PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DU COLLARGOL
Les propriétés antifermentescibles de l'argent sont connues depuis iongtemps. On sait dans le peuple que certains mets se conservent mieux dans des vases d'argent. En Thessalie et en Italie, il est d'usage d’appliquer de l'argent sur les plaies pour hâter la cicatrisation. C'est à ces propriétés de l'argent que le collargol doit son action antiseptique et bactéricide.
$ 4er, - Propriétés antiseptiques.
Les expériences de Crédé ont mis en lumière les propriétés antiseptiques énergiques de ce corps, De plus, contrairement aux autres composés d'argent, le collargol paraît n'avoir qu'une toxicité très relative.
Les propriétés antiseptiques du collargol ont été démontrées par Baldoni, Brunner, Beyer et Cohn.
Une solution à 1/30° détruit le staphilococcus auréus
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en 10 heures, le strepttococcus piogénéus en 8 heures, le bacille de Léæffler en 6 heures. (Cohn et Brunner.)
D'après Baldoni, une solution à 1 o/o met 20 minutes pour tuer le staphylococcus albus, 30 minutes pour tuer le staphylococcus auréus, 32 minutes pour tuer le streptococcus piogénéus.
Si nous prenons comme terme de comparaison le sublimé corrosif qui est un des antiseptiques les plus énergiques, nous aurons une idée plus nette de la valeur antiseptique du collargol. Nous constatons que la dose bactéricide de subiimé est de 0.006 pour 30, en ce qui concerne le staphylocoque doré, tandis que cette dose est de 1/30 avec le collargol. Dans ce cas, le collargol serait 100 fois plus faible que le sublimé.
Toutefois, ainsi que le pensent Netter et Salomon, à Son pouvoir antiseptique vient surtout s'ajouter son pouvoir empêchant. Crédé a trouvé qu'une Solution à 1/2000° arrête le développement du staphylococcus auréus. Pour Cohn, il suffit d'une solution à 1/5000 et pour Brunner d'une solution à 1/6000.
Du sérum sanguin ou du bouillon de viande dans lequel on a fait dissoudre de l'argent colloïdal demeure stérile pendant des mois même dans les conditions les plus défavorables (Beyer).
D'autre part, Beyer a pu avec des injections de collargol arrêter l'infection d'animaux innoculés avec des stapyhlocoques dorés très virulents. Des expériences analogues ont donné, il est vrai, entre les mains de Brunner, de Cohn et de Trommsdorff de moins beaux résultats Néanmoins, les propriétés anti-
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septiques du collargol ont été confirmées par les applications thérapeutiques.
Ajoutons que Strauss constate que les cultures de tuberculoses ne se développent pas dans des vases d'argent. Follet remarque que lorsqu'il se servait de fils d'argent pour isoler les milieux de culture des parois des tubes de verre, le résultat de ces cultures était négatif.
Comme antiseptique local, Crédé nous dit que « l'application d'argent soluble au point infecté est un bon antiseptique ». Aussitôt en effet que la solution d'argent vient en contact avec les coccus, aussitôt il se forme de l’acicle lactique argentique qui a une grande puissance antiseptique.
$ 2. — Toxicité.
La toxicité du collargol est insignifiante. Brunner, Koïder et Klimmer ont étudié son action sur les animaux. L'injection intra-veineuse est bien supportée par le lapin et le cheval.
Cohn, par exemple, a pu en injecter 1 décigramme dans la veine marginale d'un lapin de 2.110 grammes et chez le cheval a pu aller jusqu'a 1 gramme. A la suite de cette injection intra-veineuse, on voit apparaître une leucocytose marquée et rapide. Chez le lapin, d’après Brunner, le chiffre s'élève de 10.000 à 21.400 et de 14.800 à 28.800.
Chez le cheval, cette leucocytose a été également
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constatée ; elle est accompagnée d’élévation de température qui apparaît au bout de 4 à 6 heures, persiste quelques heures et disparaît. Crédé a constaté maintes fois ces faits chez l'homme.
Le collargol en injection intra-veineuse cüezle chien produirait de l'œdème pulmonaire. La dose minima rapidement mortelle serait comprise entre o gr. o5 et o gr. 10 par kilogramme d'animal. Cette dernière dose amène un œdème pulmonaire et la mort chez le chien. L'autopsie dénote en outre une congestion intense du foie, de la rate et des reins, et une hyperhémie très marquée de la muqueuse instéstinale.
Le lapin serait moins sensible à l'action du collargol. La même dose, o gr. 10 par kilogramme, n’amène pas aussi rapidement la mort, et ici nous n'avons pas d'œdème pulmonaire.
Chez l'homme, Crédé et Hermann Schmidt ont pu injecter sans accident le premier o gr. 8 à o gr. 12, le second 0 gr. 10 à o gr. 20 de collargol.
En définitive, vis-à-vis de l'organisme, le collargol est fort peu toxique, son action irritante est nulle ; les liquides albumineux n'en coagulent pas les solutions comme cela arrive par les autres sels d'argent. [Il ne donne lieu à aucune manifestation perceptible au malade excepté quelquelois la sensation désagréable d’un goût métallique dans la bouche.
Nous avons cru bon d’ajouter ici les expériences de Jousset sur le collargol telles qu'il les publia en l'année 1903.
Un premier lapin pesant 1 kil. 870 fut mis en expé-
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rience le 14 janvier 1903. Il reçut chaque jour une injection d'une solution de collargol! au 1/100 stérilisée. Il reçut d'abord 1/4 de centimètre cube, puis 1, enfin 2 centimètres cube. A partir du 21 février j'employai une solution au 1/10 dont je continuai à injecter 2 centimètres cubes. Le plus souvent ces injections furent intra -musculaires ; quelques-unes furent intra-péritonéales, d'autres eñfin, furent pratiquées dans la veine marginale de l'oreille. Sauf une élévation de température de 1° et de 1°, 5 qui se maintint tout le temps de l’expérimentation, l'animal mangeait et semblait bien portant, quand le 2 mars,.le quarante-unième jour de l'expérimentation, ce lapin fut pris de diarrhée profuse, d’agitation. La température baissa rapidement, et l'animal mourut le septième jour de la diarrhée. A l’autopsie, la cavité péritonéale contenait une quaritité notable de liquide sanguinolent. 11 n'y avait aucune trace de suppuration ni d'inflammation dans les masses musculaires injectées, à l'exception d'une légère conjestion. Les viscères paraissaient sains.
Un deuxième lapin soumis à une expérimentation semblable conservait encore les apparences de santé (sauf toujours l'élévation de température) le cinquanteunième jour de l'expérience. Je lui administrai alors par la bouche 2 centimètres cubes d'unesolution de collargol au 1/100. Dès le lendemain apparut la diarrhée profuse avec plaintes et agitation,et le quatorzième jour le lapin succombait. L'urinerecueillie dans la vessie était albumineuse.