-
tuelles dans les deux inftitutions les plu*
remarquables de mon adminiftration.
L/établiflement des affemblécs provinciales dont je pofai les premières .bafes en 1779 , devoit affocier toute la nation à la geftion de fes intérêts 8c foulever le voile que tenoient depuis fi long-tems dans leurs mains un petit, nombre de commiffaires nommés par le Roi. Cetétabliflement donnoitdes guides 8c des protecteurs paternels à toutes les provinces , attachoit les citoyens au bien public , y attiroit leurs penfées 8c faifoit fervir les lumières générales à l'avancement de la profpérité de letat.
Une féconde inftitution non moins importante, fut la détermination prife par le Roi de donner la plus grande- publicité à letat des finances ; il fondoit de cettë manière la confiance fur labafe la plus folide , il appelloit la nation à la connoifTance Se à l'examen de l'adminiftration publique , 8c il faifoit ainfi , pour la première fois , des affaires de 1 état une chofe commune.
Les
Les deux dirpofitions que je viens d'indiquer , également effentielles au bonheur 8c à la puiJTance , avançoietu tellement l'efprit publique que fi Ton tranfporte fes regards en arrière , on trouvera que ces deux grandes innovations étoient à une diftance incalculable des idées fous lesquelles on avoit vécu pendant fi long-tems*
Le miniîlre qui propofoit rétabliffement des affemblces provinciales h reftreignoit extrêmement fon influence. Leminiftrequi propofoit la publicité conftantede l'état des finances , expofoit fon adminift ration à une cenfure éclairée ; ainfi il ne fe ménageoit pas le privilège particulier à l'afiemblée nationale , celui d aller au bien en augmentant chaque jour fon propre pouvoir»
Je trouve encore le premier mot de nos inflitutions préfentes & dans la déclaration qui , aboliffant les droits de main-motte , honora fon miniftere, & dans celle qui détermina l'impôt de la taille , le fixa d'une manière invariable , interdit fon accroiffer ment fans l'autorité des lois enregiftrées , &: mit ainfi pour la première fois ce tribut des
campagnes à l'abri des extenfions arbitraires dont le gouvernement s etoit réfervé le pouvoir, & dont ilavoitfaitun filongufage.
C'eft encore à lepoque de mon premier mtniftère que l'on peut rapporter un nouvel efprit qui fe répandit alors , &qui dirigea l'intérêt public vers toutes les idées de bienfaifance. Les prifons, les infirmeries , les hôpitaux, les hofpices de charité devinrent l'objet du gouvernement , Se les amé* liorat ions , les adouciffemens qu'on y apporta , les nouveaux établiflemens entrepris au milieu deja guerre, enfin les actes multiplies de la bonté &de la tendre compaffion du Roi pour les malheureux,donnèrenf au patriotisme déjà mis en mouvement par d'autres difpofitions plus générales , une teinte de douceur 8c de fenfibilité qui préfentoit à tous les regards le fpectacle le plus touchant. On faifoit le bien en le voulant, &on le vouloit en l'aimant ; nul caractère d'effort, nulle exagéitu ion même naccompagnoient ces premiers mouvemens d'une nation qui agiffoit' encore d'après fa propre inrpulfion,&qui ne tendoit point à échanger
fôn génie naturel conte celui qui lui a été préparé depuis. Seroit-ce donc le dernier r jgard qu'il fallut jetter fur ce mélange de vertus aimables , douces 8c généreufes qui releva fi long-tems aux yeux de l'Europe le caractère des Français ? Ah ! quelle perte pour eux Se quelle teinte fombre jetée i pour ainfidire, fur l'univers entier, fi ce brillant caractère devoit faire place et pour toujours aux élans combinés et aux mouvemens fyftématiques qui créent des fentimens avec de Tefprit , et des vertus avec des opinions exagérées ! La perfection des lois politiques devient plus néceffaire que jamais avec cette nouvelle nature ; au lieu * que l'autre , celle qu'on aimoit dans la nation françaife , fervoit à elle feule de lien entre le riche et le pauvre, et adouciiïbrt fouvent par les mœurs, les fautes du gouvernement et les erreurs de la législation.
je ne veux pas arrêter plus long-tems l'attentionfur ma première adminiftration; il me fuffit de lavoir rappelléc et d'avoir 1 indiqué fon rapport avec le tems préfent , avec ce tems , le fftil qu'on aime , le feul
^ oogle
quç 1 on veut apprendre , le feul dont on fe fouvient.
Je metendrai davantage en présentant les particularités eflentielles de mon fécond miniftere ; mais auparavant je dois retracer en peu de mots l'uiàge que j'ai fait de mon tems entre ces deux époques ; car il. a été confacré tout entier à des occupations qui n ont point été étrangères aux affaires publiques et au bonheur des h.pmmes. C'eft l'indifférence de l'aflemblée nationale envers moi que je prends à partie , et je refpecte trop l'influence de fon opinion pour négliger aucun de mes moyens , lofrque j'appelle de fes injuftices à la nation , à l'Europe et à la ppftérité,
, On le fait : j'ai confacré mes premiers loifirs à la compofition d'un ouvrage trèsétendu, furies finances en général et fur celles de la France en particulier ; et cet ouvrage, par la quantité d'inftructions pofitives dant ileft rempli , et par la méthode avec laquelle ces conoiflances font claffées, n'a pas été inutile aux perfonnes occupées
des intérêts de l'état , ou deftinées par leur pofition àladminifiration des affaires publiques, j'ai empêché le génie de fe décourager en lui frayant fes premières routes , 8c j'ai appelé tous les bons efprits à l'étude des finances , en plaçant des fignaux fur cette multitude de chemins croisés , dont les abords inextricables rebutoierit la curiofité.
On a vu cet ouvrage entre les mains de tous les notables raffemblés par le roi en
1787, pour l'affilier de leurs confeils dans l'état decrife où paroiffoient les affaires; on a vu cet ouvrage fervirde premier guide à tous ceux qui, depuis cette époque, ont concouru à l'œuvre du bien public; Se fi je me borne à le préfenter comme unefimple collection de faits intéreffans Se de connoiffances utiles, j ai pourtant Tefpérance d'avoir fait quelques pas vers l'objet chéri de mes vœux, en développant les différentes manières, l'union confiante de la politique en adminiftratiôn , avec les principes de la morale : noble & fûre alliance qui formera toujours la première condition de la véritable fageffe des gouvernemens , & la bafe
fondamentale de laprofpérité des nations & du bonheur des hommes ! • T Ceftdansla vue de fortifier ces principes de morale, ces principes dont la fakuaire influence étoit continuellement préfenrcà mapenfée, quej entrepris de refréner, félon jnonpouvoir, la chaînequi les unitaux opinions rcligieufes. Je voyois bien la morale toujours en honneur, ou plutôt toujours célébrée ; mais ondétruifoit,on ebranioit fans relâçheles colonnes antiques qui la foutejiqient, & l'on vouloit y fubftituer de petits appuis arrangés de main d'hommes, Se qui, f^ps. proportion avec la majefté de l'édifice , nepouyoientctremisenpaîallèleavec cette législation univerlèlle , avec cette autorité feinte, qui, delamanièrelaplusimpofante, aux hommes leurs de voirs , dètermineleifrsfaçrifices mutuels, Se les approche du bonheur auquel ils peuvent atteindre^ ( Ce fut par des idées fenfibles ,8c aufli , je le crois, par des réflexions éuyées d'un peu de philofophie, que je rendis un- hommage public à l'importance. & à la réalité des opinions reUgieufes, opinions délaiRes.
par l'efprit du fiècle , par cet efprit ambitieux de toute efpèce d'empire, par cet efprit orgueilleux dans fes chaînes, 8c qui fêlant aveuglement à l'étendue de fes[ moyens, voudrait fubflittier fa fcicnce aux lumières du temps , voudrait mettre fon propre ouvrage à la place de tout ce qui exilte, & fe déciderait à refaire le monde , sil.pouvoit en remuer le premier anneau/ Le livre dont je rappelle ici le fou venir , , ce dépôt de mes plus chères penfées, je puis r le joindre aux travaux que j'ai confacrés au bonheur des hommes &: à l'utilité publique. Ah ! dans la pofition où je me »
trouve, que n'eft-il à faire encore ! ce font : des jours doux que j'ai paffés, en m élevant par la méditation à l'idée dun êtrefuprême; j aurais befoin plus que jamais de meplacer 1 fous cet heureux abri : on y voit là de fi haut l injuflice des hommes , qu'on peut les aimer encore en leur faifant de3 reproches , qu'on peut les aimer encore au milieu des persécutions dont ils vous ontrendu, la victime. :Cette idée d'un être fuprinie t cette idée à jamais bienfaifante -
«applique à toutes les circonftances de la • vie ; & tandis que par fa grandeur elle forme l'enceinte du monde, plus fubtileque la lumière , elle pénètre au fond de no|je ame Se la faifit par tous fes rapports , pour l'attirer aux confondons dont la nature humaine eft fufceptible.
j'avois befoin de ces réflexions : j'avois befoin de ce moment de repos avant de continuer à me préfenter aux regards des hommes 8c à leur examen , avant de fuivre une difcufïion dont lanéceflité m'afflige. Je vais maintenant rapporter les principales difpofitions de mon fécond miniftère , &: j'y joindrai les réflexions dont elles me paroîtront fufceptibles.
11 me femble que c eft d'un temps féparé des jours antérieurs par l'abîme des fiècles, il me femble que c'eft d'une nation nouvelle que je vais parler. Le fol &le climat font reftés les mêmes; tout le refteeft changé.
Ce fut au mois d'août 1788 , que le roi me confia pour la féconde fois Tadminiftrationdes finances. Javois été exilé peu de temps auparavant, 8c jepouvois encore, par
d'autres souvenirs , être éloigné de reprendre les liens qui m'étoient proposés.
Je n'hésitai point cependant à m'y soumettre ; la situation des affaires m'en faisoit une loi; et je ne fixai mes regards sur les difficultés que pour m'efïorcer de les vaincre.
Je ne tardai pas à recevoir une précieuse récompense de mon dévouement. Les malheureux événemens qui s etoient succédés depuis un an, a voient répandu l'alarme dans le royaume , avoient agité tous les esprits.
Le fréquent appareil des lits de justice ; la subversion des Parlemens , leurs vacances prononcées sans terme , la translation de celui de Paris àTroyes , l'exil ensuite et l'emprisonnement de plusieurs de ses membres ; l'enlèvement subit de douze gentilshommes de Bretagne , leur détention à la Bastille , enfin rétablissement d'une cour plénière, qui, sous les regards immédiats du gouvernement , devoit être dorénavant la seule défense des intérêts des peuples; tous ces actes inconsidérés d'autorité, survenus au milieu de la fermentation qui existoit depuis long-tous ; avoient excité dans les
Provinces un genre de mécontentement et d'irritation qui paroissoit le présage certain d'une insurrection générale. Une commotion menaçante étoit sur le point d éclater à Grenoble , et les citoyens avoient déjà les armes à la main, lorsqu'on y apprit le changement survenu dans le ministère; les espérances renaquirent et le calme se rétablit.
