‹ Sur l'écran de rêve, 1892-1896Chapitre 17 sur 18 · COUCHANT D'AMOUR · texte numérisé non relu

COUCHANT D'AMOUR

C'est l'automne. Des feuilles mortes s'effarent dans les rafales, comme des vols d'oiseaux perdus. Au loin, la mer calme, infiniment bleue, avec des mousselines de brume à l'horizon. Vers l'intérieur des terres, des bois moutonnent.

L'A:mé et PAmante marchent côte à côte désunis, les yeux pleins de rêves, sentant finir en eux la joie ancienne. Le ciel teinté d'or clair reste pur. Par-dessus tout le bruissement monotone de la mer.

L'Amante, étendant le bras avec un triste sourire.

Reconnais-tu l'allée? Et le bois frissonnant Où le premier aveu sur nos lèvres mi-closes Fut échanger — Dis-moi, le soleil rayonnant T'en souvient-il ?

L'Aimé, doucement.

Tais-toi.

L'Amante.

Rougissantes les roses, S'effeuillaient dans le vent qui roulait mes cheveux.

L'Aimé.

Ah ! laisse le passé dormir dans ma mémoire. Tout mon bonheur encor demeure dans tes yeux. Je t'aime !

L Amante, poursuivant de sa voix grave.

Vois l'étang dont l'eau calme se moire. Et que nous avons vu tant de fois s'assombrir Quand nous marchions unis dans le gris crépuscule. L'Aimé.

Tais-toi. l'amour encor en nous peut refleurir. L'Amante.

Et voici le chemin parfumé d'aspérule Où ton premier baiser m'a révélé l'amour. J étais tremblante et peureuse sous ta caresse.

Comme tu fus profond, baiser du premier jour ! L'Amante, lentement.

Les nôtres aujourd'hui n'ont plus la même ivresse L'Aimé.

Mienne !

L'Amante.

Pourquoi mentir ? As-tu souffert aussi Et pleuré comme moi des larmes solitaires A sentir notre amour agoniser ainsi.

Nous avons tous les deux épuisé nos chimères ; O mon aimé, nos cœurs l'un de l'autre sont las. Je m'éveille parfois la nuit, quand tu reposes; Tes lèvres que je prends ne me répondent pas; je me sens seule alors près de tes lèvres closes.

Je veux t'aimer, mon cœur rebelle se défend. Je sens au fond de moi décroître ma tendresse, Et devant le bonheur qui fuit, comme un enfant, Je pleure tout bas, le cœur gros, l'àme en détresse.

L*AimÉ, l'entourant de ses bras.

Qu'importe nous restons, côte à côte, enlacés.

L'Amante.

Oh ! l'amour qu'on voudrait garder et qui s'envole ! Songer que pour aimer, il faut aux jours passés Prendre leur joie et le souvenir qui console. Mendier aux regrets les baisers du présent Et vouloir malgré tout aimer toujours, quand même !

L'Aimé.

Pauvre âme. tu connais ce chagrin décevant.

L'Amante.

N'est-ce pas? O penser que toi, que toi que j'aime Un jour je t'aimerai beaucoup moins, que tous deux Nous vivrons côte à côte indifférents, Peut-être Haineux, meurtris...

L'Aimé.

Tais-toi, mon aimée. .

L'Amante.

Oublieux !

// J'attire contre lui et berce sa peine cherchant à la cents

Oui, berce-moi ! Dis-moi ta pensée, ô mon Maître,

Parle-moi de ta joie et de notre bonheur Etreins-moi contre toi. — Plus près.

L'Aime.

J'ai l'àme pleine

De ta tristëss

L'Amante.

ute, ô mon Aimé, j'ai peur

Des chagrins à venir...

L'Aime, lu baisant sur les le ires.

Donne-moi ton haleine.

Ta bouche, ton sourire. Ah ! tu croyais passé Notre amour , tu vois bien que non :

L'Amante s'arrache à l'étreinte avec amertume.

