‹ Sur l'administration de M. Necker par luiMemeChapitre 9 sur 10 · JI · texte numérisé non relu

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tions d'administration, mais en France, et à l'époque du renouvellement de toutes les idées ,.ces dernières questions se confondent avec toutes les autres, ou du moins la ligne de démarcation ne peut être généralement apperçue. Il faut que l'esprit d'ombrage, le seul dominant au moment de la distinction des pouvoirs, il faut que cet esprit se calme, pour laisser voir àdécouvertles objets sur lesquels l'influence du gouvernement est nonseulement raisonnable , mais très-souvent encore nécessaire. Jusqu'à cette époque, oa ne saurait appliquer à la France ce qui est permis en Angleterre, ce qu'on tolère dans un pays où l'expérience a fixé tous les rapports x où les prmtipes constitutionnels sont universellement répandus, et où l'on a dépa*sé depuis long-tems les rudimeus de nov savantes théories. L'on, n'y a pas mis en sentences les droits de l'homme 5 mais le plus simple citoyen connoît lesloix de son pays, etce qu illeur doit de; sûreté, de bonheur et de liberté. C'est donc s^ns redouter le ministère qu'on le surveille , et c'est avèc la *ô«noi$sà&ce de lanation, avec sa tolérance,

que le gouvernement accroît un peu ses forces, par la distribution des emplois et des places dont il est resté le dispensateur. Mais on est encore , en France , dans le premier bouillonnement des idées de Liberté , et nul excès n'intimide; on auroit tort de s'en étonner 5 ce n'est pas au commencement d'un voyage qu'on jette de l'eau sur les roues. ■ , •

Il résulte cependant une vérité de toutes ces réflexions : c'est qu'on se montre bien petit, lorsqu'au milieu des distractions du monde, et sans avoir suivi constamment le développement graduel d'une révolution inouie,sans avoir étudié les contrariétés innombrables avec lesquelles l'administration avoit à lutter, on n'indique pas moins une seule idée, et l'idée encore la plus simple , comme l'origine de tout , ou le remède à tout. Comment peut-on imaginer que si le dénouement de toutes les difficultés eût dépendu d'une seule pensée , cette pensée eût été la fortune particulière de quelques personnes ? C'est cependant ainsi que des gens raisonnables, en faisant sonner des écu%

disent tranquilement: avec ce moyen-là nous aurions tout arrangé ! Quelle sottise ! C'est à-peu-près de même, dans un autre genre, que de jeunes femmes en se regardant dans le miroir, et en amollissant utic boucle de cheveux du bout de leur peigne, disentnonchalamment aux Philosophes de vingt ans qui les environnent: c'est le doublement du Tiers qui est la cause de tout. Ainsi avec deux ou trois*phrases de ralliement , on se compose un petit savoir politique , dont on est, à ce qu'il me semble, parfaitement satisfait.

. . Il me reste à répondre en peu de mots , à un reproche qui touche de près à celui que je viens de discuter. Il falloit au moins, dit-on, employer tous les moyens possibles pour influer sur les élections. Mais y pense-t-on , quand on parle de diriger le choix de douze cents personnes, nommées, non par un certain nombre de propriétaires , mais par tous les habitans a un Royaume tel que-la France ? Et pour réussir à grand-peine, et avec peu de vraisemblance, à décider la préférence en faveur

de quelques personnes , étoit-ce-au Roi à ouvrir l'exemple de l'intrigue et de la corruption dans la recherche des suffrages ?

Eût-il été , je ne dis pas moral , mais politique, mais simplement d'un bon calcul, de perdre , pour ce petit avantage , l'honorable réputation du caractère du Roi ?

Les seules personnes qui pourraient donner des regrets à la proscription de ces méprisables moyens , ce sont lès ennemis du Gouvernement , ceux qui auraient besoin d'un premier tort de sa part pour autoriser leur défiance > ou pour servir d'excuse à leur injustice. D'ailleurs , en considérant pour un moment l'intérêt seul de Tautorité royale , je demande comment on au* roit pu connoître à l'avance les personnes que cette autorité aurait un j our contre elle > je demande sur-tout par quel esprit de divination , par quel trait de magie , on aurait pu savoir que le Monarque avoit à se défier et deshommes habitués depuis longtemps à ses bienfaits, et de ceux qu'on voyeit à poste fixe sur la route de l'ambition , et de ceux qui étoknt attachés ,

les uns à la Cour , ies autres à FAdministration publique , les autres aux premiers Gorps de l'Etat , les autres à la gestion des affaires des grandes Maisons de France?

Gomment encore auroit-ron pu juger par voie de prévision , de l'esprit et du caractère d'une multitude de citoyens choisis pour Députés , dont les uns par leur âge , les autres par leur état antérieur , étoient àpdne connus , et qui., pour la pre* mière fois de leur vie, ont pris à l'Assemblée Nationale une opinion politique ?

Tous ces hommes nouveaux ou dans le monde , ou dans les affaires publiques , ont été formés pair les circonstances et rtiis en mouvement par le vent impétueux de l'opinion i et s'il eût soufflé dans un sens contraire , nous* leur aurions vu M peut-être , la même action dans une autre route.

Il y auroit un trè$^petit nombre d'exceptions à faire, et je les expliquerais encore, A je ne voulois pas jne tenir à distance de toute personnalité $ il me suffit (Tailleur* d'avoir répondu suffisamment à Fobjectiort

que je dcvôis examiner , et je finirai par une observation applicable à cette discussion : c'est que si , avant de déterminer la convocation des Etats-Généraux , on eût considéré comme indispensable de travailler en intrigue et en corruption et les Députés de la Nation , et les Assemblées Electorales ^ et les divers habitans des quarante- trois mille Communautés du Royaume > j'eusse préféré, sans hésiter, que le Roi renonçât à cette convocation? car ilseroit résulté beaucoup moins de difficultés et d'inconvéniens de ce parti que de l'autre 5 et le sacrifice une fois fait de toute idée grande , de toute pensée noble et généreuse , de toute réunion encore des principes de la morale avec les principes de la politique , c'est à opérer le bien dans- les anciennes formes que j'aurois conseillé de s'en tenir 5 et certainement au terme où en étoit alors l'opinion , et avec les dispositions de sagesse que j'aurois adoptées, et avec la confiance qu'on avoit en moi, je # ne sais s'il m'eût été impossible de faire oublier au Peuple , pendant le cours au moins de mon administra-

lion, ses vœux encore r.écenssur les Etats- Généraux ou les Assemblées Nationales.

* Mais j'avois considéré que l'appel des Représentai de laNatioœiutour du Trône, étant une grande pensée du cœur et de l'esprit y il ne falloit pas , en voulant l'accomplir, avilir tous les caractères -, je croyois, <au contraire, qu'un sentiment d'élévation étoit le plus séant dans une noble entreprise, et qu on devoit le soigner et l'entretenir.

Je croyois aussi qu'à l'époque d'une convocation au nom de la Patrie, al'époque d'un rassemblement inspiré par le bien public , les liens de confiance et de fraternité prenoient une nouvelle force 5 je croyois surtout que la rëconnoissance adoucissoit les ames , et que la plus généreuse action du Monarque ne lui vaudrait qu'un renouvellement d'affection 5 j'aurois rougi d'imaginer que l'esclavage alloit mieux à l'amour que la liberté 5 mais l'erreur que j'ai commise avec toute la France, c'est de n'avoir pas prévu que dans ce siècle de philosophie, les svstèmcs et les abstractions , ces idoles de l'esprit, obtiendraient Je premier hom-

mage et feroient oublier tous les aiitrcs cultes.

je me Contentai donc, avec les-Ministres du Roi , d écrira aux hommes en autorité dans les Provinces, de diriger, selon leur .pouvoir , le choix du Peuple vers les gens de bien; etnousnous bornâmes àseconder l'effet de recommandation du Roi même , tôntenue en ces termes dans sa lettre 4e convocation des Etats- Généraux :

« Sa Majesté attend sur-tout que la voix » de la conscience sera seule écoutée daus j> le choix des députés aux Etats-Généraux^ j> elle exhorte les Electeurs à se rappelex J> que ks hommes d'un espritsage méritent » la préférence: , et que par un heureux a> accord de la morale et de la politique s » il est rare que dans les affaires publiques » et nationales , les plus honnêtes gens ne * soient aussi les plus habiles ».

On rira peut-être aujourd'hui de cet axiome , et l'on croira lire les fables du bon vieux temps : attendez cependant , pour fixer vqtre jugement , attendez le moment oii se montrera , où se déploiera daus vos

( *39 t un homme supérieur en tous les sens, un homme qui , doué d'un talent distingué , y réunira toute la vigueur de la vertu, toute larectitude d'un sain jugement , et vous verrez si la morale lui sera de trop | vous verrez s'il ne paroîtra pas alors plus haut que vos plus grands > et s'il ne ralliera pas autour de lui tous vos nombreux soldats de nouvelle levée.

Je dois répondre encore à une objection 5 mais auparavant , j'ai besoin peut-être de m'excuser auprès du parti victorieux , de l'attention que je donne aux reproches de ses antagonistes. Ne sont-ils pas soumis , entends-je dire, n'avons nous pas répandu par-tout la lumière, n'avons- nous pas nos torrespondans, nos feuilles journalières qui dictent des loix à l'opinion , et qui, selon notre détermination , agitent les esprits , échauffent les passions dans le degré précis où nous le croyons nécessaire ? Les uns parmi nous commandent à l'Orient , les autres à l'Occident 5 les uns ont le langage qui convient aux fyabitans de la plaine , Us autres

celui qu'exige la rudesse des montagnards:

tout est bien arrangés et d'un bout du Royaume à l'autre, à chaque jour de poste," on sait exactement ce que l'on doit sentir, ce que Ton doit penser : vous l'avez éprouvé vous-mêmes quand vous avez passé à^Vesoul , à Arcis-sur-Aube, une demi-page d'écriture a suffi pour expliquer l'accueil qu'on devoit vous y faire. Je vois bien, en effet, que toutes les précautions sont prises pour diriger la foi du peuple de France 5 mais il faut quelque chose de plus et pour l'Europe et pour la postérité. C'est déjà dans l'éloignement qu'on juge le "mieux de nos affaires et de nos disputes 5 les idées y arrivent affranchies et comme épurées de la première effervescence des passionsj et non-seulement l'on y sépare la vérité du mensonge > mais encore de toutes ses affiliations, le déguisement, les réticences, l'exagération etlacharlatanerie. Onse place au milieu des opinions extrêmes, et l'on est ainsi plus près des deux partis qu'ils ne le sont l'un de l'autre. Il y aura donc bientôt devant l'auguste tribunal de la raison, un

examen

examen sévère qui dirigera les tems à venir dans leurs jugemens immuables sur les hommes du tems présent j & c'est pour y obtenir droit, que ne voulant mêler ma cause avec celle de personne , je ne puis négliger de répondre aux reproches des différens partis.

Voici donc la nouvelle objection que

j'ai annoncée.

Il falloit, en se refusant aux moyens de

corruption, ou en les croyant impraticables, chercher du moins à en imposer au nom du Roi $ il falloit montrer plus d'énergie; il falloit, dès les premiers troubles qui se sont manifestés , en arrêter les progrès par les mesures les plus vigoureuses , & courir hardiment la chance de

tous les événemens possibles.

Mais s'est-on bien trouvé d'un système

de ce genre , au mois de juillet 1 789 ? & depuis cette époque, avec la défection des troupes & l'armement général du royau- / me, la chance étoit-elle devenue plus favorable ?

• Il me semble qu'on eût pu demander à ceuxquise sont toujours montrés parti-

sans des résolutionsextrêmes,&quineredoutoient pas même les malheurs de la guerre civile , il me semble qu'on eût pu leur demander de vouloir bien accompa- , gner leurs reproches & leurs conseils d'urt plan de campagne approprié du moins à Fune des circonstances dans lesquelles le Roi s'esttrouvé } ce ne seroitpas tropexiger de ceux qui parlent avec dédain des dispositions de sagesse & de prudence adoptées parle gouvernement, & qui regrettent,mais toujours d'une manière générale,les partis de force & de rigueur. La discussion sur les affaires publiques deviendrait purement idéale & scholastique,sion laséparoit de l'appréciation des . moyens d'exécution } & c'est ainsi , malheureusement , qu'au bout d'un certain tems, il ne reste souvent d'une question politique que sa théorie , & le jugement qu'on en porte n'aplus d'application aux choses réelles.

On dirapeut-êtrequ'avantla révolution dumois dejuillet 1 789 & avant le tems où la marche de l'autorité royale a été circonscrite & par les circonstances & par

les décrets législatifs,il yavoiteu déjà des insurrections, & qu'alors un grand exemple en auroit imposé ; mais on ne peut en citer que deuxremarquabIes,Pune à Paris dans le faubourg S. Antoine, & quifut arrêtée avec célérité par le déploiement de la force militaire } Pautre à Marseille, 8c celle-là n'étoit pointune effervescence du moment; elle fut soutenue par la majeure partie des citoyens,elle tenoitàPesprit du tems , & je crois qu'on auroit risqué beaucoup en usant inconsidérément des moyens de violence, & en les préférant à la marche mésurée,qui rétablit le calme sans effufîonde sang.La chance d'unbouleversementdarisune ville aussi peuplée, aussi riche,aussi commerçante que celle de Marseille, dans une ville encore où les vapeurs meurtrières du Levant sontarrêtées,OÙ la peste est tenue comme prisonnière, dans une ville qui sert ainsi desauve-garde àtoutle rôyaume,une telle chance présente à l'imagination un danger fi grand,fi 'terrible^qu'il faut bénir encore , avec tous les honnêtes citoyens de Marseille,les sages dispositions qui Pont écar-

tée.Etsousle poids des plus tristes pensées j'ai le droit cependant de faire appercervoir que dans le cours inoui des é vénemens les plus inattendus, & au milieu de défiances & des agitations qui les ont précédés , suivis, accompagnés & à travers enfin tant d'orages, c'estla.prudence, la modération du Gouvernement, c'est la circonspection de sa marche, qui ont prévenu peut-être la subversion générale du Royaume. .

Enfin, & j'ai déjà mis sur la voie de cette., idée , j'avois vu de bonne heure les imaginations emportées par toutes sortes de projets , j'avois conçu de la défiance pour un pouvoir inconnu, qui, en maîtrisant toutes les opiniQns , enveloppoit d'un nuage sa marche & ses derniers desseins , & je fus amené à penser que l'attachement de la Nation à la personne dtf Roi , ce sentiment si précieux dans tous les tems , pouvoit encore devenir l'appui de la Royauté. Guidé par une réflexion dont l'application sans doute me paroissoit à moi-même infiniment incertaine, mais dont la gravité fixoit mon attention , j e mis un nouvel in térê t aux mé-

nagemens & aux actes de modération propres à conserver au Roi l'affection de ses peuples.

C'est , comme je Paidit , pour répondre aux reproches de tous les partis, que je me suis arrêté à développer les inconvéniens attachés aux moyens de'corruption & à l'usage inconlîdéré delaforce. Onme demandera peut-être pourquoi je n r ai pas mis au moins plus de suite, à gagner, par des soins &par des manières, les hommes le plus en crédit dans les Communes ?

Je n'ai jamais manqué à aucun dès égards qu'ils avoient droit d^attendre , & je les ai prévenus par tous les genres d'attention & de politesse que la multitude de mes occupations me permettait } mais il eût fallu déposer toute espèce de fierté, pour se plier sans réserve à leur joug 8c à ses formes. Plusieurs ont montré de bonne heure qu'ils aimoient, par-dessus tout, le commandement &le ton d'auto- , rité. Rien de ce qui étoit accordé ne leur convenoit $ rien de ce qui étoit volontaire de la part dn Gouvernement ne s'allioit à leurs vues ) ils vouloient en-

leyer les choses données f & conquérir les biens obtenus. La sensibilité , la reconnoissance , & toutes les affections douces, ou leur étoient étrangères , ou leur paroissoient indignes d'une grande politique. Et comme* j'ai toujours eu Famé ouverte à ces émotions , nous ne pouvions guère aller ensemble.

Je ne sais dans lequel de mes discours à l'Assemblée Nationale , ma voix se ressentit au moment de l'oppression démon ame. Ha, il est sensible , dit alors ùu des Députés les plus marquans dans- le parti, il n'est donc pas homme (F Etat $ Quel axiome , en le considérant d'une manière générale ! Il seroit plus juste de dire , qu'en administration comme dans toutes les affaires publiques , la sécheresse du cœur amène ou entretient la stérilité des idées; c'est un sens du moins qui manque à l'esprit, & c'est le plus pénétrant, le plus secourable de tous.

Il est encore un point sur lequel je ne pouvois m'accorder avec ces Messieurs j ils ont trop montré que pour arriver à un but , les moyens leur étoient indiffér ens j

& moi, je crois qu'il est toujours un chemin honorable , propre à nous conduire vers ùn terme digne de nos souhaits , & que fût-il plus long, il faut le préférer j car des nos premiers pas on se fait une idée de nos vues ; et dans aucune entreprise , rien ne reçoit son complément sans l'accompagnement de ce beau moral, quiattirele respect & la confiance. Aussi dè quelle force , de quelle violence n'a-t-on pas eu besoin dans la marche qu'on a suivie ! quel odieux , quel abominable usage n'a-t-on pas été obligé de faire de la terreur & de l'épouvante ! surtout à quelles espèces d'hommes n'a-t-on pas été contraint de s'unir! & de quels spectres , de quels fantômes hideux n'at-on pas environné le berceau de la Liberté! ce berceau que les mains paternelles du meilleur des Rois avoient préparé avec une affection si généreuse !

Hélas ! avec tant d'avances , il n'eût fallu peut-être que des vertus pour achever l'entreprise ! Quels moyens on a préférés !

tandis qu'avecun peu deretenue dans ses Systèmes, avecun peu d'égards envers les

opprimés ? arec un peu de ménagement pour les antiques opinions, sur-tout avec un peu d'amour & de bonté , c'est par des liens de soie qu'on eût conduit au bonheur toute laFrance. J'ai vu toujours une confédération entre la force & l'habileté, jamais entre les hautes pensées &:

les généreux sentimens; voilà pourquoi je n'ai pu m' unir de goût , de rapport 4fe d'inclination avec les chefs du parti populaire ; & comme bientôt il est entré dans leur politique de m'attaquer de toutes leurs armes , & le nombre en est grand , je n'aurois pu , sans avilissement, chercher d'aucune manière à les ramener» ' à moi ; & peut-être que pour certains carractères , c'est un hommage de plus à la Liberté , une preuve d'amour constant , que d'y rester également fidèle 9 nonobstant la rudesse & l'âpre té des manières de ses nouveaux Chevaliers.

' Mais qaand jè parle ici des principaux ■ ' conducteurs de l'Assemblée Nationale, je crois devoir rendre un témoignage public à ce grand nombre de Députés dont les sentimens civiques sont accompagnés des

qualités moraleslesplus estimables , il ne leur a manqué peut-être qu'une voix plus sonore, ou une confiance plus grande dans leurs intentions & dans leurs moyens.

C'est avec eux que je me serois accordé , c'est avec eux que j'aurois assuré le bonheur & la liberté y sans les secousses &les désordres de l'anarchie , & sur-tout sans aucun appareil de férocité , sans clameurs de haro , sans torches incendiaires 7 sans haches & sans coupe-têtes.

Il eût fallu , pour mettre en action les bons élémens répandus dans 1' Assemblée > que l'éloquence de la vertu y eût été plus souvent entendue. C'est aussi bien rarement qu'on y a vu paroître avec supériorité, celle qui appartient à la fensibilité de l'ame & à l'élévation du caractère. Il sejnble au premier coup d'œil , que l'éloquence du raisonnement soit la seule qui convienne aux affaires publiques , & l'on est disposé à confidérer les autres langages comme autant de séductions dont il faut concevoir de la défiance ; mais le raisonnement, à mefiire qu'il s'éiend Se §g complique ? ne doit pas tou*

jours ses triomphes à la vérité ; souvent

la fatigue ou la croyance implicite lui valent des esclaves ; au lieu que les hommes les plus médiocres o^t la faculté de juger, sans effort & comme par instinct, de tout ce qui est sensible , & même de tout ce qui est grand. On les trompe donc aisément lorsqu'on leur tient un langage qu'ils ne peuvent pas accorder avec leur sentiment intérieur , & dont ils ne peuvent pas faire l'épreuve sur cette pierre de touche qu'ils ont reçue des mains de la nature.

Je me poursuis moi-même , & je cherche quelle partie de ma conduite publique* je dois encore expliquer. Je me souviens d'avoir entendu dire que mes opinions politiques n'avoient pas eu une couleur assezdistincte , mais onne peut pas deman- , der à un Ministre de les marquer d'une manière aussi prononcée qu'un chef de ^ parti j car il lui importe de ne s'avancer - que dans la mefure de ses moyens & de son influence , afin de ne pas discréditer le gouvernement dont il fait partie. L'on doit remarquer aussi que dans les dia6en-

sions civiles, ce sont toujours les combinaisons du côté fort qui paroissent avec le plus d'évidence,parce que lui seul a pu lier constamment à ses projets , l'action & le succès, ces deux enseignes marquantes de la pensée. Mais un Ministre , soumis & à la suprématie des volontés du Monarque, 8c à celle des anciennes loix, & à celle des événemens , ne peut jamais donner pour unique mobile à toutes les démarches du gouvernement , son opinion première , celle qu'il a conçue dans le silence de ses méditations.

Cependant , après avoir lu cet ouvrage , qui retrace les principales, dispositions de mes deux Ministères , on appercevra distinctement la chaîne de mon administration politique. On verra surtout comment depuis mon rapport au conseil du 27 Décembre 1788 , époque où toutes les bases de la liberté constitutionnelle furent posées , j'ai toujours marché vers un môme but , vers un même ternie, l'objet constant de mes vœux, & qu'on pourroit décrire! par ce peu de paroles : Toute la liberté P qui dans

une grande monarchie , peut se concilier avec le maintien de l'ordre public. Toutes les concessions favorables .

au peuple , qui peuven t s'accorder avec la justice. Principes, l'un & l'autre d'une vaste étendue , & qui cependant sont contenus eux-mêmes dans deux idées plus grandes encore 9 la morale & le bonheur.

. En m'occupant de ces pensées comme philosophe , comme citoyen , comme ami de l'humanité , je n'ai point perdu de vue ce que devoir au Roi l'un des dépositaires de fa confiance : ainsi je n'ai jamais fait un pas en avant y sans avoir reçu ses ordres ; je n'ai jamais tenu le moindre discours qui ne pût se rapporter à ses intentions. Les obligations des Ministres se sont extrêmement simplifiées depuis qu'ils font devenus uniquement refponsables envers la .Nation , depuis qu'ils ont été réduits à la qualité d'agens de l'Assemblée :

mais auparavant > leur devoirs étoient plus composés j & par cette raison il eût été hors de mon pouvoir ? au commence-

ment de mon administration, de décrire à l'avance, & d'un seul jet, mon projet de route. J'ai bien été constamment sur une même ligne; mais, dans ma pofition, elle ne pouvoit pas être la plus courte entre deux points. On ne demande point à un ingénieur de tracer un chemin à travers les roches & les précipices ; l'on trouve bon, l'on trouve sage qu'il tourne autour des coteaux & des vallons , ou pour rendre les voies plus sûres , ou pour calmer seulement les alarmes des voyageurs. ...

Une assemblée représentative peut seule marcher grandement & spacieusement : image du vœu national , tout est de son domaine, & forte de ce vœu, tout est de son empire. Ainfi , tant que l'opinion ne s'élève ppint contre elle, elle peut promener son immense rouleau sur les hommes & sur les choses, sans être arrêtée par aucune confidération.

