CE UT
Mouchoir de poche.
Bouchon de liège. .
Faux-col. . . 01:
Rondelle de verre, grande comme un miroir de poche .
Pot en porcelaine avec couvercle en métal, A Chaïnette à gros an- DéAUX ONE N EN Cuillère en corne
Cuillère à moutarde.
Eponge mouillée,
C'est en acier, c'est plus long que ma main, c'est un manche. Au moment où le pouce entre dans l'anneau ; c’est des ciseaux.
C'est gros, c’est rugueux, il y a du bois et du métal.
C'est lisse, c’est du métal, c’est plus long que ma main, ce sont des ci- Seaux.
C’est rugueux, il y a des angles, c'est plat.
. C’est gros, c’est rond, c’est rugueux,
c'est dur.
C'est mou, c'est rugueux, ce n’est pas du coton ni du papier.
C'est un cigare, c’est triangulaire.
C’est du carton, C'est plat des deux côtés, c'est lisse, c'est de l'acier.
C'est rond, c'est plus gros qu'un bouchon, moins gros que ma main.
C'est en acier ou en verre, c'est un dé, c’est une clé.
C'est plus gros que ma main, c'est bombé d’un côté et creux de l’autre, c’est en bois ou en corne.
C’est gros comme un crayon, un peu plus épais.
C'est froid, c'est humide, c’est mou, ce n’est pas un mouchoir.
Une clé.
C'est une pipe.
Une cuillère.
Sucre, Orange.
Mouchoir.
Bouchon de liège.
Faux-col.
Un miroir de po-
che.
Un pot de pommade.
Chaïinette.
Cuillèreen corne.
Cuillère à mou-
larde.
Eponge.
Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans le cas présent, c'est le fait, que non seulement la malade sait indiquer les propriétés moléculaires des objets, telles que le lisse et le rugueux, le dur et le mou, le froid et le chaud, etc... elle sait encore parfaitement bien décrire la forme de l'objet. L'organe palpant transmet alors ces éléments sensitifs au sensorium. Toutes les impressions incitées par le palper arrivent intégralement à la corticalité ; là, elles ne restent pas à l’état de perceptions isolées ; les diverses sensations se combinent pour former la notion de l'étendue et la notion encore plus complexe de la forme.
La conservation du sens stéréognostique, de la faculté de reconnaitre la
tri-dimensionalité des objets, est la meilleure garantie de l'intégrité de tous les centres sensitifs et de leurs voies d'association.
I est d'autant plus curieux de constater que la malade qui sait décrire jusqu'à la dernière de toutes les qualités physiques de l'objet ne puisse pas trouver le mot pour le désigner.
Osservarions ne Rose er EGcer (in extenso).
(Semaine médicale, 1908, 28 octobre.)
70. — I! s'agit d'une femme de 54 ans, hospitalisée à la Salpétrière pour un tremblement du membre supérieur droit. Indemne de syphilis, mais présentant un passé héréditaire lourd de tuberculose, ayant perdu deux enfants et son mari d’accidents tuberculeux, cette malade eut, il y a cinq ans, une attaque apoplectique suivie d’hémiplégie droite et d’aphasie qui guérirent l’une et l’autre. Elle avait cependant de temps en temps des accès de paralysie brusque et passagère de la main droite, quand, il y a un an, après une très forte émotion, elle fut prise d'un tremblement de ce même membre. Actuellement, elle présente ce tremblement, qui, nul au repos, ne survient qu'à l’occasion des mouvements intentionnels ; on constate aussi un peu de faiblesse des membres du côté droit. Les réflexes sont vifs des deux côtés ; il n'y a ni phénomène de Babinski, ni signe d'Oppenheim.
Cette femme est absolument incapable de reconnaître un objet quelconque
par le tact, les yeux fermés. À un premier examen superficiel, il nous avait d’abord semblé que la sensibilité était intacte. Or, un examen plus approfondi nous a montré que toutes les variétés sensitives étaient atteintes, quoique à un degré minime, et ces troubles sensitifs sont moins accusés dans la bande radiculaire externe qu’au niveau de la bande interne ; le contact est senti partout, mais, d'après la malade, avec moins de netteté à droite qu'à gauche; de même, la piqûre; pour la perception de températures moyennes, on note des erreurs aux extrémités des derniers doigts. La localisation n’est pas mauvaise, les erreurs étant à peine plus grandes qu'à l’état normal.
