CHAPITRE VI
EVALUATION DU ROLE DU TRAUMATISME LE POINT DE VUE DE L'HYGIENE DU TRAVAIL
Certes, au point de vue théorique, le problème de l’étiologie traumatique de la tuberculose est très complexe. Il doit être considéré comme une question en suspens qui ne pourra être reprise qu’au moment où certains faits de pathologie générale seront éclaircis. Au point de vue pratique, il n’en est plus de même. La tuberculose traumatique soulève en effet des problèmes médico-légaux très délicats qu'il importe de résoudre dans la pratique, indépendamment de l’incertitude théorique dans laquelle on se trouve encore aujourd’hui.
À la suite d’un traumatisme considéré comme accident de travail, accident de voie publique ou n’importe quel accident entraînant une responsabilité, la victime fait une lésion tuberculeuse. Peu nous importe alors de savoir quel était exactement le mécanisme d’éclosion de cette tuberculose. La question se
résume en ceci: dans quelle mesure le traumatisme
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a-t-il modifié la marche spontanée des processus, autrement dit, la lésion tuberculeuse se serait-elle produite sans l’accident et aurait-elle évolué de la même façon.
La réponse n’est pas toujours facile à cette question. À l’état actuel de nos connaissances, il est certain que le traumatisme ne crée pas la tuberculose. Un sujet qui fait une lésion bacillaire à la suite d’un traumatisme était déjà porteur du bacille de Koch. Mais on admet aujourd’hui que tout adulte est biologiquement tuberculeux, mais l'infection reste latente. Dans ce cas, on doit penser avec Mosny que « laccident a porté au blessé un préjudice presque aussi grand que s’il l’avait effectivement rendu tuberculeux ».
Donc, le rôle du traumatisme, bien que celui-ci ne soit qu’un facteur déclenchant, doit être considéré comme décisif. Sans traumatisme, l'infection bacillaire serait peut-être restée latente indéfiniment. Cet avis semble aujourd’hui être universellement partagé.
Ceci posé, commencent les difficultés. Les traumatismes d’une part, la tuberculose d’autre part sont suffisamment fréquents pour qu’il puisse s’agir d’une pure coïncidence. Il s’agit d’établir, sinon une relation de cause à effet, du moins une chronologie logique entre l’accident et la lésion tuberculeuse.
Le médecin chargé de l'expertise doit étudier soigneusement les points suivants:
a) Etat antérieur du blessé.
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b) Suites immédiates du traumatisme.
c) Période intercalaire entre le traumatisme et le début clinique de la lésion tuberculeuse.
d) Début clinique de la tuberculose.
e) Autres localisations tuberculeuses.
Le point capital est certainement l’état antérieur et c’est précisément ce qui est le plus difficile à établir, faute de documents. Ajoutons que parfois la vérité est altérée du fait des avantages pécuniaires de l’absence de tuberculose antérieure.
L’étude des suites immédiates et celle de la période intercalaire peut montrer s’il existe une continuité entre les troubles post-traumatiques et la tuberculose. Là réside souvent la clé du problème de la coïncidence. Si la fin des suites du traumatisme est séparée par un intervalle trop long du début de la tuberculose, on ne peut conclure à un rapport entre les deux processus.
L'existence d’autres localisations tuberculeuses n’est pas décisive car, comme nous l’avons vu, le rôle localisateur du traumatisme doit entraîner un certain degré de responsabilité de la part de celui-ci.
L'essentiel en somme c’est l’état antérieur du blessé et c’est là où l’on doit apporter une amélioration au point de vue de l’hygiène du travail. Aïnsi que cela se fait dans l’armée et dans certaines administrations, les ouvriers devraient subir un examen clinique et radiologique au point de vue de la tuberculose. Si l’on ne trouve chez eux aucun processus tuberculeux évolutif, il sera plus facile d’établir l’in-
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fluence réelle d’un traumatisme lorsque celui-ci sera suivi de l'établissement d’une lésion.
Cet examen pratiqué avant l’embauchage devra être répété périodiquement afin de déceler la survenue de processus tuberculeux spontanés. Inutile d’insister sur les autres avantages de tels examens que ceux qui concernent l’établissement du rôle exact du traumatisme dans la survenue éventuelle de tuberculoses traumatiques. Ces examens sont tout à fait dans l'esprit de la médecine préventive qui doit être la médecine de lavenir.