Quelle folie !

Ta lèvre se refuse à ton baiser glacé. Pourquoi donc nous jouer la vaine comédie ? Pourquoi mentir? je sais que tu ne m'aimes plus. Comme la mienne, ami, ton àme en est brisée Et nos baisers éteints sont des jeux supertlus. Ce que tu aimes, c'est l'ancienne épousée. L'amoureuse d'antan que tu revois en moi.

L'Aimé.

Qu'importe, mon cher cœur, si j'adore mon r Qu'il soit enfui.

L'Amante.

Mais en ton àme nul émoi ; En nos fronts douloureux le vieux songe s'achève ; Nos cœurs ne battent plus du même élan sacre. Ton âme me devient peu à peu étrangère. Nous ne nous aimons plus. A quoi bon nous leurrer

L'Aimé.

Notre peine, après tout, peut être mensongère. . Qui t'a dit ?

L'Aimante.

Ton sourire, et ta voix, et tes yeux.

Tout ce qui me donnait jadis la joie exquise De me sentir en toi. Passé délicieux Que nous ne savons plus. Ayons en la franchise Et ne commençons pas le douloureux duel Où chaque àme reproche à l'autre sa misère, Lamentable débat, où chacun croit cruel Et lâche l'abandon de l'àme qui fut chère. Ah ! ne pourrait-on pas aimer toujours ! toujours !

L'Aimé.

Mais moi, je t'aime encor, ma pauvre désolée, Je respire le parfum grisant des vieux jours.

L'Amante.

De l'amour ancien je me sens exilée.

L'Aimé.

O folle ! Nous rêvons ! Mais j'ai soif de tes yeux, Mais j'ai soif de tes mains, mais j'ai soif de te? lèvres.

L'Amante.

C'est en notre pitié que nous aimons tous deux.

L'Aimé.

Non, je te veux encor. Crois en les douces fièvres Qui faisaient tes yeux profonds, et tes bras plus lents A m'étreindre.

L'Amante.

L'Aimé.

L'Amante.

Tu veux ?

Aime-moi.

Tu oublies.

Quand vient l'aube en velours les réveils désolants, L'amertume qu'on a sur les lèvres pâlies ; Je suis lasse de ce mensonge.

L'Aimé, l'attirant contre lui.

Asseyons-nous

L'un près de l'autre encor, ton front sur mon épaule

Comme jadis.

L'Amante, amèrement.

Et puisque le passé fut doux Réveillons-le. Jouons tristement notre rôb.

L'Aimé.

C'est toi !

L'Amante.

C'est toi ! — Tous deux. — Et nous parlons ainsi,

Ce sont nos voix qui froidement disent ces choses.

L'Aimé.

Tais-toi ! Nous vînmes si souvent rêver ici ; L'Avril sur les îlots verts jetait ses neiges roses. Des vols de goélands palpitaient au ciel blanc . L'eau joyeuse et le vent galopaient sur la grève Et des vergers en fleurs montait un air troublant.

L'Amante.

Comme nous étions seuls, murés dans notre rêve. L'Aimé.

Tes blonds, tes chers cheveux se déroulaient au vent

Et ma bouche parfois en était parfumée.

L'Amante.

Moi je rêvais, pensive et grave, f écoutant. J'étais pour toi la radieuse bien-aimée Tu parlais, tu disais des mots : Toujours, toujours Je t'aimerai.

L'Aime, distrait et les yeux an loin.

Des voix chantaient parmi les branches,

Et les sources avaient des plaintes de velours.

L'Amante.

Pourquoi regardes-tu là-bas les voiles blanches?

L'Aimé, lentement.

Toutes blanches, au vent qui les porte au lointain, Vois comme elles s'abandonnent les prometteuses, Tendant leur sein gonflé vers le but incertain, Vers l'éternel Ailleurs, où vont nos voyageuses Fantaisies.

L'Amante.