La malade imite correctement de la main saine, les mouvements imprimés à la main droite, mais elle dit se rendre moins bien compte des mouvements de celle-ci que de celle-là ; cependant, elle ne commet pas d'erreur sur la direction du mouvement. Les vibrations du diapason sont perçues pendant un temps légèrement plus court à droite que du côté opposé ; par contre, le seuil de la perception des pressions est notablement abaissé et les cercles de Weber sont agrandis ; enfin, l'appréciation de la longueur des objets est très troublée. Il n’y a pas d'ataxie. La patiente, dont l'intelligence est moyenne, est de plus extrêmement nerveuse et. impressionnable, et il est possible que l'hémi-tremblement intentionnel soit de nature névropa: thique. Quant aux troubles sensitifs, ils sont certainement le reliquat d'une hémi-hypoesthésie plus prononcée ; car cette femme nous raconte qu’autre-
ne ——————
fois elle laissait échapper les objets qu'elle tenait à la main, ce qui aujour d'hui ne lui arrive plus. Son agnosie tactile, malgré la légèreté des troubles sensitifs, est à peu près totale ; elle ne reconnait qu'incidemment un caractère de l'objet palpé, le plus souvent elle se trompe grossièrement.
Il (p. 522)
71. — Claviste (très intelligent), âgé de 41 ans, a été pris brusquement, le 6 septembre dernier, de fourmillements dans le bras et la jambe droits, et d’une hyperesthésie très douloureuse du côté droit du cou et du cuir chevelu. Au bout de trois on quatre jours, ces phénomènes se sont amendés, sauf au niveau de la main droite, où les fourmillements persistent et qui est restée maladroite : le malade ne se rendant pas compte de la force à employer pour un acte donné. La force musculaire et les réflexes sont normaux ; il existe une ataxie des plus nettes de la main droite. La sensibilité superficielle est intacte et la localisation bonne, mais le contact et la piqüre provoquent, au niveau des pulpes digitales, une sensation de picotement. Les mouvements et attitudes passifs de la main droite sont correctement reproduits par la main saine ; sauf de rares erreurs, pour les mouvements des dernières phalanges. Les vibrations du diapason sont perçues moins longtemps à droite. La sensibilité à la pression est notablement diminuée ; de même l'appréciation des poids est mauvaise, le malade ne distinguant pas des différences de 40 grammes alors qu'à gauche des différences de 5 grammes sont perçues. Il est incapable de reconnaitre des différences de longueur de 2 cent. 1/2 à droite, il perçoit à gauche des différences d’un demi-centimètre, Eh bien, cet homme arrive à identifier les objets, après un temps assez long et en se servant, dit-il, surtout des notions de consistance.
III (p. 522).
72. — Nous venons d'observer dans le service de notre maitre, M. le Professeur Raymond, un malade qui présentait une asymbolie tactile à l'état de pureté. Il s’agit d’un homme de 33 ans qui vint à la Salpêtrière consulter pour l'impossibilité dans laquelle il était, de reconnaitre les objets qu'il tenait dans la main gauche ce qui le génait dans son métier (il est employé chez un loueur de bicyclettes\. Ses antécédents héréditaires sont dénués d'intérêt ; lui-même, dit avoir eu des convulsions à deux ans, avoir été réformé après dix-huit mois de présence sous les drapeaux pour faiblesse de la vue. Il nie avoir eu la syphilis; il s’est marié, il y a cinq ans, a une petite fille de vingt mois, et sa femme n'a pas fait de fausses-couches (ces dires ont été contrôlés). En décembre 1907, il a commencé à présenter quelques troubles mentaux qu'on qualifia d'anémie cérébrale ; à ce moment, il aurait divagué pendant quatre ou cinq jours, il était méchant et présentait une forte amnésie. En même temps, une gêne motrice s'installa progressivement dans le bras gauche. Les accidents du côté du bras ont persisté, tandis que les troubles mentaux ont disparu et depuis, suivant lui, sa santé morale et mentale aurait été parfaite.
er ,
À son entrée dans le service, à la fin de mars 1908, il présentait une euphorie mentale très marquée, qui touchait à la vantardise, Par contre, en dehors de ce qui le regarde personnellement, son jugement est peu atteint ; sans qu'il soit irritable, il est vexé des rires de ses camarades de salle : il est absolument orienté dans le temps et dans l'espace ; le calcul mental est bon, et s’il présente une amnésie quelconque, elle est très légère : il se rappelle aussi bien des faits anciens, comme la cause de la mort de son père, que des faits récents ; il donne, par exemple, des détails corrects sur son métier, sur sa vie. Son affectivité n’est guère troublée. À aucun moment, nous n'avons constaté de l'excitation ou de l'abattement. Cependant, sa femme affirme que l'intelligence du malade a baissé. Il est très facile de fixer son attention. En dehors de ces troubles mentaux suffisamment caractéristiques, il présente un tremblement de la langue, de temps en temps un peu d’achoppement de la parole, un signe d’Argyll prononcé à droite, ébauché à gauche, et à la ponction lombaire une lymphocytose moyenne.
