DEIERINE (in extenso
(Revue neurologique, 1906, p. 598).
48. — La malade que je montre à nos collègues est depuis près d'un an dans mon service ; elle présente les symptômes du syndrome thalamique et à cet égard son observation très détaillée sera publiée prochainement par mon ancien interne M. Roussy, dans sa thèse inaugurale consacrée à l’étude clinique et anatomopathologique de ce syndrome.
Il s’agit d'une femme de 49 ans hospitalisée dans mon service depuis juillet 1905 pour des troubles de la sensibilité dans la moitié droite du corps. Le début de son affection remonte à janvier 1904, époque à laquelle elle fut frappée d’hémiplégie droite légère et de troubles de la vision, sans troubles de la parole.
Etat actuel. — Pas d'hémiplégie faciale. Le membre supérieur droit est très légèrement affaibli, mais tous les mouvements s’exécutent avec une très grande facilité et presque avec autant de force qu'à gauche. Au membre inférieur droit on ne note pas de faiblesse musculaire, à part une très légère
OBSERVATIONS DE LANGUE FRANÇAISE 57 Re LU ui à sn = 4
diminution d'amplitude des mouvements des orteils. Pendant la marche, la malade traine très légèrement cette jambe. Pas trace de contracture dans les membres. Pendant les mouvements du membre supérieur droit, il existe un certain degré d’ataxie, qui se rencontre également dans le membre inférieur du même côté. Réflexe rotulien plus fort à droite qu'à gauche. Réflexes achilléens égaux des deux côtés. Réflexe plantaire en flexion des deux côtés. Pas de phénomène du pied. La réaction des orteils est normale et se fait des deux côtés en flexion plantaire.
Sensibilité. — Depuis le début des accidents, c'est-à-dire depuis plus de cinq ans, la malade souffre de douleurs vives dans le côté droit du corps, bras, jambes et tronc, surtout dans le bras et la main. Ces douleurs sont comparées par la malade à un courant qui remonte de bas en haut dans les membres, courant chaud qui ressemble à des brûlures, douleurs à caractère profond.
Sensibilité objective. — Intacte partout, exagérée même sur toute la moitié droite du corps (pinceau de blaireau), sauf sur le petit doigt de la main droite où elle est abolie. Mais le sens de la localisation des impressions est altéré. Conservé seulement sur les pulpes unguéales, où la malade localise parfaitement les impressions, il est altéré sur la peau des phalangines et des phalanges où un attouchement est toujours rapporté à la peau de la phalangette correspondante. Un attouchement du creux de la main est localisé à droite ou à gauche de l'endroit touché par le pinceau, avec une erreur de distance de 2 à 3 centimètres. Le seuil extensif (compas de Weber) est également touché. Sur la peau des pulpes unguéales l’écart avec la main saine est à peu près du double, et l’écartement augmente sur les phalangines et les phalanges.
Sensibilité douloureuse. —- Hyperalgésie de toute la moitié droite du corps, sauf sur le petit doigt où elle est abolie et la partie inférieure du membre inférieur. Hyperesthésie thermique, froid et chaud, surtout pour le chaud, dans les mêmes régions. Le sens de la pression est conservé, mais réveille de la douleur. La sensibilité osseuse est très exagérée sur tous les os du côté droit ; elle est abolie pour le petit doigtetle métacarpien correspondant.
Sens des attitudes. — Altéré légèrement. La malade reconnait assez bien les positions que l’on imprime à ses doigts, mais elle en estime très mal le degré et lorsqu'on ramème à l'extension un doigt préalablement fléchi, elle croit qu'il reste légèrement fléchi. La malade reproduit avec sa main gauche les attitudes passives imprimées à sa main droite et ne peut exécuter le phénomène inverse. Au membre inférieur, il existe de l’anesthésie sur l’extrémité inférieure de la jambe et au pied ; et, dans ce dernier organe, la notion des attitudes est complètement abolie pour les orteilset le cou-depied. Sphincters intacts.
Sens spéciaux. — Vue : hémianopsie homonyme latérale droite avec réaction pupillaire hémiopique. Fond de l'œil intact. Rien à noter du côté des
autres sens spéciaux.
Perception stéréognostique. — La malade ayant les yeux fermés, on lui
58 OBSERVATIONS Éd pu na she OO pe og ne D
met successivement dans la main droite, puis dans la gauche, des objets en lui demandant d’en indiquer le nom :
Osser MAIN DROITE MAIN GAUCHE
Une clef. C'est un objet assez long, mince, Une clef. ‘ dur, qui a un trou à une extrémité.
D. À quoi cela sert-il ? R. Je ne sais pas ce que c'est. Un dé à coudre. C'est court, assez épais, un peu Un dé à coudre. rugueux, rond et percé d’un trou.
D. Cet objet quel est-il? R. Je ne sais pas.
Une pièce de deux C’est rond, c'est mince, c'est dur. Une pièce de sous en cuivre. 2 sous.
D. Quel est cet objet, son usage ? R. Je ne sais pas. Une montre séparée C’est un rond plus grand que C'est une monde sa chaine. l'objet précédent, c'est aussi tre. plus épais. Ce n’est pas plus dur. Il y a quelque chose sur un des côtés du rond.
D. Quel est le nom de l’objet? R. Je ne puis le dire, car je ne le reconnais pas en le touchant.
Une boîte d’allumet- C'est long d'un côté et moins Une boite d'allu-
tes de la régie long de l’autre. C'est plus épais mettes. vide de son con- que l'objet précédent et beautenu. coup moins dur.
D. À quoi sert cet objet ? R. Je ne sais pas. Un couvercle de C’est froid,rond,lisse, assez long, Tube court en
lampe à alcool, et c'est creux. verre.
Morceau de sucre. C'est une pierre, c’est plus long Un morceau de qu'épais, c'est rugueux. sucre.
Crochet à bottines. C’est plus dur et plus froid à un Crochet à bottiun bout, il y a une extrémité nes.
ronde qui doit être en bois.
D. A quoi cela sert-il ? R. Je ne sais pas.
Cette malade bien que reconnaissant avec sa main droite les trois dimensions des objets, leur forme générale, ainsi que leurs qualités physiques, — froid, chaud, dureté, mollesse relatives, — est cependant incapable d'en indiquer les usages et le nom.
Chez elle la palpation s'exécute aussi facilement avec les doigts de la main droite qu'avec ceux du côté sain, main gauche, et cette impossibilité de reconnaitre et partant de dénommer les objets tient uniquement aux nt de la sensibilité qui existent chez elle et que j'ai indiqués plus
aut.
U. — Deserine Er Cniray (résumée) (Revue neurologique, 190%, p. 502).