CAS V
(Pièce due à l'obligeance de M. [e Dr Hucor).
Homme de 33 ans, entré, le 23 avril 1900, dans le service de M. le D' Garel ; mort, le 25 avril, d’une péricardite purulente dont nous n'avons pu déterminer l'origine. Il y adeux ans qu’il a remarqué la tumeur que forme l'anévrysme, à droite du sternum.
L'’aorte descendante a un calibre normal et ne présente que quelques rares plaques gélatiniformes. L’aorte ascendante est très dilatée, mesure 19 cent. de circonférence à son origine ; cette dilatation va rapidement en diminuant, disparaît au niveau de la croise. Dans toute cette région, il y a d’abondantes plaques gélatiniformes, quelques plaques calcifiées rares ; pas d’abcès athéromateux. Il existe aussi de nombreux points déprimés, arrondis, à bord assez nets, au niveau desquels la paroi est mince ; cela donne un aspect gaufré. L'aorte ascendante présente deux anévrysmes sacciformes.
1° Grand anévrysme. — Son orifice est situé sur la paroi postérieure, à 2 cent. au-dessous du tronc brachio-céphalique ; de la largeur d'une pièce de 5 francs, il est arrondi et son collet a la forme d'un diaphragme.
Ce collet est examiné sur trois fragments. Premier, en partant de l’aorte : intime légèrement épaissie ; adventice
trés épaisse, avec des amas des cellules rondes ; la moyenne, d'épaisseur normale, contient quelques travées fibreuses. Un peu avant le collet, la moyenne s'amincit ; puis elle réaugmente d’ épaisseur et forme, au collét même, une couche assez épaisse qui se replie puis s'interrompt. L'intime contourne le bord libre ; à 1 cent. du collet on retrouve un tout : petit ilot de ‘noyenne, puis on n’en retrouve plus. Au niveau de l'interruption de la moyenne, il y a un amas conjonctif. | Deuxième : analogue. Troisième : assez différent. On ne trouve pas de moyenne en aucun point. Ce qui représente la paroï aortique ne contient qu'une adventice fibreuse épaisse et l'intime épaisse qui vont former la valvule : vers la base de celle-ci, ces deux tuniques présentent une courte interruption, ce qui fait qu'en ce point la valvule n’est formée que par une mince couche conjonctive; puis elles vont jusqu’au bord libre et disparaissent brusquement et complètement ; l'autre face (face anévrysmale) de la valvule présente une couche de caïllot au contact immédiat d’un tissu conjonctif qui paraît être le tissu ambiant (il contient de la graisse sclérosée), et cet état persiste jusqu’au bout de la coupe. Donc, la valvule présente les couche suivantes : 19 intime ; 2° adventice; 3° tissu conjonctif lâche altéré ; 4° caïllots. Une telle disposition ne se voit jamais primitivement dans un collet et nous pensons qu'il s’agit d’une formation secondaire. Ce que nous avons pris pour aorte était déjà du sac, et le véritable collet formé par l'interruption de la moyenne nous a échappé, soit parce qu’il était peu marqué et s'est effacé sous l'influence de l'énorme dilatation de l'aorte, soit parce qu’il constituait une valvule qui a été détruite par le processus indiqué dans le cas II. Ce que nous avons pris,en ce point, pour un fragment de collet, représentait une déchirure de l'anévrysme, celui-ci devenant faux consécutif en ce point sur une étendue qu’il est difficile de préciser.
Cet orifice mène dans une première cavité plus ou moins globuleuse contenant des caillots. Deux fragments de cette
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poche indiquent : pas de moyenne ; adventice infiltrée d'amas embryonnaires ; couche interne épaisse, régulière, ayant l’aspect de l'intime. Dans un troisième : couche
fibreuse contenant de nombreuses veines remplies de sang
et quelques traînées de cellules rondes ; à un bout seulement on croit.voir une mince couche intime, mais cela est très douteux. Cette première poche, sorte de vestibule, se termine par un large orifice marqué par un bourrelet. Celui-ci est examiné en un point seulement ; il est produit se:lement parce qu'en ce point la couche externe, qui était très ÉpASse, devient très mince.
* Cet orifice conduit dans une vaste cavité très anfractueuse qui échappe à toute description. Elle s'étale derrière le sternum et les premières côtes droites; elle sort du thorax par un orifice limité à gauche par le sternum entaillé, en bas et en haut parles deux premières côtes ; la première côte est presque
complètement dans la cavité, car celle-ci s'étale en avant et
en arrière d'elle. Enfin la poche s'étale au sein des masses musculaires de la région. Cette poche est très irrégulière, anfractueuse, bosselée, les bosselures étant séparées par des bourrelets. Nous avons examiné de nombreux fragments. Parmi ceux pris dans la partie intra-thoracique, les uns
- contiennent deux couches bien distinctes, les autres une seule
paroi fibreuse. En certains points on voit une interruption récente, brusque, dans laquelle pénètre du sang allant disso cier le tissu conjonctif voisin, et souvent cela correspond à une coudure de la paroi. En d'autres où l'interruption est plus ancienne, le tissu s'est densifié, a pris un aspect qui ressemble un peu à lu paroi habituelle des anévrysmes. Parfois enfin, la disparition des tuniques est graduelle. Il y a des phénomènes inflammatoires partant du voisinage de la poche.
Ceux pris en dehors du thorax ont à peu près partout le même aspect; la paroi est formée uniquement par le tissu
ambiant qui est tantôt du tissu conjonctif lâche, enflammé et
infiltré de sang, tantôtle muscle dont les couches adjacentes
— 9 — = sont comprimées, dégénérées, parfois même infltrées de sang. | =
29 [l existe, en outre, un tout petit anévrysme sacciforme situé dans l'aorte ascendante, justé avant le précédent. [Il a le volume d’une noisette, mais est plus profond que large. On peut facilement l'avoir dans une seule coupe. Au collet, disposition habituelle : interruption brusque d’une moyenne qui était déjà mince et très altérée; les deux autres tuniques vont former le petit sac qui est rempli par un caillot; il n’y a que très peu de coupes dans lesquelles on retrouve quelques débris de moyenne après le collet sur un très court trajet. Il y a du pigment sur la ligne d'union des deux tuni-
ques.
Résumé. — Aorte extrèmement dilatée présentant deux poches sacciformes. La petite a la constitution ordinaire. La grande est, dans sa plus grande partie, devenue un anévrysme faux; ces ruptures ont dû être multiples etse produire à une époque où la poche était déjà volumineuse, puisqu'on retrouve l’in:ime dans quelques points très éloignés, tandis qu'elle manque parfois près du collet. Celui-ci ne doit répondre que partiellement au collet primitif, car, en un point, il se présente comme une formation secondaire produite par la rupture de la poche en un point provablement très voisin du collet primitif.