Elle offre pour consolation des froissemens qu'elle occafionne , la généra- « lité de ces froissetaens ; & c'est à elle

i seule qu'appartient h triste Se fingulier

privilège de diminuer le mal en l'agrandissaSit.

Il est une seule disposition essentielle sur laquelle mon opinion particulière n'a pu paroitre d'une manière^ marquante j je veux parler de la constitution des assemblées nationales en une ou en plufieurs chambres. Le maintien de la première division en trois chambres i étoit manifestement impossible.

La nécessité d'une réunion de quatre volontés différentes pour la confection des loix nationales , déraisonnables en soi, dans tous les temps, le paroissoit encore davantage à une époque où tant d'abus se présentoient à réformer, & où il devenoit fi pressant de faire route , à une époque où une longue suite de malheurs avoit répandupar-tout une lumière nouvelle , & avoit établi sur des bases indestructibles le règne absolu de l'opinion publique.

Ce fut une grande faute de la part des deux premiers ordres, de n'avoir pas àpperçu, de n'avoir pas voulu voir de bonne

heure, qu'une Assemblée Nationale constituée d'une manière à-peu-près semblable à celle de l'Angleterre , étoit ce qu'ils pouvoient attendre de plus favorable au f milieu du mouvement des efprits, & près des forces croissantes du parti des Com* munes. Cette composition, dont ils rejetèrent si loin l'idée lorsqu'on leur en fit l'ouverture, ils l'ont regrettée peut-être quand ils n'étoit plus tems. Il est rare que les hommes réunis en grand nombre , agissent par prévoyance ; leur fentiment commun , celui qui les entraîne , naît de leurs souvenirs, & ils ne peuvent jamais être régis avec force par la multitude des perceptions nécessaires pour le calcul ou le préfage de l'avenir. Le Roi lui-même avoit de l'éloignement pour la Constitution d'Angleterre , & pour tout ce qui pouvoit y ressembler ; fans doute qu'il la trouvoit trop distante des principes & des idées d'habitude. Les tems font bien changés !

Cependant , ainfî que je l'ai dit , le Roi , en fixant son attention sur l'organi-

totion future des États-Généraux, auroit

parlé pour la première fois de deuxcliam-* bres à V Assemblée Nationale • si Sa Majestéavoit adopté le projet que je mis sous ses yeux au mois de juin 1 789. Lesévénemens du mois de juillet ayant beaucoup changé la situation des affaires , j'aurois pu reprendre la même idée à mon retour de Basle , & je le fis en conversation avec divers Députés : mais les Communes, à cette époque , ne songeoient qu'à tirer avantage des nouvelles circonstances^ & Jes dispositions politiques qu'elles auraient adoptées avec empressement dans d'autrestemps, neleur convenoientplus.

Il est permis de douter qu'elles aient eu raison de préférer pour tous les tems la conf- ' titution du Corps législatif en une seule & même Assemblép,il est permis de douter qu'ellesaienteu raison déparier avec tant de dédain de la Liberté anglaise ; car le jugement de toute l'Europe & le sentie ment profond de toute une Nation , heureuse & prospère par une Constitution à laquelle cent années d'expérience l'ont chaque jour attachée d'ayantage; ces considérations

fi Je rations méritoient , je le crois, cPêcrc approfondies plus long-tems; &c c'eft au nom de la Liberté qu'on eut pu les faire valoir, car, félon le cours desévènemens, la rapidité des réfolutions légiflatives pourvoit lui être un jour bien funefte.

Une circonftance mémorable fembloit fortifier cette réflexion. Ceft l'adoption de deux chambres ou deux fc étions par la Nation Américaine , par cette Nation qui a fondé fa liberté loin du tumulte de l'Europë, ~&enlifant, comme nous, dans l'hiftoiretlju monde, & dans les annales du cœu r humain .

Cependant, combien n'est pas plus daagereufe, dans un pays tel que la France, r attribution de la légiflation entière à un feul vote Se aune feule chambre ; combieki n'cft-elle pas plus dangereqfe dans un pays j ou la mobilité du caractère national rend la l circonfpe&ion du Légiflatcur fi nécefîàira;. dans un pays infiniment peuplé, & ou tous les hommes rapprochés lès uns des autres > font fufceptibles d'être^ emportés par une même impulsion; dans un pays où le mélange inévitable du plus grand luxe & dt

la j>îus grande pauvreté , entretiendra tou* v jout-sJe defir d'un changement <ie fituation; siaris un pays -encore qui n'efV pas , comme ^'Amérique ^uniquement agricole y mais oh -une grande, partierdu Peuple, dévouée aux travaux de manufactures, 8c aufervice des jridhes , fe trouve réunie en grande mafïè au •centre de iibf« ciÉea corruptrices ; dans uti jpays fur-twt *Jù la morale.& l'efprit relijgicpx vont eifdéclinaiit; Uc n'offrent plus <dç barrière faffî&nte aux grands écarts dés ipaffioris ; dans un pays enfin , où des 1 connexions hafcritddles avec les autres Etats, -pebvent amerterplus facilement des événe- «mensfavorafcgleSaïix révolutions intérieures! rJl faut à -xnr>'pai-eil Rdyaùme un Corps x Ifgiikrif : qui f mar c hc avec mdfure , 6c qui ?f*e jfetronipei jamais , afin rd'entretenir la jiUbandinationi par un fèntiménc continuel • de ïfefpëét' ; ^& iL3e\faàt fencbrfe davantage ?jforfqu où a ih^cpca&ion la dernière clafle ç du Peuple ^nforf^u'oh lui a doniaé des ©pi- 3 nions, fans avoir putai idemnef ïtesluhiières; 'car in fe trouve alota coiimYfït à lui pré-

même idée, 3c Ton n'eft plus libre cPadoptec les changemens que l'efprit confeille, Se que? les circonstances rendent fouvent néce£ faires/ " l> -, " J * c

Une feule chambre, je le crains . entrétiendra un foyer continuel d'agitation; on aura Pefpoir d'influer fur Tes délibérations, on.aùta l'efpoîr de les diriger , 5c 1 efpoirpfus dangereux, encore de les faire changer; on ne verra jamais qu'un feul point de forceSc de puHTance ; & tous les rnouvemens , tous les efforts fe dirigeront vers un tel cfetftre; Et fi Ton pouVoit pénétrer dans les myftèrcs du cœiir humain , on verroit que le'gtfut pour mite feule chambre tient beaucoup au délk dep'tenHre part a ^autorité qui î'enVi^ ronnera, à Cette autorité irrégulière, divifée en tousles fens, & dotit l la ; joaiffahee fe frcêie aif cîhà^me de la LitfërtS? Ce qti'fl f&iït irraihdre cependant pàr^ëffufi tout , dâris les fociétés^olitiques^c'efï^ 3cs ôpjlofitrions illégales , -de déHes qui trVyiiÇ

aucune Arrière fixe Se déterminée/ ToW

lfcs contre-poids , fans doute, rendent h maf che <i*iin Corps pbKtïque plus lente "<BC

plus circonfpe&c : mais qu'eft-ce que le temps dans les affaires du Royaume ? Les moyens de bien faire une fois affurés , il ne refte à fe garantir que du défordre ; voilà le grand ennemi des Conftitutions ; c'eft par leurs bafes qu'il les attaque, 6c il ébranle l'édifice en son entier.

Gn conçoit aifément comment à l'époque d'une grande révolution , les Députés appelés à renouveler à^la-fois les loix politiques , les loix civiles & les loix d'adminiftration y & ay<mt à remplir une tâche immenfe, | deyoient attacher un grand prix à l'unité des penfées & des . délibérations ; mais l'attribution perpétuelle "du Pouvoir légiflatif à une feule chambre , ne pouvoit être jfoumife aux mêmes confidératipns.

On a montré 4ç bonne heure le plus grand éloignèrent pour toutes Içs difpofitions dont lç premier mot étoit donné par d'autres Natiops , §c l'on ne peut fe le difligauler, la crainte de l'imitation , la peur des exemples ont régné conftamment dans Y Aflemblce Nationale, & la paflion des nou- VC" : "^v r - Paru trop dominante * pour être

abfolument exempte de foiblefle ; cette pa£ (ion cependant , dans un monde fi vieux , cft quelquefois un fentiment dangereux , fur- tout quand on l'applique aux chofcs d'ufage depuis fi long-tems, telle que la morale, la légiflation , Padminiftration 6c la politique.

On a bien de la peine à pardonner aux architectes des falles de fpc&acle, de nous mettre fouvent mal à Taife pour éviter de marcher fur les traces des autres artiftes. II y auroit bien plus de reproches à faire aux architectes d'une Société politique , fi pour fuir également toutes les reflemblances,ils nous privoient des avantages attachés aux principes de gouvernement les plus connus & les mieux éprouvés.

La faculté laiflee au Roi de refufer fà fan&ion aux décrets légiflatifs 3 eft fans doute un droit de révifion falutaire ; mais il faut au moins que l'ufage de cette faculté foit entièrement libre; il faut que les Miniftres dont le Monarque s entoure, ne (bient pas fubjugués par le befoin fervile de faire preuve d'une déférence fans réferve à

toutes les penfées de F Alîcmblée Nationale ; il faut que leur exiftenec ne dépende pas de cette déférence ; il f aut fur-tout que les agitations populaires foient contenues 9 & que le Tronc çfc foit pas environné de terreurs; il faut enfin que le veto fufpenfif , ce moyen de réfiftance auiïî fage que modéré , ne foit pas un pouvoir fans appliçation. Mais pour 4 affurer à ce pouvoir Falliftance de l'opinion , il faut aufTi que le Monarque appelle dans fon Confeil les hommes les plus fages, les plus verrueux, les plus accrédités dans la Nation, 6c, s'il fe peut encore, les plusindépendans par leur fituation & leur cara&ère. Je ne fais s'il eft d'autre moyen de remédier en partie aux inconvéniens inféparables d'une Àflemblée légiflative compôfée d'un fcul Corps délibérant.

Le bien de FEcat exige encore, fous d'auttes.rapports , que lafandion foit libre, & réputée telle, non par aucune fi&ion , non pat aucune croyance fimulée, mais par Fafcendant à jamais inimitable de la vérité.

C cfl u ectre condition feule que la dignité du Monarque fera confervée, & qu'il ne fera

pas dans 1 avjliiïante néceffité db faire exécuter cequ il na point approuvé; c eft alors: aufli que la Nation pourra croire à l'alTo-:

ciation réelle des volontés du Prince aux volontés de TAfTemblée Nationale, & que Faftion du Pouvoir exécutif deviendra toutà-la-fois plus douce, plus facile & plus, efficace. ! •

' Je me laifle aller à mes pen fées : il fem-? bloit que la. Conftittition de 1! Aflemblée Nationale en une feule chambre , que tant; de pouvoirs réunis dans un fèul point de-.

Voient engager àrelever la majefté dviTrône, & qu'on le devoit, non-fciikjnent pouç fbutenir uhe forte déquilibrc* au milieu de t'Eut , mais au/G parce que le Roi , mis çrç regard d'une Àfïèmblée unique, fçtrouvqitj dans une forte d'ifolementquidcvôir affoi T blir graduellement le Pouvoir exécutif dont il éroit dépofitaire. Cependant TAf; femblée , loin d'aller dans k fet\s dç ces réflexions, a dépouillé le Chef de J'Empirç dç tous les attributs qui dévoient çatretcpip Tidée de fa haute élévation i fcçn mêmetemps elle Ta privé de tous, les» mç>yefisqi£

rompofent la domination nïoralc, la feule qui , d'une manière confia nte , commande le > refpe£t & captive l'obéiflance. On n'a laiflTé. âu Roi aucune influence , ni fur la nomma-r tion aux places de l'Eglifip, ni fur le choix des Juges , ni fur lechoixdesMagiftratsde police, ni fur le choix des Officiers Munici-*. paux , ni fur le choix de tous les AdminiftrateursdeDépartemens& de Diftrids, ni fur le choix desCommandans de la Garde Nationale , ni fur le choix des nouveaux furveillans de Tordre public , cette Gendarmerie qui doit remplacer la MaréchauflTée ; enfin les avancemens dans l'armée de terre & de mer , font fournis prefqûe entièrement à. des règles invariables ; &c comme (i c'étoit trop que d'avoir remis au Roi le foin de nommer aux places de finances , on lui a impofédernièrement l'obligation de prendre les nouveauuxRégifleurs des Portes parmi les Fermiers du Bail a&uel, & cette reftri&ion minutieufe a été déterminée par un décret légiflatif. Il eft poffible, fans, doute , que les choix en général foient auilî bien faits, en écartant toute influence à cce

égard, de la part du Gouvernement; mais un Roi qui ne peut rien, ne 11: obéi que par courtoific. Ce n'eft pas tout : on n'a pas laifle au Monarque le droit d'accorder le plus petit encouragement, la plus légère gratification,fans le confentement préalable de TAflemblée Nationale ; & le Rapporteur du Comité des penfions, qui dans ce me ment les règle toutes, fous l'approbation néceflai rement rapide de l'Alfcmblée Nationale , auroit plus de données pour être Roi de France, que le - defeendant de Hugues-Capet. Enfin, pour la dernière extinction de toute efpèce d'influence de la part du Chef delà Naiion , &pour dernière privation , la plus fenfible peut-être au cœur du Roi , l'Aflemblée Nationale s eft réfervée fans partage la diftribution des foulagemens que les calamités paflagères ou les malheurs particuliers des contribuables rendent (i fouvent néceflaires. Le Roi ne peut plus êtrebienfaifant &: compatiflant qu'en (ïmpleparticulier ; il ne lui eft plus permis de s'unir aux grandes vertus publiques; il faut que fon cœur s'en déshabitue,

il faut qu'il renonce aux plus douces jouiffancesde l'autorité; il lui cil encore, alloué de fixer par combien d'hommes armés il fouticndrales vengeancesou les punitions ; mais les bontés fe règlent fie £e répandent fans lui, ou du moins fans autre concours de fapart,que celui d'uncfan&iondeformalité.

Ce font de plus les divers Comités de PÀffemblée qui préparent, qui rédigent > qui déterminent tout, fit Padminiftration entière eft dans leurs mains ; car la Légiflation appliquée à tous les détails , c'eft le Gouver- • nement même. Il refte au Roi le choix de fes Miniftrcs , choix à temps , puifqu il dépend du mouvement des Clubs & des Cafés de Paris , & far-tout de la volonté de ceux qui dirigent ce mouvement. D'ailleurs, au milieu de fon Confeil , le Monarque n'a point d'influence décifive, puifque tous les Chefs de Départemcns peuvent refufer de fuivrefes volontés, en donnant pour motif de leur réfiftance la refponfabilité févère qui leur .eft impofée. Enfin , jufques dans la ville où il fait fa réfidence, julques dans le , palais qu'il habite , il eft fans autorité ; fa

ftrcté dépend des ordres qui font donnés par les Officiers municipaux ; il ne peuc influer far aucune difpofition d'ordre , fur aucune précaution de police; & de degrés en degrés , en defeendant jufqu'aux derniers échelons du pouvoir , s-'il demande* une repréfentation de marionnettes pour M. le Dauphin , il auroic befoin delà protection du Maire.

Jamais un Royaume n'a préfenté l'image • d'une pareille annihilation de l'autorité du Prince ; le Roi de France ou des François n'eft plus qu'un Secrétaire des commandemens de l'Aflèmblée Nationale, un Sergent d'office de fes volontés ; & c'eû une dérifion cruelle que de célébrer fans ceflè, comme on le fait encore tous les jours , le rehauflement de fa gloire «C le nouvel éclat de fon Trône. '

Le Gouvernement d'un pays peuplé d« vihgt-fix millions d'ames, & dominant fur ttne°étendue de vingt -cinq mille lieues quarrées , ÔC fur les plus importantes Colonies, ce Gouvernement eft aujourd'hui coropofe de tant de refibrts , que le- plus

petit effort populaire les brife ou les fait plier : voilà du moins ce qu'il faut avouer, en fe réfervant, fi Ton veut, de foutenirque c'eft le mieux poflible ; en fe réfervant de prouver , pendant que l'expérience eft encore muette , en fe réfervant de prouver qu'on n'a befoin , pour l'entretien de l'ordre, ni d'un centre à tant de parties, ni d'un haut Pouvoir exécutif, ni d'aucune afliftance de la majefté royale , de cette majefté impofante qui tout- à-* la-fois fubjugue l'obéi (Tance & la relève , de cette majefté qui , préfentant la grandeur nationale dans fa pureté , &, pour ainfl dire, dans un petit cercle de lumières, conferve de cette manière un grand empire fur les imaginations. Il n'en eft pas de même des Corps politiques ; ils peuvent bien foutenir l'éclat dévolu aux fondions Jégiflatives, parce que ces fondions ont un caractère d'abftradion qui ne s'ufe point; mais lorfqu'ils veulent y joindre une autorité adive , une autorité qui s'adrefTe aux perfonnes, on apperçoit alors diftindement qu'il leur manque un degré de confi-

dération ;•& cette infériorité doit être attri buée & à la parité réelle entre ceux qui commandent & ceux qui doivent obéir , & quelquefois auffi à la difeorde des élémens deftinés à compofer une Affemblée nomb/eufe.

I/Aflemblée Nationale a fûrement le fentiment confus de cette vérité ; car fi Ton prend garde aux nouvelles dont elle eft le plus fatisfaite , fi Ton examine attentivement ce qui la rend joyeufe , on verra que c'eft prefque toujours l'annonce d'un témoignage d'obéiflanec , ou d'une promefle de foumiflion. L'humilité lui plaît par - deffus tout , 8c il n'eft rien quelle n'oublie, rien qju'elle ne pardonne à- ce prix.

J'oferai le dire : la hiérarchie politise ( i )• établie par l'Aflèmblée Nationale , fcmbloit exiger plus qu'aucune autre or*

(i) Je me fers ici de ce mot de hiérarchie, quoique, d'après fon étym«Iogie , il foit uniquement applicable à l'ordre facré ; niais je me fournées à l'cxtcnfion que l'ufagc vient de lui donner.

<Jonnancc focîalc, Intervention efficace du Monarque. Cette augufte médiation pouvôît feule, peut-être, conferver ksdi£ tances èritrë tant de pouvoirs qui se rapprochent , entre tant d'élus à titres pareils , entre tant de dignitaires égaux pair leur premier état , &c fi près encore les ims-dcs autres par la nature de leurs fondions £C la mobilité de leurs places ; elle (êule pbUvoit vivifier , en quelque manière , les gradations abftraites &c toutes conventionnelles qui doîveht compofer dorénavant Téchellé des fubordinations. ' ' l,f - J Je vois bien: % .-/<oiq

Des Aïfemblées primaires qui nommetlt un Corps Eieftoraî; Ji ' 1 '

Ce Corps Ele&oral qui choifit des Députés à î'Mèmbléé Nationale ; 1 • Cctté "AfFemblée xjui rcrfd des décrets^ & dem&rtdéf au Roi de les fanftionner i&S de les promulguera ,

Le Roi qyii les adreiïè aux Départe-

mens ,,. . • :i , v - v -*„ % \ . '..••• fc 'S

K Les ^ Départcmens: <^

aux Diftrids; - - h

, 'Les Diftri&s qui donnent désordres aux Municipalités ;

Les Municipalités qui , pour l'exécution de ces décrets, requièrent aû befoin l'affiftance des Gardes Nationales ;

Les^ïardes Nationales qui doivent contenir le Peuple ; . Le Peuple qui doit obéir.

- L'on apperçoit dans cette fucceflîon un ordre de numéros, auquel il n'y a rien k redire ; un , deux, trois, quatre, cinq , fix-, fept , huit , neuf, dix ; tout fe fuit, tout s'en- ' chaîne dans la perfedion : mais en gouvernement , mais en obéiflance , c'eft par là iiaifon, ceft par le rapport moral des dî£ -férentes autorités , que l'ordre général tà ■maintient. Le légiflateur auroic une fonction . trop aiféc, fi, pour opérer cette grande œuvre- politique , la foumiffion du grarid «nombre à la fagefle de quelques-uns , il lui fuffifoit de conjuguer le verbe commander * & de dire comme au collège , \t comman^ derai , tu commanderas , il commandera , -aous commanderons , &c. Ii faut néceflai repaient , pour établir une fabordination cftetj-

tive,& pour affurer le jeu de toutes les parties afcendantes et defcendantes , qu'il y ait entre toutes les fupériorités de convention , une gradation proportionnelle de confidération et de refped ; il faut de rang en rang une diftin&ion qui en imp%fe ; Se au fommet de ces gradations , il faut un pouvoir qui , par un mélange de réalité & d'imagination, influe par fon a&ion fur Penfemble de la hiérarchie policique, 6c qui

maintienne la férié des commandemens

• dans l'ordre fixé par le Légiflateur : mais affaiblir ce premier Pouvoir , mais en altérer Ja majefté & niveler en même tems tous les Jiommes , de telle manière que l'abftra&ion de la loi ne reçoive d'affiftance d'aucune idée accefToire , c'eft mettre la fubordinarrion en grand péril ; c'eft au moins lui laifler pour unique appui la crainte des punitions & l'exercice des vengeances; moyen imparfait, &c qui environne l'adminiftration de tous les appareils de la tyrannie.

11 n'eft point de pays où les diftin&ions d'état foient plus eiFacéesque fous le gouvernement defpptiquç des Califes deTOnent;

mais

( *73 ) < mais nulle parc auffi les châtimens ne font

plus rapides , plus févères & plus multipliés. Les chefs de la juftice & de l'adminiftration y ont une décoration qui suffit à tout ; c cft le cortège des Janiffaircs * des muets & des bourreaux.

Il eft remarquable encore que dans la Législation Françaife , il n'y aura pas feulement égalité par le genre d ele&ion émanant en entier du Peuple, égalité par le mélange de toutes les conditions, égalité par la fuppreffion de toutes les diftin&ions de naiflance , égalité par l'indifférence^ à toutes les fupériorités de fortune Se d'éducation ; il y aura de plus dans la Conftitution même des autorités , cette fingulière contrariété, que toutes elles iront, pour ainfi dire, du plus foible au plus fort. Je m'explique. Les Adminiftrateurs de Département , en défendant les droits ou les opinions de leurs commettans, auront unp grande force de réfiftance contre les décifions de PAflemblée Nationale ; mais ils auront peu d'autorité fur les Adminiftra»

tcurs de Diftrift, lorfque ceux-ci parleront

au nom d'intéreffés ferrés autour d eux , & réunis par un fentiment commun.

La même obfcrvation s'applique d'une manière encore plus marquante à tous les ordres que les Diftrich auront à donner aux Municipalités des grandes villes ; car cellesci fontcompofées d'hommes égaux aux Adminiftrateurs de Diftri&s y & fouvent leurs fupérieurs en lumières ,en éducation & en fortune: foutenus donc par l'amour-proprc, qui eft l'efFet ordinaire de ces avantages , ils ne feront pas flexibles aux commandcmens de leurs égaux de Diftrids ; ils pourront toujours leur oppofer , quand ils voudront leurs notions plus. éclairées, leurs notions certaines fur les convenances particulières de la cité dont ils réçiflent les intérêts ; Se fortifiés du vœu de leurs concitoyens, ils auront aifément le fentiment de leur puiffance.