Une révolution semblable succédant aux mêmes orages, arrêta dans plusieurs autres parties du royaume les commencemens
, d'une guerre civ ile, et prévint des malheurs dont on ne pouvoit calculer l'étendue. Je reçus de toutes parts des témoignages touchans et des preuves sensibles d'une confiance qui m'inspiroit les plus grands devoirs. Je les connus ces devons; aussi le
. vœu général de la nation, cevœusijuste , selon ma propre opinion, ne tarda pas à être rempli. Une volonté ardente, mes foins, 'mes efforts, les premiers momens de crédit qui appartiennent toujours à un nouveau ministre, lorsqu'il est jugé nécessaire, tous, ces moyens furent dévoués au triomphe (Je h lijb^né et de la justice. Les parlemens
furent rappelés à leurs fonctions^ les exilés revinrent, toutes les prisons furent ou- . ' vertes; l'idée d'une .cour plcnière et toutes les dispositions consacrées dans le fameux lit de justice du 8 mai 1788, furent pour toujours anéanties; enfin unconfcivtement général, célébré par les plus vives acclamations , retentit d'un bout du royaume à l'autre , et le Roi futbéni dune révolution juste, et qui rappeloit aux français , toujours prêts à l'aimer , la pureté de ses intentions, et fon amour confiant du bien public.
Ces tems , cesevénemens sont bien près de nous; mais malheureusement ils remontent plus haut -quefc, reconnqiffance.
Opendantles allarmes dans lesquelles on avoit vécu, les inquiétudes auxquelles on»
avoit été livré, et plufieurs fauffes porabinaifons en finance-, plufieurs dispofitions en^néesavoient altéré fenfiblement un crédit depuis long-tems mal affermi, & la confiance avoit été anéantie par cet Arrêt du confeilqui créade^ papiers paur acquitter les rentes de l'hôteWe-ville, les intérêts des effets publics noacpnftitués et plufieurs
. ( s8 ). , autres charges de l'état. En même tems on faifoit ufage des refïburces les plus oncreufes pour fuffiieà d'autres paiemens indifpenfables ; et dans la vue d'éloigner une dernière crife , Ton prolongeoit par toutes foftes de moyens un état d'intermittence qui devoit finir en peu de tems pur une défaillance abfolue.
Auffi , lorfque je repris le timon des affaires , il n'y avoit pas 5oo,ooo livres* au tréfor royal ; toute efpèce de crédit étoit anéantie, et je vis cependant qu'il falloit trouver pluficurs millions dans lafemaine pourfatisfaireà des engagemens précis, ou àdesdépenfesdont le moindre retardement expofe aux dangers les plus effrayans. Je franchis ces premiers pas;maisjerencontrai des difficultés fans ceffe renaiffantes , parce que les impofitions de tout genre avoient été cônfommées à l'avance , parce qu'il exiftoîtun grand déficit entre les revenus et lesdépenfes fixes, et principalement encore parce qu'il eût été difconvenable fous tous les rapports , d'anticiper fur les fonctions des états-génératrx , en recourant à
Di
des emprunts publics ou à toute autre âiî pofition générale.
Ce futdonc en louvoyant, en ufantdetous les ménngemens, de toutes les reflburces circonfcrites dansun petit cercle,que je parvins à conduire fans brifûre & fans échouementle frêle vaiiïeau de 1 état , jufques à l'ouverture des états-généraux, terme que je confidérois alors comme le premier fignal du port de fauvement. Mais TafTemblée nationale ayantéloignéà grandediftance l'époque où elle vouloit s'occuper des finances, je me trouvai dans la nécetffié de continuer la manœuvre d'un navigateur en péril bien plus long-temps encore que je ne Tavois d'abord préfumé ; 8c véritablement j ai pafTé près de deux ans dans les follicitudes, toujours occupé d'éviter de grands dangers &: de prévenir un éclat dont les
conléquences ne pouvoient être calculées.
. Tous ces foins , toutes ces peines ne laHFent aucune trace. Les malheurs dont on a été préfervé ne rappellent quedes fervices paffifs , des actions fans couleur & fans
relief , k la connoiffance à l'œil léger ne les remarque point.
Cependant on pourrait au moins fefouvenir que ce fameux arrêt du Confeil du mois d'Août 1788 , cet arrêt qui avoit répandu tant d alarmes enautorifant le paiement de toutes les rentes & de toutes les charges de l'Etat, partie en papier & partie en argent , n'eut aucune exécution.
Je pourrais ailement rappeler d'autres circonftances, d'autres fervices de ce genre; il en eft un grand nombre: mais que puis-je attendre des paroles, lorfque les actions, ces écrits en grandes majufcules, s'effacent de la mémoire , ou n'y font point de trace?
Te dois néanmoins relever une conduite de ma part qu'on peut ailement n'avoir point obfervée, & qui m'eût été pénible , £i elle ne m avoit pas été infpirée par un amour réfléchi du bien public. On fe fouvient peut-être que pendant le cours de ma première adminiftration , j etois dans
un mouvement continuel ; tout m'occupoit , tout me tenoit en activité , une réforme importante , une épargne de dé- " tail , une nouvelle conflitution.des Corn-.
pagnies de finance , une réunion de caiffes , une diminution des tréforeries , ttn aouvel ordre decomptabilité,de9 changemens de tout genre Se les préparatifs des diveifes difpofitions dont le moment netoit pas encore venu ; enfin chaque jour j'agiflbis de quelque manière, je vis , en rentrant dans le Gouvernement, au mois d'Août 1788, qu'une marche abfolument différente m etoit confeilléeau nom du bien de l'Etat; je vis que ce grand motif m'impofoit le devoir de contenir l'adminiftration des finances dans une forte d'obfcurité 8c de filence. j'apperçus qu'en cherchant à détruire de nouveau les abus reproduits en grand nombre depuis ma première retraite du Miniftère , j'exciterois , pour un ouvrage éphémère , une fuite de plaintes & de clameurs qui diminueroient mes'moyens Se affoibliroient mon crédit, tandis que je devois conferver toutes mes forces pour réufiir dans la feule grandeentrçprifedont il m'importoit dem'occuper, celle qui devoit amener une régénération générale , je veux parler de la formation des Etats-Généraux. Je réfléchis qu'à peu
de diftance du raflemblement des Députée de la Nation, il étoit inutile de commencer à moi feul une nouvelle guerre aux abus i puifque tous, bientôt, feroient repris fousœuvre. 8cdétruits pour toujoursd une main vigoureufe ; qu'ainfi le but unique , le but eflentiel auquel je devois tendre, étoit la convocation des ét^ts-généraux, leur compofition raifonnable 8c leur réunion paifible. je penfai qu'en entretenant la tranquillité dans le royaume, en foutenant l'édifice chancelant des finances , en fubvenantà ladifette desfubfiftances, en prévevenant les grands malheurs , en écartant une multitude innombrable de difficultés moins éclatantes . Set en applanifiant enfin toutes les voies au plus grand 8c au plus defiré des événemens J'aurois rempli fuffifamment ma tâche , j'aurois acquitté mes devoirs d'homme public , de bon citoyen 8c de fidèle ferviteur d'un roi qui vouloit f qui cherchoit le bien de l'état.
Conduit par ces réflexions, je me livrai Tans réferve aux préparatifs 8c à l accompliffement d'un G grand defiein.
C'eft
C'eft ici que je dois commencer à me détourner de ma route , ou à marrêter du moins quelques momens, pour défendre t contre des reproches injuftes, les particularités remarquables de ma conduite politique.
j'entends ce que dit un parti. On ne peut excuferla ténacité, l'ardeur fuivie que j'ai mifes au raffemblement de états-généraux. L'embarras des finances en avoit fait naître l'idée ; mais puifque je me croyois en état de furmonter les difficultés dont on s'étoit effrayé trop légèrement , la qualité de miniftre du roi ni'impofoit l'obligation d'écarter un projet conçu dans les alarmes, & dont les fuites ne pouvoient manquer detre dangereufepour l'autoritédu prince.
Je ne diflïmule point l'objection , comme on peut le voir ; mais je crois pouvoir y répondre.
On oublie d'abord que dans tous les temps un miniftre a réuni différens devoirs.
Je ne penfe point que fa qualité, fes fonctions îobl igeaffent, même dans l'ancien ordre des chofes, à fixer toutes fon attention
sur l'autorité du monarque, et à défendre cetteautorité dans toutes les acceptations et dans toutes les applications quédes préjugés ou des usages abufifs avoient indroduites.
Un miniftre honnête homme pouvoir avec fidélité se transporter dans les sentimens qui appartiennent à un monaque vertueux et en faire la règle de sa conduite. Il le pouvoitd autant plus que n'étant point lié par un engagement indiflbluble , le prince étoit le maître de déplacer sa confiance, au moment où le caractère et les opinions de celui dontilavoit fait choix pour le servir, iaes accordoient pas avec ses deffeins et ses volontés. Un miniftre n'agi (Toit point hors du roi; mais placé près de lui et recevant ses ordres, il étoit appelé à éclairer sa jus* tice, à diriger ses inclinatioas et à le faire jouir de la première des faveurs du trône , de la félicité des peuples .et de leurs touchantes bénédictions. Ce seroit donc une grande erreur de penser qu'autrefois le seul devoir d'un miniftre étoit de veiller sur le maintien de l'autorité royale ; car s'il aycit à ^occuper de la promtitude de i'obéiffancÈ ,
la sagesse des commanderaens ne pouvoit lui être indifférente. Et comment voudroiton qu aucun sentiment civique ne fût permis aux miniftres du prince , et dût se mêler à ses conseils ? Ils auroient donc été contraints à faire l'offrande de la plus noble des vertus, au moment où ils venoient seconder par leurs travaux l'augufte chef de l'état et le premier gardien desdeftins de T Empire . Ceux qui , dans un parti , veulent interpréter de cette manière les anciennes obigations des serviteurs du roi, ont donc \ oublié qu'eux-mêmes auroient éouvert de leurs mépris celui d'entre les miniftres , qui, en servant le monarque, eût négligé ses devoirs envers la nation. Ils vouloient bien tous être soignés , et dans leurs intérêts particuliers et dans leurs pré tentions fédératives; mais à part ces exceptions, ils applaudiffoient plus queperfonne à tousles traits de la vertu courageufe d'un Miniftre- citoyen; feulement , peut-être, ils le faisoient avec plus de goût , lorfque l'introduction des principes févèresfe trouvoit encore à quelque diftancede leur générale application.
Sans doute, anfiquejelai déclaré moi- -même aux états-généraux , ainfi que je Pavois fait connoître antérieurement au roi Se à. Ion confeil, Tordre des finances pou voit être rétabli fans l'intervention d'une affemblée nationale , Se fans recourir à de nouvelles impofitions. Mais je confidérois fous un plus haut afpect le rétablHTement des états-généraux, & ce qui netoit pas aux befoinsdu tréfor public, ce n'étoit pas à une feuledifpofition générale que je rapportois cette grande penfée. J'avois connu mieux queperfonne, combien étoit inftable 8c paffager le bien que Ion pou voit faire fous un gouvernement où les principes d'adminiftration changeoint au gré des miniftres , 8c les miniftres au gré de l'intrigue, j'avois obfervé que dans le cours paffager de l'adminiftration des hommes publics , aucune idée générale n'avoit le temps de s'établir, aucun bienfait ne pouvoit fe confolider.
Auflî voyoit-on depuis long-temps S: au milieu des richelfes nationales un diferédit déshonorant, Seau milieu des impofitions les plus diverfes 8c les plus multipliées
Tembarras perpétuel des finances, 8c au milieu de la mifère du peuple les libéralitéslesplus inconfidérées,& au milieu des lumières progreffives du fiècle,les anciens préjugés en commerce 8c en législation , 8c au milieu des fentimens généreux qui élèvent les hommes à l'amour de la liberté les actes d'autorité les plus arbitraires ; Se par une fingularité remarquable, près de ce pouvoir abfolu on appercevoit continuellement la réferve la plus timide &: la crainte de tous
les obftaclcs; lorfqu'il étoit queftion d'opérer le bien par des difpofitions nouvelles, ou des moyens encore inconnus.