Tais-toi! Je comprends trop. Tu veux Garder de notre amour l'exquise souvenance. Tu ne veux pas savoir l'écœurement, les yeux Qui mentent et la voix qui dit sans confiance Les mots de passion. Tu veux partir ! Hé bien Va ! Le baiser d'adieu c'est moi qui te le donne. Mais je veux seulement avoir, 6 mon cher Mien, Un dernier jour de rêve en ce doux soir d'automne. Apres tu partiras, je veux.

L'Aimé.

Pourquoi partir?

L'Amante.

Afin que nous gardions toujours au cœur, vivante,

Notre tristesse aimante et qui n'a pu mourir.

Je veux être pour la dernière fois l'amante

Que tu connus aux premiers jours, je veux encor Vivre aux heures d'oubli du vieil antan.

Quel songe

A donc passé tantôt dans tes prunelles d'or?

L'Amante.

Dis, par pitié, fais-moi ce suprême mensonge. L'Aimé.

Les fleurs violettes de l'Automne dans les prés

Ont d'étranges parfums pour l'àme endolorie. L'Amante.

Dis-moi des mots d'amour, je les ai désirés ;

Dis-moi les mots de notre ancienne folie,

Reprends ses charmes au passé qui s'envola.

Ayons dans le présent cette heure de mirage

Et quittons-nous avec le parfum de cela.

Veux-tu?

L'Aimé.

Je te comprends ! Nous fuyons le servage

Des amours déflorés que l'on hait sans espoir.

Des lassitudes qui savent rendre ennemies

Les âmes qu'unit seul un douloureux devoir. Il J'embrasse avec plus de fie ère, ému du regain d'amour q en lui,

L'Amante.

Tu sauras réveiller les phrases endormies

L' Aimé s'étend près d'elle, et V entoure de ses bras, penchant sa boucle

s les lèvres rouges.

Viens, mettons-nous ainsi. — Aux bruyères en fleurs- Regarde se nouer des écharpes de brumes.

L'Amante.

Oui. — Ta voix autrefois, avait de ces douceurs. L'Aimé, tendrement.

Ce fut par un matin semblable que nous eûmes

Ce désir enfantin de savoir de la mer

Le goût des larmes. Mais dans ta main, mon aimée,

La vague avait perdu tout ce qu'elle a d'amer

Et de ta chair à toi, l'eau s'était parfumée.

L' Amante, penchée vers ses yeux.

Laisse-mo' dans tes yeux, ou souvent j'ai cru voir Glisser tes rêves, me perdre en une en-allée Lointaine et lente. C'est dans tes yeux que le soir Je regardais venir ta tendresse étoilée, Car avec ton amour tout le ciel y brillait.

L'Aimé.

Moi j'ai vu dans les tiens l'eau calme des fontaines Qui lentement déroule sa moire, où riait L'Espoir du pèlerin las des courses lointaines. J'aime tes mains, les mains chères qui m'ont bercé. Celles qui savaient prendra en leurs doigts si fragiles

Les peines lourdes à mon cœur parfois lassé, Les rêves noirs et les tristesses inutiles.

L'Amante, livrant ses mains.

Les mains que tu chéris, je te les donne encor.

De l'idéal lointain qu'ensemble nous frôlâmes

Elles ont gardé comme une poussière d'or. L'Aimé, baisant les mains légères.

Caresseuses d'amour, vous effleurez le? âmes.

Vos doigts souples et fins savent mieux que les mots

Descendre au fond de nous.

L'Amante.

Tu disais bien ces choses.

L'Aimé.

Pourquoi parler de ce qui fut ?

L'Amante, avec une tendresse ironique.

Vois sur les flots

Traîner nonchalamment l'essor des voiles roses. L'Aimé.

Laissons-les!

L'Amante.

Dans le vent qui les porte au lointain.

Vois comme elles s'abandonnent, les prometteuses.

