‹ Sur l'administration de M. Necker par luiMemeChapitre 8 sur 10 · IO · texte numérisé non relu

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tout, et leur caractère , semblable a laro en-ciel, rappelle à l'espérance, et promet un jour plus serein.

Jamais le Roi ne déploya tant de vertus, jamais le Roi ne fut plus d'âceord avec son caractère, que le jour de la séance du 4.

Février,* et cependant il fut encore plus grand par ses motifs que par son action. Il voulut, par un dernier effort, remettre la paix dans son Royaume , et pour y parvenir, il crutnécessaire de fixer fopmionsur ses sentimens politiques. Il vovoit régner une défiance dangereuse, une défiance qui retardoit les travaux de l'Assemblée Nationale, qui entretenoit dans Paris une fermentation alarmante, et qui se manifestait dans les Provinces par des insurrections et des actes de violence. On assuroit d'une voix unanime , que le calme se rétabliroit si le Roi s'expliquoit, s'illaissoit lire au fondde son cœur, et s'il réunissoit les opinions, s'il entraînoit à la confiance par l'autorité de son exemple.

Tout respiroit cet esprit dans le langage qu'il tint à l'Assemblée. Il s'expliqua

( ait )

d'une manière formelle sur l'objet le plus cher à la Nation. • :

« Je défendrai donc, je maintiendrai * la Liberté constitutionnelle, dont le vœu » générai > d'accord avec le mien , a con- » sacré les principes. Je ferai davantage i » et de concert avec la Reine, qui par- » tage tous mes sentimens, je préparerai *> de bonne heure l'esprit et le cœur de » mon fils au nouvel ordre de choses que » les circonstances ont amené. Je l'habi- » tuerai, dès ses premiers ans, à être heu- » reux du bonheur des Français , et à » reconnoître toujours., malgré le langage » des flatteurs , qu'une sage Constitution » le préservera des dangers de l'inexpé- » rience, et qu'une juste Liberté ajoute » un nouveau prix aux sentimens d'amour » et de fidélité , dont la Nation , depuis » tant de siècles * donne à ses Rois des » preuves si touchantes ».

Il exprime , de la manière la plus sensible , l'affliction dont il étoit pénétré, en apprenant les désordres qui semultiplioient dans les Provinces,

Joignez-vous à moi pour arrêter ces » excès , et empêchons* de tous nos efforts » que des violences criminelles ne vien- » nent souiller ces jours, où le bonheur » de la Nation se prépare. Vous qui pou- » vez influer par tant de moyens sur la » confiance publique , éclairez sur ses vé- » ritables intérêts le Peuple qu'o*i égare , » ce bon Peuple qui m'est si cher , et » dont on m'assure queje suis aimé, quand » on veut me consoler de mes peines. Ah!

» s'il savoit à quel point je suis malheu- » reux , à la nouvelle d'un injuste atten- » tat contre les fortunes > ou d'un acte de » violence contre les personnes , peut-être » il m' épargnerait cette douloureuse amerd tume ». ,

* Il se montre occupé des indemnités dues à ceux qu'oA a soumis à de grands sacrifices , et il rappelle l'Assemblée à un intérêt si digne de son attention.

» Donnez encore l'exemple de cet es- » prit de justice, qui sert de sauve -garde à la » propriété, à ce droit respecté de toutes » les Nations, qui n'est pas l'ouvrage du

a hasard, qui ne dérive point des privilèges » d'opinion, mais qui se lie étroitement » aux rapports les plus essentiels de l'or- » dre public , et aux premières conditions » ; de l'harmonie sociale ». ■ ,

Il désespère cependant de voir réparer à son gré tous les torts , et sur-tout ceux qui semblent inhérens au nouvel ordre des choses, et il dit avec le plus touchant retour sur lui-même , à ceux qui supportent ces préjudices :

» J'aurois bien aussi des pertes à compy> ter, si, au milieu des plus grands hv* » térèts de l'Etat , je m'arrêtois à des » calculs personnels 5 mais je trouve une » compensation pleine et entière dans » l'accroissement du bonheur de la Na- » tion , et c'est du fond de mon cœur que » j'exprimç ici cç sentiment ».

Enfin, il emploie le langage le plus pressant, pour essayer de calmer les esprits et d'adouçir les inimitiés > ses regards se fixent alors sur ceux qui auront besoin de plus d'efforts pour oublier les choses passées, et il leur dit avec sentiment:

« Que ceux qui s'éloigneroient encore » d'un esprit de concorde , devenu sî » nécessaire , me fassent le sacrifice de » tous les souvenirs qui les affligent > je » les paierai par ma reconnoissance et » mon affection ».