Enfin l'exemple d'un puple voifin, heureux & florifiant à l'abri d'une conftitution où lep lumières 8c les volontés générales de la naîonétoientconftamment dirigées vers les intérêts communs deletat, cet exemple & beaucoup d'autres confidérations ramenoient habituellement l'attention vers les * avantages qui pourroient naître du rétabilfement des états-généraux;l'efprit du tems, le vœu de la France animoient 8cfoutenoient cette cfpérance.Aufli jamais perfpective
plus agréable ne fut présentée à la nation ; elle s'offroit à l'imagination comme un terme de repos" Se de bonheur, après de longue^ alarmes. Le royaume fatigué de la vicissitude continuelle des principes du gouvernement , desiroit de voir enfin établir, Se d'une manière durable, un j uftè rapport en tte les revenus 8c les dépenses, un prudent emploi du crédit, une sage diftribution des impôts, un plan général de bienfaisance publique, un syftcme éclairé de législation, 8c par-deffus tout, une garantie conftitutionnelle de la liberté civile &: de la liberté politique. Le miniftre le plus habile, qui, à la place de cette heureufe 8c magnifique attente, se fut réduit par amourpropreà faire jouir l'empire Français de l'effet paffager de ses talens, eût paru vouloir subftiluer ui#feu d artifice à la lumière féconde, à la chaleur confiante des rayons de soleil, et sa folle présomption l'eût rendu coupable 'envers la nation et envers les Cècles.
Je vois comme un autre les reprcohes que Ton peut faire à laffembléc nationale ; mais je connois aufTi les grands biens qui
lui font dus. D'ailleurs , ce premier élève de l'opinion publiqne, fera, quand il le faudra, redreffé par elle ; fon maître le reprendra d'avoir été fi preflé de paraître & d'avoir eu trop deconfiance dans le premier jet de fon efprit;il ordonnera que fes fautes foient réparées par la féconde législature, Se celle-ci verra de même fes idées perfectionnées par les aflemblées qui fuivront ; mais toutes auront cet incomparable avantage, celui qu'aucun autre efpece de gouvernement nepeut réunir, c'eft d'aller en avant a vecl'appui de la nation , c'eft d'agir tpuj ours dans le fens du vœu général, c'eft d'avoir desforces proportionnéesàletenduedeleur • tâche, c'eft de n'avoir pae à compter avec les obftac!<?s; enfin, 8c cette dernière préro* . gative eft bien grande , d'obtenir crédit jufquaux événemens , Se d'accélérer par tous ces moyens les leçons de l'expérience.
Auffijê n'en doute point dès que l'ordre Se le mouvement régulierde l'autorité fe réuniront à limmenfité de connoiflances fc d'obfervationsdontlesaftembléeîinadonales deviendront le centre, tous les abus feront
fuccefiivemnt détruits , & la France , ce grand jSc fuperbe royaume, débaraflee de fcs ronces 8c de fes épines, fera pour ainfi dire, enfemencéé de nouveau, 8c recueillera chaque jour les heureux fruits d'une nouvelle culture.
Je crois avoir répondu d'une manière fuffifante au reproche que je m'étois propofé d'examiner ; & après les grandes raifons dont j'ai fait ufage, je devrois négliger une très-petite circonftance , fi elle n'étoit pas du genre de celles qui font impreflion fur le grand nombre des hommes. J'ajouterai donc que le miniftre des finances, en «abandonnant à des calculs particuliers, auroit dû avoir le plus grand éloignement pour la convocation k l'établilïement des états-généraux; car il étoit bien fur de préparer ainfi la dégradation de fa place, & de defcendre du faîte du crédit & du pouvoir à une agence fubalterne , dénuée d'autorité; & je n'en étois pas à favoirque la confidérationpour les hommes en place fe proportionne avecune merveilleufe exactitude, avec la plus admirable précifion à
la mesure de leur influence dans les affaires. Ils ne le voient pas les premiers , etlongtems ils croient avec candeur qué c'est eux que Ton aime , que c est eux que Ton recherche , que c est eux qu'on admire ; mais au moment de leur chute ou de leur décadence , la séparation entre ce qui revient à leur personne et ce qui appartient à leur place, cette séparation s exécute avec une promptitude dont aucun départ chymique ne peut donner une afiezjufte idée.
La convocation prochaine des états-généraux une fois déterminée, ilétoit nécessaire, il étoit important de s occuper avec activité de leur formation, et d'adopter à cet égard un parti raisonnable et .sage. Le parlement de Paris , par la teneur de son enregistrement delà déclaration du Roi du mois de septembre 178S, avoit entrepris d'assujettir le monarque à choisir pour modèle la composition des états assemblés à Paris en 1614. Le vœu national, les lumières du siècle , s elevoient contre cette forme ; et les difficultés , les inconvéniens majeurs qu'elle présentait, furent exposés
dans le préambule de l'arrêt du conseil du 6 octobre 1788, et la même vérité fut développée dans un grand nombre d écrits postérieurs. Il me parut absolument nécessaire d'introduire en balance du vœu prononcé par le premier parlement du royaume , une opinion imposante ; et je proposai au Roi de consulter, sur cette importante question, les notables de son royaume.
Ceux qui avoient été convoqués en 1787, composés en très-grande partie de grands seigneurs , d evêques et de magistrats , nef réunissoient pas tous les caractères d'impartialité que Ion pouvoit désirer; mais ils avoient été désignés sous le ministère précédent et pour des affaires absolument étrangères à la constitution; ensorte quen les rappelant on écartoit toute idée de calcul ou de vue particulière de la part du gouvernement. Cette considération détermina sa majesté.
Le Roi desiroit alors par-deffus tout, de trouver un mode d'etats-généranx qui captivât la confiance de la natfon ; car il vou-
Ioit que cette afî'emblée eût le moyen réel de faire le bien, afin d'empêcher ainfi que; législatrice sans autçrité, fes décrets mal obéis ne devinrent unefource de confufions et de divifions inteftines. ' •
Les notables selivrèrent aux travaux les plus adidus et les plus utiles ; ils firent connoître par leurs recherches la multitude de difficultés qu'il étoit nécefTaire de résoudre avant de procéder à la convocation * d'une aiïemblée d'états-généraux , et ils affurèrent, par leurs examens et leurs décriions, la marche du gouvernement. Jamais sans l'appui de leur opinion , le Conseil n'eût pu obtenir la confiance néceffaire pour déterminer une infinité de queftions qui seraient 'devenues une occafion continuelle d'embarras et de réfiltances.
La plus importante de toutes^ celle qui concernoit le nombre comparatif des députés des trois ordres, fut également réfolue . par l'aflemblée des Notables ; mais leur' décifion,qui ne fut point unanime,éleva de fi grandes réclamations , elles furent fi générales , que le Roi crut de fa juflice de
la faire traiter dans son conseil, séparément
de toutes les autres.
Je l'invitai, sans doute, à prendre cette résolution ; mais il est évident qu'aucun efprit de partialité ne m'y détermina.Tou tés mes liaisons, toutes mes habitudes étoient avec Tordre de la société qui applaudissoit à la décision des notables , et ce fut une de mes premières peines de tue trouver contraire à ses vœux , & de f être encore d une manière immuable , puisque le sentiment de ma conscience, le bien de l'état, selon mes lumières , me firent un devoir rigoureux de toute la conduite que je suivis dans cette mémorable circonstance.
Ce fut après divers comités préparatoires, que je fis au conseil d état le rapport général dont chacun a connoissance. Il y eut de longs débats sur l'importante question soumise à la délibération des ministres, car les avis ne furent point uniformes; ainsi la discussion la plus approfondie précéda la décision de sa majesté , décision mani- v festée par le résultat de son conseil du 27 \ décembre 1788. Les communes obtinrent
f objet de leurs vœux et de leurs demandes formelles , une représentation égale à celle des deux autres ordres réunis. C'étoit encore alors le terne de la recônnoiflance :
elles marquèrent au Roi leur satisfaction par les témoignages les plus touchans d'affection et de dévouement ; et moi j'eus aussi quelque part aux doux épanchemens de leurs cœurs. Elles reçurent une justice comme un bienfait. Cette méprise des ames sensibles eft la seule consolation des bons Rois.
La haine soutenue , la haine rigoureuse d'un grand parti contre moi , se rapporte en entier à cette justice si simple et si naturelle dans son principe. Et par une singularité dont mon ame eft navrée, lorsque partout j'éprouve les effets ou découvre les traces du ressentiment le plus suivi , si je tourne alors mes regards vers ceux que j ai servis, leur ingrate indifférence m'offre un spectacle encore plus pénible Heureusement que dans toutes mes actions publiques j'ai toujours été déterminé par des motifs dant la pureté me console ; ce fou-
venir à tant de douceur, il a tant dévie, quau milieu de finjuftice des hommes Se au milieu du délaifïemént le plus absolu, l'on n'eft pas encore ilblé. .
. Le rapport au confeildu 27 décembre pvéfentoit avec impartialité les motifs qui pouvoient appuyer ou combattre mon opinion; je ne teviendrai pas fur les idées développées dans ce rapport, 8c qui ont été depuis reprifes, étendues et difeutées dans une infinité d'écrits ; mais je vois les étrangers écouter avec faveur cet argument fimple, répandu par lesantagoniftes des communes Ou les trois chambres dbyoient délibérenr feparémet, et alors le nombre des députés du tiers-éiat devenoit iudifférent à cetye dernière partie de la nation; ouïes trois chambres dévoient délibérer féparément,et alors les députés du tiers-étarfe trouveroient en parité avec les repréfentans des deux autres ordres : difpofition contraire aux anciens ufages.
. Mais à cet argument on peut d'aboi en oppofer un de môme genre , et plus digne encore d'attention. 3
Ou les trois chambres dévoient délibérer séparément , & alors le nombre des députés du tiers-état devenoit indifférent aux deux premiers ordres , ou les trois chambres dévoient délibérer en commun, & alors nonobftant danciens ufages , sujets à conteftation et fusceptibles zyi moins de* plufieurs explications, il eut été inconce* vable qu a 1 epocfbe du progrès et du renouvellement de toutes les idées , à l'époque du terme extrême de loppreffion des communes, on ne leur eût pas donné le même nombre de défenseurs qu aux deux ordres en pofleflion ou en jouiflance de toutes les faveurs et de tous les privilèges.