Tendant, leur sein gonflé vers le But incertain,

Vers l'Eternel Ailleurs, où vont nos voyageuses.

Fantaisies.

Tais-toi ! Ne parle pas ainsi !

Pourquoi chercher au loin des bonheurs illusoires ?

La sagesse dit bien qu'il faut rester ici,

Et laisser sur les eaux où se meuvent des moires

D'émeraude. l'essor nonchalant et léger

Des voiles, ces oiseaux ouvrant dans la lumière

Leurs ailes de mensonge, au vent ce mensonger.

L'Amante.

Hoî ta voix avait bien ces accents de prière. Jadis.

L'Aimé.

Tais-toi. Jadis c'est nous, c'est aujourd'hui C'est le matin. C'est l'heure exquise qui s'envole, Donne-moi tes cheveu blonds.

L'Amante.

Oui.

Prends-les.

L'Aime.

Combien de fois penché sur ton épaule

J'en respirai la fine et grisante senteur.

Dans leur brouillard tissé de clarté lumineuse

s yeux savaient trouver en leur vague blondeur

Des infinis de rêve, une plaine songeuse

Où des épis pressés se balançaient au vent.

Ou les flots d'une mer qu'on eut dite d< r

L'Amante.

Ils sont toujours à toi.

L'Aimé.

Et j'y crus bien souvent

Dormir enveloppé de toi. mon adorée.

L'Amante.

Te souviens-tu de cet Avril étincelant Où nous fûmes tous deux rêver sur les collines. Où nous allions émus dans le matin si blanc! Dans les branches le vent mettait ses voix câlines.

L'Aimé.

Et comme nous passions sous les pommiers en fleurs Ce fut sur tes cheveux si blonds, une avalanche Indécise et silencieuse de pâleurs.

L'Amante.

En riant, tu mêlas a cette neige blanche

Qui m'égayait, tous les baisers que tu voulus.

L'Aimé.

Tu vois que du Présent, l'Amour passé nous sauve.

L'Amante.

Les baisers envolés ne nous reviennent plus.

L'Aimé effeuille des fleurs sur ses cheveux.

L'Automne en tes cheveux mettra sa neige mauve. Regarde.

ante. attristée.

Non.

L'Aimé.

Je t'aime et nous avons rêvé.

Parle-moi. c'est si doux ta voix blonde qui chante.

Tu vois que notre songe est loin d'être achevé. L'Amante.

Je crains en m'éveillant, l'aube qui désenchante. L'Aimé.

Tais-toi. ne pensons plus a ces choses. Les bois

Là-bas sont pleins de blanches fleurs de clématites.

Dis-moi. tu crois encor à mon amour?

L'Amante.

J'y crois!

Ton sourire est trop franc. Toutes ces phrases dites Autrefois, ton amour les fait neuves, j'y crois: Tu m'aimes, je le sais, et je suisamoure; Je me sens frissonner au frisson de ta v< Prends ma bouche qui fut de ton baiser peureuse! Prends mes yeux et mes mains.

L'Aimé.

Tes lèvres?

L'Amante.

- cheveux

Prends tout ce qui fut Moi. le meilleur de l'Idole, Parle, demande enccr, que veux-tu?

— fcl —

L'Aimé.

Je te veux

Elle se recule brusquement et se refuse à lui qui tend les bras.

L'Amante.

Non ! Pas cela !

Long silence. Elle pleure doucement.

J'entends le charme qui s'envole.

L'Aimé.

Tu pleures!

L'Amante.

Plus un mot! ô plus un mot. Plus un Désir. Ne parlons plus. Je voudrais du silence Pour y dormir. L'amour a fui comme un parfum Et c'est le vieux chagrin qui déjà recommence. Il faut partir. Ne dis plus rien. N'implore pas. Sois bon! Cette heure folle était inespérée. Gardons-la sans rancœur. Tu vas partir, là-bas Vers l'Inconnu menant ta chair tout enivrée De moi, de mon sourire et du chant de ma voix. Partir avant les yeux emplis de tout ton rêve... Ton amour était vrai, je le garde; j'v crois. Mais va-t'en, je le veux. Par pitié.