Enfin , ces Officiers Municipaux en fonction pour deux ans ; Se n'ayant pas feulement le tems d'emprunter de leur place uneconfidération perfonnelle, ces Officiers paffagers , occupés cf être élus une fecondç

fois , & devant commander à leurs propres Ele&eurs , & à leurs Electeurs armés, fous le nom de Gardes Nationales , de fufils Se de bayonnettes, comment pourront- ils , avec lrurs feules écharpes ou leur bouton d'or, être aflurés d'une confiante obéiffance ? Je crois davantage à la dernière fubordination , celle du Peuple envers ces mêmes Gardes : cependant , fort de fon nombre , s'il vient à ne pas fe prêter à la diftin&ion fubtile de citoyens a£Ufs & non a&ifs , s'il croit que le syftême d'égalité ne doit pas finir à lui , il pourra bien fe montrer indocile dans les circonftances où il fera: . réveillé par les intérêts qui le touchent et fentiellement.

Il me femble que dans le fyftême adopté par l'Aflemblée, on auroit pu du moins aider la fubordination par des moyens simples , & qui n'auroient pas contrarié fes principes conftitutionnels.

On auroit pu , par exemple , ranger le choix des Adminiftrateurs du Département, avant la nomination des Adminiftrateurs de Diftri&s , & celle-ci avant 1*

Sx

nomination des Officiers Municipaux , afin que l'élite des citoyens fût toujours placée dans les Corps fupérieurs.

On auroit pu mettre une plus grande différence dans le nombre comparatif des perfonnes qui compofent les différens Corps en autorité , de augmenter le nombre des Adminiftrateurs de Département Se de Diftrlft, ou diminuer le nombre des Officiers Municipaux 6c des Notables des grandes villes. „

On auroit pu encore fortifier Pafcendant des Corps fupérieurs fur les inférieurs , en mettant une plus grande différence entre la durée des fondions de ceux qui doivent lescompofer.

On auroit pu auflî éloigner davantage l'époque de la rééligibilité des Adminiftrateurs fupérieurs , afin que le Corps dominant fût plus affranchi que les autres de la néceffité de carefler* la multitude. Et ces quatre circonftances , la qualité, le nombre, la durée & l'indépendance des Adminiftrateurs, auroient un pieu favorifé le maintien de Tordre & de la fubordination,

. Pajoiiterai , car l'amour du bien public Se la vérité feront toujours mes guides & mes feuls maîtres, j'ajouterai que des Gardes Nationales continuellement armées * &C choififfant elles-mêmes leurs Officiers 6c leurs Commandans, feront les Rois des Rois; & malgré les éminens fervices que plufieurs d'entre ces Corps refpe&ables ^ celui de Paris fur-tout, ont rendus en ces temps de difeorde, on ne peut s'empêcher d'appercevoir que le maintien continuel d'une pareille force au dernier échelon de la hiérarchie politique s'aecorderoit difficilement avec les principes généraux d'ordre & de fubordination.

' Enfin , P Aflemblée Nationale en fe bornant à appeler le Roi le Chef de PAdminiftration, le Chef du Pouvoir exécutif, a d'abord laiiïe dans une forte d'obfcurité le degré de fon autorité légale fur les Corps Adminiftratifs , & de plus elle n'a point fait connoître par quel moyen elle entendoic que le Roi fe fît obéir. Celui de la force armée n'exifte pas , puifque cette force ne doit être mue que par les Adminiftrateurs

des Départemens , des Diftri&s ou des Municipalités. Celui des menaces & des proméfies eft nul également entre les mains du Monarque, puifqu' il ne peut plus faire ni bien ni mal à perfonne. Le droit de deftituer les Corps défobéiflans n'eft pas remis au Pouvoir exécutif, ôc il préfenteroit des inconvéniens dans une Conftitution ou tous les Administrateurs font élus par le Peuple, fans aucune intervention de la part du Monarque. Le Roi ordonnera- t-il aux Tribunaux civils de juger les Corps Aminiftratifs en défobéiflance ? mais par quels moyens ©bligera-t-il ces Tribunaux à la foumiflion ? La Conftitution d'ailleurs ne leur donne pas ce genre de fupériorité furies Corps Admiuiftratifs,& quand ils Tauroient, cinq ou fix Juges nommés par le Peuple oferoienc-ils fevir contre une Adminiftration donç la défobéi fiance paroîtroit s'accorder avec les intérêts de leurs Ele&eurs à tous ? Eft- ce enfin à l'examen de la Haute-Cour Nationale que de pareilles forfaitures pourront être fouroifes ? Mais à cette Cour , c'eft le Corps Légiflatif fcul qui doit porter des

dénonciations ; il ne refte donc au Roi que îc pouvoir aceufatif auprès de l'Aflcmbléc Nationale. Quelle fon£tion ! & fi cette Aflembléc , comme on doit le penfer , n'eft pas toujours féante, le Roi fera réduit à faire des notes pendant les vacances, pour en rendre compte au Corps Légiflatif , lor(qu'il fe réunira de nouveau. Une telle obligation de la part du Monarque, eftlaplus dégradante, laplus incompatible avec toute efpèce de dignité qu'il foit poflible de concevoir ; aceufateur pendant fix mois, efpioti pendant fix autres , le Monarque ne feroit diftrait de ces deux honorables fondions, que par l'exécution des vengeance* dont l'Aiïembléclui délivreroit le mandat. Jevoudrois découvrir le moment oiiil lui fera poffible de faire quelque chofe pour être aimé, je ne le trouve pas. Il faudra, s'il eft permis de s'expliquer ainfi, il faudra qu'il vive de fes anciennes provifiotis , & toute nouvelle moiflbn lui eft pour toujours interdite: ainsi dans le temps qu'on grofîit de diverfes manières les moyens de réfiftance ; dans le temps que ces réfiftances vont de degrés en

degrés , toujours en croîffant , c'eft à diminuer l'autorité du Chef de l'Empire , c eft à l'avilir , c'cft à ternir enfin la majefté du. Trône que Ton paroît s'être appliqué ; & je cherche en vain dans cet enfcmble la fageiïe & l'étendue des vues qui doivent appartenir à des Légiflateurs ( i ).

(i) Ce paragraphe & mon ouvrage entier étoienc Achevés , lorfque j'ai eu connoiflance du dernier décret de l'Aflemblée Nationale fur Jes Corps adminiitratifs. On y donne au Roi la faculté de fufpendre les fondions d'un Directoire de Département i en défobéhTance formelle 5 mais dans le même temps , on autorife ce Directoire à avertir la Légiflature des ordres qui feroient tranfmis au nom du Roi , & qui lui paroîtroient contraires aux loix 2 ainfi, fur une fimple opinion d'un Directoire, il y aur* fur le champ une conteflation ouverte par-devant la Légiflature , entre le Minière refponfable , mais parlant au nom du Roi, & un Directoire de Département; & peutêtre que le Miniftrc du Monarque fera mandé à la barre pour juftirier les motifs de fa conduite, & entrer en plaidoyer avec un ou plufieurs Membres du Directoire. Croiton de bonne-foi , qu'à moins d'une forfaiture plus qu'évidente de la part de ces Adminiftratcurs , le Minière veuille s expofer à une pareille fcène , & compromettre en même temps la dignité du Roi.

Ce n eft pas tout : il pourra tien à fes périls & rifques , fufpendre de leurs fondions les Aminiftrateurs compofanc Uû Directoire $ mais comme le mouvement de toute la

Je vois bien les diverfes particularités qui ont pu détourner leur attention des confidé-

machine intérieure répofe far eux , il faudra qu'auparavant le Miniftrc s'affurc de la difpofition d'autres Membres du Département àsremplacer ces Adminiftrateurs ; & à défaut de leur bonne volonté , il devra faire la même enquête auprès des perfonnes qui forment les Diitricts voifins : miis , qui voudroit fc prêter à cette million paflagere, fur l'encouragement d'un Miniftre dont on ne peut rien attendre, & fur la périlleufe fauve-garde d'un fimple controverfifte à l'AiTemblée Nationale? A peine pourroit-il efpérer une pareille complaifance de la part de fes commis.

Je demande enfuite comment le Miniftrc aura connoiffanec exactement des abus de pouvoirs & jdes négligences répréhenfiblcs dont les Directoires fe rendront coupables, puifque dans chaque Département, ces mêmes* Directoires feront les feuls correfpondans habituels. Le Comité de Conftitution , dans fon nouveau projet de décret , a fait ce qu'il pouvoit, en partant des anciens erremens; mais dans fes efforts pour élever une autorité active, tout fc reffent nécefTairement du mauvais fonds fur lequel il cft obligé de bâtir. On aura beau chercher, il n'y a que trois moyens d'afTurcr une telle autorité ; ou le pouvoir confiant & bien connu de récompenfer & de punir de la part de ceux qui commandent , & les idées de crainte & d'cfpérance dont ils peuvent faire ufage fans aucune forfanterie i ou l'habitude continuelle du refpect envers eux , entretenue par l 'éclat de leur place , & fur-tout par la majefté impofante du Monarque, dont ils font les organes ; ou la voie coe'rcitive en définitif, par une difpofition quelconque de la force armée. Aucun de ces moyens n'a été ménagé

rations générales ; maisilneconvenoît pas aux fondateurs d'une conftitution politique,

au Gouvernement , & c'eft uniquement par forme d'ace ufation auprès du Corps légiflatif, qu'il peut agir efficacement.

Cependant , par une contradiction fingulière , les Miniftres placés dans un pareil état de foibleiîe , ne font pas moins menacés habituellement de toutes les confequences de la plus févere refponfabilité. C'eft fans doute par politefle qu'après leur avoir lié les pieds & les mains , on leur parle encore des écarts auxquels il pourroient fe livrer, & qu'on en paroit inquiet. Difons férieufement que ce n'eft pas de ce qu'ils feront , mais de ce qu'ils n'oferont pas faire , qu'il faudroit aujourd'hui s'occuper ; car leur foiblefTc cft bien plus à craindre que leur courage.

Une refponfabilité contre l'action des Miniftres importoit fans doute à la liberté publique ; mais une refponfabilité ■contre leur inaction devenoit nécetfaire au maintien de l'ordre focial.

Le Légiflatcur devoit fe placer , en quelque manière , entre ces deux points de vues , au centre de ces deux termes , & ne jamais s'ôter la faculté de fe mouvoir & vers Tan &vers l'autre 5 mais de bonne heure il s'eft embarraile dans fes propres liens , & il ne peut plus détacher aujourd'hui du code abfolu de la liberté , ce qu'il faut aux loir d'ordre & de fubordination. On eût dit qu'il avoit compofé Con ouvrage à fon retour d'Alger ou de Maroc , & que Peffirit rempli des idées d'efclavage & de fervitude, il ne s'étoit pas apperçu du moment ou il étoit arrivé fur une terre «de liberté.

montrer les hommes du moment préfent; l'avenir, cet efpace immenfe devoit fur-tout arrêter leurs regards , & dans l'abo* lition univerfcllede foutes les fupi^maties, celle des temps du moins méritoit d'être confervée.

On cite toujours l'Angleterre , ou uri fimple Officier civil réufiit fans contrainte à fe faire obéir ; mais on ne veut pas voir que ce refpcâ: pour la loi eft un réfultat du bonheur public , & l'effet encore d'une longue' habitude ; qu'il cft auffi l'œuvre de la religion &c de la morale, ces deux principes en fi grand honneur en core chez une Nation qui comprend le bon fens dans fa philofophie. On oublie auffi d'obfcrver combien de circonftances relèvent en Angleterre l'autorité de la loi, & lui prêtent de la force; circonftances qui n'exiftent point dans la conftitutionfrançaife. Les Députésau Parlement reftent communément en fonction fept années , & cette permanence des mêmes Repréfentans ajoute à leur confidération.

L'AfTemblée légiflative eft divifée en deux

chambres, dont l'une eft formée des Pairs du royaume, les hommes les plus mârquans Par 1 étendue de leurs poiTeffions & par la digmte de leur rang ; & l> autrc eft compofée de citoyens dont l'éducation & l'attache.

jnentauxinterêtsdel'Etat/ontgarantispat 5 mC(ure lm P 0 "ante de propriété exigée ^ eux Pour être éligibles- Les Miniftres du £01 d Angleterre font tous Membres du Parlement, Lés uns, par" droit de naiiTance, ont rang dans la chambre haute; lesautres,

à mred élection, font Dépurés des Communes. Le Roi | ouit dans fa plénitude du

Pouvo." . & il eft fécondé dans

J exercicedecepouvoir,par les nominations de tout genre, dépendantes de fa préroça-

-, & par les diverfes grâces dont la 1 tubunonlm eftremife. Les Evêques , les Juges, JesSchériffi des Provinces, tous ceux

omdo.ventconcourirplusparticuiièrement aumamnendel'ordrepublic.fontchoifis par Je Monarque, & les autorités intermé-

& Iesmterets des vdles, nefont jamais confiées à des Adminiftrations collectives; enfin

aucune des nombrcufes réfiftanceSjOppofées en France à Pcxercice du Pouvoir exécutif , aucune des atténuations de la majefté du Trône , effet inévitable de nos nouvelles loix,n'exiftent en Angleterre. Le Peuple n'y eft pas non plus entretenu dans une a£lion continuelle , par cette diverfité d ele&ions qui lui font attribuées parmi nous, &qui lui rappellent encore à chaque inftant l'idée de fa puiflance. Les excès auffi dont les dernières claffes font rendues fufceptibles par la misère , ces excès font tempérés en Angleterre par les fecours immenfes provenant de la taxe des pauvres \ & la tranfportation dans les Colonies des hommes repris par la loi, éloigne du milieu de la fociété les cara&ères les plus dangereux»

Enfin, le Roi d'Angleterre a le droit impôfant de diiïbudre le Parlement, & d'ordonner de nouvelles élections. Il n'y a donc aucune comparaifon entre les moyens donc les deux Gouvcrnemens peuvent aujourd'hui faire ufage , pour maintenir Tordre public fans effort & fans aucune mefure extraordinaire; & cependant la France eft

quatre fois plus peuplée que l'Angleterre ÔC TEcofle enfemble.

Il faut le dire : nos Légiflateurs n'ont eonfervé que la momie du Pouvoir exécutif ; tout ce qui compofe fon action & fa vie lî'exifte plus. Cependant on ne reffufcitepas ce Pouvoir à fa volonté; car l'obéi (lance 8c le refped. tiennent en grande partie à une longue habitude ; & ce feroit une perte immcnfe , un malheur incalculable , que d'avoir à créer de nouveau ces fencimens par l'exercice des punitions, que d'avoir à les recommencer, pour ainfi dire, par la crai n te & par la terreur .Combien detroubles n'accompagneroient pas encore une telle entreprife ! Ellcauroitaujourd'hui,l'on peut en convenir , un caractère éminent de grandeur ; car , ainfi que la création du monde, elle auroit le chaos pour avant-coureur , On ne répliquera pas , je le penfe , à ces différentes obfcrvations, en foutenantque Tordre règne dès-à-préfent dans fe Royaume, Se en prononçant avec certitude que le temps & la paix intérieure achèveront de Taffermir. Mais d'abord,commencpour-

roit on dire que Tordre exifte , fi les plus grands excès fonc commis tantôt dans un lieu & cantôt dans un autre ; fi les alarmes fonr portées au point d'éloigner un grand nombre de citoyens , les uns de leur domicile ordinaire, & les autres du Royaume; fi les étrangers font découragés d'y venir; fi l'on regarde comme un événement d'avoir à le traverfer; fi le recouvrement des impôts eft fournis depuis long-tems à tous les genres de contrariétés ; fi le recouvrement des droits féodaux confervés, ne peut s'effectuer qu'en partie ; fi I on voit du péril dans les pourfuites ou les exécutions judiciaires ; fi les Départemens & les Municipalités s'entrechoquent; fi les Corps intermédiaires tantôt excèdent leurs^ouvoirs, 6c tantôt n'ofent pas les exercer dans leur étendue , &* fi les niouvemens du Peuple influent fur la légiflation même ? Enfin, comment peuton croire à Tcxiftence de cet ordre, lorfqu'on eft obligé de recourir fi fouvent à l'appui de la force armée ? On ne connoît cependant qu'une petite partie du dérangement des refTorts; les machiniftes garder

le filence fur tous les incidens quî ne font pas d'un genre éclatant; car ils ne veulent pas faire connoîtrcrimperfedUon de leur ouvrage; & les particuliers, dans l'impuif- •fance actuelle du Gouvernement, ne fauroient trop à qui dénoncer les a£les d'adminiftration dont ils auroient à fe plaindre.

Le Gouvernement ne peut en effet que recommander; iln'apluslemoyen derécompenfer ni de punir, 8c fes menaces ou fes promeffes auroient une teinte de ridicule.

• Je crains encore un effet fingulier de l'ordonnance poli tiqueétabliedansIeRoyaume; on verra peut-être un jour, & quelques pronoftics femble déjà l'annoncer, on verra que cette ordonnance politique, infuffifante pour la proteétion de l'ordre public , eft cependant propre à favorifer le defpptifme des Corps intermédiaires; car ils ne tarderont pas à remarquer que l'Affemblée Nationale , leur unique cenfeur redoutable , nefauroit, par fa Conftitution &au milieu de fes occupations nombreufes , étendre fon infpection au-dela des circonftances marquantes; ils appercevront encore que

! cette

cette Affemblée aura un grand: intérêt à les ménager , & ces deux confîdérations leurinfpireront infenfiblement une grande liberté dans leurs mouvemens : ils auront toute la confiance que donnent auprès des particuliers , l'approbation fousen tendued' un fupérieur qui n'eft point à ; craindre & la garantie apparente d'un fufryeillant dont les regards font diftraits.

. Ce ne feroit pas une recherche fans intérèt,que d'examiner fi le danger du defpptifme des autorités intermédiaires, & Jeur défaut de moyens pour maintenir Tordre public, deux circonftances qui fembleiit fe contrarier, ne dérivent pas cependantde la même caufe, du défaut de furveillancé oudeprédomination delà partduPouvoir fouvera^i ; & alors on feroit appelé peutêtre k réfoudteiîn autre doute ; c'eft fi les corps nombreux régiffant ^'autres autorités collectives , font . l'inftitution la plus parfaite, &s'iln'eft pas înieu^que l'agence „ foitfimpie , lorfquele premier moteur e(t .compofé, ou que l'agence foit cqmppféfti

Jorfque le premier ^oteur eft Ample* .

1 reviens encore à l'ordre public j c'eft aujourd'hui l'objet le plus digne d'attention; feiln'eftpas indifférent d'examiner iî dans la Conftitution préfente , l'avenir doit apporter des cliangemens favorables ou contraires àl'efprit defubordination.

Xi'on préfente, àl'appui de fesefpérances, -la perfpective de la ceffation des troubles politiques qui divifent aujourd'hui le B.oyaume 9 & cotte confidération eft gran- • dedans doute. Mais voyons auffi qu'un parti d'oppofaion, dont la forcen'eft pas fuffifante pour caufer des alarmes réelles, ' nefertqu'àréunirles fentimens delamaf- Te de la Nation. Voyons auffi que nous femmes à l'époque du paffage de IWre ancien à l'ordre nouveau , &quedansce moment de fatisfaction &d'efp<kance, les *nom& de patriotifme & de liberté rallient tous lesëfprits & tous les cœurs. Apperce- ^Tons de plusquel'oneft aujourd'hui, non pas feulement dans î'enthoufiafme des idées de Liberté ? mais encore aucommen- ^cernent des jouiffancèsque procure lepartagé dfe l'autorité } Sè au moyen des Eleeteurs,dés Elus & des Eligibles aux places

d'AdmiriiftTateursde département,d'Admiriiftrateurs de Diftrict, d'Officiers Murticipaux,deCommandans,deDéputés,de Juges, de Curés & d'Evêqucs: les diviGons & fubdivifious de ce partage font telles , que c'ef t une véri tabl e j ubila tion pour tous les amours-propres j &comme chaque diff émulation de l'autorité s'appelle un degré de liberté de plus, ces jouifïahces de Vanité peuvent être attachées à un fen riment public, &c'eft la perfection du bonheur. Mais înfenfiblement les rivalités naîtront,& les mécontentemens en feron t la fuite. L'égalité d'efpérances qui règne dans lespremierstems,& qui fertàréupir les efprits,lîe fe foutiendra pas de la même manière , & les prétentions bleffées deviendront peut-être un fujet de difcorde.On nepeut donc pas jugerencore 9 aveç cêrtitude, du réfultat de toutes les ambitions & de toutes les jaloufies que le npu*- • vel ordre des choses amènera. Ce ne fut

pas la première année de la mort d'Alexandre,qûe les co-partageans de fon Èmpire entrèrent en méfintelligence & en Querellé. : ' ' - ' 'fa' 1

tl eft une autre circonftance du moment qui , en occupant tous les efprjts dans le même fens , devient un principe d'union.

L'on eft tout entier à un grand objet d'intérêt , à la fpéculation que préfente ces biens immenfes, devenus le domaine delà Nation ; les uns y penfentafin de réalifer leur fortune , d^autres pour fe fauver des affignats,d'autrespour revendre avec profit ; & comme au-delà des prix d'eftimation • les Municipalités font admifes au partage du produit des ventes , chacun femble courir au butin , & tout le monde eft dif trait par cette cocagne.

Ënfin , perfonne n'ignore aujourd'hui qu'indépendamment de la hiérarchie politique è tablie dans 1 e Royaume , in dépendaminent de cet ordre oftenfîble,l'autoi ité de l'Affemblée Nationale ëft encore foùtenu par une grande affiliation liors de la loi , qui s'étend de Paris jufqu'au centre des Provinces, & jufqu'aux extrcmités du Royaume, affiliation dangereufe fous plufleurs rapports, mais qui veille ëiîicacemeht fur toute la partie de lafu-

bordination qui correspond à fes principes. 1

Les diverses circonstances que je vîens^ de rappellêr, ont toutes leurs degrés d'influence, mais aucune ne doit durer; & une fois passésjil n'y aura plus en chance que^ des événemens propres à augmenter les obstacles : telle fera 1' époque où l'on érigera la somme entière des impofition* „ nouvelles; telles seroient encore une année de disette, une guerre extérieure r ou ' quelque autre calamité hors de tëoïdçe commun.' « : "i- \

Il faut espérer que les lumières de Fë£pé~ rience amèneront insensiblement le& amendemens «desmodifications que Tordre public exigera ; mais en attendant, on est inquiet de la multitude de ressorts dont notre machine politique est composée . Que d'anneaux , que de chaînons:

dont il faut maintenir le fien I

On est étonné , on estaffligé de tous lesmoyens extraordinaires auxquels on ar recours aujourd'hui pour soutenir les diversesparties d'un système encore mal assis?

Is servent tous de reproches aux soins*

continuels qu'on a pfispour affoiblir le!

pouvoir exécutif.Il n'y a plus de force à, l'extrémité du balancier ; on le regrettera souventjcar il en faudra bien davantage 1 dans une autreplace ? pour mouvoir régulièrem^ntriinmense,la colossale machiné 4uRoyaume deFrance& de ses colonies.

