CHAPITRE IT
I. — OBSERVATIONS PERSONNELLES (Service du professeur Dejerine).
4. — Reine L..., 45 ans, domestique, Salpètrière (Consultation), 1908.
Pas de syphilis, pas de fausses couches.
Six enlants à terme, mari mort de tuberculose pulmonaire, il y a 43 ans.
4 avril 4908. — En mettant ses chaussures, la malade sent brusquement une vive douleur dans tout le côté gauche : sa main lui refusant tout service, elle se relève, s’assied, on la porte dans son lit — sans perte de connaissance, une hémiplégie gauche s’est constituée sous ses yeux.
Pendant quelques jours, elle a beaucoup souffert dans la main gauche, particulièrement le soir ; plus tard, elle perdait sa main dans son lit. En même temps qu'elle sentait diminuer la douleur, elle commençait à remuer les membres gauches. Après 15 jours elle a pu se lever dans sa chambre.
26 mai 1908. — Motilité. — Face normale, légère déviation linguale à gauche, léger affaiblissement des membres gauches, Réflectivité. — Réflexes rotulien, achilléen, olécranien, périosté-radial
et périosté-cubital, franchement plus forts à gauche, quoiqu'ils soient forts à droite.
Trépidation épileptoïde et Babinski à gauche.
Pas d’Argyll-Robertson.
Sensibilité. — Tactile. — À gauche hypoesthésie légère à la face et au membre supérieur où elle croit un peu vers la main,marquée au tronc, anesthésie au membre inférieur gauche.
Douloureuse. — La piqûre est sentie partout.
Attitudes segmentaires. — 1. Orientation au repos. Notion de position à peu près abolie au membre inférieur gauche, diminuée au membre supérieur gauche, avec ataxie légère.
2. Mouvements passifs. Erreurs dans la perception des mouvements communiqués, grossières au membre inférieur gauche, légères aux doigts gauches.
Toutefois, la main droite reproduit extrémement mal les attitudes qu'on imprime à la main gauche; au contraire, la main gauche reproduit assez bien les attitudes qu'on imprime à la main droite.
Agnosie tactile. — A gauche, identification généralement mauvaise,
quelquefois exacte ; à droite, aussitôt l’objet dans la main, il est immédiate. ment reconnu.
OByerTs. MAIN GAUCHE.
Une montre. Une montre.
Une cuillère. Je ne sais pas.
Une clé. Je ne sais pas.
Un sou. 1 franc.
Un couteau. Je ne sais pas.
90 centimes. 50 centimes, 2 sous. 5 francs.
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2. — Rosa D...., 25 ans, ménagère, Salpétrière (Consultation), 1908.
Aucun signe antérieur qu'on puisse rapporter à la syphilis : trois enfants à terme, puis un avortement de six semaines.
À sa fausse-couche (1907) frissons, fièvre, curettage ; pendant les six mois qui ont suivi, affaiblissement, douleurs continuelles à la tête, pertes aqueuses abondantes.
10 février 1908. — A cinq heures du soir, au cours d'une petite grippe (fatigue et frissons, depuis deux jours), la malade, ayant voulu prendre un verre n’a plus senti sa main droite, puis son bras droit : elle a renversé deux fois le verre ; la main droite est tombée le long du corps, inerte ; elle a dû s’asseoir ; elle a pu dire encore : « Je ne sens plus ma main », puis elle a perdu la parole ; elle a senti sa figure comme morte à droite, puis sa jambe s'engourdir ; enfin, elle est tombée de sa chaise, il a fallu la transporter dans son lit. Elle se rappelle tout par le détail ; à nul instant, elle n’a perdu connaissance.
Dans son lit, maux de tête violents, membres droits paralysés, face et langue tirées à droite avec difficulté pour fermer l'œil droit, parole impossible : pour dire qu'on ne lui mette pas de sangsues, elle n'arrivait qu’à proférer des sons inarticulés.Il y avait aussi une légère parésie gauche qui a disparu le soir même.
11 février 1909. — Dans la matinée, mouvements convulsifs à droite, dans le bras droit surtout, la jambe et la paupière, d'amplitude progressivement croissants, jusqu'à se donner des coups à la figure. Ces mouvements ont récidivé par crises durant chacune quelques minutes, cinq ou six fois dans la journée pendant huit jours, progressivement espacées dans les huit jours suivants,
Dans l'intervalle des crises, engourdissement à droite ; le côté droit était mort, mais sans fourmillements ni douleurs (sauf les douleurs de tête) ; quand la malade cherchait son bras droit pour le prendre, elle ne savait pas où il était ; elle sentait sa figure coupée en deux par le milieu du nez, l'eau du nez et la salive coulaient à droite, sans qu'elle s'en aper-
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18 OBSERVATIONS nr reel ME Le De DE me de tea RUE Ie CU EEE
çoive ; quand elle mangeait, la moitié droite de la langue ne sentait ni le contact, ni le goût des aliments ; on pouvait la piquer, la pincer, sans qu'elle s'en aperçoive ; elle ne sentait pas non plus le chaud, mais toujours le froid lui a causé une sensation douloureuse.