Sur la grève Sont les bateaux qui vont cingler pour le lointain Prends le sentier qui fuit, là, derrière la haie. Tu ne m'écoutes pas.

L'Aimé.

Oh! non. pas ce matin.

Pas ainsi quand j'ai l'ame encor tout égayée.

L'Amante.

Tu ne comprends donc pas qu'attendre c'est meurtrir Ce qu'il nous reste au cœur d'amour; vouloir la lie Du calice où nous avons bu de quoi mourir. O crois-m'en, mon aimé, faisons cette folie De n'avoir pas voulu nous haïr au déclin Du rêve qui fut notre incessante pensée. De le quitter avant d'en connaître la fin, De le quitter, et d'en garder l'âme blessée.

L'Aimé.

Tu veux sauver de nos faiblesses notre amour. Et conserver en nous notre brève tendresse.

L'Amante.

Aimante, j'attendrai l'impossible retour; Pour toi je resterai l'Eternelle maîtresse. Que ton regret toujours, partout te montrera.

L'Aime.

Je partirai.

L'Amante.

Merci !

L'Aimé, ,

Pourtant, je doute encore

J'hésite, permets-le. — C'est que j'ai tout cela Ce bonheur, ces vieux jours du passé que j'adore

Dans mon àme qui saigne en le quittant. — Je crois Que tu dis vrai, qu'attendre est vouloir la tendresse Avilie. Vois-tu, j'ai souffert tant de fois! Le mal que tu faisais avait bien son ivresse Et je regrette tout.

L'Amante.

L'illusion demain Se serait envolée, avons en le courage, Je veux que notre amour demeure surhumain. N'achevons pas le rêve, et pour nous le mirage Que nous n'aurons pas vu se dissiper, moqueur. Gardera la splendeur calme de sa lumière. Impérissablement muré dans notre cœur.

L'Aime.

L'heure d'amour que nous laissons...

L'Amante.

Est la dernière.

Et la source est tarie où nous buvions tous deux. Ils se regardent longuement, tristement tendres, et s'étreignent avant

V adieu.

L'Aimé.

Où boirai-je l'eau glacée de ton haleine? L'Amante.

Aurai-je plus le calme apaisant de tes yeux?

Que ce paisible adieu soit sans pleurs et sans haine.

Viens !

L'Amante entoure de ses bras Je cou de V Aime. Au loin bleuit la mer

lointaine.

Toi qui fus mon rêve et ma vie, ô l'Aimé,

L'Aimé, qui m'as donné le? caresses exquises,

Va-t'en, moi je te garde en mon cœur enfermé.

Va-t'en. — Je reviendrai dans les aurores grises

M'accouder. anxieuse, interrogeant la mer.

Et je saurai, pensant a toi, le charme amer

D'attendre sans espoir les ivresses absentes.

Adieu !

L'Aimé avidement la contemple.

Laisse-moi bien te voir, t'aimer, m'emplir

L'àme de tout ce qui fit ma joie ou ma peine.

Laisse-moi bien créer mon vivant souvenir,

Garder toute ton àme enclose dans la mienne. L'Amante.

Va-t'en, comme situ devais me revenir,

Donne -moi des baisers, des baisers fous, du rêve.

L'assoiffement de toi, profond à en mourir. A pleines lèvre; leurs bouc xmt pour li dernière fois. Pour la

dernière fois, leurs corps s'ètreignent, épuisant la dernière minute

d'amour.

L'Ai

lieu.

Il descend le chemin. Ses pas décroissent et s'éteignent. Long silence. Tout bas. la nier chante.

L'Amante.