Il eût étédemême inconcevable,injufte, impolitique de rejetter la demande raisonnable des quatre-vingt-dix-huit centièmes delà nation, et le vœu légitime de cette clalTe nombreufe de citoyens dont le travail , les lumières et l'induftrie font la richefle et l'éclat de la France, C'cft une
grande erreur que de prétendre lu ter avec •des vieilleries contre toute la vigueur des principes de la juftice naturelle , lorfquq
cette*juftice reprend fon élan, & se trouve fécondée par le vœu générald'une nation; & c'eft pour n avoir pas fenti cette vérité; c eft pour n avoir pas apperçud afiez bonne heure le cours des opinions , & fa force indorantabîe,queles deux premiers ordres, d les regar^fixés fur le pafle , fe font uni-
quement efforcés de le retenir, & n ont pas imité la fageffe du gouvernement qui accordoit , avec mefure , Une part au tems préfent. La grande habileté dans les affan res , c'eft d'agir par prévoyance , c'eft de se procurer le mérite du sacrifice, avant le moment où ce même sacrifice ne paroîtra qu'une obligation , et ne fuffira plus aux idées nouvelles,
• Quelle saine politique n'auroit pas eue les deux premiers ordres , et de quelle aide n'auroient-ils pas été au Roi lui-même , fi, au lieu d'attendre tout d'une force qui n'exiftoit plus , ils n'euflent pas disputé fi Iong-tems fur la vérification des pouvoirs, s'ils n'avoient pas apporté de l'obftination àrefuserles premièresvues de conciliation # proposées pas les miniftres du Roi , et
n'euflent
tfeuflent pas mis un obftacle formel aux idées modérées qui, aidées de Pafcendant •du Monarque , auraient pu rapprocher, en cemps opportun , les diverfes prétentions oppofées? Qu'il eft aifé de fe faire l'idée de la marche qu'ils auraient pu fuivre , de la conduite qu'ils auraient pu t^ÊÊL de celle qui les auroit environnes prosternent de l'opinion publique , de celle qui les auroit fait paraître dans l'aflembléc nationale avec l'ascendant que donnoit alors la fortune, le rang & le crédit ! Mais ils ne s'y font montrés qu'après avoir; pris une couleur trop marquante , & après avoir élevé un étendard sous lequel les Députés du Tiers-Etat, les plus dispofés d'abord à fe rapprocher d'eux, n'ont plus ofé fe ranger.
Au refte , c'eft la faute qui a été commise en plus d'un temps dans les grandes divifions politiques ; ceux qui , opiniâtres dans leurs principes héréditaires, font reliés fixés à la même place , tandis que les autres alloient en avant , ont souvent perdu le moment de tempérer les nouvelles idées par leur mélange avec les
anciennes ; & quand les exagérations font venues , quand ces exagérations ont pris de la force & qu'on a voulu corn, pofer avec elles , ou chercher a les modérer, l'entreprife eft devenue difficile ; & l'on a vu , mais trop tard , qu'il étoit impru^it de laiffer voyager feuls , pendant flBpng-tcms, desyi/ovateurs fécondés par l'opinion & par la fortune.
Pai plus averti que perfonne , dans mes différens ouvrages , de l'empire de l'opinion publique & de fa force croit fante : les étrangers Civent à peine ce que c'eft qu'une telle autorité, ôc ils ne comprennent pas comment elle peut être mife en balance avec la pjiiflanft militaire : mais nul pays ne réunit cêmme la France , à une immenfe population , tout ce qui peut éveiller les hommes à la liberté des fentimens, & à la liberté des penfées; l'abondance des ri-, cheffes , l'étendue de la dette publique , qui aflbcie à la propriété du fol une multitude d'hommes indépendans , l'aétivité du commerce , la culture des arts, l'éclat des lettres, le progrès des feieaces,
le goût de la nouveauté, Pefprit focial, Pamour^ardent de la louange , Pexercice attrayant de toutes les vanités, & au milieu de cette réunion de circonstances qui ont déterminé le génie •national, eft encore apparue, dans les der.
niers terris , une philofophie^puvelle , qui, détruifant en dominatrice nos diftérens abris nos digues, nos barrières , a tellement applani notre monde moral , qu'elle l'a rendu favorable & comme . difpos à Pétabliflement de toutes les théories politiques & de toupies fyf.
ternes de légiflation.
Cependant, auflTlong-tems que Pop inion publique a divifé fes forces, elle n'a point rivalifé d'une manière dangereufc avec Pautorité royale; fouvent même elle l'a fervie en s'attachant efîenticllement à récompenfer le courage & k relever l'éclat des vdrtus guerrières; l'opinion publique, attentive alors à différées objets, 6c répandue fur un grand efpace , n'excitoit 6c ne pouvoit exciter aucun trouble ; mais lorique le défordre
&c le boulverfement des finances Pont captivé en entier, & l'ont, pourainfi dire, attirée vers un feul point, fon a&ion , fa violence ont tellement accru, qu'il eft • devenu indifpenfablc de Ce concilier ou de le concerter du moins avec elle.
Le pajjjjpqui s'élève contre l'admiflion d'un trop grand nombre de Députés des Communes aux Etats-Généraux , & qui m'en fait un reproche au nom de mes devoirs envers le Monarque , paroît avoir perdu de vue diverfes circonftances. Il oublie ,^pLr exemple, qu'à l'époque où je fuis rentré dans le miniftère, c'etoit la conduite de lanoblefle,dans les dernières diflenfions politiques , dont le roi croyoit \ avoir à fe plaindre;tandis que le tiers-état, en plufieurs provinces,avoit montré beaucoup d'égards pour les vues du gouvernement. Il oublie çncore qu^il a fouvent rapporté les exagérations de l'aflemblée à l'afeendant des chefs populaires & à leurs trames fecrètes ; mais ces chefs , s'il les compte, il trouvera que le plus grand nombre n'a pas été donné par lWdre des Communes. Enfin le parti dont je com-
bats ici les obje&ions, ne peut seconfidérer comme étranger aux difpofitions adoptées par la cour,le 1 1 Juillet:difpofi- ' tions qui ont armé tout le royaume, & qui oritamené fuccellivement la défe&ion des troupes. Cependant l'équilibre des forces une fois changé, & changé d'une manière aufli marquante, la garde des barrièîes politiques & le maintien de Tordre public fe font trouvés hors des mains du gouvernement ; •& le langage de la raifon , cette dernière refîburce , a perdu en même ternps de fa fécurité & de fa puiflance.
Je dois faire encore une obfervation remarquable fur le même fujet : c'eft des intérêts de l'autorité royale dont les deux premiers ordres tirent aujourd'hui leurs argumens , lorfqu'ils attaquent la repréfentation du tiers aux états-généraux ; mais dans le temps , eux-mêmes ne con- (idéroient cette queftion que fous le rapport de leurs prérogatives : or , il en- \ troit dans les. vues fages & bienfaifantes du monarque , que tous les privilèges relatifs aux contributions pécuniaires ne
fubPiftalîent plus, & les ordres qui en jouiflbient ne tardèrent pas à partager ce fen timent d'équité générale. On n'avoit aucun motif de préfumer que le tiers-état voulût étendre les innovations au-delà du cercle dont le roi avoit tracé la circonfeription dans le réfultat du confeil du 27 décembre 1788, puifque tout ce qui pouvoit affurer la liberté politique s'y trouvoit compris. Ce font des circonftances extraordinaires qui ont conduit au-delà, & Ton eft confirmé dans cette opinion quand on lit le plus grand nombre des inftru&ions données aux dé- ' putés de cet ordre, & encore plus, lorsqu'on fe rappelle le langage du tiers-état à l'époque où fa repréfentation aux étatsgénéraux fut déterminéexe langage peut le voir encore dans toutes les lettres; des municipalités ; on y trouvera les expref- x lions du fentimentle plus convenable & pour Pautorité royale , & pour la monarchie, & pour laperfonne dia prince.
Voilà ce qu'il faut favoir, voilà ce dont il faut fe fouvenir, lorfqu'on s'érige en cenfeurs des chofes pallées.
■ La plupart des confidérations que je viens de préfenter , s'applique nt de même aux objections que l'on fait furie nombre des curés élus pour répréfentans désordre du Clergé ; mais je dois ajouter que les curés étpient devenus éle£teurs &. éligibles paf l'effet d'une difpofition difeutéo et arrêtée à l'affemblée des notables , la même qui accordoit un pareil droit à tous, les Gentilshommes , foit qu'ils fulTent ou non-propriétaires d'un fonds de terre. Oaf demande à la vérité pourquoi le gouvernement s'eft aflujetti à ce règlement, tandis qu'il n'a pas fuivî l'avis de la majorité des notables , relativement k la proportion des députés du tiers-état. Mais ^ d'abord peut - on fe diffimuler que les moyens du gouvernement , pour s'écarter de l'avis des notables , n'auroient pas été les mêmes , s'il avoit adopté une difpofition contraire au vœu national? Ceft avec Vappui%e ce vœu qu'il a pu régler, ainfi qu'il le fit , la repréfentation du tief $-état , & il auroit vainement* tenté d'agir à la fois., & dans un fens contraire
à l'opinion de la généralité , & dans urt fens contraire à celle des notables. C'elfc donc k une objection de pure abftra&iort qu'on m'oblige de répondre.
Onne peut pas foutenir non plus que le Roi , dans la néceflité de fe conformer âu vœu des Notables pour l'éligibilité des Cures, devoit renoncer par cett£ raifon aux vues de fagefîe Se d'équité qui Favoient dirigé dans la fixation du nombre des repréfentans du tiers-état. Ces -vues tenoient à des <^mfidérations d'un ordre trop général , à des motifs trop imr périeux pour en faire le facrifice. Iis'ea faut bien d'ailleurs que le Roi , occupé du foutien des foibles contre les puiflans % craignît l'introdudion dans les états-généraux des amis les plus aflurés du peuple,de ceux qui étoient le plus à portée de connoître fesbefoins, & il ne pouvoic redouter non plus Padmiffion dans unes affemblée politique d'un #rdre de citoyens qui étoient attachés par état à l'amour de 4a paix, au refpe& pour l'autorité , & à la confervation de l'ordre public , dont ils étoient les premiers gar-
ni
diens par l'enfeignement de la*rc!igIoOj & de la morale. Enfia , lors mêniC; qu'on eût arrêté fes regards uniquement* fur les prérogatives du Clergé , on cût L apperçu que les Curés, jaloux comme les, chefs de leur Ordre , du maintien des; privilègçs ecclélîattiques , ne s'étoient* jamais féparés de cette caufe commune,, Il y avoit d'ailleurs dans les principes établis pour la formation des Etats-Généraux, quelques circonftances propres k balancer les conféquences induites de Tés ligibilité des Curés : telle étoit, par exemk pie, la faculté laiffée à tous les électeurs, de choifir des Députés dans un Ordre différent du leur ; condition qui a fait nom-s mer pour répréfentans du Tiers-Etat beau-* coup de Nobles de naifîanee,ou de Nobles par charges , fans déterminer F admiiïion d'aucun Membre des Communes parmi les répréfentans de la Noblefle. Enfin,on auroit entore àr faire ofcferver que les habitans des villes franches, en polTeffioA de plufieurs privilèges particuliers, n'étoient aflbciés que fbiblement à l'intérêt général • des Communes ; mais une coufidératioa
plus cffeUtielle , c'eft que dans le cours naturel des chofes , les ■ nobles , les grands Seigneurs & les hauts Dignitaires réunifîbient bien plus de moyens pour gagner des fuffrages dans 1 Ordre du Tiers Etat, querelui-ci n'en av'oit jfour aflbcier àfon opinion celle des homme fupérieurs à lui en richefles & en crédit; enforte que l'égalité de aombre ne fuffifoit pas pour afïurcr l'égalité d'influence.
Il faut d'ailleurs, pour être équitable dans fes jugemens , fe tranfporter k Pépoquc où le cours des élections étoit abfolument inconnu. Il y a plus deeirconfpecrion, mais moins de mérite à tirer des augures en arrière des événemens , à cette place commode,où,à l'aide d'une antidate, on peut c^nger en prévoyance fes plus récens apperçus ; à ce pofte de sûreté où Ton peut à fon aife préparer des maximes & des principes qui correfpondent ëxactement à toutes les chofes pafTées.
ôn eft content auffi lorfqu'pn peut rapporter à une feule idée,à une feule leçon bientôt apprife & bientôt retenue,tout ce' qu'il y a de plus croifé , de plus combiné
dans une longue fuite d'événemens & de circonltances.