~ jkhl quedumoinsily ait enfin une auto-> j?ité Suffisante pour empêcher la violation desplussaintsdevoirs de l'humanité! qu'il y en ait une pour mettre en sûreté l'honneur & la vie des hommes ! qu'il jr en ait line pour défendre l'innocence !qn'ilyeri> ait .une' sûr-tout pour arrêter ces horribles attentats, dont la ville d'Aix vient:

de /tonner un nouvel exemple! Nous en %viops assez capêndajit & pour notre malheur & pour notre honte. C'est' au milieu des gardiens de la loi que trois victimes j après tant d'autres , sont encore immolées àla puissance du Peuple. Vous cherchez en vain à détourner notre intérêt. y indignes écrivains qui nous parlez de ces assassinats avec une si grande > légèreté ; vils avocats du tigre , vous êtes plus barbares que -lui ? lorsque

Digi

vous racontez ses fureurs avec taiît de calme. C'est dans leur afyle donwïs^ique :

qu'on va chercher ces infortunés citoyensjon les arrache du fein de leur famille àé?\ salée, on les entraîne, avec d'infaiftefr, liens sur la place publique 5 & c'est avec un rafinement de cruauté qnal'qn t p*épa^ releur supplice, & que l'on çonfomme cette œuvre (f iniquité. Le matin ils avoient vu les rayons du jou* ^ }& voient ftins crainte r &- te l&fi, ilsçxpi-; rent sous la main homicide 4$ lçu*$ fr&r res y ils croy oient €[miU< vie étoit au nombre décevra, droits ils ne- tvùvr, vent aucun dé&>m?Vii[,% c'est; loin dçs r pleurs de leu*s enfant * <de leurs femmes > f de leurs* amis qu'on ; les immole $< c'est fans pouvoir jeter pr ^ï un. derniôr rcgatfd , ^fUl«. foatc^Vôués aù plus,a£freuxsaerificé ; aucun remords ne les y) prépara > : > aaicunfe :: «tes Goasol&tioàs ide la religion n^ Içiir esrt accordée ils font jetésrdans l'abîme, de là mort , .sansn autres acfcompagnemens qme les joies cri*minejles deJkui? bourrèaux. Ces idées, nié déchirent r je ne puis ra*y arrêter sârts horrojir. Quelles font pourtant ces victi-

ttiës ? Un viellard de quatre- vingt ans> Un ancien ma gistrat , un avocat célèbre, ojicien administrateur de la Provence, un homme distingué par fes écrits éloquens en faveur de la Liberté, mais il ne s'étoit pas élevé, dit-ron , à la hauteur de la révolufîon , & il a voit montré des regrets du moment dé ï'énfévelissement de Tancienfce Magistrature. Ah f fans doute , il faut bien trôliver des crimes' à-ceux qu'on • initie LCMtoit la fonction des La Feyma&<S#dês L tilbàrdémonts , cès derniers stippô't^dudéispbti^^. Maïs îloiisnëvéïi'sci^i^s pas, <juand vo^S Aous ^parlere^ ctes fautes de ceuXqtfoiï amis à mort sans las entendre; nous m vôus Croirons pas r loïsquervous pr^om^nftnt £tn*lëur liombe , vous les* afccufevez au morjiënto&iîs tifc peu^nt^plûs-vow^ôftdte^ cteïtoii lorsque te peuple vivoit SôttS ^oppression , qu'il était» beau de ^Wènîfee sàP déféiïse ' ; mais lorsqu'il est settl eii pôfcVmr , lorsqu'il est feul dominateur, il faut se retirer de la Cour du tyran, ou -fa voir y vivre fans adulati^'&ïdns flatterie. * <Qn ne le reconnoît plus , ce Peuple

autrefois doux& fensible; il devient aride de destructions, il est impatient de vengeances j St ce qui m'effraie le plus, il joint des mots de gaieté aux penfées les plus barbares , & fes chansons , comme celles dos Sauvages, fes chansons sont des cris de mort. Il n'est pas même retenu dans ses violences , par l'âge &: la réputation; & encore enfant d'Israël, en cela seul qu'il recherche des victimes fans tache, les pleurs du vieillard , le fang df> lMiomme innocent , ne font pas tressaillir ses maîns homicides. Nation que j'ai tant animée , que j'ai tant célébrée , qu'e«* les-vous devenue ? vous croyez que l'amour de la Liberté excufcT, honore tout?

mais je me connois autant que voué à ce noble fentiment , & j'ai toujours trouvé que dans sa pureté , il s'allioit plus qu'au-, cûn autre à la justice & à la générosité.

• Et vous Législateurs , qui avezïehvcrfé fans exception & les anciens appuis de l'ordre focial & les vieilles sauve-gardes dfc la sûçeté publique, & quî leur avez fubstitué un fystème de votre invention, une organifation de votre choix , c'est

tous qui devez répandre deslarmes , lorsque les loix fans pquvoir , l'autorité sans force , ne peuvent défendre la justice, & prêter fecoursà l'homme opprimé. C'est vous qui devez pleurer, lorsque vous* voyez

le peuple égaré , lorfque vous voyez les fuites de la nouvelle éducation qu'on lui donne, lorfque vous voyez les effets de ces dé tes tables écrits, reproche perpétuel à votre tolérance } car vous éprouverez qiiVn ne pçut pas réparer à fa volonté la première infiltration du lait d'une louve. C'est à vous encore à prendre le deuil pour chaque victime qui périt hors de la loi , sous le règne de votre toute-puissance j une seule goutte de sang % que la femme de Macbeth ne peut jamais effa*^ cer, l'empêcha de jouir des plaisirs, des grandeurs & des pompes du trône. Ah comment échapper à la plus douloureuse affliction, enconsidérant le triste & malheureux spectacle que présente aujour-^ d'hui la France ! Les places publiques,les r retraites domestiques entachées du sang des victimes d'u^t Peuple devenu le jouét " de toutes les passions : les prisons rem--

plies par les décisions nwstérieuses des Comités de police & d'inquifition 5 une classe nombreuse de citoyens réduite au désespoir , & qui s'enfuit toute entière en redoutant l'aveugle fureur des uns & les défiances des autres ; les étrangers effrayés, délaisser comme une terresauvage le Royaume le plus favorisé des dons de la nature ; les citoyens modérés & paisibles, ne cherchant qu'à se tenir dans Pômbre j les consciences alarmées, le schisme prêt à naître / cette multitude d'ouvriers qui portent leurs talens dans d'autres contrées , & la foule innombrable de ceux qui, retenus aux lieux de leur naissance , demandent à l'Etat un entretien que la circulation ordinaire des richesses & des consommations ne peut plus leur offrir. Âh.! comment se persuader, à l'aspect de tant de malheurs , qu'il n'y ait rien à redire aux dispositions polL tiques du Législateur ! Comment se persûader qifune liberté dont le monarque avoit posé les bases ? qu'un bien, reçu de lui, exigeoit pour sa conservation , une désplation si grande,un troubïesi général 1 /'

( 3oq )

„ Que des hommes , dont le cœur est abstrait , oul'afce desséchée, se câlinent surtous les mauxdontils sontles témoins* en se faisant raconter les funestes circonstances de toutes les révolutions de Finstoire ; ce genre de consolation , sans doute,; est inépuisable. Ils trouveront sûrement?

des calculateurs sanguinaires, qui, après:

avoir fait le compte de tous les crimes aprèsavoirsupputéjusqu'au'nombrede têtesportées en triomphe^aul^aut des lances ou des piques r & aprèsles avoir additionnées , démontreront peut-être, en résille tat^ que notre temps est souillépar mqitfs.

dç violences^ &que les anciennes révolu-; lions ont été signalées par un plus grand nombre d'attentats &: de forfaits.. Je ne les suivrai pas dans ces horribles compas raisons; mais je leur demanderai s'ils ont onblié qu'un siècle de lumièresnepeutres-.

sembler aux siècles d'ignorance y que ces.

lumières nous ayant valu la Liberté ,

nous sommes d'autant plus -coupables

d'être restés barbares daïis nos mœurs

dans nos sentimens ; je leur demanderai

sur-tout, en supposant qu'ils aient pris;.

( 3oi )

leuf s exemples dans l'histoire moderne , je leur demanderai où est aujourd'hui ce Philippe dont le règne sanguinaire avoit révolté tous les esprits , où est ce Duo d'Albe , qui , Ministre des volontés d'un pareil Monarque, vouloit soumettre les Flamands à toutes les horreurs de l'inquisition , & leur faisoit éprouver , avec la dureté la plus hautaine, tous les liens de l'asservissement & toutes les hontes de l'esclavage ; je leur demanderai encore , où est aujourd'hui cet Albert d'Autriche, dont le génie ambitieux & le caractère féroce avoient désolé l'Helvétie, & qui, voulant soumettre à un nouveau joug les fiers habitans de cette agreste contrée , les conduisit au désespoir par les rafïlneinens inventifs de son impitoyable cruauté? Oui, je le demande ànos calculateurs: où est aujourd'hui le tyran dont les départemens doivent servir d'excuse à des duretés d'aucun genre ? Je le cherche, & je ne vois qu'un Prince, exemple touchant de la plus parfaite bonté , un Prince dont les mœurs purês & la vie retirée serviraient de modèle à la conduite

( 3oè )

d'un particulier ; un Prince qui combattit toujours contre les conseils violens, & ne parut jamais céder avec une inclination personnelle , qu'aux projets de bienfaisance. Surtout je vois un Monarque , instruit par expérience de l'insuffisance de ses forces & de celles de tout homme seul , pour avancer au gré de ses vœux le bonheur de ses Peuples} je le vois rempli de cette idée , appeler à son aide les Représentans de la Nation ; je le vois se dépouiller d'une partie de l'autorité qui lui a été transmise par ses ancêtres, pour fonder de ses mains paternelles l'édifice de la Liberté ; & le jour de l'ohverture des Etats-Généraux, ce jour, au milieu des Députés de la Nation , & du haut de son Trône , le seul titre qu'il adopte, le seul qu'il se donne , c'est celui du premier ami de son Peuple.

, Voilàle langage de Sa Majesté, ouplutôt voilà ses vertus, & voilà ses bienfaits, leur plus fidelle image. Cependant on oublie ses dons pour ne parler que de conquête j on oublie ce qu'il a fait de grand dans Sa liberté, pour le tenir e^

• ( 3o3 ) dépendance ; on publie les sacrifices auxquels il a consenti dans sa puissance , pour lui en demander de nouveaux dajis •sa foiblesse j enfin , & cette feinte politique de la part d'une Nation loyale & généreuse, est ce qui me blesse le plus j on sait qu'il vit dans les alarmes , il y vit pour lui-même , il y vit pour une femme qu'il aime, & qui s'est attachée avec le plus noble courage & le plus sensible dévouement , aux événemens de sa vie; l'on connoît eijfin sa situation , &c l'on reçoit £on adhéfion à toutes les loix qu'on lui impose , comme la représentation exacte de ses sentimens & de ses pensées. *

Quel retour pour tant de confiance & pour tant d'abandon ! Eli quoi ! la générosité, cette vertu la plus belle de toutes, on la rejette aussi ; & cependant elle eût mieux rappellé qu'aucune autre l'ancien caractère desFrançois. Les étrangers Pattendoient la première de la jmrt d'une Assemblée qu'ils honoraient a l'avance comme l'image de la Nation entière.

Que dire encore , quel jugement porter

Digi

si utile et si générale. Il eût fallu la grave* sur les murs de la salle où les députés dchi France sont réunis ; elle eût été pour eux Un avertissement continuel, et une leçon falutaire ; elle eût servi du moins à bien interpréter, à bien circonscrire la première maxime de notre déclaration des droits.

Les mots d'égalité et de liberté font beauté par-tout; il n'est aucun philosophe f aucun écrivain qui ne s'en soit servi avec succès : mais la juste mesure des idées que ces mots représentent, leur exacte application ; leur assortissement régulier aœk circonstances dun pays et au caractère de ses habitans , leur sage combinaison avec les foiblesses et ks passions inhérentes à l'humanité, et leur accord sur-tout avec les préceptes de la morale , voilà l'œuvre difficile , voilà celle qui peut honorer des législateurs. II ne faut que de l'abandon pour porter les idées à leur extrême , et dans toutes les sciences , c'est la marche ordinaire des adolescens ; mais la force d'arrêt la plus rare et la plus pénible de ' toutes, n'appartient qu'à la vigueur de

Tâge. Il faut laisser faire au tems, qui en* fend tout cela mieux que les hommes dïm jour; c'est lui qui se charge de rectifier ce qu'ils ont arrangé dans la fervein; de leur noviciat ; mais il est permis de plaindre la génération qui doit leur servir de première étude.

C'est sur-tout dans ses systèmes d'égalité que l'assemblée nationale a montré, je le crois, de l'exagération. Les différences de propriété, cette grande source de jalousie, lui ayant paru inattaquables, c'est vers les distinctions honorifiques qu elle a dirigé ses instrumens de nivellement. L'expér rience nous apprendra fi ces abréviations familières, M. Condé, M. Conti, M. Capet, toutes ces qualifications nouvelles, toutes ces formes de Quakers , confacrées par les commandemens de l'assemblée nationale, le seront également par les resçript du tems. L'expérience nous apprendra si huit à neuf cens an$ d'illustrations* , l'héritage des Montmorençi et de plusieurs autres maisons , seront changés pour tour Jours en abstractions, et ne pourront plus

êtfe unis à aucun signe distinctif. L'expérience ndus apprendra si ces petites jalousies , si ces puérilités philosophiques seront adoptées par la postérité , et s'il valoit la peine d'offenser une si grande partie de la nation , pour letablifTement dune doctrine indifférente également et à la liberté et au bonheur.

je puis me tromper; mais il me semble que le génie des anglois s est montré supérieur au nôtre dans la composition de leur système d égalité ; les événemens sans doute l£s ont conduits à leur but ; msHS il est hors de mon sujet de m arrêter à cette distinction. Laissant donc aux législateurs anglois tout l'honneur de ce système d'égalité, je vois qu'ils ont rempli parfaite-»

ment les vues morales et politiques dont une si grande question prés entele tableau.

Ils ont senti que le monarque, dépositaire du pouvoir exécutif, et partie intégrante dans la législation, seroit trop fpible et trop isolé, si on le séparoit entièrement des élémens qui participent, à sa nature, et si on fe refusoit de l'environner d'un

«ta

côrps politique , composé d une clafle particulière de citoyens, et qui parut dans l'opinion le foutien ou l'accompagnement de la majesté du Trône. Ils ont encore fenti f ces vieux philofophes en politique et en morale , que l'on ne renversoit ni dans une séance du matin , ni dans une féance du foir, les opinions qui ont pris âge avec les fiècles, les opinions qui ont € déterminé ce rçfpect rendu, chez toutes les nations , aux races illuftrés par d'importans fcrvices envers l'état.

Les anglois cependant , dirigés par de grands principes , n'ont pas cru devoir permettre l'extension indéfinie des qualifications honorifiques , et encore moins leur chffémination , par toutes les divifions et fubdivifiona de titres en ufage autrefois en France * et qui introduisoiçnt dans 1?

fociété et dans les affaires une multitude de petites fupérioritçs, faurçes de tant dç vames prétentions i ,

Les anglois, remplis de ces différente?

confidérations , ont satisfait à toutes d'une manière grande» en raffemblant des distinctions honorifiques dans la feule chambre

des pairs , compoféc de deux à trois cens perforines. Ces diftinctions font héréditaires ; mais elles ne procurent pendant la vie des pères aucune prérogative , aucun titre à leurs enfans : ceux-ci (i) , confondus avec tous les autres citoyens , follicitent en concurrence avec eux auprès du peuple, l'honorable fonction de députés à la chambre des communes; et comme cette féconde fect ion du parlement eft infiniment fupérieure à la première en crédit et en confiftance, et qu'on y eft admis lans au*, cune acception de nom et de naîfiance, légalité réelle eft parfaitement établie.

L'orgueil Anglois , cet orgueil plus national et plus patriote que nos vanités métaphyfiques , cet orgueil n'est point of * fenfié de l'exiftence de deux à trois cens pairs héréditaires , deftinés , non pas à représenter une claffe particulière de citoyens mais à relever la majefté du trône , et à soutenir la prérogative royale , mai? à impri* mer encore aux loix nationales un carac-

(i) Les fils aînés de» premiers pairs feulement, onjt le titre de Lords, par courtoifie.

tère plus impofant , et dcflinés fur-tout à défendre la liberté conftitutionnelle contre les entreprifes du gouvernement, contre les égaremens du peuple, et, au befoin, contre les opinions variables d'un

corps repréfentatif amovible. La nation angloife s'eft peut-être méprife , mais elle a cru que Ion bonheur et le deflin de la patrie feroient en plus grande fureté, s'ils étoient confiés non-feuiement à des fur- * veillans de fon choix, mais encore à des gardiens dont les principes feroient garantis par un intérêt héréditaire au maintien de la conRitution et à la profpérité de l'état. - Si nous defeendons à de plus petites confidérations , et fi nous nous approchons des calculs de 1 amour-propre et de la vanité, nous verrons que la eti ambre des pairs , dont les membres sont qualifiés , relève l'éclat de celle qui lui eft affociée ; elle , devient , pour aiufi dire, la décoration et le ruban jdç la nation entière. Ceft toujouis par un point de comparaifon que les égards séiabliifent ; et l'on fe tromperoit peut-

être , fi Ton croyoit que la cordidération \ dont un fimple citoyen anglois jouit hors de sa patrie, tient uniquement à sa qualité d'homme libre ; on le voit encore 1 ,

sans y .réfléchir , comme un particulier sur la ligne des pairs du royaume , lesquels sont à leur tour sur la ligne de tout ce qu'il y a de plus grand en Europe ; et Ton peut être en doute fi cet anglios obscur , en apparence , n'atteindra pas 'lui-même à une pareille distinction. • , *

Un citoyen françois, dans la constitution nouvelle, n offrira pas le même afpect, car il ne paroi tra qu'une parcelle d'une immenfité monotone et dénuée de tous les reliefs qui frappent l'imagination. Ainfi , même en se bornantàdcs calculs defimple vanité, les communes de France atïroien't gagné davantage , en apportant quelque modification à leur fyftême deftructif de toute espèce de distinction. " • — ^ Il est remarquable que les ahgloté , pour

établir chez eux l'égalité , ont -élevé la grande partie de la nation , *- x et l'ont

placée au niveau de la petite ; et les

françois , pour aller au même but d égalité, ont abattu la petite partie , et l'ont placée au niveau de la grande : ainfî l'Angleterre a fait «on opération par exhauffement , la France par rabaiffement. La différence est importante pour la confidération extérieure et pour le bonheur.

Onauroit tort de mépriser ces réflexions* en les regardant comme fugitives ; ce sont Jes idées lesplusfines qui servent d'élémens à l'opinion , & qui la modifient insensiblement : auffi , dans les grandes sociétés , ces idées acquèrent fouvent plus d'empire , i mesure qu'elles se spiritualisent davantage ; elles échappent alors par leur ténuité même , et aux serres de l'argument , et à la nomination du raisonnement : on diroit

que4éfoiitivementréduites à une sorte d'atmosphère , elles agiffent sur l'opinion comme l'air sur les corps phyfiques , non par aucune force vifible , mais par contir nuitéet par insensible pénétration-

C'est à la liberté civile et politique , c'est à l'égalité du* bonheur qu'il faut tendre $ mais se former un système inexorable de l'exacte parité des rangs , mais poursuivre

les plus petites diftinctions avec le même defpotifme qui déterminoit Tarquinà cou^ per la tête de tous les pavots qui s'élevoient un peu au deflus des autres, ceft avoir une philofophie bien reftreinte, ou une idée bien étendue de la vanité générale.

Il y a plus de foiblefle à redouter toute efpèee de fupériorités conventionnelles , qua jouir avec complaifance de ces fortes d'avantages. D'ailleurs , ce neft point là la caufe du peuple ; on le trompe, quand on lui tient un langage contraire; la vanité eft un fentiment dont Faction eft nêceflairement circonscrite ; elle peut exiller entre les divers états de la société , qui , par leur rapprochement , ont vue les uns fur les autres : mais des dernières claffes aux plus hauts rangs , cette même vanité n'eut jamais d'application ; les différences de fortune et d'éducation feparent les hommes d'une manière bien plus marquante , & les sépareront tôt* jours , puisque ces diftinctions , les plus grandes de toutes , 30m dans Tordre inévitable des choses, - 1

r Nous ne prenons pas cependant fc une détermination indifférente , lorfque nous détruifons l'habitude 8c l'obligation * des égards ; car nous changeons les mœurs en même tems ; 8c telle nation peut-être qui , avec cette petite entrave , eût paru douce 8c fenfible , deviendrait rude 8c farouche au moment où elle en feroit abfolument affranchie. » ,

, C'eft encore un plan fingulier , que de vouloir allier à la dépravation du temps préfent, Se à la corruption d'une vielle monarchie, les proscriptions de noms, lies retranchemens de qualifications , 8c toutes les formes auftères qui ont befoin d'être unies à la fimplicité des mœurs des petites républiques , ou à la rigidité des principes de certaines fectes. Ce ne font pas dès pratiques forcées qui changent notre; nature, 8c avant de s egalifer par une .loi de contrainte , il eût fallu s'être rapproché par un fentiment moral , le feul Ikn qui foit de durée.

j On dit v 8c Vçfprh vient ici ^afecours du defir que l'on a de diffimuler fes fentimens fecrets ; on dit qu'on a détruit la

nobleffe héréditaire Se les titres honorifiques, afin d empêcher que ces diftino-; tions ne ramenaflent un jour au milieu de nous des privilèges réels : mais quand on s'alarme des prétentions , il ne faut pas augmenter leur force en les comprimante Empêchera-t-on d'ailleurs que les ufages de la fociété n entretiennent une tradition dont on voudroit envain interrompre le . cours ; &: fur les actes publics , le mot de ci" devant , que Ton ne peut proferire , ne confervera-t-il pas le type de ce qu'on

/ étoit ? Or , dans Feflence toute fpirituelle de la noblefie , ce qu'on étoit représentera toujours ce qu on eft ; car les fondations faites par l'opinion, font les feules indépendantes de l'empire du plus fort ; on vôudroit envaiii dominer l'imaginationau nom de la loi ; c'eft notre fens moral 1 ' le plus rebele , & Ton ne réuffiroit point dans cette entreprife.

Fùt-îl jamais , d'ailleurs , une circonstance <m les Supériorités de convention dûffent moins bîefferles vanités envieufes ,

qu'une époque auffi glorieufc pour tous les françaisi que celle où nous trouvons, une

époque où, par une conftitution libre , l'esprit , les talens Se le caractère .reprennent leur place , & peuvent effacer fi facilement toutes les autres diftinctions ? Voilà fansdoute la feule , la véritable manière d'atténuer 1 importance des qualifications & des titres; au lieu que celle dont on a fait choix, 1 annonce un fentiment de foiblelfe, indigne, d'être alfocié aux nobles Se généreufes penfées de la liberté.

Geft d ailleurs le plus petit de tous les pas vers l'égalité , que la fuppreffion des distinctions héréditaires : il faudroit , pour établir en réalité le fyftême de nivellement dont on eft fi jaloux, saflimiler les uns aux autres > non-feulement par la fortune , mais encore par l'éducation $ par cette culture dont la diverfité établit des différences de confidération , bien plus grandes encore que celles des noms.

Tous les hommes font égaux , tous les hommes font frères : eh / oui ; msfis dans ce parentage, il y a des aînés mieux tnûtés que ceux de Normandie. L'on devrait , avant de nous mettre tous for la même ligne, nous faire une

dot égale, et distribuer en supplément axa uns des revenus, aux autres dès connoissances, aux autres des qualités montes, et une infinité d avantages encore dont le plus grand nombre des hommes eft malheureux sèment privé. Mais il a fallu nous racheter par les inégalités plus grandes encore que nous aurions éprouvées dans l'état de nature* C'est la juftice, c'est la confédération formée pour la consacrer et pourla défendre, quia délivré le foible du joug oppressif de la force et de la violence ; il faut donc la recevoir avec toute sa suite, et ne pas séparer dans notrepensée le* conséquences d'un principe, de ce principe lui-mc?me.