Du côté droit et au membre inférieur gauche, rien d'anormal, sauf une légère exagération des réflexes tendineux. Au membre supérieur gauche, la force musculaire est intacte, les réflexes sont un peu vifs. On note des mouvements involontaires des doigts, sortes de secousses qui font croire au premier abord à un tremblement à grandes oscillations irrégulières ; ce pseudo-tremblement ne survient, d'ailleurs, que par moments. On retrouve des secousses musculaires (fasciculaires) analogues dans tous les muscles du membre et l’on note une légère ataxie kinétique. La sensibilité se comporte de la façon suivante : a) le tact est tout aussi bien perçu à gauche qu’à droite, de même la douleur ; b) pour le froid et le chaud, le malade prétend qu'ils l'impressionnent moins à gauche qu'à droite, mais, objectivement, même en utilisant des différences de températures modérées, on ne le voit jamais se tromper sur la qualité ; c) la localisation tactile est tout à faite parfaite ; les pointes du compas de Weber sont senties comme deux contacts, à 2 millimètres, tandis qu’à droite elles le sont déjà à 1 millimètre et demi (pulpes des doigts) ; le sujet apprécie suffisamment la distance (grandeur d'une boîte d'allumettes) ; d) les notions de position et de mouvement de tous les segments des doigts et de la main sont intactes ; le malade perçoit le moindre mouvement ; e) la sensibilité à la pression et la sensibilité au diapason ne montrent aucun déficit ; /) quant à l'estimation des poids, l'examen de la reconnaissance tactile nous a prouvé que le patient savait différencier des poids assez voisins.
Nous avons encore examiné la sensibilité au point de vue de la reconnaissance de certains caractères élémentaires dans laquelle interviennent surtout les sensibilités au tact et à la pression et cela en lui faisant reconnaître des étofes : il distingue la laine du coton, mais pour le velours il le confond souvent avec le drap et il prend parfois la soie pour du calicot. Il faut ajouter que, du côté droit, il n’est guère plus habile. Quand on lui fait reconnaître des objets, voici comment il se comporte.
Morceau de sucre, — Après l'avoir laissé palper un certain temps, on lui
demande si c'est lisse ou rugueux ?. — « C’est LAELER* ». Est-ce rond ou carré ? — « Carré, il y a des angles ».
Clef. — « C'est froid ». — Est-ce du métal, ou du bois, ou du verre ? — « Ce doit être du métal ». — Est-ce long ou court ? — « C’est long, il y a quelque chose au bout ».
Ciseaux. — « C’est froid, c'est en fer, c'est pointu à un bout ». Pendant qu'il manipule les ciseaux, les branches s’écartent sans qu'il en fasse cas, et il répond qu'il ne sait pas ce que c’est.
Bouchon de liège. — « C'est long d’un côté, c’est plat de l’autre, il y a même un trou de ce côté » (trou du tire-bouchon) — Est-ce dur ? — « Oui, j'essaie d'y planter mes ongles qui plient, donc c’est dur ».
Son pince-nez n’est reconnu qu'au bout de cinq minutes. Il ne reconnait pas son porte-monnaie tout en disant que c’est mou et qu’il y a une partie dure et métallique.
Crayon. — « C’est rond, pointu à un bout, cela peut être une tige ».
Petite clé. — « C'est un métal, c'est léger, c’est tout petit, cela a une drôle de forme ».
Pipe en bois. — « C’est drôle comme forme, c'est gros. Il y a une queue ». Il met les doigts dans la cheminée de la pipe sans en faire la remarque.
Dé à coudre. — « C'est rond d’un côté,c'est rugueux, c’est de la porcelaine, ce n’est pas assez froid pour être du métal, ou si c’est du métal, à force de le tripoter, il est devenu chaud ».
Pièce de 5 francs. — C'est rond, c’est plat, c'est lisse, cela peut être un miroir ou une pièce de deux sous »,
Clou. — « C'est mince, c'est pointu, je ne sais pas ce que c'est ».
Avec la main droite, il reconnait et dénomme immédiatement les objets. La reconnaissance visuelle et auditive est parfaite.
Le malade est resté dans le même état pendant un mois au cours duquel nous l'avons examiné à plusieurs reprises, en présence de deux de nos collègues. Depuis le commencement du mois de mai, la reconnaissance tactile, quoique plus lente, est revenue du côté gauche sans que, pour le reste, son état ait changé jusqu’en juillet, époque à laquelle la déchéance mentale a marché à grands pas. Actuellement, le malade est à l'asile.
Osservarion DE Rose Er FRANÇOIS (résumée).
(Encéphale, 1908, TI, p. 40.)