C'eft ainfi que le doublement du Tiers, phrafe conftamment répétée dans un parti y le ferapeu#être toujours ;car en dirigeant fes accufations vers la première des difpofitions politiques adoptées par le gouvernement , on eft difpenfé de fc re* procher à foi-même aucune faute.
Ceft auffi toujours dans le même parti qu'on a fait un objet de critique du nombre^ total des Députés : on dit que trop confidérable , il a mis le Roi dans la dépendance de. rAffemblée.
Ceft encore la un raisonnement de nouvelle date ; car à l'époque de la formation de l'AflembléeNationale,les amis du Roi, les amis de la France , tous les bons citoyens defiroient également que les Etatsgéneraux euffent la confiftance néceffaire pour faire le bien & pour avoir crédit dans la Nation, rajouterai que dans le fens où l'on préfente aujourd'hui la même queftion, on fe trompe encore en rapportant au nombre des Députés, les exa.
gérations politiques donc on fait un rc proche à FAffemblée Nationale ; car ces exagérations font bien moins l'œuvre de fa force , que le réfultat de fa foibleffe. On peut les confujprer en grande partie comme l'effet des pouvoirs externe* qui ont dominé l\Aflcmblée,& plus le nombre des Députés appelés à y prendre féance aurait été réduit,moins elle eût pu fe défendre de l'influence impérieufe des différens conciliabules dont elle éloit en* vironnée.Nous avons vu^lors des derniers Etats de Bretagne , comment une affembléc des Communes , tenue à THôtel-deville, donnoit au petit nombre des Députés de cet Ordre,féant aux Etats,uae force de réfiftance & d'agreffion, que peut-êtrp ils n'auroient point Que fi. leur nombre eût été augmenté des mêmes perfonnes qui tenoient leurs aflifes hors de la falle. En ' général ceux qui pouffent, ceux qui exci* tent , dégagés de toute efpèce de refponfabilité,obfervent rarement une jufte mefure, & ils dépàffent toujours,dans leurs opinionsjceux qui,placés fous la loi du devoir , font fournis à une garantie perfon-
têt)
nelle. *Les derniers auffi , par leur pofitïon,font difpenfés de recourir à aucun moyen d'effort pour être apperçus; au lieu que les autres , fans pofte marqué , ont befoin de fe fignalcr par des opinions extrêmes , pour attirer fur eux les regards. •
Enfin un dernier fujet de reproche relatif k la convocation des Etats-Généraux , c'eft leiieu choifi pour leurs féances : on dit qu'il falloit l'afligner a une plus grande diftance des mouvemens de la capitale;& fur ce point encore on eft bien plus en force après les événemens, qu'avant l'expérience. Ce qui fe préfentoit à la penfée au moment de la délibération fur cette queftion , c'eft d'abord que les derniers Etats, ceux de 1614, s'étoient tenus à Paris , & il n'étoit pas naturel de donner au Roi les apparences de la défiance^lorf qu'ilrprenoit la réfolution d'affurer à fes peuples une réunion d'avantages politiques dont l'hiffcoire ne fournit pas d'exemple;il ne devoit pas alors montrer du doute" fur une reconnoilTance dont les bénédictions qu'il reçut après le réfultat du confeil qui préfentoient le gage,& Ton eût excité
des foupçons fur la fincérité des intentions du Roi, fi à la fuite de tant de conceflions de fa part, 6c au milieu de l'amour qu'on lui portoit , on eût adopté unfyftême d'ombrage ou de précaution , qyefous la régence de Médicis, on n'avoit pas cru néceflaire ; & il y auroit eu d'autant plus de motifs pour errer dans fes * conje&ures, que l'adminiftratioA générale pouvoit moins s'éloigner de Paris qu'autrefois , à caufe de l'accroiflement & de la multiplication des affaires &c des opérations de finances , dans une ville devenue le centre de tous les recouvre mens & le point de communication de.
toute la circulation de l'argent. Onfavoit d'ailleurs que les états-généraux auroienc à s'occuper , d'une manière exacte & détaillée , de toutes les parties de l'adminiftration des finances ; & leurs recherches ainfi que leurs travaux , fufTent devenus impraticables , s'ils avoient été placés à une trop grande diftance du dépôt des xenfeignernens quileurétoientnécefTaircs Enfin , on s'en fouvient fans doute : ce qu'en craignoit avec le plus de vraifem-
blance de la parc des députés des provint ces , cetoit une trop grande indifférence pour la dette publique j & Ton préfumou que glacés à la proximité de la capitale, ils auroient plus d'égards pour les créam ciers de Pétat, & cette conjeéhire ne s'eft pas trouvée faufie. Je fais bien que les der voirs impofés à la loyauté françoife au-' roient pu être apperçus par-tout-, mais fi Ton veut être de bonne-foi , on convient dra ([uc le voifinage de Paris n'a pas nui & cette moralité , & l'on eft confirmé dans cène penfée en obfervant la diftradion de l'assemblée nationale , relativement h toutes les indemnités réclamées au nom des citoyens dépouillés , par fes décrets, des droits qui compofoient depuis un temps immémorial une partie effentielle de leur propriété. •
Une erreur de ma part qui n'eft pgin* connue ,& dont , par cette raifon , je m* plais davantage à. faite l'aveu, c'eft que j'avois propofé au Roi de convoquer les états-généraux à Paris même , plutôt qu'à Verfailles ; & S. M. s'y refufa pour de bon* ncs raifons :je n'allouerai point les mieai
-lies- car indépendamment de mon refpe£fc qpour le roi, je n'aurois point d'intérêt à dépendre mon opinion contre la fienne puif- <que je jouis en fentimcnt de tous les •hommages rendus à fa fageffe.
: ■ Je reviens au réfultat du confeil du 27 -décembre 1788. Ce n'cflpas feulement •aux communes de France que cette maniîfeftation mémorable des intentions de Sp.
•Majefté dut paroître précieufe ; elle eft .■encore devenue pour la nation entière & vpour les générations préfentes & pour les générations à venif, le plus fignalé des :bicnfaits. C'eft dans cette déclaration «que le roi pofa les premiers fondemens de la liberté nationale; c'eft-là. qu'il annonça le généreux facrifice d'une portion de fdn autorité, poiy: affurer à jamais le bonheur de la France ; ôc il le fit iojj|g-tems avant les inftru&ioris données aux Députés par leurs mandataires; il le fit avant la tenue des affemblées électorales , avant les affemblées primaires ,
avant la convocation des états-généraux y «avant mêm cette réunion de fuffrages
, s . , — qui
qui garantit l'empire de l'opinion publique ; il le fit enfin volontairement, librement, et dans la plénitude de ses moyens et de ses forces é Aucun autre de ses actions n'a revêtu ce caractère au même degré ; ainsi , la plus grande de toutes fut en même temps la plus solemnelle.
Qu'on n'essaie point dele contester. Une Nation est libre, une Nation devient la régulatrice de son propre bonheur, lorsqu'elle acquiert le pouvoir , ou rentre dans le droit de consentir ou de refuser les impôts , d'acquiescer ou de s'opposer h toutes espèces d'emprunt, de fixer et de régler toutes les dépenses; lorsque toutes les réformes , toutes les améliorations sont soumises a son libre ar bitre; lorsque déjà tous les privilèges pécu-* niaires sont condamnés ; lorsque tous les actes de l'autorité arbitraire bout proscrits; enfin, lorsque le retour périodique des Assemblées Nationales fait une partie essentielle des engagemens du Monarque. Or, toute» ces innovations salutaires étoient assurées avant que les Etats - Généraux eussent fait l'ouverture de leurs délibérations, eussent commencé à seréu-
nir. Enfin, le Roi ne cachoit point que voulant rendre immuables les concessions dont il avoit pris rengagement , et désirant de mettre a l'abri de toutes espèce de révolution les avantages politiques dont la Nation alloit obtenir la jouissance , il consentirait à toutes les dispositions ra sonnables qui paraîtraient propres a remplir un dessein médité mûrement, et dont l'exécution pleine et entière Jiuiprésentojt une perspective de bonheur et un moyen certain de rendre $on nom cher aux générations futures.
C'est donc par une sorte d'usurpation de la reconnaissance f des peuples, que l'Assemblée Nationale parie toujours du bonheur et de la liberté pomme de sa conquête. Sans doute elle a plus voulu , elle a plus obtenu que le Roin'avoit présagé; mais les premières bases de la Constitution , celles qui forment la clef de la voûte , le Roi les a posées ; c'est h son génie bienfaisant qu'elles sont dues , et il est permis de douter si danslenombi e des accroissemens de pouvoir dont F Assemblée Nationale s'est emparée, tous ajoutent au bonheur public et a la liberté réelle.
l'Assemblée Nationale sëfait aussi, je crois, une trop grande pari, lorsquelle rapporte a elle seule le mérite de tous les biens particuliers dont Funiversa li lé de ses déii bé rat ions présente le tableau. Sans doute il lui est dû beaucoup de reconnoiçsance ; mais on apperçpiten même temps que la réforme des grandsabus dénoncés par l'opinion publique, ne peut pas être considérée comme l'oeuvre privilégiée de certains particuliers ; elle est plutôt l^ffet inévitable de la réunion des connoissances de douze cens personnes choisies par la Nation au milieu d'un siècle de lumières. On pourroit aisément calculer ce qu'une pareille réunion devoit produire, et c'est à l'avoir voulue , c'est a l'avoir provoquée, cette réunion , qu'appartient le premier mérite. Oui, c'est- la qu'est le bienfait, et le bienfait sans modèle ei sans exemple; il est celui du Monarque vertueux qui , en appel lant autour de lui les représentais de la Nation , et lus appellant en grand nombre, s'est distrait de ses intérêts personnels pour songer uniquement a connoître avec certitude le voeu c'e la TSaiion, ci à consolider le bonheur
dont il étoit impatient de la faire jouir.
On confond néanmoins dans l'oeuvre de l'Assemblée Nationale, on comprend parmi ses titres à la reconnois+ sance publique, tout ce qm vient du Roi e t tout ce qui vient d elle , et l on comoose de l'ensemble un trophée a S a gloire. ïl lui restera je crois assez, en rendant a César- ce qui est à César.
On donne bien , de temps»à autre , au Roi le nom de Restaurateur de u liberté française i mais à chaque notant on parle de cette liberté comme d une conquête : comment arrangeton ces idées ensemble, et comment èîi concilie-t-on bien d'autres, mais qu'il est hors de mon sujet de citer ?