8 jours après la crise, la malade commençait à pouvoir tirer la jambe à elle, mais le bras restait paralysé; elle articulait, en parlant, mais avait beaucoup de difficulté à se faire comprendre.
15 jours après la première grande crise convulsive, alors qu'elle allait un peu mieux, nouvelle grande crise, strictement limitée à droite, sans perte de connaissance, ayant duré 30 minutes environ. Après quoi, nouveaux maux de tête et nouveau bafouillage incompréhensible : elle comprenait ce qu'on disait autour d'elle, mais, quand elle voulait parler, elle voyait les mots dans sa tête, sans pouvoir les exprimer — le bras et la jambe droite étaient à nouveau tout à fait paralysés.
Dans les jours suivants, la parole s'améliore peu à peu ; toutefois, la malade articule difficilement et prend les mots les uns pour les autres (porte pour fenêtre, chaise pour table) tout en s'apercevant des erreurs qu'elle commet, — les membres s’améliorent à peine ; quelques crises légères de mouvements à droite.
15 jours après, nouvelle grande crise convulsive à droite, semblable à la précédente, après une colère qu'elle avait prise parce qu'elle n’arrivait pas à s'exprimer. !
Au cours des 9 mois passés depuis lors, la malade s’est très lentement, mais progressivement amélioré, la jambe d’abord, le bras ensuite, la parole en même temps.
4 décembre 1908. — Motilité. — Aujourd’hui, la malade n’a plus aucun trouble de la parole, elle s'exprime rapidement, clairement, et précisément.
Rien à la face : elle ferme isolément l'œil droit, aussi bien que l’œil gauche.
Elle marche très bien, quoique sa jambe droite se fatigue un peu plus vite.
Elle fait tous les mouvements avec sa main droite et son bras droit, quoiqu’elle tremble un peu quand elle porte quelque chose. En somme, elle ñ’est plus sérieusement gênée qu’en fonction des troubles de sensibilité.
Aucun affaiblissement musculaire à droite, sensible à l'examen grossier.
Réflectivité. — Réflexes rotulien, achilléen, olécrânien, périosté-radial et périosté-cubital manifestement plus forts à droite qu’à gauche.
Pas de clonus du pied ; pas de Babinski, ni d'Oppenheim, ni de Schæffer.
Pas d’Argyll-Robertson.
Sensorialité. — Vue. — Pas d’amaurose, pas de diplopie, champ visuel normal, pas de strabisme, pas de paralysie orbiculaire.
Ouie. — Acuité auditive diminuée à droite (montre 43 cent. à droite, À m. à gauche). Rinne négatif, Weber nettement latéralisé à gauche.
Goût. — Sur la langue, elle ne reconnait pas à droite le sucre, le sel et la quinine, qu'elle reconnait facilement à gauche.
Odorat. — L’olfaction semble égale des deux côtés.
Sensibilité. — Tactile. — 1, Seuil intensif, Au membre supérieur droit, progressivement décroissante vers la main, où elle est à peu près disparue au pinceau, très diminuée. au contact: au membre inférieur droit, très
‘légèrement diminuée ; à la face droite, très diminuée: le pinceau n'est presque pas senti.
2. Localisation. Erreurs : 3 à 4 centimètres au membre supérieur, particulièrement à la main ; exacte au membre inférieur ; 2 à 3 centimètres à la face.
3. Seuil extensif (en appuyant sur le compas). Pour obtenir la diserimination tactile, il faut arriver aux écarts suivants :
À droite À gauche Membre supérieur . . . . Impossible : partout 45 c/m égalent un seul contact. normäl D TILIOTIGUR mener oil: 45 m/m 32 m/m HAVE: JOUO.- 2, ire 55 m/m 145 m/m Lèvres inférieures. . Impossible : il faut dépasser la lèvre.
50 m/m 53 m/m Langue ne 1 à 2 m/m 4 à 2 m/m Douloureuse. — Au membre supérieur droit, progresssivement décrois-
sante vers la main. C’est la qualité, mais non la quantité douloureuse qui est altérée : ainsi, quand on pique la malade, elle n'arrive pas à dire qu'il s’agit d'une piqure, qu'elle localise d’ailleurs très mal (10 c/m), mais elle ressent une impression difluse, plus douloureuse qu'à gauche, et surtout beaucoup plus persistante.