Voyons - nous tels que nous sommes;* voyons-nous dans un état de société dont la base fondamentale eft le maintien des droits de chacun ; et en rétablissant incoti* sidérément l'empire dune force aveugle, ne faisons pas revenir ces rapports primitifs qui avoient introduit au milieu deyhommes un genre de supériorité bien plua tyrannie que et plus effrayant que tous les fantômes

d'imagination contre lesquels nous nous élevons aujourd'hui.

Encore fi, après avoir détruit toutes les gradations, nous demeurions égaux en pouvoir et en crédit! mais nous aurons nos grands, et nos grands redoutables; nous aurons nos pairs du royaume, et ce sera les plus dangereux d entre nous ; ceux qui désirent que tout soit remis entre les mains du peuple, afin de le remuer ensuite à leur gré, afin d en prendre possession et de le gouverner par leurs indignes écrits; afin d'en faire ainsi l'instrument de leur jalousie, l'instrument de leur haine, l'instrument de leurs opinions despotiques ; afin * de donner en son nom des lois aux législateurs eux-mêmes; afin d'être nos chefs et nos maîtres, à tous. Ah! quel échange et quelle effrayante supériorité! c'est la plus terrible de toutes. . . :

Enfin, c'est ma dernière observation, avant de se livrer sans remords à l'attrait -d'un nouveau système (légalité, il faudrait y avoir concouru d'un commun accord ; il faudroit être arrivé dans une

colonie avec les mêmes titres, et maintenir"; cette paiité sous la foi respéctable d'une convention générale : mais établir son nivellement par des loixde force erde contrainte, l'établir par un sacrifice étranger à ceux qui l'imposent, on nevoit plus alors où est le respect ~ni pour les loix de la propriété, ni pour les saintes maximes de la justice. .

On le voit encore moins, lorsqu'on fixe son attention sur une particularité singulière. D'une p?irt, une grande puissance est remise entre les mains du peuple; de l'autre, les chefs des communes sont mis en possession de toutes les places qui peuvent leur garantir le respect de la multitude ; on les fait juges, officiers municipaux, administrateurs de département et de district, et bientôt ils vont devenir évêques. Une seule classe de. citoyens avoit pôur défense . les égards qu'auroient pu lui procurer d'anciennes qualifications honorifiques, et le patronage attaché à leurs possessions territoriales ; on les en dépouille, et iîs se trouvent ainsi sans aucune part : ce n'est donc

pas envers eux l'égalité de fait qui estéta<* blie , mais la disparité la plus grande.

Qu'on y prenne garde; il y-apeu dédis* tance entre le principe qui, pour le soulagement de la vanité de plusieurs i enlève à quelques-uns des prérogatives honorifiques consacrées par une longue suite de siècles, et le principe qui, pour le soulagement des indigens , autorise le retranchement des grandes fortunes. Celles-ci, plus nouvelles pour la plupart que les noms et les titres, ne seroient pas à l'abri des inductions que l'on voudrait tirer des idées générales d'égalité ; les argumens seroient tout préparés dans les harangues des Gracques, et il ne , faudrait pour leur succès, qu'une réunion de députés, aussi étrangère à la différence des propriétés, que l'étoient aux distinctions de tiaissance la plupart de ceux qui ont détruit cçs prérogatives.

On ignore à l'avance où peut conduire un premier pas; on ignoré les principes que pourront enter sur les nôtres ceux qui nous suivront. Le temple de la justice une fois

violé-,

aux dépêns de l'autre. Mais à l'époque où, par un changement dans la Constitution, la disposition des deniers publics n'est plus entre les mains du Monarque, il seroit Contre toute justice de continuer à argumenter d'un principe trèsancien , d'un principe applicable aux temps où la fortune publique Se la fortune du Monarque se trouvoient soumises à la même administration; ou bien il faudroit supposer qu'unPrince destiné au gouvernement d'un empire, a besoin, comme un fermier-général , de faire un fonds d'avance pour sûreté de sa gestion ; mais encore ne faudroit-il pas le placer daus une pire condition que le financier, en déclarant ses fonds non remboursables & dévolus pour toujours à la Nation. • . ,

. Ces observations me paraissent d'une vérité frappante. Cependant, si l'on faisoit le récensement de tous les .biens appartenant originairement à la maison deFrance, & de tous ceux qui sont venus .s'y réunir par des alliances ou des héritages; fi l'on faisoitla recherche de toute

la partie de ses domaines, aliénés contre des finances versées dans le trésor public, ou donnés non par libéralité , mais en récompense de services réels rendus à l'Etat, on trouverait peut-être que les justes réclamations du Prince régnant seroient équivalentes à sa Liste civile ; mais il ne fait valoir aucun de ses droits personnels ; • il n'a jamais montré que le Monarque , & il n'est homme privé que par ses peines; elles sont grandes, il n'en faut pas douter j & s'il est distrait quelquefois de celles dont il à l'habitude, c'est par d'autres plus sensibles «encore, c'est par la profonde douleur qu'il éprouve , en apprenant ces scènes d'horreur & d'iniquité, destinées au sacrifice homicide de quelques citoyens j c'est en apprenant ces violences cruelles , qui jettent une tache ineffaçable sur le caractère national; c'est en apprenant qu'on* a fait d'un peuple autrefois doux et compatissant <, un instrument de terreur & de vengeance.

Il faut que je m'explique avëc franchise, c'est un sentiment qui ;ne do-

mine, & dont je ne puis me défendre* Je lésais bien : c'est peut-être toucher à l'arche sainte , que de faire le moindre reproche à la Déclaration des droits, à cette œuvre qui a coûté tant de veilles j mais j'ai toujours redouté qu'elle n'égarât l'esprit du peuple j & ce fut un des motifs qui dirigèrent l'opinion du Roi & de son Conseil , à l'époque où cette Déclaration fut présentée à Sa Majesté pour recevoir son acceptation. Je vais rappeler les paroles du Roi ; elles se trouvent à la fin de sa réponse sur le décret concernant les loix constitutives.

« Je ne mîexplique pointeur votre a? Déclaration des droits de l'homme 8c » du citoyen ; elle contient de très- » bonnes maximes, propres à guider vos » travaux 5 mais des principes suscep^ » tibles d'applications & même dinter- » prétations différentes, ne peuvent être 5> justement appréciés, & n'ont besoin de » l'être qu'au moment où leur véritable » sens est fixé par les loix auxquelles ils 5> doivent servir de première base».

L'Assemblée insista pour obtenir l'ac-

ceptatiori du Roi, & son président vint la requérir de nouveau , le 5 octobre au au soir, & à l'instant où les bandes parifiennes étoient aux portes de Versailles , & où la foule qui leur servoit de précurseur , remplissoit déjà les cours du palais. Il fallut céder; mais la postérité n'oubliera jamais le moment qui fut clioiii pour consacrer la théorie des droits de l'homme , & pour asseoir la pierre angulaire de l'édifice de la liberté.

. C'est le premier axiome de la Déclaration des droits, qui a été la cause secrète de beaucoup de désordres; il est devenu proverbe pour les dernièçps classes de la Société L & un proverbe législatif a plus de forcé qu'aucun autre ; aussi l'on pèut craindre que, mal entendu, il ne serve long-temps à égarer le peuple.

„ . Les hommes jiaissent et demeurent libres et égaux en droits : voilà cet axiome si bien retenu , cet axiome interprêté dç tant de manières.

K . On a eu raison de déclarer que les hommes sont éga^ en droits , fi l'on n'a voulu .parler que de leur égale part à la protection des loix ? & à tous les

avantages de la Société que les loîx de la propriété laissent en communauté. Ce n'est pas même alors assez dire , car la justice ne suffit point à une classe nombreuse de citoyens ; celle qui, n'ayant d'autre moyen de subfistance que son travail , est exposée à tous les hasards inséparables d'une si mobile ressource.

Elle a droit encore à tous les sains de la bienfaisance ; &c'est aux Législateurs , c'est au gouvernement à tempérer envers elle la rigueur des loix de la propriété, par toutes les dispositions dont la saine politique & les vertus sociales leur imposent le devoir; mais ces expressions simples * tes hommes naissent etdemeitrent libres et égaux en droits, ces expressions susceptibles d'une infinité de sens, peuvent aisément devenir dangéreuses.

On ne doit d'ailleurs consacrer dans un résumé législatif, que des principes d'une vérité complète, & celui que je viens de rappeler n'a point ce caractère. On indiquerait au moins facilement comment, sous plusieurs acceptions, il est susceptible d'être contredit.

( 3io )

Les hommes , diroit-on , ne naissscnt point libres, puisque la conservation de leur vie, les préparatifs de leur force & de leur santé , & l'apprentissage enfin du eimple bon sens, de cette faculté qui doit les instruire à se gouverner euxmêmes , tous ces biens indispensables sont le prix de leur dépendance.

Les hommes ne de iïieurent point libres, puisqu'après être sortis de la dépendance * paternelle , ils passent sous l'empire des Joix , faites avant eux & sans eux.

Les hommes ne naissent point égauoc en droits , puiqu'ils arrivent dans le inonde avec des titres flistincts , & ces titres sont les dégrés de force * d'esprit -et de, talent, doaî ils sont diversement (doués} ils ont chacun leur part faite, ils ont chacun leur mesure déterminée sur l'échelle immen se des facultés morales & physiques, & c'est, pour ainsi dire, avec une patente particulière, scellée d^ grand scea.u de la nature, qu'ils sortent des ténèbres du néant. Les hommes ne sont .égaux en droits que par le d£sir & le sentiment du bonheur; mais sans doute que ce principe d'égalité ne nous a pas

(3li )

para suffisant pour captiver à lui seul notre respect,puisque lesortdes àniinaux, qui tous ont, comme nous, çe defir & ce sentiment du bonheur , n'est jamais entré dans le compte de nos inquiétudes.

Les hommes deme rirent encore moins égauO) en Droits. puisÉfco les loix de propriété sont les premières qu'ils rencontrentaumoment où ilsveulentfaire usage de leurs facultés j & ces loixsont tellement impérieuses, qu'au milieu de nous, les uns sont condamnés à un travail continuel, et les autres vivent dans l'oifiveté ; les uns n'ont aucune part aux dispensations agréables de la fortune, & les autres en épuisent toutes les douceurs et tous les pl^irs.

Enfin 5 l'égalité des droitsne peut se concilier qu'imparfaitement avec les saints devoirs de lareconnoissance ; car ces devoirs n'existeroient plus , fi les droits particuliers du bienfaiteur étoient méconnus. JL'inégali té des devoirs r comme l'inégalité des droits , sont le lien de la Société , la condition habituelle de la vie ; c'est par elles que sont entretenues les relations les plus nécessaire^ les rela-

tions établies entre les pères & les enfans, entre les instituteurs & leurs élèves, entre les maîtres et leurs serviteurs , entre les vieillards & les jeunes gens. Cette succession continuelle de droits & de devoirs, compose notçe système moral. Les hommes ne ressemtftnt point aux animaux "qui remplissent par le sommeiljes intervalles oisifs d'une vie toute sensuelle ; ils ont un long espace àparcourir , au milieu des agitations de leur esprit, au milieu des craintes & dès espérances, au milieu ' dés* differen tes perspectives que l'irftagiritition leur présente ; il leur faut uh appui dans cet espace idéal , & ce sont les devbiis & les droits qui fixent leurs pas charicelans , qui dirigent leur marche incertaine. La Nature, en donnant, comme je Pai dit , aux uns de la force , aux autres déPesprit, aux autres de la beauté, 4es a irivestis , dès leur naissance , de droits Se de titres différons; & l'éducation , en perfectionnant ces avantages , a rendu plus sensibles encore totatës nos distinctions originaires ; elles notèrent pointle borrheur,ils'ënfau't bien^fe peut-être que les

( 3i3 ), , plus délicieuses jouissances du sentiment naissent desdroits qu'on reeohnoît ou qu'on sacrifié. .Enfin j il est évident que le mélange des droits & des devoirs prépare nos rapports, adoucit rudesse de notre caractère , applajû^os aspérités , & nous rend propres à l'esçrjt social : ce : mélange est peut-être la, plus belle i4ée ► du monde moral ; elle nou^i^ppelle aussi •l'ordonnance, du monde, physique , où on voit par-tout des rapports r & des . parités nulle part. V :* n : rf > â

-r/r L'ÀssembléeJNTationalé vit danslaper- • suasion que dans toutes les questions morales ùn politiques , elle s'est élevée au dernier terme des abstractions $ je me ' chargerons bien de prouwrque par de-là 1 les colonnes du nouvel Hercule , il existe * encore quelques régions. Elle s'est crue sur les hauteurs dès qu'elle a touché les : nuages ; mais quelquefois ces nuages se rencontrent à mi-côteau. .

l 1 Je laisse là cesréflexions, car ce n'est f'pa:s>de métaphysique que je veux discourir , & peti importerait, que ;y Assemblée ' Nationale eût farié juste m non daus

«ne de ses sentences , si ces mêmes sentences n'a voient pas été présentées au Peuple en forme de loix, & fi elles n'étoient pas alors devenues dangereuses • * L'Assemblée , après avoir déclaré que les kommeà naissent et demeurent égaux eti droits , annonce, à la vérité, dans ifn article suivant, tpie la propriété doit être mise au nombre des droits naturels et inprescriptibles de V homme. Le Peuple entend parfaitement le premier axiôme, Se son intérêt l'engage à le retenir j mais l'exception ou le commentaire resterait-il de même dans sa mémoire ? On lui prôuvéroit d'ailleurs aisément dans ce siècle de pl*ilefcophie , que la propriété n'est pas uii d»it naturel, mais un droit établi par la Société j & il la considérerait encore moins comme un droit itnprescrip- ' tible , puisque l'Assemblée Nationale ' elle-même y a porté quelques atteintes :

l'on voit encore dansun autre genre, une - exception remarquable au principe absolu de l'égalité deç droits j c'est la distinction établie par l'Assemblée entre les citoyens actifs& no**actifs jc'estl'obligatîon qu'elle

• ( Si 5 ) • .

a imposée d'une certaine mesure de ptcpriété pour être admis à la jouissance des principaux avantages politiques.

; Enfin , dans le même article où la propriété est mise au rang des droits naturels & imprescriptibles , la résistanve àP oppression y est Comprise aussi ^ mais aux yeux du pauvre, la. véritable oppression vient de l'inégalité des partages. Combien donc il lui était aisé de se méprendre enéco^tantlaDéclàration des droits!

iNi 'est-il pas bien dangéreiix aussi de lérgaliser d'une manière générale la résis tance à l'oppression j car ce mot oppression a une latitude extrêmç , et en ne le dé*finissant point , chacun se croira le droit ' idejiiger du moment où il pourra s'élever contre Pautorrté. Enfinles loixmêmepeù^ ^rent paroi tre oppressives} &si l'onfe permettait déconsidérer comme telles celles aqui font perdre à une classe nombreuse •jdecitoyens leur état , leur fortune & leur Pureté pefonnelle } où nç mèneroit pas le principe consacré vaguement dans la Déclaration des droits ?

Les idées premières , les principes gé-

-néraiix ont un grand prixsans doute pour le Législateur j mais ils ne sont d'usage pour le peuple qu'après avoir été réduits à la précision de la loi ; ils rappellent ces riches métaux encore dans les mines, 8c qui ne sont mis en circulation qu'après nvoirété convertis par le Souverain dans une raonnoie dont»le titre & le poids sont exactement calculés. .

• Je dois présenter une autre réflexion à la philosophie métaphysique de l'Àssemhlée Nationale. Plus un principe est au -sommet de toutes les déductions qu'on peut en tirer, & plus sans doute il estsimple aux yeùx de l'homme penseur; mais comme ce principe est alors d'autant -plus distant du terme réel auquel il doit Conduire, nul guide n'est plus propre à -égarer les hoihmes ordinaires & tous ceux ;qui n'ont pas Phabitude de la réflexion- Telle est cependant la grande partie d'une iN" ation ; elle n'a point de tems à donner A l'instruction parce que san&héritage & ^ans propriété 1 , elle est dans la nécessité de dévouer les premiers momens de fesfor- -ces physiques à se procûrer un salaire, &

toute la vie elle est obligée de travailler . pour assurer sa subsistance. Ce n'est pas à de tels hommes que deS principes généraux conviennent; ce n'est pas à eux qu'il est sage d'adresser des préceptes susceptibles d'extenfîon ou de diminution , il • leur faut des loix> & des loix encore aussi claires que positives.

On dira peut-être que ce n'est pas pour obéir,mais pour commander qu'onadresse aujourd'hui des instructions au Peupie ; mais par quelle fihgulièçe contrarié-»

té,daus le tems qu'on veutlui remettre le Sceptre des Nations, choisit-on pour le guider, des élémens de métaphyfique?En Gouve*iement d'ailleurs,il n'y a rien de ■ ifioins général qu'une idée générale; car sur un texte fi abondant , on peut les multiplier encore plus que les idéesprér cises & particulières.

Les Législateurs de la France ont beaucoup de rapports avec les doctrinaires économistes; ils veulent,comme eux,gouverr ner le monde par l'évidence, & à leur imitation,il se forme aujourd'hui des sociétés où des hommesbienintentiomiésjje n'en

doute point, invitent le peuple à recevoir des leçons de politique nationale. Je viens de rappeler ce que j'ai dit plusieurs fois dans mes ouvrages, sur l'impossibilité où se trouve une partie nombreuse de ce peuple de cbnsfi^rer un tems sufEsans à son instructionjil n'en apasmême assez pour étudier lamorale ; &sans l'ascendant rapide des idées religieuses, il ne seroit attaché qu'imparfaitement à l'observation de l'ordre. Voulons-nous absolumentlerentlre plus éclairé , examinons finous pouvons paier son loisir des deniers publics , ou engager les propriétaires à doubler le prix de ses] ournées : la na ture donne à tous * les hommes la faculté de se perfectionner j mais cette faoulté a besoin des secours de l'éducationj çette éducation exige du tems &la disposition de ce tems estincompatibleavec l'obligation d'employer les premiers in s tan s de ses forces à obtenir sa subsistance par le tra va il . Tou t es ces id ée$ se touchent : ainsi, jusques à ce qu'on ait changé les règles de la propriété , jus- Mques à ce qu'on veuille le faire * jusques à ce qu'on le puisse , il faut propor r

, t ( 3i 9 ) ♦ tîonner l'enseignement du peuple aux

conditions immuables de sa destinée ; &

lorsque de temps à autre on veut fixée devant ses yeux un principe général , dont il ne peut approfondir ni les explications ni les exceptions, on le met dans la fituation des aveugles-nés dont où vient de lever la cataracte , & qui, dans les premiers momens , voient les montagnes renversées, les sommets à la base, & ne peuvent non plus se former une idée juste d'aucune distance.

Je ne sais quels prodiges pourront opérer un jour nos nouveaux oculistes ; mais en attendant, n'oublions pas entière-r ment que selon d'anciennes idées , le gouvernement est la dette des lumières , comme la bienfaisance est celle de la fortune. ' ;

Je n'étendrai pas plus loin la discussion dans laquelle je suis entré; il me suffit d'avoir indiqué , par un petit nombre d'obâervations , que des motifs Tai-

# sonnables , ou du moins réfléchis , éloir gnoient le Roi d'admettre la décla-

» ration des droits au rang des loix constitutionnelles.

violé 7 et ses portes brisées, d'autres après nous y commettront des excès : et nous deviendrons complices de leurs dernières profanations. . r .

|e n'ai.pas à me reprocher d'avoir quitté d'un moment la earde de ce temple, d avoir jamais déferté ce porte honorable. On a vu comment , dés l'ouverture de$ états-généraux, favois défendu' les droits des, çréanciers de 1 état ; comment seul je nie suis exppsé à une grande défaveur ^ plutôt que de difîîmuler mon fentimçnt sur l'inutile et ri-

sisté Sur les indemnités ou les adoucissemens dûs, au nom de Tétat , à ceiix qu'on » réduisoit à la plus pénible détresse par l'anéantissement des droits pécuniaires attachés à une propriété immémoriale, On a pu remarquer de même comment j'ai pfis en main la cause de ceux qui , à -la suite du relâchement absolu de Tordre public, ont vu leurs châteaux incendiés et leurs possessions dévastées. Je dis un jour à l'assemblée : n 11 est une dette que je n'ai pu

u mettre en compte, mais qui seroit bien »t digne de l'intérêt dune grande nation.

» Plusieurs citoyens ont essuyé des pertes 53 considérables; on a brûlé leurs habita- 53 tiôns, on a dévasté leurs propriétés. L'au- 99 tonte tutélaire desloixles auroit gara»jjtisde ces attentats , si elle n'avoit pas "55 été sans force; cependant cette garantie * » est la première protection quori attend 53 lorsqu'on apporte chaque année une por- 53 tibn dé sa fortune au trésor de l y état f Ne 53 vous paroîtroit-il pas juste que les nou- 53 veaux départemens prissent connaissance 53 de ces pertes, et qu'un dédommagement 53 non pas rigoureusement exact, mais sa- 33 gemént équitable , devint la dette de la 33 nation, pour être acquittée, si ce nest 53 dans lç tems présent, du moins en des 53 jours "plus heureux? C'est de la part du 5troi que je soumets cette idée à votre con- 53 sîdération ; elle est digne de son cœur 33 généreux , elle est digne du chef suprême 53 de la nation dont vous êtes les représen-

- r.~* s i ; — • > effa •

53 tans 33.

L'assemblée uy an t "applaudi à ce para-

graphe d'un de mes mémoires, je crus lavoir disposée à lacté de justice auquel je l invitois , et je ne tardai pas à remettre cet objet avec plus de précision sous ses yeux V lui proposant , dans mon rapport sur les finances , du 29 mai 1 790,, de destiner soixante millions au denier vingt, pour adoucir les pertes dont la sévérité de ses décrets* eu les excès commis dans les provinces , avaient été laïtiuse*' — -i-LDDlL:^ , -V

« Ce n est pas uniquement à ces principe»

de justice que j'ai cherché de ramener l'as> semblée nationale , <~ést enewe aux; senti*.

mens d'une douce et sàge équité que j'ai prîà la liberté de l'encourager; et particulièrement la veille d^i jonr où «lie devoit s'occuper du traitement des ecclésiastiques , je mexprimois ainsi dans un mémoire que ie lus moi-même à rassemblée. -

:i 6*11 me semble toujours qu'avec un esprit de conciliation, avec 'de» dédgmmagemens nécessairement passagers, avec tôuHes ménagemens enfin qui sont dus à ceux dont on exige de grands sacrifices, on pourrait en adoucir la douloureuse

amertume. Que n'a-t-pn pas droit d'attendre, en générosité de ceux qui, par une suite de circonstances , sont devenus à-lâ lois les, plus forts et .les plus heureux / C'est une erreur de penser que , sans mesure, et.proportion , les privationsipartkulières soient également utiles à l'intérêt pu*

J>Kaï car il y. a dans la composition de toutes les fédérations' sociales , une mise de confiance et d'affection mutuelle , qui est auà* «écessairerà ieuï prospérité qu'aucuii autre genre, de Contribution. N'en .dcmtez.pas, messieurs les, générations far irires ne vous reproelwon t -point les égards que. verosaurez pousl^:h.Om;mes du temps présénU^u»cm3iid!e)VQ$]Çonçitoyensque

yons détache? . avec .déchirement, de leur ktuatiôa passée; elles Mériteront assez de vos généreuxtiravaux: assurez seulement la Ignguecluréede vos bienfaits : qu'il sarrivent à eux, Vîl se peut , sans avoir coûté trop de laçmes, qu'ils arrivent à eux étayés d une épreuve heureuse et paisible ; qu'ils arrivent à eux ; etc.