Le Roi, s'il n'eût pas eu dans son coeur les sentimens qu'il professoit au-dehors , auroit pu facilement éloigner l'époque de la formation des Etats-Généraux ; il auroit pu simplement abandonner cette vaste operation à ses difficultés naturelles , et revenir par la force des obstacles a quelqu'autre route ; mais le Couver.
nement étoitbien loin d'une semblable politique ; les soins qu'il prit pour réussir sont innombrables : toutes les objections furent levées , toutes les 'résistances furent combattues, toutes les contradictions furent surmontées , et moi , placé tantôt au centre de cette immense machine pour en faciliter le mouvement,, tantôt à la circonférence, pour prévenir des écarts, et souvent par-tout , pour arrêter l'éboulement dont onétoit menacé par la situation des finances et par la disette des grains , je vis avec uu transport de \ joie inexprimable, que ce superbe et majestueux rassemblement des Députés de vingt-six millions d'hommes, que ce rassemblement inconnu depuis près de deux siècles, et deux siècles équivalent à un intervalle immense , a cause des révolutions survenues dans les moeurs et dans les esprits, que ce rassemblement enfin alloit s'accomplir. La mémoire des hommes et la reconnoissance qui s'y attache , ne datent plus aujourd'hui que de - *' cette époque finale ; les temps arttécédens , les travaux entrepris, les fatigues souffertes, les peines dévorées, tout cela n'est plus rien , et c'est bien
inutilemeut que je m'arrêterois a en présenter le tableau. Telle est lamarche de l'esprit humain? et je l'ai déjà fait remarquer, les dangers dont on»
a garanti , les malheurs qu'on a prévenus , tous ces genres de bienfaits ne sont point admis sur les registres de la reconnoissance. Un tel ordre de comptabilité n'est sûrement ni j nste ni consciencieuxjmais il y auroit de l'insolence à un Administrateurs public de s'en plaindre , puisque le plus grand nombre des hommes n'ont pas d'autre conduite avec la Divinité même. Ils se prosternent, ils s'agenouillent lorsque le tonnerre tombe auprès d'eux sans les frapper, qu'ils sont encore environnés de son éclat ; mais lorsque les élémens se tiennent tranquilles, lorsque l'aurore avec une ponctuelle exactitude vient éclairer notre demeure et l'embellir de ses brillantes couleurs , lorsque les premiers rayons de l'astre du jour vien- nent échauffer la terre, et l'obliger a répondre avec abondance à nos soins et à nos désirs , l'homme détourne «es regards de cette succession ds bienfaits , et il considère leur douceL et paisible continuité çomjne une or-
donnance inévitable , comme un effet de la nécessité , et il devient distrait, ou se montre indifférent et ingrat.
L'Assemblée des Etats-Généraux s'ouvrit le S Mai 1789. Le discours que j'y prononçai par ordre du Roi 3 rappela toute l'étendue de ses généreuses intentions ; je m'efforçai de les faire paroître , je pris soin de les relever, et je m'aidai, pour y réussir , de la puissance de la vérité. C'étoit par les vertus du Monarque que j'aspirois a former un lien entre la Nation et le 1 rone.
Je fisconnoitreaunom du Roi, qu'il, I vouloit pour toujours vire environné des représentais de son peuple , qu'il vouloit leur devoir sa plus douce récompense et le dernier terme de ses j voeux , la félicité publique et la gran- 1 deur de l'Ktat.
Je leur développai , par ses ordres , la tâche immenses a laquelle ils étoient appelés , et je leur parlai de l'attente ^ et des espérances delà Nation.
« Ce n'est pas, leur di$ois-jt y ce n'est « pas au moment présent, ce n'est pas <c à une régénération passagère que « vous devez borner vos pensées et «votre ambition; il faut qu'un ordre
« constant , durable et a jamais utile,
« devienne le résultat de vos recher- « ches et de vos travaux ; il faut que « votre marche réponde à la grandeur « de vot re mission ; il faut que la pu- « reté, la noblesse et l'intégrité de vos « vues , demeurent en accord avec <c l'importance et la gravité de la con- « fiance dont vous êtes les déposi- « taires. Par-tout où vous découvrirez « les moyens d'accroitre et d'affermir <c la félicité publique , par-tout où « vous découvrirez les voies qui peu- « vent conduire a la prospérité de «l'Etat, vous aurez a vous arrêter.
« C'est vous , Messieurs, qui en avant, « pour ainsi dire , des générations fu- « turcs, devez marquer la route de « leur bonheur; il faut qu'elles puis- « sent dire un jour : C'est au Roi notre « bienfaiteur, c'est à l'Assemblée Na- « tionale dont il s'est environné, que «nous devons les loix et les institu- « tions propices qui garantissent notre « repos ; il faut qu'el les puissent dire :
« Ces rameaux qui nous couvrent « d'une ombre salutaire, sont lesbran- « ches de l'arbre dont Louis a semé le « premier germe. Il le soigna de ses « mains généreuses , et les efforts
€ réunis de sa Nation en ont hâté et as- « sure le précieux développement „.
Ma place m'imposoit le devoir d'entrelenir particulièrement l'Assemblée de la situation des finances; ainsi j'annonçai , j'expliquai le compte général, rendu public ensuite par la voie de Fi in pression ; ce compte d'une ordonnance nouvelle , où Ton avoit classé, séparé, distingué tous les revenus et toutes les dépenses de l'Etat > et qui a servi de guide continuel a l'Assemblée Nationale et à ses divers Comités; ce même compte enfhi, dont un sévère examen et les plus rigoureuses recherches ont attesté l'exactitude.
Je prévoyois cependant qu'on pourroit arriver â une plus grande perfection dans la comptabilité , et qu'on atteindrait sur-tout à cette simplicité dont une Assemblée Nationale , caution d'elle - même envers eilemême, pouvoit seule adopter les principes. « A l'avenir, disois-je, et » lorsque les comptes de finance au- » ront été soumis à une forme f im- » pie et très-intelligible, à une forme y> sur-tout rendue constante et in- » variable , vous n'aurez besoin d'au-
* cun secours de la part de l'admi- J> nistration des finances, et ce sont y> les Etats-Généraux eux-mêmes qui » conserveront l'afiiiation de toutes y> les connaissances et de toutes les 3> instructions qui pourront répandre y> une parfaite clarté sur les finances 3> en général , et sur toutes les pary> ties qui en dépendent ».
J'annonçai que le Roi avoit ordonné à ses Ministres de seconder sans réserve le désir qu'auroicmt les députés de tout conno tre et de tout entendre; mais. je ne sais si j'eus raison d'ajouter : « Car un esprit » de critiique ne sera point votre a> guide, et vous ne chercherez point y> la perf ection pour le plaisir de ra- » baisser les soins de l'cidministray> tion, mais pour faire jouir la France » de l'avantage incommensurable qui » peut na tre de la réunion de vos y> lumières. 11 est bien aisé de trouver y> quelque erreur ou quelque omis- » sion dans le vaste ensemble dont « on mettra sous vos yeux toutes » les parties ni l'ordre, ni la mé- « thode, ni les recherches préalables « ■ absolument nécessaires, u ont point «. coûté de peines a ceux qui en de-
viennent les juges; et leur esprit y> en repos, pendant qu'ils parcou^ » rent tout ce qui est bien , a d'au- » tant plus de moyens pour saisir » t avec activité les fautes qui ont pu » échapper a l'attention de l'ouvrier a» général ». ^
Le Roi avoit apperçu depuis longtems qu'il étoit des dispositions, et sur - tout des réformes au - dessus des forces de ses Ministres , et pour lesquelles il avoit besoin luimême de l'appui des Etats - Généraux; cette idée délicate k présenter, j î l'indiquai cependant dans mon discours; et h la suite d'une exposition abrégée des améliorations faciles a exécuter , j'ajoutai ces paroles : « Enfin, Messieurs, il est peut-être y> des réductions , il est peut-être des » économies qui ont besoin, pour » acquérir un caractère parfait de » justice ou de raison, d'être pro- » voq uées au nom de l'Assemblé* « même de la Nation. La recherche* » l'examen de celle-ci vous «ont » remis par un effet de l'entière con- » fiance de Sa Majesté dans votre » sagesse et dans votre circonspect » tioa *.
Je fis connoitre particulièrement le voeu du Roi sur la distribution des grâces , et c'est ainsi que j'exprimai ce voeu si cligne de l'hommage des peuples. «. Le Roi , Mesy> sieurs , a toujours adopté avec » gout et avec estime les dispositions V y> d'ordre qui lui étoient proposées y i> et Sa Majesté désire ardemment 2> que vous puissiez, en relevant les }> idées d'honneur patriotique, augy> mentcr le prix des récompenses }> qui necouteut rien auTrésor royal, » qui ne font point verser de ïar- » mes au peuple, et qui n'ont reçu » d'atteinte dans l'opinion que par y> ces mésalliances de sentimens qui » ont réuni trop souvent le désir puy> blic des distinctions et l'amour se- » cret de l'argent ».
Mais en même tems que je manifestais l'éloignement personnel du Roi pour tous les genres d'abus , je fis connoitre de la manière la plus formelle, les sentimens de fidélité qui a( tachoient le Monarque au main- - tien des engagemens 9 je défendis la cause des créanciers de FEtat, et je mis leurs intérêts souô la sauve-
garde de l'honneur national et de la foi publique, Qu'il me soit permis de rappeler ici mes propres paroles :
ce n'est pas que je veuille ôter k ceux qui ont traité le même sujet dans l'Assemblée Nationale , le mérite qui leur appartient , et l'honneur qui leur en est revenu. Il y a place pour tous autour des principes et des idées de morale ; il s'en faut bien encore que les rangs y soient trop serrés. Je vais transcrire en entier le paragraphe ; on le relira peut-être sans peine*
« Le Roi auroit-il besoin d'exposer « les motifs qui l'ont engagea ne pas « mettre la réduction des intérêts de « la dette publique, au nombre des « moyens propres à rétablir l'ordre « dans les finances? le Roi auroit-il « besoin de justifier cette résolution « au milieu des Etats-Généi aux , et « dans le sein de la Nation la plus « renommée par ses sentimeus d'hoji- « neur ? non, sans doute. Tout enga- « gement porte avec lui un caractère « sacré; et quand cet engagement a « été pris par le Souverain , par le « chef et le gardien des droits d'ura
« Nation ; quand il a été pris en « grande partie pour subvenir aux « besoins extraordinaires d'une guerre 4c nationale ; quand il a été pris pour « garantir les propriétaires de fournir . « des subsides qu'ils eussent été dans « l'imposibilité de payer; enfin quand € < cet engagement a été pris, n'importe pour quel sujet, il doit être " tenu.
« Le Souverain ne peut pas d'une « main faire exécutenles engagement « des particu Uers,et de l'autre briser « les liens qu'il a contractés avec ceux « qui se sont fiés k sa paroie,et à sa « parole consacrée par le sceau légal, « connu et respecté jusqu'à présent.
« Que de plus grandes précautions « soient prises pour l'avenir, le Roi « le désire, le Roi le veut : mais à une « époque si solemnelle où la Nation « est appelée par son Souverain it « l'environner, non pour un moment, « mais pour toujours; a une époque f « où cette Nation est appelée as asso- « cier, en quelque manière, aux pen- « sées et aux volontés dé son Roi, ce « qu'elle désirera de seconder avec le A plus d'empressement > çe sont les
« sentimeus d'honneur et de fidélité « qui animent Sa Majesté; ce sont les « sentimens sans lesquels il n'y a plus « d harmonie entre les hommes,, que <c par la violence et par la contrainte.
« Il ne faut donc pas qu'aucun man- « quement de foi vienne souiller les « prémices dde la restauration de la « France; il ne faut pas que les délibère rations de la plus auguste des As- « semblées, soient marquées a d'autre a empreinte que celle de la justice et « de la plus parfaite raison. Voila le « sceau perpétuel des Empires : tout « peut y essuyer des révolutions; mais « tant que les hommes viendront - « rallier autour de ces grands prin- « cipes, il n'y aura jamais rien de « désespéxé, il n'y aura jamais rien « de perdu. Ce sera un jour, un grand « monument du caractère moral de « Sa Majesté, que cette protection ac- « cordée aux créanciers de lEtat , « que cette longue et constante fidé- « lité ; car en y renonçant, le Roi « n'auroit eu besoin d'aucun secours « extraordinaire, et il n'auroit pas été « soumis aux diverses conséquences « qui en sontrésultées. C'est4à, peut-»
« étrq , un des premiers çonseils que
« les aveugles amis de Fautorîte, que « les Machiavel? modernes n'auroient « pas manque de lui donner. Sa M, « trouve bien plus de gr< n î< ur et de « satisfaction à s'unir avec vous, M M.