Ah ! comment s'est-il fait que de la part du Monarque tant de raison et tant de bonté aient eu si peu de succès? Qu'un mot de lui, au temps de ses prospérités, eût produit une impression différente!

Je remarque souvent avec tristesse les différentes influences de nos sentimens dominansj et fixant particulièrement mon attention sur les passions politiques , j'ai 3u doute parfois sur la noblesse de leur origine , lorsque je découvre à quel point elles refusent de s'unir aux idées sensibles ? elles amènent , il est vrai , d'autres mœurs et d'autres principes 5 mais souvent , dans leur cours, elles emportent le bon fruit avec le mauvais , et là où elles ont passé x l'on croit voir une terre qu'une lave ardente a brûlée , et qu'il faut ensemencer de nouveau, *

Revenons au raisonnement : on l'aime seul en ces temps de sécheresse , et cependant les mouvemens de Famé ne sont peut-être qu'un raisonnement perfectionné, un résultat donné par la nature , par ce grand maître en toutes choses , par cet instituteur sans égal, qui, en nous confiant la lumière du sentiment , nous a remis sous la forme la plus simple , la première et la plus savante de toutes ses combinaisons.

On s'est élevé dans un parti contre le discours du Roi à la séance du 4 Février, et contre l'adhésion formelle de Sa Majesté aux principes de la Constitution.

Mais qu'étoient donc alors ces principes? L'établissement indestructible d'une Assemblée Nationale, dont tous \cs membres sans distinction d'ordre , seroient élus par la Nation 5 d'une assemblée qui, avec la sanction du Roi absolument libre, jusqu'à l'insistance de la troisième législature, auroit le droit d'établir des impôts , d'autoriser des emprunts , de régler les dépenses publiques, et de remplir sans ré-

Ni*)

serve toutes les fonctions qui appartiennent à un corps législatif. Enfin* la liberté la plus entière sous la protection des loix , et toutes les précautions que la conservation d'un bien si précieux rend nécessaires,

v formoient encore Tune des conditions essentielles de cette même constitution. Il n'y avoit rien dans ces principes qui ne

• pût , qui ne dût augmenter la félicité publique, la prospérité de l'Etat , la considération nationale et la force réelle de l'Empire.

Il n'y avoit rien enfin dans ces principes qui pût altérer le bonheur particulier du Monarque , rien sur-tout qui dût porter atteinte à sa gloire. Il les avoit posés luimême en grande partie , dans le résultat du conseil du 2*7 Décembre 1788, et dans les discours prononcés avec son autorité , à l'ouverture des Etats-Généraux.

La réunion des ordres , quoique postérieure à ces deux époques , avoit été provoquée par le Roi lui-même, et j'ai montré que le veto suspensif, autre innovation remarquable dans l'ordre des loix constitutionnelles ^ étoit préférable , et pour- le

Monarque et pour le bien public , a une opposition d'un terme indéfini; • - Une grande , une importante disposition publique restoit encore à régler : c'étoit la pierre de l'angle > et le Roi dans son discours du 4 Février, le fît expressément connoître.

- « Je ne dois point le mettre en doute , y> ce furent les paroles de Sa Majesté ; je » ne dois point le mettre en doute : en » achevant votre ouvrage, vous vous oc-r » cuperez sûrement avec sagesse et avec » candeur , de raffermissement du pouvoir » exécutif y cette condition, sans laquelle » il ne sauroit exister aucun ordre dura- » ble au-dedans , ni aucune considération » au-dehors. Nulle défiance ne peut raiy> sonnablement vous rester 5 ainsi il est » de votre devoir , comme citoyens et » comme fidèles Représentans de la Na- » tion , d'assurer au bien de l'Etat , et à la » liberté publique , cette stabilité qui ne j> peut dériver que d'une autorité active » et tutélaire. Vous aurez sûrement préa> sent à l'esprit que sans une telle auto-

» rite , toutes les parties de votre système » de Constitution resteroient à - la - fois y> sans lien et sans correspondance 5 et en » vous occupant de la Liberté que vous ai- » mez, et que j'aime aussi , vous ne per- » drez pas de vue que le désordre en ad- » ministration., amenant la confusion des » pouvoirs y dégénère souvent , par d'a- » veùglcs violences , dans la plus dange- » reuse et la plus alarmante de toutes les « tyrannies ».

