‹ Sur l'emploi du collargol dans les affections des membranes externes de l'œilChapitre 30 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DU COLLARGOL DANS LES PANOPHTALMIES

La panophtalmie, post-traumatique ou post-opératoire, est l'infection de l'œil la pius redoutée par suite de la gravité des accidents qu'elle occasionne. Si malheureusement notre arsenal thérapeutique se trouve bien insuffisant pour lutter contre la maladie déclarée et en pleine évolution, nous devons tout au moins nous efforcer de toutes nos forces à prévenir cette terrible complication et mettre en jeu pour atteindre ce but tous les agents antiseptiques que la pratique nous a permis d’apprécier.

C’est parmi eux que nous devons ranger le collargol qui, quoiqu'étant un antiseptique faible comme nous l'avons vu précédemment, n'en est pas moins un bon adjuvantet un précieux auxiliaire.

À. Trousseaux, l’un des premiers, cite, dans la Clinique ophtalmologique du 10 mars 1903, trois observations que nous croyons utiles de mettre en lumière, quoique se rapportant d’une façon indirecte au sujet

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qui nous préoccupe. Ces observations montrent bien le rôle important que peut jouer le collargol dans un début de panophtalmie.

A.— «Jeune femme de 24 ans.Quelques jours après un accouchement normal, elle ressent des frissons, une élévation de température, des troubles puerpéraux compliqués d’irido-choroïdite

« Appelé auprès de la malade, dit le docteur Trousseaux, je constate la paupière gauche tuméfiée, rouge, une conjonctive chémotique, l'h1meur aqueuse trouble, l'iris tomenteux, un léger hypopion. Deux jours après ma première visite j'ai recours au collargol devant l'échec de l’atropine.

« Après deux frictions, amélioration notable, chemosis ct hypopion disparus, chambre antérieure éclaircie.

« Au bout de 6 jours il n’y a plus qu'un iritis vulgaire. L'état général s'est amélioré parallèlement. Six frictions seulement au collargol ont été employées.

« Le curage de la cavité utérine avait été fait le même jour que j'ai commencé l'emploi de l’onguent de Crédé. »

B. — « Femme de 48 ans, atteinte de pneumonie infectieuse grave. Elle a eu autrefois une ophtalmie blennorrhagique suivie de perforation de la cornée et leucome adhérent.

« Actuellement les paupières sont dures, tuméfiées ;

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ilexiste un écoulement muco-purulent, du chémosis, un hypopion.

« Après deux visites je crains une panophtalmie inévitable.

« Mais après 4 jours se produit une amélioration sensible par deux frictions au collargol prescrites par le médecin traitant. Bientôt guérison complète. « Les frictions avaient en même temps fait retrocéder les signes pneumoniques et fait tomber la température de 40°1 à 36°5. »

G. — « Homme de 55 ans, opéré de cataracte avec tous les soins d’aseptie usités. Après 15 jours, au moment où je le déclarais guéri, il fut pris d’une violente poussée d'iritis, avec troubles du vitré et douleurs intenses.

« Ce malade très rhumatisant avait souffert toutesa vie d'iritis, si bien que je fus embarrassé pour savoir si j'avais affaire à une infection post-opératoire retardée, ou à un iritis d'origine générale. Lemercure, le salycilate de soude, l’atropine à haute dose,n'empêchent pas l’état local de s'aggraver. La pupille se rétrécit et s’encombre d’exsudats. Douleurs atroces. Après 8 jours, j'ai recours au collargol.

« À la troisième friction, la douleur et les exsudats avaient disparu, la pupille se dilatait. La guérison fut si complète que le malade possède une acuité visuelle de 1/2 avec + 10 D. »

Il résulte de ces observations que l'emploi du collar-

gol est arrivé à temps pour juguler la panophtalmie

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en perspective. Toutefois, pour être complet, nous devons faire remarquer que, dans le premier cas, le curettage de l'utérus pourrait bien avoir eu une action prépondérante sur la marche rétrograde de la maladie.

Dans la seconde observation, il faudrait admettre une coïncidence assez extraordinaire avec la période de déclin de la maladie. Si même nous admettons cette hypothèse, nous devons constater que l'emploi du collargol tout en n'ayant pas une influence directe sur la durée et la gravité de l'affection causale, c’est-à-dire de la pneumonie; que le collargol, dis-je, a eu une influence des plus heureuses au point de vue de la complication oculaire.