« pour consacrer les pri ncipes immuaa bles de la justice et do la probité ; «c elle trouve plus de satisfaction a les « respecter, qu'elle ne pourroit enre- « cueillir dans toutes les jouissances « de la pompe du Troncs et dans « l'exercice illimité d'une autorité qui « perdroit de son prix , si elle n'étoit « pas destinée a maintenir la justice « et a la défendre contre toutes sortes « d'atteintes «.
* Je joignis a ces réflexions générales les considérations propres à rappeller toute l'importance politique de la fidélité constante aux engagemens de l'Etat , et je montrai cornbien étoient mal calculés les avantages
tages qà'&i ëfpèrbit obtenir par dc& Réductions arbitraires. '" - ?J Ertfih^ je crois ïiécelFairc de faire cô'nrioître (fae : la dijfFéi'erice entre les rë^hus 1 & les dépenfcs fixes, pouvoir être remplit fans aucun retranchement fur les intérêts de la dette publique , fans : recourir à àiicunc iîtapofition' nouvelle , tt fans faire il fâg^ d'aûeutï inoyen hors des errenlens ordi- 1 riaiteS *dë Padminiftration. ^nr/-ri
' Je ffi fomr de cette vérité une rëfoârcjii^ importante : c'eft que le Roi, fous le râ^ port ddi finances , aurpit pû fe difpenfcr dé* convoquer les Etats-Généraux; &c je ne fais pourquoi VAScmhléc Nationale a toujours viTâvec déplaifir cette partie de mdit difcour$:ce fentiment doit fe rapporter au defn*. qu die a montré de tenir tout de ' là neceffité : cependant l'ouvrage dé la Conftitiftion eût-il perdu de fot* prix , éttjt-if paru moins 2frand& moins digne deftirhe / s'il avoit été le réfultat d'une touchante Se fenfïble harmonie entre les vœux du Prinde :
&céiix de la Nation? Ceft peut-être pour âvoir îtTanque cèctcîdée dès les comracn-
ccmens , qu'on a touc r çntrcpr^ par effort & que fou vent on a pafle lé bur,.
Cèpe n da n t , c n f a i faq t u n r e t o q r f u r m o : même, je ne puis me rappeler f^qs amer-r tume la manière dpnt : je fus trompé dans mon attente , îcrfquc» plein de joie de pouvoir annoncer aux Etats-Généraux le peu de fondement de tous Ins truits répandus fur détendue du dénçit & fur l'embarras inextricable des finances, & jouifTant à l'avance de l'imprcfliOA que fer.oit fur FAf-
fcmblée cette connoiflance inattendue, je
n'apperçus que fa froideur. & fon filence.
Ah! je lai bien appris : lorfqu' on s'adrefle aux hommes, il eft d'autres calculs à faire que ceux dont on trouve les élémens dans fon propre cœur; on doic préfager encore 8c l'effet des pallions & celui des foibleffcs ; fcccft au ré fui tac de cette tiifte prefeience, qu'il eft fage de proportionner fon attente & fes efpérances. .
Il n'eût pas fuffi d'établir un ordre parfait dans les finances, il falloir encore le înettre en fureté & le préferver des « injuw res du temps & des fautes des hommes ,
» le préferver fur-tour des erreurs de tous w. les Minières; & de tous les ageris* r aux* « quels le Souverain d'un grand Empifccft « dans la ncccflïcé de fe cbnfier». C'étoit ainfi que le Roi m'avoit ordonné de m 'expliquer^ je fiscopnoître de plufieurs manières le fentiment éclairé qui engageôir le Monarque à defiret que le maintien de cet ordre fût confié à la furveillance continuelle des Repréfentans de la Nation.
• a Sa Majefté , difois-jc , conftammenc » animée par un efprit de fagefie , de jufw tice &C de bierïfaifance, a confidéré d,m$ « fon enfemble & fous le point de vue le » plus étendu , Pétat actuel des affaires pu- >3 bliques ; elle a vu que les peuples, alarmés » de l'embarras des finances & de la fituam tion du crédit , afpiroicnt à un rétablifle- ** ment de l'ordre & de la confiance, qui • >3 ne fût pas momentané, qui ne fût pas » dépendant de diverfes viciffitudes dont m on avoit fait l'épreuve. Sa Majcftéà cru » que ce vœu de la Nation étoit parfaite- »> ment jufte; Se defirant d'y fatisfaire , elle $> a penfé que pour atteindre à un bue Ci
w intéreflant,il falloit appeler de nouveaux garansde la fécurîté publique, 8c placer, »> pour ainfi dire, Tordre des finances fous » la çarde de la Nation entière ».
Tel fut le langage que je tins au nom du Roi ; Se faifant à l'avance le facrifice de ma part au crédit &c à l'influence d'une grande place, je finis , on doit s'en fouvenir , par ces motscxprcffifs : « Réuniflbns-nous,Me£ » fieurs, le Roi le permet; rcuniflTons-nous » pour arranger les chofes de telle manière 55 que l'homme le plus ordinaire foit en état >5 à l'avenir de gouverner les affaires du 55 Tréfor royal, &què l'homme le plusha- >5 bile ne foit jamais dangereux ».
Je dcfirois,par-de{Tus tout, de voir affermir d'une manière indeftructible le bonheur de la Nation & la profpérité de l'Empire. Les fentimens qui pouvoient conduire à ce but avec une plus grande fureté, me paroifToicnt le véritable civifme; & le temps apprendra fi je m' étois trompé , lorfque j'in* fijftois avec tant d'intérêt fur la néceffité de réunir au zèle du bien public , la circonf* peftiorv & la prudence. ... . . ; :.
ce H ne faut pas , difois-je , il ne faut pat » que les ennemis de H tranquillité publia n que &c de la profpérité nationale pui dette » placer leur efpoir dans une confufîon, fuite » inévitable d'un défaut d'harmonie entre » toutes les forces prote&rices des deftins 9f de la France. Vous eonfidérerez la fitùa- » tion du Royaume; vous verrez ce qu'il n eft , & ce qu'il a befoïn d'être dans l'ordre yy politique de l'Europe; & en arrêtant Votre n attention fur l'ancien éclat de la plus r<ef- *pe£Uble des Monarchies, vous étendrez * au loin vos réflexions; &: non contins de$ m premières acclamations du petrplfe Frarrw çqk f cYÏ>us afpirefez encore au fuftrrige? » réfléchi de toutes les Nations étrangère « dç ces Nations do nt -le jugement, à'fabrê wdf pQSpaflîons du moment, repféfente » celui de la poftérité; de ces Nations qui',- ►%vpus confidérant dans le tableau dé l'Hifc w toire j,me croiront à la durée d'aucune' de? » vos difpofitions , fi vous perdez de vûcht » qu'exigent impérativeni^nt les gratade^ ^ » circonftances de ce vafte Empire. ' u •> Vqus écarterez don<ç tous les fyftêrtes
» exagérés , vous réprimerez tous les abus m Je l'imagination , vous vous défierez de* *>çpu:e$ les opinions trop nouvelles; -you?
» ne croirez pas que l'avenir puiiTe êtuc fan 9 » connexion avec le pafïe ; vous ne préfév » rerez pas les projets .& lesdifcoursqui vous
tranfporteroient dans un monde idéal çes penfées &à ces confeilsqui^ moins *> éclatans, mais plus praticables , expofenr *i à moins de combats, &i donnent au bien ^ qu'on opère-un caradère de ftabilité te » de durée. Enfin, Meflieurs, vousnefere»
vpasenvieu* des; Succès du temps, &vous »> lui hïtthrcz Quelque chofe à faire; car fi- » vous entrepreniez à la fois la réforme de* **tout çe qui vous paroîtroit imparfait,; ^vpçre ouvrage le deviendroit lui-même.
» Il ;eft aifé d'appercevoir que 'dans une » vafte adminiftratioç , la jufte ptopôrtien »ÀÇ. fes ciiverfca parties échappe au* « meilleurs; oMervateurs , lorfque toutes » foqt mifesen mouvement d'un feuf jet, que dç fifnples abitradians en garanti tirent l'harmonie». : , ' r ~ „
Cç? JWple* , & plufteursa^rcs dintlêfnç
difcôtfrs, ont pcur-êrrciujcurJnuî quelque ebofe de remarquable. t Je trou vè^awïïi^yne forte (te prelfentîracpt aans l'çmotion avec ïaqucl îe je m exprimai fiir raccord 8c rcjçïîç de; ôa|x^| nécctei^ |J boriKëur public* . ^ .. » » »
« Soyez unis., dtfois-je , ioyez unis pour >> une fi grande catreprife; foyez un^s pôùï wrepcmdre au vœivcjé la'Kauop'^ fojez y> unis pour foutcpir ^éc IionOeur les re- » gards cfeT Europe ;.u?yez unis pou^ccânl- Vî hièttrc Tàns crâin£e.vQ$ noms T X Ta po£ *5 tenté. & pour contempler iTavaacç/lc A» ttîbunal ngpèrèiH? <Jcs générations Tu^ »;t&& Êiles auront .tin compte Vous de»
s rivalités, .vos prétentions 4
>3 tqcl de vos travaux de votre patrio- » tilmc w. f
C'eft. toujours dans la morale que j'ai cherché des forces c'eft. toujours elle que j'âï^brëfentée pour guide aux hommes appelés a ^occuper des affaires publiques, & c'eft le même fanal que j'ofai montrer aufli aux Députes réunis pour travailler au bonheur de la, France/ « c C'eft ainfi , di/oisje aux ii h, taà- Généraux * c'eft ainfi qu'uneerande
53/réfulreront nécessairement du premier « principe de fidélité que vous c.Qnfacrerez, » peT & fuperbe , apanage de . la vertt^ » publique & particulière ! Veit la, tige
n ntudjélnhombrable de ra^jfiça^ipi^^cjui,
w touresproduilent aveine temps.dcs fruits wlalutaires. Oui sr Meilleurs * -& vous « .1 entendrez avec intérêt dans un di (cours
•3 commandé par votre pouverain qui a
mr.tî ^nabuOTnoiiMittrsci Eli. o-^Wi * w reçu la lanchon de ion ,autoricé 3r il n y a
» parfaite morale ; c'eft en s'en écartant » qyVn eft obligé de changer de guide à » chaque inftant, & qu;on prend pour de *> Thabileté, l'art de fe tirer d'une difficulté >> quefoi-m.êmç,pi;^fait naître, 8c Jetaient; » d'çn créer de nouvelles qui exigeront ei*- * R c ^r.e de nouveaux reflorts & de nouveaux M ^pédiens; tandis» que dans, l'exercice
» ; tout, s enchaîne aiféjtîienc , tout fe tient , r C - Q 8f ;» -.%» r 9 u t annonce que ce beau fy f-
?Jm tn ? raIe eft r ?» vrj s e chéri dc 1,£tre .
$$M'*ïï k ? t^fc*™ 'cHcréfumé que
flgjytgnjfées au moment de,, l'ouyerturej a ^ : fe5j-Généra f J î?r ^ en eft.tenips fans,
4S UC ^$ j? ne fai ? PftVirqupr je ne, me fens, plu^ aujo W 4'hui •Ja ^ame.xopfiance,.