Ce pouvoir exécutif, recommandé par le Monarque , conime une des conditions nécessaires d'une sage et bienfaisante Constitution, ce pouvoir exécutif, s'il eût été établi d'une manière convenable, eût suffi pour donner à toutes les parties de la législation un mouvement régulier 5 et l'expérience auroit éclairé sur les avantages ou les inconvéniens des différentes dispositionsparticulières adoptées par l'Assemblée Nationale 5 le Roi le disoit : le temps réformera çe qui pourra rester de défectueux dans la collection des loix qui auront été l'ouvrage de cette Assemblée.

v ( firp ) -

C'étoit donc sans imprudence , et sans âucun oubli du bonheur général , que le Roi avoit adhéré volontairement aux principes de la Constitution, tels quilsétoient connus le 4 Février. Et plusilétoit persuadé que le complément de ces principes dépendoit de l'établissement dupouvoir exécutif, plus il devoit rassurer l'Assemblée Nationale sur les opinions qui le guidoient , et sur les sentimens dont il étoit animé. La déclarationde Sa Majesté du4Février, considérée sous ce rapport , étoit donc politique autant que généreuse. Je sentis que le Roi avoit besoin de dire avec vérité , nulle défiance ne doit maintenant vous rester.

C'est à la Nation à juger si la confiance du Roi dans l'établissement d'un pouvoir exécutif, qui devoit le mettre en état de garantir l'obéissance aux loix et le maintien de l'ordre public , si cette confiance étoit raisonnable , et si l'on y a répondu 5 c'est à laNation à juger si l'attente du Monarque, lors de son adhésion aux principes de la Constitution , a été fîdellement remplie, ■

Je dois maintenant examiner quelques

autres objections , celles sur-tout dont les principaux chefs d'un même parti remplis-* sent les pays étrangers , où souvent ils trou-» vent créance.

Le reproche qu'on répète le plus y se rapporte à l'indifférence affectée que j'ai montrée pour les moyens de corruption > moyens , dit-on , pratiqués dans tous les pays avec les Assemblées politiques 5 et en suivant cette idée , les personnes qui me traitent le mieux, tournent en ridicule nies principes de morale. C'est avec de pareiis principes , s'il faut les, en croire , c'est avec une si fausse délicatesse que j'ai toutperdu > et le plus artificieux des Machiavels eût; beaucoup mieux servi le Roi et l'Etat.

. Je ne déguise point l'objection, et je mets au nombre des singularités du temps présent, d'etreen effet obligé d'y répondre.

Le vil marché des suffrages a la subornation des consciences^ le paiement des opinions mensongères , cesidées qu'en d'autres momenson eût rejetées comme honteuses, il faut s'accuser aujourd'hui de ne lçs avoir pas eues , et de n'y avoir pas obéi ! Qçel

f eproche on me fait ! Est-ce a notre âge , est-ce à moi que le déshonneur en appartient ? Il ne me sera pas difficile , je le crois , de me défendre avec les raisonne* mens et les armes de ce même Machiavel qu'on regrette 5 mais avant de m'en servir* avant de m'y déterminer, avant de pouvoir le faire sans rougir,je dois commencer par dire, qu'ayant manifesté au Roi de trèsbonne heure ma répugnance personnelle pour les moyens de corruption, je remplis par cet aveu etpar cette profession ouverte de mes sentimens, toute l'étendue de mes obligations envers le Monarque 5 car il eut pu, dès cet instant, appeler dans son Conseil un autre Ministre, et suivre, à cet égare*, l'exemple de tous les Princes, qui changent de serviteurs lorsque ceux dont ils ont fait choix, soit par le genre de leur esprit, soit par leurs principes, ne conviennent plus aux circonstances > et le roi lui-même se conduisit ainsi le 1 1 Juillet.

Je m'étois expliqué avec Sa Majesté de la manière la plus claire et la plus positive , sur les avantages et les désavantages de mon

ractère > et lors d'une conférence qui" se tint dans le cabinet de Sa Majesté, . vers l'époque de la convocation des Etats-Généraux , et où les principaux Ministres assistèrent Je me souviens d'avoir été conduit 3 par le' mouvement de la discussion, à dire devant le Roi, qu'aussi long-temps qu'un esprit sage, un caractère honnête,. une ame élevée, pourroient influer sur l'opinion, je scrois peut-être un Ministre aussi propre à servir l'Etat que personne 5 mais que si jamais le cours des événemens exigeoit un Ma\arin ou un Richelieu , ce furent mes propres expressions, dès ce moment-là je ne eonviendrois plus aux affaires publiques.