11 me fembloit aûflï qu'en appliquant aux befoins«de l'état des revenus de tarit de? dons

faits auxéglifes par Fancienne noblefièdë France , on eût pu en détacher une légère portion pour adoucir les facrifices qu'on impofoit à fes defcendans. Mars on a montré la plus grande indifférence pour fes pertes , 8c Ton a détourné fes regards dd défefpoir auquel on réduifoit une claife nombreufe de citoyens , dont les noms font unis depuis tant de fiècies aux fafteà de la monarchie. Une telle conduite eft bien dure ! C'efl leur fortune , fc'eft leur rang , leur état , leur tranquillité perfonnelle , ce font toutes les conditions de leur exiftancefociale qu'on a pourfuivies , qu'on a perfécutées avec une rigueur fans égale.

On eût dit qu'ils n'étoient pas auffi les enfans de la patrie Aucun fentiment de générofité n'ont relevé le caractère de ceux qui étoient forts ; de ceux qui étoient devenus les puiffans. Que n'ont-ils en effet conquis la liberté , comme ils voudraient le perfuader ! ils auroient eu peutêtre la magnanimité qui accompagne

ordinairement la victoire : mais en abufent de leurs avantages , en ne demandant jamais defacrifices qu'auxautres, 8c en écoutant fans émotion les plaintes des opprimés , ils ont entaché cette liberté qui leur avoit été rertufe dans fa pureté , qui étoit defcendue du trône accompagnée de la paix 8c delà juftie. Ah ! cetoit au fein du bonheur univerfel qu'il falloit la recevoir avec fon noble cortège , 8c toutes les vertus dévoient fe preffer autour d'elle.

Enfin , comme fi ce n'étoit pas affez de tant de févérité 8c de tant de rigueurs , ce font les confeiences que l'on entreprend aujourd'hui de troubler , 8c derechef c eR à des fermens qu'on a recours : fermens »

que l'on place toujours à côté des dangers , Se au milieu des terreurs ou des facrifices : ainfi c eft encore les autres que . l'on met en rifque , tandis que foi-même on vit tranquille au milie^ de fes forces 8c de fon autorité fuprême. je me garderai bien de prêter l'oreille à la calomnie , 8c je ne mettrai point en doute 1 efprit religieux de l'affemblée nationale : on n; demande jamais du fecours qu'à fes amis;

ainfi elle ne voudrait pas s'aider lâchement de la religion du ferment , fi elle n'avoit pas ep fon cœur les principes qui rendent cette obligation fainte ; mais je me permettrai de faire obfervey: , qu'en afTociant continuellement à fa caufe le Dieu de l'univers ; en le demandant pour fauve-gaide des promeffes que l'on exige , il faut lui préfenter en Hommage la bonté, la juftice, la compaiïion , l'indulgence , ces vertus qu'il commande, ces sentimens qu'il aime, & dont ses généreuses relations avec nous font le glorieux exemple &: l'éclatant témoignage.

Ah ! que la morale sert à tout- que l'on efl présomptueux, quand on croit que l'esprit eft le meilleur des guides • Les hommes au milieu de leurs pallions, 'es législateurs au milieu de leurs immenses travaux , les innovateurs au milieu de leurs bouillantes idées, ont besoin de se rallier à un grand principe, s'ils ne veulent pas être exposés à dévier sans celfe, s'ils ne veulent pas être conduits d'écarts en écarts, La moral?, ainfi que je lai dit dans plufieurs de mes ou-

vrages, lâ morale eft la sagefle des fiècles ;

ceux qui la consultent , ceux qui la res-

pectent , se rangent autour d'un fan^ldont ïa brillante flamme eft toujours entretenue ; & guidés pat cette lumière, ils sont sûrs de trouver leur route au milieu du labyrinthe des affaires , au milieu de tous les intérêts qui se croisent Se qui se combattent.

Il ne me seroit pas difficile d appliquer ces réflexions à Taflemblée nationale, &: de montrer comment, avec une morale plus vigoureuse , elle eût évité ses principales erreurs ; ceft par la liberté de ses prin^ cipes qu'elle s'eft tirée de beaucoup d'embarras ; mais ceft par leur dépendance qu elles les eût prévenus ; et cependant la morale des législateurs eft la moins restreinte de toutes , parce que dans une infinité d'arrangemens civils , ils sont placés au-defîus des règles ; mais ils ne le sont ïamais au-deffus de la justice , au-deflu$ de la reconnoiflance , au-deflus de. I3 générofité envers les foibles , au-dèflus des devoirs qvumpose la confiance , àu-delïus de l'amour de l'ordre , âu-deflus du plus

saint des respects pour la vie des hommes et la sûreté du citoyen , ni au-deffus enfin de tant d'autres vertus primitives.

Combien n'eût pas été plus grande auffi la confidcration de Taffemblée , fi en méditant ces réflexions , fi en y conformant sa conduite , elle en eût imposé par la hauteur de son caractère et la stabilité de ses principes ! car elle se fût affranchie par ce moyen de ses carefles continuelles à l'opinion , et n'eût pas insenfiblement borné son attention à la connoître promptement cette opinion , afin de prendre le pas sur elle, et d'ordonner à grand bruit ce qu'elle vouloit sourdement. L'affemblée eût alors dirigé tous les esprits sans aucuns efforts ; elle eût paru comme ombragée par toutes les idées de justice et de raison , et placée sous ce chêne antique &: facré , dont les racines profondes semblent toucher à un autre monde , 8c dont toutes les branches

font nourries de la rofée du ciel ; fes dé-

crets toujours affociés à Tefprit de la morale , euffent été reçus comme des paroles de vie , Se jamais elle n'eût penfé à se faire

aflister de tant d 'adjudans , indignes .d'être les soutiens des législateurs de la France.

Ici je sens la néceflité de m'airrêter un moment fur moi-même. Je l'entends : on me reprochera mon attachement obstiné aux principes de la justice , 8c Ion eflaira de le déprimer en y donnant de nouveau le nom de pitié arijiocratique. Je fais mieux que vous de quelle sorte est la mienne.

C est pour vous les premiers que je l'ai connu ce sentimer^f d'intérêt ; mais alors vous étiez fans union et sans force ; c'est pour vous les premiers que j ai combattu ; et dans le tems où je me plaignois fi fort( :ornt de l'indifférence qu'on vous témoigiiw -rsque je parlois des égard . qui vqus < .-lofent dus , lorsque je montrois une inquiétude continuelle sur le sort du peupi; , cétoit aussi par des jeux de mots qu'en cherchoit à ridiculiser mes sentimens. Je voudrais bien aimer d'autres que vous , lorsque vous m'abandonnez ; je voudrois bien le pouvoir ; mais je n.'ai pas cette consolation ; vos ennemis et les miens ont mis. entre eux et moi

une barrière que je ne chercherai jamai^i, rompre; 8c ils doivent me haïr toujour^ puisqu'ils m'ont rendu refponfable de leurs propres fautes. Ce n'eft pas moi cependant qui les ai encouragés à jouir fans mefure de leur ancienne puiffance, 8c ce n'eft pas moi qui les ai rendus inflexibles, lorfqu'il

. falloit commencer à traiter avec la fortune. ' Ah! s'ils n'étoient pas malheureux, s'ils nétoient pas dans l'oppreflion , combien de reproches n'aurois-je pas à leur faire / Audi , quand je les défends encore dans leurs droits Se leurs propriétés , ils ne croiront pas , je Tefpère, que je fonge un instant à les regagner ; je neveux aujourd'hui ni d'eux, ni de perfonne;. c'eft de mes fouvenirs 8c de mes penfées que jè cherche à vivre 8c mourir , 8c quand je fixe mon attention fur la pureté des fentimens qui m'ont guidé, je ne trouve nulle part uneaffociation qui me convienne ; 8c dans le befoin cependant que toute ame fenfible en éprouve, jela forme, cetfe aflbciation, je lar forme en efpérance avec les hommes honnêtes de tous les pays, avec ceux, en fi petit

nombre , dont la première paffion eft lamour du bien ; c'eft à eux feuls que je demande quelque affection , 8c c eft à eux feuls que je veux m'unir.

Je continue ma route. C'eft encore au nom des lois de la morale que j'ai réveillé plufieurs fois l'attention de l'afTemblée nationale, fur les funeftes fuites de la liberté inconfidérée de la prefle, 8c que je lui ai rappelle le danger de ces manufactures publiques d'impoftures Se de calomnies, 8c de ces forges ténébreufes où tant d'écrits incendiaires fe préparent journellement : établiffemens de fcandale 8c de terreur, qui feroien t mieux placés fur les fombres bords de l'Achéron, oudansles cours du palais des Furies, qu'au milieu d'un pays où la pureté de Tair8cla préfence d'un jour ferein femblent contrafter avec ces poifons dévorans, avec ces feux infernaux que l'on répand de to u tes parts 8c dont on couvre notre terre. Ce font, clit-on, des abus néceflaires à la défenfe 8c à l'entretien de la Mberté , ic ceux qui l'aiment , doivent les tolérer. Oui, des abus !

comme laflaffinat , comme les faux

témoignages, comme les cris publics de fédition, 8c comme tant d'autres crimes. Ah;/ rendez un meilleur hommage à la liberté;

.rendez plusdejuftice à la conftitution qui l'allure, & vous, ne croirez pas qu'elle ait befoin d'une fi impure aiïiftance. Efl>il donc fi difficile de l'aimer, cette liberté qui nous rend heureux de tant de manières ; ou nous

t plaira-t-elle davantage, quand elle aurapopr fatellites des hommes quifemblent marcher à fa fuite, pour fe livrer avec moins de contrainte à la violence de leurs pallions, des hommes nourris dans la haine, & dont Je langage funèbre remplit nos cœurs d'épouvante? Indifférens à la tranquillité publique, Se inhabiles à foulever les efprits, ils font inlpatiens de connoître tout Je mal qu'ils peuvent faire ; 8c pour fe d}ftiaire de leurs remords , c'eft à la lueqr des flambeaux dç la difeorde qu ils ..ycjilejit jouir du fpectacle de leurs détectables fuccès. Confommés auffi dans l'art perfide de déchirer les réputations , ils fe font un palTe-temps de cette infâme industrie, Selon ne fait ce qu'il leur, plait le plw,

ou de détruire tous les fentimens d'eftime, ou de renverfer tpus les genres d'autorité ; c'eft au fond de nos cœurs autant que dans le fein de nos fociétés politiques, qu'ils voudroient faire régner la plus entière anarchie. Il faut les méprifer, dit-on; ce fentiment eft aifé; mais leurs paroles calomnieufes , mais leurs difcours incendiaires, le peuple auffi les méprifera-t-il ?

'Ignore-t on qu'un menfonge eft toujours

■ une idée choifie, 8c que par conséquent on peut la proportionner parfaitement aux difpofitioris du moment , et l'ajufter avec précifionànotrepaffiondominanteplgnoret-on encore qu'un menfonge eft toujours une idée fimple, et que n'étant jamais nuan

- cée comme la vérité, elle doit faire fur les efprits une beaucoup plus forte imprefiîon?

: Ignore-t-on enfin, quel'igrlorance et lïnfot- . tune renden également défians ; et que tel

^étant le partage du plus grand nombre des hommes, ilsdoivent prêter une oreille favorable à toutes les infinuations injurieufes et à toutes les calomnies? Ilfaut joindre à ces réflexions une confidération digne, je crois*

d être remarquée. Le cours de l'opinion eu abfolument changé ; c'étoit autrefois des hautes claffes de lafociété qu'il defcnedoit aux dernières ; 8c ces claffes fupérieures \ néceffairement éclairées par l'éducation, réjettoient au rtioins les fables lès plus groffières, 8c l'on avoit befoin de plus d art pour les tromper. Ainfi les méchancetés évidentes , les calomnies palpables 1 » fe trofivoient arrêtées aux premiers rangs, Scieur circulation interrompue nepouvoît

étendre au loin fa funefte influence. Mais aujourd'hui que Ton agit par le peuple, ' qu'on s'adrefîe à lui directement , 8c qu oh feiert de fes opinions pour exciter des motiveqiens , ]tes menfônsres de tous les genres deviennent bien plus dangereux ; car aucune digue, aucune éclufe ne peuvent plusenfufpendre le cours ou en prévenir la dilperfion ; dedans cet ordre de chofes , le jèghe appartiendra bientôt aux hommes les plus' hardis Se les plus impofteurs. Ils prê- " cheront le pouyoirdu peuple, pourdonner Ides lois en fon nom , comme les miniftres , en d'autres tems /faifdient valoir l'autorité

jdu prince, pour commander de par elle. Partout on voit les mêmes paffidns ; & les dan- ■ gers ne feront que changer de nature , fi la raifon refte fans force , ou fi on rejette fon empire. « .

Comment, au moins, ne cherche-t-6h pas à réprimer ces écrits les plus fcandaleux de tous ceux où Ton fe permet cfirifulter.îe monarque, &de traduire en ridicule la majefté royale ? Il eft aifé fans doute de trouver des rieurs, lorfqu'on accompagne d'im<*gçs baffes ou familières , les fujets qui ont été traités jufqu a préfent avec révérence ; c'êft ,1'effet de tous les contraftés lorfqu oh Tés .préfente àlimaginâtion, Sec eft ainfi qu'pàa ^paru plaifant avec peu d efpïit v lorsqu'on .s'eftjouépour la première fois des cérémonies religieufes ; mais dans lune et l'autre hardie Ole,, le profit pour la focieténe fera pas plus grand. A-t-on imaginé qu en parlant de tous les tems avec refpect de la perfonnedu prince , des Gens , & des divers fymbolesf de fa grandeur , la crainte feule eût infpïré ce langage , eût introduit cette . retenue ? Gette vielle inftitution eft

• fondée

fondée fyr le bien de l'état, & ceft à un principe focial qu'il faut la rapporter; on a fenti que l'emploi de la force pour le maintien dç l'ordre public , fût-il continuel, feroit toujours iiifufEfantjonafçntide même qu un pareil piqy.en entraîneroit des rigueurs alarmantes , & des rigueurs fur-tout incompatibles avec des mcpurs douces & avec lefprif de liberté* Ces idées ont dû engager à investir le chef de l'empire , de toute la majefté qui pouvoit attirer vers lui les hommages . & le refpeflt , afin qu'il pût réumr à fon pouvoir réel , une autorité d'opinion , une autorité dont laûion univerfelie & foutenue maintînt les hommes dans leurs yq\t? , fans violence & fans commotion J^a puiflanc^ paternelledonne la première idée de cette autorité bienfaifante 7 & nous en trouvons un exemple encore plus irapofaiy:, dans l'appui continuel que prêtent àk mp- , raie {es opinions religieufes- Les ^ay? <^e . liberté doivent defirer plus que ^autres y i|n genrè.de domination qui rende moins fréquente, & moins péççffaire l'o&q^ç.&fçiy , xmxxoxi de la forçe^rnjée & XwMwf*

reflburce des corre&ions & des cbâtimens.

Cependant, au lieu de s'affocieràces grandes idées, on croit s'élever au-deffus des autres' lorfqu'on fe joue des principes eh honneur parmi les hommes, & lorfqu'on môntre du dédain pour des conventions où l'on ne veut pas remarquer l'empreinte facrée du temps & le fceau de la fageffe humaine.

c On ferepofe pour tout , fur l'amour de la liberté y mais l'édifice focial eft un compofé de parties , & il faut néceffairement les "unir parun lien. Tattends plus defecours du patriôtifme, lefeulfentiraentdont l'excès n eft jamais dangereux;mais ce généreux 1 fentimènt a befoin lui-même de toutes les 'vertus pour affeoir & pour confolider fon < empire ; nous verrons qu'ifolé , il ne peut " réfifter à toutes les confidérations perfoniieïlfe$^8ë<peiquefois les plus petites , celles ' quiirraiffeht 'de la vanité bleffée & des pré- ■ tentions-dé jouées , fûffifent pour raffoiblir.

Nous'hë valons pas mieux que cela : ainfi ? ne ■ flôiis fions pas à notre première ferveur s

toefaifons pas des lôixpourle temps , fur, .

la foi d'un moment cf enthoufiafme ; & ne croyons pas qu'un fentiment unique,devintil une pafîion , pût à lui feul tenir en harmonie cette multitude d'intérêts auxquels nos vieilles fociëtés font aujourd'hui foumifes.

Le plus fort de tous les fentimens , celui dela vengeance , a fuffi quelquefois pour réunir les nations sauvages; mais après deux mille ans d'habitude fociale , nous ne pouvons pas être gouvernés comme elles , & l'on tenteroit en vain de concilier la fimplicité & f unité des idées qui les dominent , avec f agitation de notre caraétère & avec nos moeurs perverties.Envérité,il^ielt rien défi ridicule que cette quantité d'hommes fupérieurs , dont nous Sommes à préfent environnes^ iln'eftrien deiî dangereux que leurs commeïicemens d efpfit & de génie.

Ils reffemblent à des livres de philofophie , quune~Fée burlefque a doués pour la première fois du mouvement & de la parole.

Que f on remarque auffi comment , en imitation de leur nature , ils cherchent à faire de nous des êtres abftraits j com-

ment ils laiffent à l'écart tout ce qui tient à l'imagination , à ce mobile aSu cte tant de chofes , à ce point de réunion de tant d'opinions & de fentimens. Ce neft pas feulement la magie attachée à la majefté du trône qu'ils veulent détruire , c'eft encore celle de l'honneur , c'eft encore celle des formes & des manières , c'eft encore celle des rangs & de la naifTance , c'eft encore celle dè la réputation : mais d'affranchiflemens en affranchiffemens , ne fè-; roit-il pas à craindre qu'un jour l'on ne voulût romprè aufli les liens de ce joug idéal , le plus fort , le plus doux , le plus néceflaire de tous de ce joug myfténeûx ijui foumët nos cœurs à la morale, & qui peut davantage fur l'ordre public que leslaborieufes penfeês de nos plus fuperbes légiflateurs? . ; ' - ] .

' ' ' * f J *" .4 . /* \ ^ r * " '"'î * Art ••

Enfin , ce neft pas feulement la France qui doit être affujettie à toutes les conditlonfc d'une nouvelle théorie ; on veut encore 7 fans perte de temps , propager partout la 1 même do&ririe. Quelle profufion

cTamoiir pourl'efpèce humaine ! elle paraît d'autant plus généreufe que l'infurre&ion & la violence étant touj ours le moyen dont on propofe l'ufage , c'eft apparemment du : bonheur des générations fuivantes qu'on eft uniquement occupé. Quelle touchante inquiétude encore , de vouloir étendre fon bienfait jufqu aux petites républiques , qui , depuis plufieurs fiècles , avoient l'ineptie de fe croire heureufes, & qui peut-être defirèroient encore aujourd'hui que leurs hautes montagnes les féparaffent de notre fcience , comme elles les ont garanties fi long-temps de nos paffions politiques ! Eh ! Meilleurs f prenez patience,au moins jufqu'an moment où vos pourrez offrir le fpe&acle de votre profpérité $ il fera plus éloquent que vos écrits. En attendant , fouvenez-vous qu'il ne fallut pas moins que l'autorité de Moïfe & les fuperbes fruits rapportés de la Terre promife , pour déterminer les Ifraélites à quitter leur pays ; mais ces fruits , vous ne les montrez pas encore, & lavoixfainte d'un prophète , on ne peut la reconnoître à vos cris de haine & de profcription, les

feuls qui fe font entendre à la longue diltance»

Quel enchaînement,quelle diverfité d r objets de réflexion fe préfentent fur ma route ! mais dans la marche que je me fuis prefcrite , je ne puis m'y abandonner. le m'abftiens même de traiter aucun des fu jets fur lefquels je n*ai pas fait ma profeflion de foi pendant mon miniftère , afin de ne pas dire aujourd'hui ce que je n euffe pas voulu prononcer alors. Je n afpire pas néanmoins à regagner la faveur des hommes du moment préfent ^où plutôt je n'en conçois pas l'efpérance -, car il m'en fouvient r c'eft pour avoir continuellemenr entretenu rafTcmblée nasionale , tk de juftice , & de morale , & de modération , & de bonté r que je me fuis expofé à lui déplaire ; c'elt encore en lui préfentant d'autre confidérations relatives au bien public , c'eft en réveillant fur. les dangers y c'dt en lapreflant de s'en occuper r que mes inftances trop fouvent renouvelées y lui font devenues impartîmes. Cependant je confentirois va-

lontiers à être jugé , félon le degré d'eftime que peuvent mériter les idées & les fentiinens exprimés dans les mémoires que j'ai remis , en divers temps , ou à Fafiemblée nationale, ou à fes comités : on y verroit comment à chaque inftant f ai preffé l'affemblée d'adopter des mefures efficaces pour concilier le foin de la liberté avec le maintien de Tordre public ; comment j'ai infifté fans relâche fur la néceffité d'un pouvoir exécutif , fuffifant pour remplir cette condition également efTentielle au bonheur & à la puifTance(i)!ony verroit comment * 1 ■■■■ ■' » ■ ■ i ■

(«) Ce n'eft pas uniquement dans ces derniers temps, comme bien d'autres , que j'ai entrenu TAflemblée Nationale de ces importantes confidérations : je trouve l'a* voir fait avec une grande force , dans un mémoire que je lui adreflai le 1 1 feptembre 1789 ; & je ne crois pas indifférent d*en tranferire kf le principal patagraphe; il pourra fervir encore à montrer le progrès des opinions au milieu de l'Aflemblée Nationale ; car Je commencement de ce paragraphe, qui ne parut point étrange au mois de feptembre 1789 , fe trouve abfolumem en contradiclion aujourd'hui avec les idées nouvelles.