# xno^iç^ou defenlïbjlicé. % n 3«Hiî^»#^«S4è^ cette, m£*<!&9*i> WW t ! A >h}!i SW s >q^lque..^ore de, d f, ns l P ?p»niop$ des hqrnmcs , i{ ( y . a quelque choie d'altéré clans, notre,
d by Oooglc
atmofpherc moral. C'eft un grand mal qu'on nous a fait; car ce n'eïoic pas trop dans les temps ordinaires , ce n'ëtoit paV trop des plus douces expanfions de fanie pour calmer un peu ] c mouvement Se I ardeur hoftile de nos calculs perfonnefs. Que dt e Z viendrohs-nous aujourd'hui, fi, endurcis'ôar le fpectacle de tant dé fiivérkés, de cane de rigueurs & de barbaries, nous ne voûtons plus être fournis qu'à la puiïïaricO dû' râ*£ fonnemenr, à cet empire que Artifice a rendu fi mobile, à cet empire que noûs'elevons nous-mêmes , mais toujours à notre hauteur , afin de le détruire à notre volonté & de le faire céder à conté* nos panions" * C'eft bien mar connoftrc hfshommesqne'' de vouloir les gouvernefaînfi; & pôûVnîST jelaifle dire des noùv»' po^iqu* 0 ;'# lins redourcr icur ¥on de fupérïorité', ç'élb eux-mêmes à la barre dû temps cjîic j: |* !l h?s: appelle pour y être jugérdè leur àutete?
de leur infuftice. ÔC J * f TèoV^ratîé83c 5 ff pour y êcrë'jùgés de leur mépris appkfeïiè 1 des idées fenfibl cs «; r d' C s
is dfc morale^' oiciî-J s.. :hi:u jt y
m uns
En attendant , c'eft à leur manière & avec lès armes dont ils ont fait choix , que je confensde combattre, & que j'entreprends de réfifter à leur altière dottimation : ainfi , rabaiiïant l'homme d'Etat à la fonction d'un controverfifte, je continuerai de répandre à tous lesargumens & à toutes les objections de nos Rhéteurs politiques.
- -La grande difficulté demapôfition , c*eft : d'être, placé au milieu de toutes les idées extrêmes , Se d'avoir à me défendre de la même chofe enversles hommespaffionnés.
des deux partis les plus oppofé$. C'eft ainfi qu'ils me font tous un reproche de la manière dont je me fuis expliqué dans mon difeours aux Etats-Généraux fuHa réunion des Ordres. Les uns vouloient que la néce£ fité- de cette réunion fut prononcée, d'une manière complète; 8c les autres,' 'que l'idée errfut rejetée fans aucune çfpece' deT rër lervG.
c Une autre difficulté efteore de <riapofW tîbn, Vfeft d'êtfe obligé, d'interpréter ma çbnddîtrà: mes dîfcoute , fans fuppbfer au-, çitne nuançç diftinclive ^ntre k$ opinions
particulières du Miniftre, 6c l'univerfalité de fes a£Uons publiques : cependant, fi les premières font affranchies de toute efpèce de fuprématie , il n'en cft pas de r même des autres. . i
Mais, laiflfant à part une remarque dont, un fentiment de refpect me défend de particularifcr les applications , je me borne kj dire que dans mon difeours à l'ouverture des Etats- Généraux , ; je fus fuuorifdpar le Jloi à faire, un pas. au dçlà desdifpofaions, par le réfulçat du Confeil du 17 Décembre 1788. Les intentions du Monar-, que fur la permanence des E.tats- Généraux,, Se furçpus les pouvoirs qui dévoient leur appartenir, furent dabord beaucoup plus marquées ; j'obtins encore. la permilïipi) de. faire connoître aux dçux prçjniers Ordres ,
|^#! iç ^^néc^ireme^^ une ; délibération en cornoiun fur tous Içf.
objets d'un intérêt national : mais avec quels . égards je leijr ménageai le mérite de ceçtc éumon ! aVcc quels 4g$rds je leur référai..
relife cette partie de mon difeours auxËtats-
Généraux , & Ton verra s'il étoit poflîble dé marcher vers un but raifonnible avec plus de convenance , s'il étoit poflîble d'employer un langage affbrti de plus près à la tlifpolîtion des efprits 3c aux circonftances du moment. Ah! fi les deux premiers Ordres avoient bien voulu apprécier ces mêmes circonftances , 8c fi le troifième avoit montré plus de patience 8c de ménagement, tombien de troubles 8c de malheurs n'auïoient pas été prévenus ! Cette idée affligeante revient continuellement , quand on jette fes regards fur le pafTé.
- Quel jour cependant que celui de la réunion folemnelle des Députés de la France !
Quel jour encore, fi Ton rapproche nos divifions malheuteufës des fentimèhs dont on éprouvoit l'émotion à l'afpe& de cette augufte À Semblée , qui , rangée près du Roi "dans un ordr* impofaint 8c majeftueux , environnée de tous les regards 8c de tous les vœux , fembloit jouir à l'avance des triomphes deftinés aux fuccès de fes travaux ! Quel jour auflî pour celai: qutdevôit élever
fa voix au milieu de ce temple de la Liberté k monument glorieux des vertus d'un boa îloi! Quel jour pour celui qui devoir Ce Faire entendre à cerre inauguration d'un nouveau bonheur!
Ceft aux hommes juftes , c'eft à l'Europe impartiale à déterminer fi je remplis cette tâche avec convenance & avec dignité. Je trouve en relifant aujourd'hui ce d.fcours, qu'il correfpondoit & aux circonftances connues , & à celles dont on *% vo.t pas encore la prévoyance; & j e n ' v trouve aucun fentiment, aucune expreflion qu'un Miniftrefidèlei un ciroyen honnêre & un homme fage, ne puiflent avouer avec confiance*
les Etats-Généraux commencent leurs Teances : mais avant de parcourir ma conduite depuis cette époque , je cède à un
moment de véritable peine ; en réfléchifTanc fur la trille nécclficé où je me trouve de
me pafTer ainfi moi-même en revue. Une
grande oppreffion m'y afTùjcrtit; mais je
n en retiens pas moins la contrariété & le
djfplaifir. II faut, pour me foulager,&: pour rendre hommage à la vérité, que j'aflocic à tou$ les foins, à tous les ménagement <juç les evènemens de chaque jour, pendantla tenue des Etats-Généraux , ont rendus nécefTaircs ; il Faut que j'y aflocie.un homme dont je ne me fuis jamais féparé dejyis rpon retour à l'adminidration , & depuis que j'ai connu fon excellent efprit &C Ja fidélité de fon caractère; un ami nouveau pour moi , mais qui me paroiflbit trèsancien par le rapport de fes fentimensavec lps miens, M. de Montmorin, Miniftrecitoyen auprès du Monarque, & dévoué dès Penfance à fon bonheur & à fa eloire. Que n'avons nous pas fait enfcmble pour aflurer les fondemens d'une liberté fage, pour la défendre, tantôt contre les orages qui la rnenaçoient , tantôt contre les exagérations qui en affoiblifloient la bafe, Se dont nous prévoyions les dangers! Nous exeufions, ou plutôt nous adoucillions auprès du Roi les a&ions, les procédés & les manières dont fl pouyoit avoit à fe plaindre , &c , près des Députés à rAffcmbîée Nationale , nous te-
nions le langage qui pouvoit calmer leurs défiances , & ramener les plus ardens à des opinions modérées. Enfirï, fpe&ateuts habituels des inimitiés & des divifions qui ont éclaté de fi bonne heure au milieu deTÂffemblée, nous n'étions occupés que des( moyens de conciliation , & nous apportions/ nos foins à téunir tous lés fentimens' vers l'amour du bien public. * \ " ;
Je conçus de lefpérancc lorfque je rëuflïs' à établir une conférence en préfencé des Miniftres du Roi , entre plufieurs Commît-!
fâires choifis par les trois Ordres. On dévoie s'occuper d'abcTrd de îâ. grande queftion de la vérification des pouvoirs. Tout etoit arrêté par là rhéfintelligcnce fur un point dé- Venu le préalable indifpénfable dè tous Jés travaux ; & dans le cours de la controverfe , lcsefprits s'aigrillbient de plus en plus. Rien ri'étoit donc plus important que dé parvenir à* une conciliation qui devoit précéder les : premiers pas vers le bien public; mais plufieurs conférences furent" confumées en longs débats, où , de part & d'autre, oa montra lé plus vif attachement aù maintien
abfolu
abfolu de fes droits ou de fes principes.
Enfin, autorifé de Sa Majefté, j'ouvris uni voie d'accommodement qui fembloit devoir être acceptée par tous les partis, tant elle étoit raifonnable, tant elle approchoit <ki dernier terme des prétentions mutuelles:
mais ce fut inutilement ; &; comme l ilTuè de cette conférence a eu les plus grandes fuites, je ne crois pas indifférent d en rappeler le fouvenir. On verra comment dt premières lignes de féparation prefque imperceptibles amènent fouvent des diflentions, dont rien enfuitc ne peut arrêter le progrès.
- La Nobleïlè & le Clergé vouloient que chacune des Chambres examinât feule, 8£ fans le concours des deux autres , la validité de l'élection des Députés de ; fon Ordre, & la régularité des pouvoirs qui leur avoient été donnés. ' : - • Le Tiers-Etat demandoit au contraire que ces opérations fefiiïencen commun, & dans une artcmblée des trois Ordres réunis.
: On ne voulut rien céder de part ni d'autre fur ces deux .prétentions oppofées, &: ce
fut alors que les Miniftrea intervinrent datis la conteftation d une manière précife.
JLes trois Ordres avoient certainemenc un intérêt à prévenir qu'aucun des trois n'abufâc de fon pouvoir pour admettre ou pour rejeter avec partialité les Députés qui yçr noient prendre.féance aux Etats Généraux ; cet intérêt paroi {Toit évident, en fuppofanc que les Ordres duflTent délibérer en corn* mun; il étoit encore réel, en fuppofànt que Jes Ordres du ffent délibérer féparément ^ puifquc la compofition d'une fedtion du Corps légiflatif ne pouvoir être indifférente à aucune des autres.
On craignoit cependant la prépondérance du Tiers-Etat , fi le jugement définitif des élections écoit remis aux trois Ordres réunis i & je fis môi même à çe fujet une obfervation qui parut nouvelle: c'eft que lapplication des forces du Tiers-Etat à l'augmentation du nombre de fesadhérens, feroit une nouvelleconceflion ; il n 'auroit plus eu de .cette manière une influence détermi-* née, mais il auroit obtenu un pouvoir pour augmenter fon pouvoir , ce qui n eioic pas jufte.
Il fcmbloit donc, au milieu de ces difficultés % que la décifîon des conteftations relatives à la validité des élevions, dévoie appartenir à celui qui avoir fixé le nombre refpe&if des Dépurés des trois Ordres , Se l'exemple des tems précédens autorifoic cette opinion. C eft ce qui me fit dire dans cette conférence : « Ainfi les trois Ordres m qui fe foumettent à la fixation établie par » Sa Majefté, fçroicnt une exception minu- » tieufc , s'ils répugnoient à la prendre pour m juge , dans le très-petit nombre de con- » teftations qui pourroient s'élever fur la « vérification des pouvoirs. L'intérêt de »Sa Majefté , le feul qui la dirige , wc'eft l'amour de l'union, & Elle méri- » teroit encore d'être votre arbitre , quand » vous ne voudriez pas du Monarque pour » juge ».
Cependant le Roi ne voulant conferver de fon droit que la portion néceflairc pour lever les difficultés , je fis aux Commiflaires des trois Ordres une propofition dont les termes étaient affez précis pour être tranfcrits ici littéralement, & je n'en féparerai