Ho ! la chanson des vagues sur la grève ! Le miroitis mouvant de la mer au lointain. L'envolement si lent de ces choses ailées. Cette fuite de tout vers le vague incertain! La source qui tarit, le vent dans les allées Ombreuses s'enfuyant. étoiles au ciel clair Glissant dans le matin pâli, couchants de flammes Voilés d'ombre, tout ce qui s'éloigne et se perd Quelle obscure douleur vous jetez dans nos âmes? Qui reste en nous pour voir, immuable témoin. Ce que de notre chair il s'arrache à chaque heure. Ce que de notre joie il s'envole au lointain Tout ce qui fuit en nous d'heureux. — et qui demeurer

Au loin, fraîche et jeune , une chanson légère se rapproche. Refrain d'écolier en route.

La Voix.

Mignonne, partons tous les deux

Toi, toute blanche et toute rose.

Avec du vent dans tes cheveux Pour les jardins où sont les roses.

L'Amante.

Ho! Même cette voix lointaine me fait mal. Elle chante l'Avril des lèvres amoureuses.

Je n'ai plus faim, je n'ai plus soif. — O matinal Sourire des amants après les nuits heureuses! Tout ce qui souffre en moi. c'est de l'amour encor.

La Voix.

Viens, nous nous aimerons toujours.

L'Amante.

Cette voix me meurtrit.

Voici sa voile blanche !

Elle glisse, au soleil, ouvrant son aile d'or.

Vers l'aigue-marine on voit le màt qui se penche. C'est lui. — Tout est fini, c'est le réveil amer. Toute la joie immense et chère qui s'envole — Je pleure — Une révolte en moi clame — La mer Entre nous deux, grandit toujours !

Plus proche, la voix poursuit, moqueuse et ga

Viens, nous nous aimerons toujours!

Et nous laisserons, sans tristesse, Les jours s'enfuir après les jours.

L'Amour est l'éternelle ivresse...

■■.NTE.

Ai -je été folle, De le vouloir ainsi? — Au loin cette blancheur, C'est sa voile au soleil flambant qui s'illumine — Comme tout est joyeux.

Je ne sais pas, j'ai peur D'être seule. Je n'ai plus sa chère poitrine

Pour )• pleurer comme autrefois, et je n'ai plus

Sa main quand je souffrais, qui me serrait la mienne ;

Je n'ai plus rien, autour de moi, de ce que j'eus,

Et je comprends que je l'aimais, que j'étais sienne

A en mourir — O mais, qui est-ce qui nous ment

En nous, et qui nous fait si mal et qui nous brise,

Et vient empoisonner, sûrement, lentement,

Chaque heure de la vie où l'âme fut exquise? —

Je n'ose plus, là-bas, regarder l'horizon,

Ni refaire sans lui la route que nous fîmes.

Ni retrouver le seuil de la chère maison —

Ah î les bonheurs d'amour qu'on proclame sublimes !

— Ho! Cette voile blanche au loin — oui, je l'aimais!

J'ai voulu follement briser le cours, des choses

Opposer à la Loi le vouloir que j'avais.

11 faut donc obéir, sans savoir, à des causes.

Je l'aimais ! Je l'aimais, et pourtant, notre amour

Râle et se meurt. Je sens ma tendresse épuisée.

Fallait-il donc aimer jusques au dernier jour.

Jusqu'à ce que la joie ancienne fut usée,

Et dans l'écœurement venu boire l'oubli?

Au loin, la mer s'enflamme d'or vers le couchant — Des voiles égayent

la mer sanglante — L'amante murmure, égarée :

Là-bas... Et dans le vent qui les porte au lointain. Vois, comme elles s'abandonnent, les prometteasc>.

Tendant leur sein gonflé vers le but incertain Vers l'éternel Ailleurs, où vont nos voyageuses...

Elle éclate en sanglots — Dans le silence profond dit soir qui cngrisailïe les collines, la voix lointaine et claire sème sa railleuse promesse d'amour.

Tu sais bien que je t'aimerai, Comme un rêve, toute la vie...

Au Port

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