Et en effet , les hommes ont chacun leur nature , et plus cette nature est fortement appropriée à de certaines circonstances , moins elle cstapplicable à toutes indistinctement. On n'est bien dans les grandes choses que d'une seule manière j car tous les commencemens de qualités, toutes ces superficies dont on a tant qu'on veut, avec de l'esprit, ne composent un assortiment d'usage que p our les mouvemens légers de la s o ci été*

ou pour les relations communes de la vie.

Que Ton me place au milieu d'hommes encore susceptibles de raison et de sensibilité, je ferai, je le crois, quelque impression sur eux, et peut-être je mériterai d'être choisi pour un de leurs guides 5 mais s'il faut les tromper, s'il faut les corrompre^ou bien s'il faut les environner de chaînes, s'il faut imposer sut leur tête un joug d'airain, je ne suis plus l'homme d'un tel ministères il faut alors chercher un Malaria * trouver un Richelieu.

Maintenant que par la profession de mes sentimens je me suis mis en règle avec moimême , je vais examiner d'une manière purement politique, si l'on doit donner des regrets au système de corruption dont on me reproche d'avoir rejeté les principes , ou méconnu la nécessité.

On oublie d'abord que dans les premiers momens d'une ardente passion, et lorsque l'espoir d'un grand éclat se présente , il n'est pas aisé de détourner de leur route les chefs d'une Assemblée Nationale 5 on y trouve plus de difficultés encore, lorsque larenom-

mée a pour eux toutes les délices de la nouveauté. On oublie aussi que de pareilles tentatives, faites à prix d'argent, n'auroient pas tardé à être apperçues, et quelles auroient fait jperdre au Gouvernement, et au premier Ministre en particulier, les sentimens d'estime et de confiance de la Nation, sentimens qui avoient paru pendant si longtemps une force réelle. Qu'eût valu d'ailleurs l'emplette de quelques Députas ? Chacun étoit sur le qui-vive à cet égard 5 et riiomme payé , bientôt reconnu , bientôt rendu suspect, n'auroit plus rappelé qu'une dépense inutile 5 et les corrupteurs et les corrompus , après s'être querellés peutêtre , en réglant le prix de leur honte mutuelle , auroient fini par transiger sur leut engagement : heureux, après s'en être déliés , de pouvoir oublier un pareil contrat !

On che beaucoup l'exemple de l'Angleterre, où le's moyens de corruption sont> dit-on, constamment en usages mais d'abord ce n'est point à prix d'argent qu'on achète des suffrages dans le Parlement. Les grands sacrifices auxquels les Anglais se soumettent

tient pour obtenir la supériorité dans les élections , prouvent manifestement qu'ils n'ambitionnent pas ces places pour atteindre à des rétributions pécuniaires. L'indemnité de leurs sacrifices deviendroit une grande charge pour l'Etat , si elle devoit être supportée par leTrésor public. On ne les gagne donc qu'en leur accordant, et plus souvent encore en. leur faisant espérer des efoplois utiles ou honorables. Mais au commencement des Etats-Généraux y et lorsqu'il y avoit encore des places importantes à don ner, ou des décorations brillantes à décerncr , ces fortes de grâces étoient toutes du genre de celles dont une classe particulière de citoyens pouvoit être mise en possessions et cette classe infiniment circonscrite, étoit attachée déjà par divers liens à l'autorité royale. D'ailleurs, s'il est vrai qu'on a plus les hommes en mains par l'espérance que par la reconnoissance,on tireroit peut-être la plus grande action possible des placés inutiles , en ne le donnant et ne les promettant à personne. .

• Les fonctions dans la Magistrature, étant

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presque toutes attachées à des charges négociables ou transmissibles, n'offroicnt aucun moyen marquant de récompense > et les places de finance exigeoieat de si gros fonds , que depuis long - temps les riches capitalistes poôvoient seuls y prétendre.

On eut une fois ridée de donner une mission particulière en Corse à un Membre des communes i c^ui en étoit digne par ses jalens : cet arrangement se fit pendant le cours d'une maladie qui me retint chez moi* j'en témoignai mes regrets aux Ministres , et je professai les mêmes sentimens en pré sence de Sa Majesté,le premier jour de mon xetour au Conseil. L'événement prouva que je n'avois pas mal jugé cette affaire, puisque l'Assemblée Nationale,aussi-tôt qu'elle en fut instruite, interdit à tous ses Membres d'accepter aucune fonction à la nomination du Roi. Je ne sais véritablement de quelle manière et dans quel tempé on eût pu gagner efficacement les hommes marquans dans le parti des Communes.