» La nation, en donnant fa confiance à des Députés » choifes pour un temps , n'a jamais penfè qu'elle retire roit » par cet ade qui f unit à fan jouverain 9 à ce dèpofitaire pu-

C 3tfb )

j'ai ramené fans ceffe les efprits & les coeurs aux fenrimens d'affe&ion & de confiance

t> marient de r amour, de lUfpérance & du refpetl des peuples, » ace défenfeur né de F ordre & de la juflice. Elle veut pour ». fort bonheur & pour la profpèr'uè de fêtât , un équilibre m entre les divers pouvoirs qui font lu fauve- garde; mais elU »> n'entend pas fur e ment détruite les uns par les autree; & s'il v lui e(l difficile d'exprimer la plénitude & la durée de fes •5 vœux ; fi fes repréfentans momentanés ne peuvent le faire n qu'imparfaitement, il efl du a" autant plus de refpetl à celui » qui, par Vaffcntimznt des ficelés & des générations paffées % » a été confacré l'un des gardiens immuable des loix & de n la félicité publique. Je vois des refiftances oppofées de v toutes parts au pouvoir exécutif ; il faut plus que jamais » luî ménager cette force morale, qui naît des formes & n des idées de grandeur que ces formes entretiennent. n Vous avez pris, meilleurs , tontes les précautions imaw ginables pour la liberté , & fans doute que vous allez v bien loin à cet égard , puifque vous en voulez une plus n grande que celle dont toute l'Europe vante la périt feélion , que celle des Anglois , ces vieux amis de n la liberté, ces connoiffeurs expérimentés des condjh tions qu'elle exige, & qui, après cent ans d'expé- » riences , ne voudroient pas admettre le moindre chanv gement dans une conftitutiondont ils ne parlent jamais w Cms exprimer en même temps le bonheur dont el|e » les fait jouir. Mais en fuivant vos idées à cet égard , » ne perdez pas de vue, meilleurs , que Ci vous négligez » les précautions néceflai res pour confacrer au pouvoir » exécutif fa dignité, fon amendant, fa force, çe. royaume » Cil menacé <Tnn défordre général; & ce défordre pourra

<jue rrtéritoiènt les vertus & les intentions du

j> détruire , dans fes révolutions inconnues , l'édifice que » vous aurez élevé avec tant de foin. Un royaume » comme la France,un royaume de vingt-cinq mille lieues w q narrées, un royaume de vingt-fix millions d'habitans n divifés par des habitudes & par des mœurs différentes, ne » peut pas être réuni fous le joug des loix fans une puif- » fance a clive & toujours vigilante. Aiafi ,c'eft au nom de » la profpéritéde l'Etat, c'eft au nom de la tranquillité ii publique , c'eft au nom du bonheur particulier du peu* >i pie , c'eft au nom de la liberté dont vous êtes si honora- » blement jaloux , que vous êtes intéreffés , meffieurs , à » défendre la majefté du trône ; & tien ne l'altérerait » plus que la néceffité où vous voudriez mettre le fou. 11 verain d'être l'exécuteur des loix qu'il paroîtroit avoir m défapprouvées. Ah ! qu'une parfaite harmonie eft néceC » faire entre toutes les forces appelées à veiller fur4e » deflm d'un Empire! L'hifloire nous apprend que la fu- » périorité de puùTance ne peut feul confolider une conf- » minion , parce que cette fupériorîté eft foumife à des » révolutions. La conflitution de l'Angleterre, défendue i» par des circonftances qui lui font particulières, n'eût » jamais pu fe foutenir fans l'amour commun de la pa » trie ; & cet amour commun n'eft dû qu'an contente » ment égal du roi , des grands & du peuple ; c'eft ce conn tentement qu'on doit entretenir par de prudentes difpo"

' * fitions ; & pour y réuflir , il faut, par un effort, fe fé i» parer quelquefois des fouvenirs & des impreflîons du » moment, pour fe tranfporter au loin à ces temps d » calme & d'impartialité , où l'on ne prife que la raifem

S »: la ûgeiTe & l'équité générale ,

mônarque ! on y verroit combien de fois f ai recommandé la modération & dans les principes & dans les fyftêmes, comment je voulois qu'on n'ébranlât pas fans étai, & qu'on ne détruisît pas fans remplacement; on y verroit fur-tout comment j'ai pris en main la caufe des opprimés , comment j'ai réclamé pour eux , tantôt les loix de la juftice & tantôt les règles de l'équité, comment j'ai parlé de paix au milieu des troubles , & de douceur au milieu des haines ! enfin on y verroit de quel amour f ai défendu les faints devoirs de rhumanitê , : & avec quelle inllance je demandois pour le - repos de tous, & comme un premier bienfait envers le peuple , qu'on n'abufât pas de fon ignorance & de fa crédulité , pour fe fervir enfuite de fes aveugles paffions comme d'un infiniment de vengeance^ qu'on n'altérât pas fes mœurs avant de lui confier le gouvernement qu'on ne chosît pas fes fureurs pour l'appareil de fon règne r & qu'on n'en fît pas un bourreau avant que de le prendre pour maître ! Ah ! pour toute ce v :s partie de mes fentimens & de ma'

conduite , je n'ai pas befoin de reconnoi£ fance ; je la préfente en hommage à celui que j'ai fervi dans mon cœur toute ma vie, à celui qui eft le premier principe de Tordre & de la morale, & avec qui il eft plus doux de compter qu'avec les honapies ! Paime à lui offrir ce tribut de refpeft ; j'aime à lui rapporter ce que j'ai fait de bien , avant de retracer l'a&e plus éminent de mon adminiftration & celui de mes fervices envers la France , dont on peut le moins contefter la réalité. J'ai toujours eu la penfée , & fy trouvois du plaifir , que fans le fecours de la providence , je n'euffe jamais pu triompher des divers obftacles avec lefquels j'ai été forcé de combattre ; je veux parler de la grande affaire des fubhftances , & de ' l'épouvantable famine dont je fuis certain d'avoir garanti Paris & plufieurs provinces ; & en m'expliquant ainfi, je dois donner la preuve la plus complète d'une afTertion de ce genre ; car près de l'indifférence que l'affemblée nationale me témoigne, cette affertion de ma part eft prefque une accu- 4 fation contre elle.

. On fe fouvient que vers le milieu Tannée 1789 , & jufqu'au moment où Ton put jouir avec abondance -des grains de r la nouvelle récolte, une inquiétude continuelle régnoit à Pans Cv dans les provinces voifines. Les convois déftinés à l'approvilïonne^nt de la capitale , & qui

s*exécutoient tantôt par la rivière & tan-

tôt par terre , ne correfpondoient chaque jour qu'aux befoins du jour $ & tel étoit , Fépuifement général , que peut-être vingt

" fcu trente cargaifons de moins fur la maffe prodigieufe de fecours importés des pays étrangers , auroient rendu la difette inévitable. Cette vérité connue de tant de monde , cette vérité inconteftable une fois établie , on voit qu'une feule précaution tardive , un feul moyen négligé pendant un intervalle de quinze mois, auroient été l'origine du plus grand des malheurs dont on puiffe fe former l'idée \ & cependant , Tétendue des reffources qui devinrent né- ' ceflaires , & la diverfité des mefures aux-

\ t quelles il fallut recourir , me retracent une tâche immenfe & une fuite d'inquiétudes ,

de foins & de travaux , dont le fouvenir in effraie encore.

Je dois d'abord rappeler qu'à mon retour au miniftère , vers la fin d'Août 1788, la libre exportation des grains hors du royaume , étoit permiiè , non par la feule autorité d'un arrêt du confeil , non par fimple tolérance , mais en vertu d une loi formelle , enregiftrée dans toutes les cours, & à laquelle la nation entière avoit applaudi.

On vivoit ainfi fous le charme d'une liberté indéfinie 9 &c chacun en profitait au gré de fes fpéculations. Le gouvernement s en remettoit du foin de l'intérêt public, àl'a&ion & aux mouvemens de l'intérêt particulier -, & comme dans plufieurs commerces ces deux intérêts font unis, oa avoit fait d T une circonftance fréquente ^ un principe abfolu$ & ce principe, l'un des dogmes de la philofophie économifie* qui venoit de renaître , on ne l'auroic pas abandonné volontairement , ou du moins 9 pour fe réfoudre à un pareil facrifice, il n'eut pas fuffi certainement d'un fimple calcul de prévoyance. La confiance plé-

îiîère aux effets de la liberté , devient û commode en adminiftration , elle permet de régir tant de chofes avec û peu de peine, que v raifemblablement on âuroit àttendu l'extrémité , pour renoncer à un repos dont on fe croyoit abfouS par une idée grande & lumineufe*

On avoit bien réfervé dans la loi déportation , que les aflemblées provinciales pourroient faire des repréfentatiôns au hioment où la liberté abfolue leur paroîtroit dangereufe; mais les provinces maritimes , lorfque l'exportation efl libre , attirant fans ceflfe à elles les grains de Pinte* rieur du royaume , leur convenance peut être très -différente de f intérêt des provinces centrales , qui font alors expofées à perdre leurs reffources fans avoir aucun ■moyen de remplacement. On ne fauroit d'ailleurs s'accorder dans toutes les parties cf un grand royaume , fur le degré de cherté qui doit engager à défendre ^exportation ; 'car l'idée attachée à ce mot de cherté varie félon l'habitude, & en raifon des rapports établis entre les travaux &: les fa-

laires. Ainfi donc l'opinion , le vœu des provinces fur l'exportation des grains , ne peuvent être uniformes qu'au moment d'une inquiétude générale $ & alors le temps des précautions , ce temps fi précieux eft déjà perdu.

Guidé par ces réflexions, & rentrant dans le miniftère immédiatement après la moifTon dé 1788 , je me hâtai de remplir un des premiers devoirs de ma place , en recueillant .dans tout le royaume des informations circonftanciées fur les récoltes nouvelles, & fur les provifions qui reftoient encore de la précédente. Je m'enquis pareillement des befoins qui fe manifeftoient dans plufieurs pays étrangers , & des reffources que d'autres états pouvoient faire efpérer. Je ne tardai pas à juger qu'il étoit , néceffaire , qu'il étoit inftant de réferver à la France tous les moyens qui lui étoient propres. Je me preffai de faire fufpendre l'exportation des grains dans les lieux où elle me paroifToit le plus dangereufe ; & le 7 du mois de feptembre, le roi la défendit d'une manière générale, par un

Oigitized

arrêt de fon confeil , rendu fur mon rapport.

Il n y avoit pas de temps à perdre pour cette première précaution $ .& je ne fus pas arrêté , comme on doit le penfer , par une confidération qui fe préfenta cependant à mon efpritj c'eft qu'on ne manquerait pas d'imputer à des opinions perfonnelles , unfc prohibition qui furvenoit au moment dé mon arrivée dans le miniftère. Je ne me trompai point dans ma coftje&ure; les motifs particuliers font toujours ceux que Fon voit , que Ton préfume les premiers , tant les hommes fe jugent & s'apprécient par affinité & par refTcmblance. ;

Mon fyftême fur l'exportation des grains eft infiniment fimple , ainfi que j'ai eu fouvent l'occafîon de le développer; il fe 'borne à n'en avoir aucun d'immuable, mais à défendra ou permettre cette exportation félon le temps & félon les circonftacces.

Cependant les befoins du royaume , & les apparences trop certaines d'un vuide réel , fe maiîifeftant de plus en plus , je comparai le prk des bleds dans les pays

étranger?

Digitiz&d by

étrangers avec le cours de cette denrée > dans les principaux marchés du royaume ; et voyant que la différence ne pouvoit pas encourager fuffifamment Faction du commerce , je propofai au roi d'accorder une prime^fimportation , d'abord fur les grains d'Amérique , et enfuite fur tous les bleds qui feroient exportés des ports de l'Europe*

Cette prime fut réglée par l'arrêt du confeil du 23 novembre 1788 , et les circonstances m'engagèrent à l'augmenter progreflivement.

Ceft la prévoyance du gouvernement qui rend utile ce genre d'encouragement ; il a fon application dans les m 0 mens où l'adminiftration , éclairée , par une grande diverfité de connoifTances ou d'apperçus 9 préjuge avec certitude que les denrées de néceiïïté haufferont de prix & deviendront rares $ il lui importe alors dç hâter le mouvement du commerce , & il ne peut le faire qu'en décidant l'intérêt particulier par un attrait prochain ; car les calculs de ce genre d'intérêt , différens de ceux qui appartien-

Aa

hent à l'intérêt public , s'étendent rarement à longue diflance.

C'ef]: à la faveur des primes fagemertt Combinées , que Ton peut , datis les temps ordinaires , s'en rapporter entièrement â ï'induftrie des négc clans du foin d^ pourvoir aux befoins du royaume ; mais dans les années de calamité , la prudence ne permet pas de fe fier uniquement au réfultat de leurs fpéculations. Les probabilités , les vraifemblances cefîent de paroître une caution fuffifante , lorfque le dangér èft éminent lorfque ce danger menace.la tranquillité publique , lorfqu'il peut , en se réalilant , devenir la fource des plus grands . malheurs. C'eft au milieu de ces inquiétudes, qu'on fe repréfente avec force & l'incertitude inféparabîe de toutes les fpéculations particulières , et l'infuffifance encore des moyens du commerce pour fatisfaire à des befoins immenfès. JL'on apperçoit auffi une vérité très-impottante , démontrée par l'expérience ;'ceft qu'au moment où les bleds renchériffent à un certain degré, les négociahs les plus hardi*

frefîifent de prendre part au cômmërce des grains f & ils ont de juftes motifs pour conduire airffï -, car le peuple aveugle *igno* rant, prefle par le befoin , regarde comme les ennemis tous ceux .qui vendent à dé hauts prix une denrée de néceffité ; il leutf prodigue les noms les plus aviliffans* il leur difte des loix avec violence • & les rend fouvent les viâimes de fon erreuf ou de fa misère,

. Si donc le gôuvef némerit , indiffèrent!

à ces diverfes considérations ffe repofoit i dans toutes les circonftanees indiftinfte-* ment, fur les foins du commerce , leroyau-* me , aux époques d'une véritable difette * fe trouveront expofé à toutes les horreurs de la famine.

Jamais on n'a pu jûgef de cette Vérité d'une manière plus évidente que pendantle cours de l'année 1789* Les hégodans de plufieurs villes de France , aux moment de la grande chetté , fe refufoient non- 1 feulement à faire venir cfes grains* étrangers pour leur compte b mais ils ne voulaient pas même être employés Somme de'fimpk*

Àa *

( 37* ) ^ agens ; forte de fondions néanmoins f recherchées avec empreffement , parce qu elles procurent un droit de comnfiflion , fans; obliger à aucune avance & fans expofer à aucun rifquer. Les personnes attachées par leur état à l'adminiftration ne fe chargeoient de pareilles commiffions que par obéiffance j & plufieurs , en s'acquittant de leurs devoirs , ont couru le rifque de leur vie : cependant leur miiTion confiftoit dans un véritable afte de bienfaifance , puifque les grains acMetés pour le compte du roi ont toujours été vendus ou délivrés à des conditions inférieures au prix ordinaire des marchés.

J'eus Te bonheur de prévoir à l'avance le cours des événemens $ & jugeant qu il étoit indifpenfable d'employer des moyens extraordinaires dans une année extraordinaire, j'ordonnai de bonne heure des achats confidérables. Je le fis affez à temps pour extraire de l'Angleterre & de l'Irlajide une grande quantité de bleds & de farines , avant l'époque où l'exportation fut généralement défendue dans toute la

Grande-Bretagne ; & le moment arriva oii cet approvifionnement me parut plus précieux que les richeffes du Potofe.

Les craintes augmentoient , les befoips groffiffoient , les fignes de la difette devenoient plus frappans -, & toujours en avant dans mes précautions , je parvins à raflembler des fecours proportionnés à Tétendue de nos maux. L'Italie , la Sicile , l'Amérique , la Barbarie , l'Allemagne , le Brabant , la Flandre Autrichienne , l'Irlande , l'Angleterre , la Hollande*, les villes Anféatiqpes , & tous les pays du nord furent mis à contribution pour les befoins de la France ; & lorfqu'il fut néceffaire d'obtenir des permiflions particulières d'extraftion , le roi mit tant de fuite & d'inftance à Ces follicitations , qu'il eut .fouvent le bonheur de réuffir.

Cependant il fallut , de degrés en degrés, épuifer tous les magafins étrangers , & employer , pour y parvenir , l'argent , le crédit , les promefles , les efpérancefc tout ce que Fa&ivité la plus foutenue peut réunir d efforts & de moyens. Les achats, foit

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dans l'étranger , foit en France , en y jok gnant le fret & les frais dè tout genre , fe font élevés à plus de foixante & dix millions & quoique ces opérations aient eu lieu fucceffivement , on peut ai-

(t)Les quantités achetées tant en bleds qu'en farines, çn orges & en ris , fe font montées à environ trois millions fix cens mille quintaux ; mais il eft refté ûp apprqvifiennement de précaution à Paris. Je ne fais pourquof }A. de Calônne , dans fon dernier ouvrage , juge à propos Rétablir une cpnft'overfe fur les articles relatifs à ces opérations , & compris dans les comptes de finances. Tout fon argument eft déduit des quantités dont je faiÉfris mention dans mon mémoire du premier juillet ; mais outre qu'on y indiquoit feulement les achats faits dans l'étranger , M. de Caîonne n'a aucune notion fur la progreflion des befoins pendant les derniers mois de l'année, J aurois encore un volume à faire pour répondre à tous fes autres calculs ; mais je ne prendrai pas cette peine une féconde fois. Je ne puis cependant m'empecher de dire à cetf.e oçcafion une cîïofe peut-être remarquable. On a vi* ihns les mtmoites rn^rne de M. de Cslcnne , comment

il paiîci; au roi de mçn administration lk I on faiteorupt-pt il s'en çft expliqué £ lafTemblte des notables. J^uî vu la fienre ; & je n'ai jamais prononcé fon nom ni à fa mnjeflé jfci à aucun comité , ni à aucun membre- de l*s(fèn:blée natipnale,

C'A fff nous fixons, courtois fa diférsnc^

fément fe former l'idée de la prodigieufe étendue de crédit à laquelle on a été forcé de recourir. Je crois pouvoir dire fans aucun orgueil, qu'au milieu de l'embarras des affaires en France , c'eft en grande partie à mon intervention qu'une fi prodigieufe confiance peut être rapportée. f Un négociant de Londres , dont les preuves de dévouement le font étendues fort, loin , Ta déclaré lui-même à la municipalité de Paris $ & les autres maifons de commerce qui m'ont témoigné tant de zèle, fe feroient expliquées de la même manière fi l'occafion s*en étoit préfentée. Toutes avoient raifon de croire que je veillerois conftamment à leur fureté ; je n aurois fouffert à aucun prix qu'après avoir concouru par leurs fervices à fauver la France de la difette , elles euffènt cté compromifes dans leur fortune. La reconnoiffance m'a toujours parul'tne des premières vertus. Cette obligation qui n'eft point écrite & pour laquelle on ne peut pas être pourfuivi dans les tribunaux , devient n'autant plus gchère (iux cœurs bien nés , & die mériteroit aufU

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Digitiz

d'être rangée au nombre des engagemens que Taffemblée nationale a mis fous la fauve-garde de la loyauté françoife.

Je confidérois comme un véritable lien l'efpèce de garantie que j'avois contraftée en déterminant plufieurs maifons de commerce à fe livrer à nous fans aucune limite , & je me croyois tacitement aflbcié aux hafards de leur confiance : auffi ce que je. fis de* plus en donnant une fois une caution fpéciale fur ma fortune me parut une formalité particulière , plutôt qu'une obligation nouvelle : je rappellerai cependant cette occafion , puifqu elfe eft devenue remarquable par fes çirconftances. Les maifons de commerce auxquelles j'avois eu recours ne mettoient aucune borne à leur confiance \ mais leur propre crédit , malgré tous les moyens que j'employois pour le ménager , leur propre crédit avoit dçs limites. Ceft dgps un pareil moment , & à une époque fingulière , celle des premiers jour* de juillet 1789 , qu'ap* percevant la néceffité abfohie d'étendre encore plus loin tes approvifionnemens des-

tinésà ta ville de Paris , & craignant cF augmenter les engagemens des négocians chargés habituellement de nos achats en Hollande , je crus indifpenfable de recourir à de no uveaux intermédiaires : mais dans l'état de crife où fe trouvoient les finances & les affaires du royaume , il étoit im* pofîible d'attendre une confiânce importante de la part d'une maifon de commerce fans relation antérieure avec le gouvernement , & à laquelle on fe feroit adrefle pour la première fois dans un moment d'embarras. Je le vis , & je n héfitai point à lever la difficulté , en féparant cette tranfaction , de la manière la plus diftin&e & la plus pofitive , de tous les hafards inféparables des affaires publiques. J'écrivis donc à MM. Hope , célèbres négocians d'Amf- »

terdam , connus de toute l'Europe -, & en leur donnant une commiflion,je leur offris, entr'autres moyens de sûreté , ma caution particulière sur tous mes biens. Je n'avois pas encore leur réponse , lorsque les otv dres du roi m'obligèrent à sortir du royaume, Arrivé à Bruxelles, je me rappellai cette

garantie; j'étois bien en mesure de la retirer,

puifque MM. Hope navoient pas encore eu le temps .d'agir en conséquence j elle étoit d'un million , &{yès-libre de ma part} ainfi Ton auroit trouvé naturel que je m'en fufle dégagé dans un moment où Ton m'éloignoit de ^France , et dans un moment encore où je laissois derrière moi de nouveaux miniftres auxquels l'intérêt de ma fortune étoit tout au moins indifférent : mais en des jours de trouble , ma caution formelle devenoit plus nécefîkire que jamais pour déterminer MM. Hope à exécuter la commilÇon. que je leur avois tranfmife ; & âms ces mêmes jours de trouble & de dçfordre, le nouvel approvisionnement dont j'avois voulu m'assurer devenoit d'une importance encore plus majeure. Aussi, bien loin de fonger à m'affranchir de ma garantie, cosime je lepouvois, je l'aurois donnée ^Bruxelles & par-tout , ù elle n'eût pas existé. îl eft pourtanf remarquable, & je tiens cette anecdote du premier commis au Bureau des dépêches de F administration des finances \ il est remarquable que

ta première lettre ouverte par mon fuccesfeur , M. de Breteuil , fut une réponse de MM. Hope, où ils acceptoient ma garant . tie et promettaient d'agir en conséquence»

Ils ont tenu parole au très-grand secours Paris.

Cependant , malgré tous mes foins , mal, gré tous mes efforts , enfin malgré le déploie-» ment de tout ce que pouvoit & l'homme public et l'homme privé, j'ai vécu dans une inquiétude continuelle*fur les sybfiA tances de la capitale & des généralités voifines \ car on devoit nourrir les provinces même qui, dans tous les temps, alimentent la capitale ; et il ne suffisoit pas d'avoir demandé des grains par-tout , il ne fufHfoit pas de s'être afluré des fonds ou du crédit nécessaire pour les payer, il falloit encore; • que ces fecours arrivaffent à temps dans nos pcïts; il falloit prévenir ou' diminuer le * piiiage dans les routes , tantôt par des con-* vois armés, tantôt par des distributions, ^ prix modéré , dans les principaux lieux de pâflage: Aussi , bien long-temps avant poque où l'on a pu faire usage des grains de ,

la récolte de 1789 , j'en étois à craindre avec une émotion continuelle l'effet d'un vent contraire , un naufrage , une avarice & jusqu'au retard cf un bateau ou d'une voiture ; lenfin le pays çtranger lui-même étoit épuifé , & Ton m'écrivit un jour d'Amfterdam , ce grand marché de l'Europe , qu È n'y Teftoit plus un feptier de bled à vendre * & qu'il fclloit attendre un nouveau fecours du Nord. Pécrivis à M. Pitt la lettre la plus pressante , où je mis tout ce qui étoit en moi pour le déterminer & pour l'engager à obtenir du roi d'Angleterre ou du^parlement une permifliondesortie;jelademandois bien modique , & malgré l'appui de l'ambaffadeur de France, nous ne pûmes réussir.

Cétoit en grande partie de ma main gue je suivois la correspondance relative aux subfiftances , et souvent je dus à un fenti.

ment exprimé dans fa vérité plus de zèle de la part des uns, et plus de réfignation ou de patience de la |part des autres : enfin fa majefté que j'inftruifois exactement de la (ituation du royaume & de l'alternative

continuelle de mes craintes & de mes efpérances , me permettoit , me commandoit de donner de sa part aux négocians, aux cultivateurs , des marques encourageantes dé prote&ion , d'intérêt & de bonté ; et le nom du roi , hélas ! encore environné de toute fe magie , me fervoit efficacement ! Ah ! de quels moyens n'ai-je pas fait usage ! le détail de mes foins , aujourd'hui que' les dangers sont paffés , fatigueroit ceux qui auroient à m'entendre.C'étoit l'occupation de tous mes jours & de tous mes inftans ; car indépendamment de la fituation critique de Paris , les couriers arrivoient de toutes parts pour rn annoncer des befoins imminens , tantôt dans un lieu , & tantôt dans un autre. Un jour , après trois heures d'abfence , & en defcendant de chez le roi , ma cour m'en parut remplie , ils s'empressèrent tous enfemble de me remettre ks dépèches dont ils étoient chargés , & leurs mains me fembloient armées d'autant de poignards 3 je rentrai dans mon cabinet pour les lire , & après avoir effuyé mes larmes, certain d'accroître le mal en montrant l'exès de mes

inquiétudes , je parus au milieu d'un cerclé nombreux avec toute la contrainte d une sécurité apparente : mais un pareil effort , en me coûtant beaucoup , ne trompoit jamais parfaitement ceux qui commençoient à jouir de mes peines, & j'ai fou vent apperçu que leurs regards étoient plus pénétrans qu§ l'œil de mes amis* Quoi qu'il en foit , & je l'aurai toujours présent à ma mémoire , ces couriers fucceflifs arrivant à grande hâte , le battement des fers de leurs cbeyaux , -le claquement de leurs fouets , ce bruit de joie en apportant, sans le savoir, des nouvelles de mort , toutes ces circonftances , transfor* mées alors en présages siniftf es , avoient fini par exciter en moi une émotion mécanique dont je ne pouvois me défendre j & lorfque, dans le cours d'une maladie grave , dont jç fus atteint à deux. époques différentes , & au milieu d'une fièvre ardente , on ne pouyoit cependant m'affranchir de ces inquiétudes , je me rappellois ces exprefilons de mon discours aux états - généraux : « On * parle d'honneur , on parle de gloire pour » vous encourager & vous soutenir v ah {

» dans de certaines crifes , & au milieu de » ses travaux & de fes peines , le sentiment » de la part des autres , dont un ministre a le plus de befoin , c'est de compaflion &

» de pitié ».