Vancleroy en 1904 emploie le collargol dans plusieurs cas où il y avait à craindre la panophtalmie et dans un cas de suppuration après ténotomie. L'auteur a vu les accidents s'amender et disparaître à la suite de l'emploi du collargol.

Le docteur Baudoin (1) a relaté deux cas d'infection oculaire grave avec menace de panophtalmie, qu'il a été assez heureux d'enrayer par des frictions au collargol et sans aucun autre traitement que des lavages antiseptiques.

1° Panophtalmie post-opératoire consécutive à une irridectomie faite chez un homme porteur d'une dacryocystite paraissant guérie. Le malade opéré éprouve

(1) Baudoin. Société d’ophtalmologie de Paris. Séance du 4 juillet 1905.

des souffrances toute la nuit qui suit l'opération. Au lever du pancement, on a tous les symptômes d'un début de panophtalmie.

Frictions au collargol sur le bras. Pour cela, Baudoin lave à l'eau savonneuse la peau de la saignée, brosse et décase jusqu'à léger érythème. Les frictions durent 8 minutes chaque avec une pommade à 20 0/0. Dès le lendemain il y a amélioration.

Cinq jours après une médication journalière, l'œdème des paupières a disparu, la sécrétion muco-purulente est insignifiante. Tout danger a disparu.

2° Panophtalmie post-traumatique. [Infection par un clou rentré à 15 millimètres du bord externe de la cornée. Vitré infiltré de muco-pus et supurant sur le pourtour de la lésion. Chémosis conjonctival. Menace de généralisation infectieuse.

Traitement au collargol. Amélioration le lendemain, Chémosis disparu; sécrétion muco-purulente insignifiante. Huit jours après, il ne restait du traumatisme qu'une hémorragie intra-vitréenne abondante dont la résorption nécessita plusieurs mois.

Comme on le voit dans ces deux observations, l'emploi du collargol fit merveilie, et ce médicament devraif s'imposer toutes les fois qu'on a affaire à une menace de panophtalmie, si l'on s'en tenait là.

Darier (1) dit avoir pratiqué des frictions au collargol dans plusieurs cas de panophtalmie; et il a été

(1) Darier. Société d’opbtalmologie de Paris. Séance du 4 juillet 1905.

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frappé par l'irrégalarité de son action. Il pratique les frictions sur une large surface pendant un temps assez long, 15 à 20 minutes, cela dans les cas graves, trois ou quatre fois par Jour.

« Il serait intéressant, dit-il, de rechercher la nature « de l’agent infectieux dans les cas où le collargol a « réussi. Quant à son emploi en collyre, je préfère « l’argyrol qui est à la fois plus soluble, plus inoften- « sifet plus efficace. »

Jocqs estime que les accidents justiciables du collargol sont non point la panophtalmie vraie, mais bien les affections post-opératoires où il semble que l'infection soit plutôt limitée à la plaie irienne où elle prendrait naissance, telle dans les cataractes. La plaie cornéenne qui la touche est infectée également, mais secondairement. Ce qui domine, c'est l'iritis, avec des exsudats plastiques qui encombrent la pupille et laisse après guérison une occlusion pupillaire membraneuse. La guérison de ces cas est la règle et la panophtalmie ne survient jamais.

D'ailleurs, on voit souvent après l'opération de la cataracte avec iridectomie, des accidents de segmentite irritative sans exsudation qui font traîner la guérison deux ou trois semaines.

Ces accidents sont justiciables du collargol et ne peuvent que s'amender sous son influence avantageuse.

Le docteur Meyer, enfin, emploie le collargol comme antiseptique, avant et après les opérations. Il

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se sert d'une solution à 5 o/o et il imbibe la gaze du pansement avec cette même solution.

IL obtient aussi de bons résultats dans les traumatismes. Mais quand la panophtalmie est déclarée déjà, elle n'a pu être enrayée, pas plus par les frictions énergiques que par les lavements ou encore les injections intra-veineuses au collargol.

Disons à titre de mémoire que le docteur Meyer vante les bons effets de ce médicament pris à l’intérieur dans une infusion de thé.

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