On le pourroit plus aisément vers la fin - d'une Législature , parce que l'Assemblée

n auroit pas assez de temps peut-être pour suivre et découvrir la marche de ceux d'entre ses Députés qui auroient changé de route 5 mais je doute que cette marche fût sûre , si Ton avoit seulement deux mois pour l'observer. Ajoutons que si le Gouvernement paroissoit donner sa confiance à deux , ou trois Députés en particulier , et attendre d'eux des services, les autres chefs, blessés dans leui: amour-propre* auroient un aiguillon de plus pour chercher à signaler leur crédit dans un sens contraire.

On a vu d ailleurs, et l'on voit encore à présent, que l'Assemblée Nationale, seule .Législatrice en apparence , est elle-même soumise à 1 autorité populaire* elle n ayoué pas cette domination , mais elle en aie secret .et la conscience, et constamment elle la respecte. L'on n auroit donc fait qu'un bénéfice douteux, lors même que par corruption il eût été possible d'obtenir la majorité dans l'Assemblée Nationale. Cette majorité n'eût suffi que pour les dispositions d'un genre subalterne, car toutes les grandes mesures dépendent d'un autre mouvement > et

l'Assemblée Nationale, qui le saitbien, et qui , pour le maintien de sa considération, a besoin d'être obéie , a soin de consulter cfcite puissance vague et formidable, dont la voix est encore plus tonnante que la sienne, cette puissance qu'elle a peut-ctre élevée , mais qui bientôt s'est mise de part avec elle dans le commandement et les volontés.

Au reste, par-tout où la Législation est remise entre les mains d'un Corps représentatif, l'opinion publique agit sur lui d'une manière plus ou moins immédiate, et le Gouvernement ne peut, par aucun moyen, le faire sortir d'une certaine circonscription. L'Angleterre offre une preuve de cette vérité : le ministre a non-seulement la distribution d'une grande quantité de places, mais Ton tolère encore ouvertement qu'il se serve de ce moyen pour se faire un parti dans le Parlement > cependant , jamais son ascendant n'a pu s'étendre au-delà des questions d'administration. Tout ce qui touche à la Constitution, tout ce qui approche du sanctuaire de la Liberté , est hors des atteintes d'aucune espèce d'influence. L'on a,

pouf ainsi dire , décrit et tracé l'espace où la corruption peut avoir quelque autorité , et c'est en vain qu'elle voudroit étendre plus loin son empire.

Cependant, si telle est en Angleterre la limite de la puissance ministérielle, au milieu du Conseil national , on conçoit que dans les temps actuels, le même genre d'influence doit être beaucoup moins grand en France.

Tout est ardeur patriotique au commencement d'une révolution 5 tout est amour, tout est enthousiasme de la Liberté , pendant les premiers souvenirs d'une longue servitude.

Les opinions etlessentimens sont à l'époque de leur renouvellement, et nulle limite ne leur étant encore assignée par l'autorité de l'expérience , chacun dans son abandon , parcourt les extrêmes sans aucune règle.

Comment, au milieu d'un tel mouvement, eût-il été possible de fixer les esprits y et de diriger, de contenir le premier essor de toutes les prétentions ? Ceux qui se seroient vendus pour aider le Gouvernement dans cette entreprise , auroient montré les bornes de leur jugement* et ceux qui au-

roient mérité d'ctre achetés , ne se seroîent pas mis à prix.

On doit encore avoir présent à l'esprit, que dans un temps si remarquable, et à Tépoque d'un des plus grands événemens de l'histoire , les Députés qui , par leur éloquence, ont le plus d'ascendant sur l'Assemblée Nationale, sont environnés de tant de regards, que rien, dans leurs calculs, ne peut entrer en compensation avec les triomphe»

dont ils se forment l'idée, et dont ils ont quelquefois la jouissance. Cette gloire est d'ailleurs d'une nature particulière 5 elle ne consiste point dans une magnificence lointaine, dont l'imagination trace le tableau * ses rayons rapprochés forment dans une étroite enceinte l'éclat le plus brillant, et cette gloire , toute en honneurs et en ap-t plaudissemens du moment, entretient l'âme dans une délectation qui distrait, pour un temps, des calculs de l'avarice çt des vœux communs de l'ambition.

J'ai dit qu'en Angleterre , la corruption , sans aucun pouvoir sur les principes constitutionnels, avôit de l'influence sur les ques-*

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