Au membre inférieur droit, un peu diminuée, mais la piqüre, normale dans sa durée, est nettement définie.
A la face droite, la piqüre provoque une douleur obtuse, difficile à locas liser, très pénible, et péniblement prolongée.
Thermique. — Au membre supérieur droit, progressivement décroissante vers la main ; quand il est senti, le chaud provoque une simple sensation de contact. La malade a pu se brüler à l'annulaire, sans s'en apercevoir.
Le froid, au contraire, s’il n’est pas reconnu pour froid, provoque, sauf à la main, une sensation extrêmement douloureuse, et très anormalement prolongée.
Au membre inférieur droit, à peu près normal, le chaud est normalement senti, le froid n’est pas douloureux.
A la face droite, le chaud est assez bien senti ; le froid, mal reconnu pour froid, provoque une sensation extrêmement douloureuse.
A la pression. — Très diminuée à droite : ses enfants n'aiment pas qu'elle leur donne la main droite en promenäde, parce qu'elle écrase leurs mains, sans s'en apercevoir.
Attitudes segmentaires. — Le membre supérieur droit seul est franchement atteint. — 1. Orientation au repos. Elle sait assez bien où ést sa main
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droite : toutefois, les yeux fermés, elle trouve assez mal son pouce droit avec sa main gauche et son pouce gauche avec sa main droite.
2, Mouvements passifs, Au début, elle ne sentait absolument rien quand on lui bougeait le bras droit ; à droite, elle ne sentait pas qu'on l'habillait, ni le contact des vêtements quand elle était habillée.
Les mouvements qu'on communique à ses doigts sont mal perçus ; elle ignore à peu près s'ils sont étendus ou fléchis.
La main gauche reproduit difficilement les attitudes qu'on communique à la main droite ; d'habitude, elle y arrive toutefois à peu près, mais après un temps d'attention, qui semble nécessaire, pour qu'elle perçoive tant bien que mal comment on a mis sa main droite ; au contraire, la main droite reproduit exactement, rapidement, et sans hésilation, les attitudes qu'on communique à la main gauche.
Les deux mains primitivement sur les genoux, si la main droite est passivement élevée, au commandement la main gauche est activement élevée, non pas au même niveau, mais trop haut ; au contraire, si la main gauche est passivement élevée, au commandement la main droite arrive au même niveau.
3. Mouvements actifs. A droite, la malade arrive à plusieurs centimètres quand on lui fait toucher son nez avec l'index.
Osseuse (au diapason), — Diminuée à droite, moyennement au membre supérieur, légèrement au membre inférieur, fortement à la face.
A gauche, la sensibilité superficielle, ou profonde, est intacte à tous ses modes.
Agnosie tactile. -— Dans sa vie pratique, la malade a remarqué qu'il lui faut voir ce qu’elle tient, sans quoi l'objet tombe ; élle n'arrive à coudre qu’en regardant son aiguille.
Quoi qu'elle palpe très bien, sans aucune gêne, elle arrive bien à reconnaitre les principaux caractères d'un objet, mais n'en devine que rarement le nom, par une analyse caractéristique, attentive, après réflexion pour la synthèse. — A moins qu'un détail trop significatif Jui donne tout à coup la solution cherchée.
OBsers. MAIN DROITE.
Petite clé er C'est dur, c’est long, c'est plutôt froid.— Estce en bois ou en fer ? Je ne sais pas.
Petite boite carrée en C’est dur, c'est carré, c'est élastique, c'est de Carton SET NE SUE carton. La boîte s'ouvre. Ah ! c'est une petite boite.
CÉEVON ARR C'est long, c'est dur, c'est du bois, c'est rond, c'est peut-être une baguette.
5, franes, IODeU1R.0N C’est dur, c’est rond, c'est plat, c'est probablement une pièce de monnaie.
Montre Re re C'est rond, c’est plat, c'est lisse, je ne sais pas
ce que c’est. Une autre fois elle a reconnu la
montre quand elle a senti le remontoir et
l'anneau.
BORCHORE EE. Je ne sais pas.
Grande agrafe . . . Je ne sais pas, c'est dur, c'est un peu élastique, je ne sais pas la forme, je ne sens pas bien.
DOS, Lio). 1E C’est un peu dur, c'est chaud.
Suerpu leu lr.a C'est plutôt carré, c’est rugueux, c'est lourd,
on dirait un morceau de fer.
À la main gauche, tous ces objets ont été immédiatement reconnus, sans la moindre hésitation.
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