Je les infpirois, ces fentimeijs ,'à toute # ma maifon , lorfque dans le cours de la nuit on étoit forcé de me réveiller pour figner, pour difter une inftruftion preffante ; pour donner les ordres qu'exigeoit un secours • indifpenfable ; pour faire cessér , par quelque Voie d'autorité , l'interception d'un convoi ; pour fuppléer , par une difpofition extraordinaire, à des fonds qui avoient manqué duns un lieu où des achats avoient été cornmandés ; enfin pour écarter ae diverfes manières ou un malheur vraisemblable, ou un péril imminent. . ' r

- " " Cest sur-tout Fidée d'une grande ville telle que Paris, venant à manquer de pain vingt-quatre heures , qui agitoit mon amë .

& troùbloit mon imagination; je dominois cette terreur pendant le jour, mais elle reprenok fa force au milieu ce mes songes'; & le matin, pendant plufieurs mois , je fus

réveillé par des palpitations de cœur , futtfi des caufes de la maladie que tant d'inquétudes & de fentimens pénibles m'ont donnée, & dont je ne guérirai jamais.

Je lai déjà dit : je favois bien , en prenant à Bafle la # réfblution de revenir en France, je favois bien que j'allois me remettre au milieu des alarmes dont j'avois fait l'épreuve, puisqu'on ne pouvoit efpérer d'entrer en pleine jouissance des bleds de la nouvelle récolte avant trois ou quatre mois. Cependant un autre genre de contrariétés étoit Survenu pendant mon absence ; le pillage des grains le long de la Seine avoit été l'un des effets du relâchement de l'ordre public ; & le paffage des fondions de police entre les mains d'une municipalité nombreuse , mal ordonnée en fes commencemens , & toute neuve dans l'affaire des fubfiftances , avoit détruit Fefprit d'unité néceffaire pour une fi importante administration. Cette municipalité néanmoins fe repofoit sur le gouvernement du foin de faire arriver dans le royaume des fecours étrangers proportionnés aux befoins; enforte que la garantie

\ du

-du mitliftrë reftoit la même , & il n y aVôît de diminution que dans fon autorité & dans fes moyens»

Je ne dis rien de toutes les manœuvres employées pour jeter l'épouvante, &pouf environner avec une affluence préparée les boutiques des boulangers ; je nepourroisen parler que fur la foi publique , car je n'ai jamais eu aucune information pofitive à cet égard; & dans les momens de dilette ou d effroi, le defir qu'ont tous les particuliers d'affurer leur approv:fîonnement lesengage fouvent à agir dans le même îéns que l esprit d'accaparement ou de mauvaife volonté. Enfin , les befoins de la Normandie s'étoiem manifeilés de la manière la plus alarmante, & la loi de la nccelllré forçoit la ville de Rouen, & toutes celles qui font fituées fur les bords de la Seine , d'arrêter pour leur propre iïibfifranee une grande partie des cargaifons deltinées dans l'origine à l'opprovnionr.ement de Paris. Si donc > par des précautions i'urabondantes, je navois pas fait venir des feejours étrangers fuffifans pour «ré-

pondre à tant de befoins ; fi dès mon retour de Bafle , en particulier , je n avois pas fur-le-champ envoyé des fonds partout , pour faire de nouveaux achats confidérables, les horreurs delà famine euffent immanquablement dévafté Paris & les Provinces voifines. L'idée d'un pareil fléau réuni à toutes les autres caufes de défordre & de confufion dont chacun a le fouvenir, préfente un mélange de tant de maux , que l'imagination même ne peut en fuppprter le fpe&acle. Telle fut néanmoins ma trifte deftinée , qu'après être parvenu , au péril de jna vie , & par des efforts incroyables , à fatisfaire aux befoins de la France , je perdis dansl'affe&ion des habitans de Paris , parce que le moment arriva où le pain, compofé en entier de farines étrangères , n'eut plus fa qualité habituelle. Cependant y avoit-il une poflibilité d'empêcher qu'au dernier terme on ne fe reflentît de la vétufté des grains & de l'influence des longs tranfports maritimes ? Exiftoit-il ce moyen , lorfque , pour nourrir le Royaume , j'avois écé dans # la néceflité de raflembler , pour ainfi dite 9

jusqu'aux derniçip miettes des greniers des deux mondes ?

Ceft à de pareilles plaintes , c'eft à d'autres reproches aufli peu fondés que fe font attachés quelques faifeurs de libelles, vils artifans de menfonges & de calomnies , & auxquels je n ai jamais voulu répondre , parce qu il ne me convenoit pas de les faire fortir de l'obfcurité où la juftice du temps les condamne. lis fe perdront eux di leurs ouvrages dans cet amas , dans ces toifes cubes de mauvais écrits que Ton parvient , je le fais , à faire lire un à un à fes abonnés , mais qui ne peuvent jamais franchir les étroites limites du moment préfent.

L'AfLmblée nationale environne de fes regards toute monadminiftrationj elle peut y entrer par cent portes , & je ne fuis plus là pour me préfenter aux barrières. *Ceft à elle feule à parler , ceft à elle feule que je répondrai.

Le chien d'Albanie, dont Porus fit préfent à Alexandre , fut aceufé long-temps de foibleffe ; tous les animaux de l'Afie furent amenés dans l'arène, & il refitifo decom-

battre ; mais à l'arrivée du lion iî fe dreflk , s élança fur lui, & le vainquit.

Les achats de grains pour le Compte de la nation fe font élevés, depuis l'automne de 1788, à un capital immenfe, & la perte que ces approvifionîiemehs ont occafionnée s'eft étendue infiniment loin. Le gouvernement ne pouvôit éviter de fe foumettre volontairement à de grands facrifkes , puifque les grains dans les pays étrangers étoient montés graduellement à un tel degré , qu'en y joignant les frais de

tranfport , la valeur dès rifqiies , celle des avaries, & les effets d'un change très-défa-

vantageux,l'enfemble formoit un prix total auquel les facultés du peuple ne pouvoient

atteindre , & ç eût été le condamner à périr

de misère , que l'obliger â payer dans cette

proportion une denrée d'une néceflité ab-

folue. D'ailleurs , dans les temps de détreffe

générale , ce peuple ne' Reçoit plus la loi ,

c'eft lui qui la donne ; & en de pareilles cif-

conftances, la fagelîe du gouvernement

confifteâ régler fes commandemens dans la

limi^ à-peu-prè$ ^de fon autorité ; fa politique -doit fe borner alors à ne pas dévoiler le fecret de fa foibleffe. *

Il faut joindre à ces grandes caufes de la perte effuyée par le Tréfor public les nom* breux pillages qui furent la fuite de l'anarchie du mois de juillet & de la puiffance du Peuple, Je retrouvai, à mon retour de Balle, la plupart des portes le long de la feine forcés oaabandonnés ; il fallut s'occuper de tout rétablir; & cette dépenfe, celle des convois armés, celle des barques canonnières, ont accrûies facrifices de l'Etat. La néceflité de recourir en plufieurs momens aux voitures de terre pour le tranfport des fecours: qui devenoient injftans fut encore infiniment onérçufe au tréfor public. Il a fallu de plus beaucoup de ménagemens en~ yers un très-grand nombre de municipal^ tés ; & malgré le bas prix auquel des appro^ vifionnemens en bleds & en farines leur ont été fournis , plufieurs d'entre eHes fe. font trouvées dans l'impoilibilité de fatisfake en entier au paiement de ces feçours. Il y a eu en beaucoup d'endroits & à Paris,

M-toùt-, une immenfe quantité de riz distribuée gratuitement. Enfin, dans la confiifion qui a régné fouvent à Paris , & qui fut extrême immédiatement après l'époque du il juillet, la direéKon de l'hôtel-de-ville ne pur être ni aufli févere, ni aufli exa&e qu'il étoità defirer; &l'oneonnoît tous les facrifices que des circonftances politiques ont rendus convenables.

Ceft par toutes ces caufes & par l'effet naturel des contrariétés înhérentes à d'immenfes opérations , fuiviès au milieu des temps lcsplus difîicilcs , cffce les facrifices du trcfor public fur les approvifionnemens du royaume fe font élevés graduellement à plus de quarante millions. Mais lî Ton a ordonné tous les achats où il le falioit , & dans le temps qu'il le falloir; fi ces achats n'ont pas excédé les befoins , & ont été confiés à des négocians étrangers, aufli honnêtes qu'expérimentés; fi leurs comptes peuvent fubir la plus rigoureufe infpeôion; $'il n'y a eu d'abus "en aucun genre, du nombre, au moins , de ceux dont la prudence humaine a ie moyen de fe garantir;

fi tout peut être examiné , calculé , vérifié ; iî des députés du commerce en ont été

• chargés depuis long-temps à ma réquifitioji , & û un comité particulier de l'afïembiée nationale réunit fes lumières aux leurs , on ne pourroit s'élever contre la dépenfe totale qu en accompagnant une pareille critique ,<l\m tarif d évaluation de la vie de plufieurs millions d'hommes.

Ce n'eft pas à uneinjufte cenfure que doit conduire la connoiflance des immenfes opé • rations dont je viens de retracer le tableau , mais à uûe réflexion bien importante pour le bonheur & l'avantage de l'Etat. Ce qu'il ■ en coûte d'argent & d'inquiétude dans une année de difette doit engager à ne jamais permettre , fans la plus mûre délibération , l'exportation illimitée desbleds du royaume ; mais comme toute reftri&ion à la liberté de cecommerce diminue le prix habituel d'une denrée dont la produ&ion compofe la plus grande richefTe du fol on eft amené nécessairement à penfer que dans le même temps où l'Etat, au nom de la tranquillité publique,

' eft forcé de gér er les pofleffeurs de ce même

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fol , dans la difpoiition du produit de leurs domaines, on ne doit pas élever d'une manière immodérée l'impôt fur les terres : ce ménagement envers une partie des propriétaires du royaume eft une forte de corn-

penfation du facrifice de liberté qu'on exige 'cTçux pour l'avantage générât

Une autre vérité dépendante du même principe , c'eft que du moment oiî la confei> vatiori dans le royaume d'un fuperflu fuffifant pour fubvenir aux années de difette devient une précaution politique, il ne faut pas è re ja!oux de toutes *les cultures. Et .prenant ici le tabac pour exemple, je ferai 'remarquer que i'a[:piovii]onnement dans l'étranger à\me quantité de cette denrée équivalente à la ccnfommation de dix années influe moins fur la balance du commerce qu'une fei-le année de difette de grains} (k cette cbfervation ne s'applique pas uniquement aux rapports qui peuvent, •exifter entre la valeur dt s importations du tabac pendant dLx ans, & la valeur des importations de grains! année d une récolte • malliçurçufç) elle eftençore relative à une

confidération très-importante ; ceft que pour toutes les extradions du pays étranger, dont le befoin eft habituel , on peut préparer un commerce* d'échange qui en balance l'inconvénient; au lieu que pour toute extraéHon inopinée , il faut payer fa dette en argent.

: Enfin , on doit remarquer que la France étant , pour ainfi dire , le feul royaume de l'Europe qui fait de grands achats de ta- -bac dans l'étranger, elle peut, fur-tout en * n'employant qu'un feul agent , réfifter aux prétentions* des vendeurs ; tandis que pour les achats de grains , la concurrence des autres nations , & la foiblefTe extrême que donne un befoin impérieux , un befoin d'un genre imminent , l'obligent à recevoir la loi.

On auroit tort de penfer qu'il fuffit , pour entretenir le royaume dans une continuelle ?ifance , de protéger authentiquement la liberté intérieure du commerce des grains f cette liberté ne fuppléeroit pas à un vuide réel ; elle fera d'ailleurs une chimère , lorfgue la jnefure des récoltes infpirera de Tin-

quiétude ; elle le fera plus que jamais, ait milieu de nos divifions d'autorité , & Ton a , je crois , impofé un ferment téméraire aux gardes nationales , en leur demandant de s engager religieufement à défendre cette liberté dans toute fon étendue ; elles ne le pourront pas , elles ne le voudront pas ; Iorfqu'il y aura des alarmes réelles , lorfqu on verra les grains s'écouler avec facilité , du haut des rivières aux extrémités du royaume , & ne pas remonter au centre de la même manière. Rien d'ailleurs ne fauroit détruire les fentimens perfonnels , aux momens où le rifque d'une difette fe préfentg avec vraifemblance c la patrie alors fe relferre ; & de degrés en degrés , on ne la voit plus que dans fa province , d^ns fon canton , dans fa ville , dans fa communauté > & finalement quelquefois dans fa maifon ou dans fa famille.

Ceft par toutes ces confidérations qu'il faut ménager avec foin la confervation d'un fuperflu , l'unique moyen d'entretenir les efprits dans le calme > & dès que pour remplir ce but il devient indifpenfable

Di

d'impofer des Umites à la libre exportation • des grains , il eft jufte enfuite de contrebalancer l'effet de cette entrave politique, en fixant , dans une proportion fage , la contribution applicable aux propriétaires de terre. Telle eft Funion des idées en adminiftration , & ces leçons , données par fexpérience , valent mieuxque les théories particulières fur chaque .partie deFéconomîe politique ; car ces théories fe croifent enfuite , & Fon ne trouve plus fa route.

Les principes généraux font autant de dominateurs qui empiètent les uns fur les autres 5 & entre leurs diverfes pofleffions , la ligne de démarcation eft fouvent difficile à tracer qu à reconnoître.

Je viens de parcourir les principales circonftances de mon adminiftration , & j'avance vers mon terme. On le verra fans peine ; car ce temps , je le fais , ne m'eft pas favorable , & moi-même j'aurois trouvé le chemin bien long , fi en ramenant mes regards fur les chofes paffées , je n'eufle pas été diftrau quelquefois par des re-

0 marques utiles , ou par des obfervatîons

générales.

Avant de finir , cependant, je veux m' acquitter encore d un devoir particulier ; & je ne fais pourquoi , au milieu du temps préfent , il faut une forte de courage pour le remplir. Mais je me croirois coupable d'un fentiment d'ingratitude ou d'indiffé-

* rence , je me croira. s coupable d'un fentiment que je reproche aux autres , fi , en retraçant les droits que je puis avoir acquit auprès de la îjation par mes fervices , la crainte d'une critique , revêtue , fi Ton veut % de la forme la plus menaçante , celle du ridicule , fi une telle crainte m'empêchoit de rappeler dans ce dernier écrit de moi fur les affaires publiques les foins continuels a une amie fidelle , dont chaque in£ tant a été confacré à faire quelque bien; & malgré les rires qui ont profané votre affemblée , lorfque dans la circonftance la plus pénible de ma vie, je vous ai pro- ^ noncé pour la première fois un. nom quç tant de, vertus vous rendoient refpeftable r

' fens quelque plaifir à affronter de nou^

veau ce regard fuperbe , & cette fupériorité * de ton fi peu redoutable , quand elle est en oppofition avec le langage des mœurs & de la raison. Je dirai que Mad. Necker : riez encore , votre vertu publique en son adolescence vous le permet sans doute ; riez , il fuffit à l'Europe de votre long & férieux 4 examen des événemens de la vie morale de Marie - Thérèse Levaffeur f & vos méprifes ! en délicatefle ne vous feront point reprochées ; on ne peut avoir le pied marin quand on marche avec des échaffes : je dirai donc que Mad. Necker a mieux fecouru le malheur qu'aucun de nous n'a fait & ne fera peut-être > & que fa vie feule , fans moi , fans mes fervices , feroit un reproche févère à votre indifférence* La formation , la conduite d'un hofpice'qui a fervi de modèle à tant de maifons hofpitalières , cette adminiftration utile & généreufe n'est pas , il s'en faut bien , la feule aftion publique qui appartienne à ma vertueufe amie : on retrobiveroit fes pas dans tous les hôpitaux , dans les prifons , dans leurs infirmeries, dans leurs réduits fouterraina,

& dans les divers afy les du malheur. & $e la misère ; les détails innombrables de fûn aftive bienfaiLnce font au-ddTus de toyt récit , 6c je ne pourrois fans lui déplaire en présenter le tableau. Ce n'est pas l'opinion des hommes dont elle a bpfoin ; elle a les comptes faits dune autre manière.

Un miniftre obligé , ne fut-ce que par la mesure de fa vie comparée à L'étendre de fes occupations , un minière obligé d'agir prefque toujours d'une manière générale (je parle de l'ancien temps ) , devo*t . attacher un prix infini à l'affiftance d'une perfonne qui fuivoit pour lui les détails de l'infortune , & qui , cherchant à difcerner les particularités hors de la clafle commune, pouvoit réclamer avec une opinion éclairée un fecours que les règles ordinaires auroient profcrit. Il est tel de ces fecours individuels qui , par fa néceffité , par le dégré de malheur dont il garantit , eft aussi effentiel peut-être qu'une difpofition plus générale -, car dans l'incertitude qui accompagne nos calculs fur le bonheur , nçus

ignorons, encore fi c'eft en profondeur ou en étendue fuperficielle que la bienfaifance doit être appréciée, & dans quelle proportion d'une aétion publique certaine action particulière se trouve placée.

Enfin , & avant de le dire , je fens que mon front fe couvre de rougeur ; oui , j'ai peine à m'exprimer , et il faut fenûr toute l'offenfe que m'a faite l'affemblée nationale par fon indifférence & fon ingratitude , pour m'erigager à rappeiler ,ainfi que je vais le faire , une circonftance particulière de ma conduite: je la range au-dessous du plus petit de mes services $ mais dans un moment d'opprefiion il ne m'ell plus permis de rien négliger. J'ai feivi l'état pendant sept années avec le défintéreffement le plus entier $ & en déclarant ici que j'ai rejetté tous les émolumens attribués à mes places , je dois ajouter , pour répondre à de malicieuses infinuations , que dans ces émolumens refufés je comprends nonfeulement tous les objets fixes , mais encore les divers accefloires confacrés par

d'anciens usages : c'est-à-dire , qu'indépen* damment des appointemens du ministre des finances, fixés jusques à ces derniers momens à deux cens mille francs , indépendamment des appointemens de miniftre d'état, fixés à vingt mille , indépendamment des penlîons attachées à ces places , j'ai rejetté de la même manière, fans exception ni réferve aucune , & les droits annuels de contrôle atrribués à la place de ministre des finances ; & les pots-de-viri , toujours confidérables & fouvent fcandaleux, dont

ce ministre jouiffoit à l'époque du renouvellement des baux à ferme ou des traitas de régie ; & les gratifications extraordinaires en entrant en place ; & les préfets des pays d'états ; & les jetons d'or ou d'argent, présentés à chaque renouvellement d'année, par des municipalités, des corporation , ou des titulaires d'office en finance ; et les exemptions de droits fur la fabrication de l'accroiffementde vaiflelle qu'exige Une grande place \ & les loges gratuités aux fpectacles ; & toutes les offrandes en billets de bougies , & d'autres détails mi-

férables.

férables ( i ) Rien donc de dire£, rîen d'în* direct n'a jamais altéré la pureté du dévouement dont je m'étois fait une loi. Et dans un moment où perfonnc n'attend plus rien de moi , dans un moment où , à la honte de la France, on fe feroit bien des amis ennn'attaquant , je défie qui que ce foit , .& au dedans & au dehors de l'adminiftration des finances , de contefter en m feul point la vérité de ma déclaration ; je défie encore perfonnb <dc m'impùter d'avoir eu direâement ni indire&ement le plus petit intérêt dans aucune affaire, d'avoir pris la moindre «part à aucune fpéculation furies fonds publics & CuK les emprunts , & devoir placé aucun des miens, ni dans les emplois qui dépendoienc *

» (i) Je dois dire que par un égard refpe&ueux pour la * ville de Paris ,.j'ai accepté de fa part, au nouvel an , pendant le cours de mon premier Miniftère , une bouiiè de cent jetons d'argent à Tes armes , valant , dit-on , quarante on cinquante écus. Je crois auflî, fans" véritablement m'en bien fouvenir , que les Etats de Provence m'ont envoyé deux ou trois f#ii des fruits de leur pays , ou du café venu par caravane : il cft poflïble que d'autres bagatelles de ce genre iaWt.écbappjé de ma. rtémoire j mais je ne le penfe pas.

Ce

àt mon Département , ni cfans ceux quî font à la nomination des autres Miniftres; & je paye encore en ce moment des penfions dont j'ai pris l'engagement, pour adoucir la peine qu'impofoit à mon cœur ta févérité de mesprincipes. Ainfi l'Affemblée^ Nationale peut à fon aife me montrer de l'indifférence ; je n'en relierai pas moins créancier de l'Etat de plufieurs manières , & jamais je n'ai tant joui de cet avantage y jamais je n'y ai tenu plus fuperbe-* ment. C eft au moment où l'on vous contefte tout , qu'on examine davantage fes propriétés, & qu'on fait une nouvelle re-< cherche de fes droits , c'eft alors qu'en dépouillant fes vieux parchemins , on retrouve des titres dont on n'avoit plus le fouvenir , & que des voifins chicaneurs Vous engagent à faire valoir.

Il m'en a coûté , je le répète , il m'en a coûté fenfiblement de rapporter les détails que je viens -de donner; ils forment néanmoins un enfemble dans ma conduite d'homme public , & peut être que fous un rapport fingulier , Us méritent l'attention

û un flicfraiifte. Il'aperceVra que cette njaniere de fe clorre & de fe défendre dé partout , accroît infiniment l'animoffté de la haine , ou la rend'du moins plus bruyante* Qu'un ou deux paflages fcient ouverts à une jufte cenfure , la foule s'y précipite fans doute ; mais elle n'eft que là, & ne fait rumeur qu'en un feul point ; mais lorfque tôut femb!e également fermé , la méchanceté fait fa ronde, elle cogne par-tout, & ce bruit , en parcourant un grand cercle , produit un long retentilTement.

Je pourrais auflï compter pour quelque chofe le prêt de deux millions quatre cent mille livres que j'ai fait au Tréfor public depuis douze ans , & à l'époque du commencement de la dçrniere guerre ; prêt a cinq pour cent, dont la longue durée a traverfé les circonftances les plus critiques & tes plus dangereufes ; avance que je n'ai jamais retirée ni pendant mon'adminiftratîon, ni pendant ma retraite», ni dans les momens où les emprunts offraient un intérêt beaucoup plus confidér^ble; c'eft prefque toujours dans la crainte de donner un

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