EFFETS LOCAUX ET GENERAUX DU TRAUMATISME
Avant d'aborder directement le problème qui nous occupe, il nous a paru intéressant d’envisager rapidement les perturbations générales et locales qu’un traumatisme apporte à l’organisme. Sans aucun doute, c’est dans ces perturbations qu’il faut chercher le facteur qui permet léclosion d’une maladie post-traumatique.
Il est extrêmement difficile d’étudier les effets du traumatisme d’une manière abstraite. Ceux-ci varient en effet avec l’intensité, le siège et les diverses modalités de ce traumatisme. Aussi, nous en tiendronsnous à des généralités.
Il va sans dire que des effets généraux ne peuvent succéder qu’à un traumatisme relativement important, Néanmoins, parfois un traumatisme minime peut s’accompagner d'éléments émotifs suffisamment importants pour constituer une véritable perturbation. Notons que l’importance de cet élément émotif dépend plus du terrain que de lintensité et des circonstances du traumatisme. Il semble certain aujour-
d’hui qu’un ébranlement émotif peut constituer dans certains cas un véritable facteur pathogène.
À un degré de plus, c’est le choc traumatique. Celui-ci, à vrai dire, n'existe que dans les blessures graves. Ce syndrome de choc, grave en soi, peut devenir le point de départ de complications chroniques ; il peut en particulier révéler des états pathologiques latents (STERN) et aggraver des états morbides préexistants (FINKELNBURG).
Les effets locaux sont beaucoup plus importants à considérer du point de vue qui nous occupe. En effet, les lésions tuberculeuses post-traumatiques sont toujours en rapport avec le siège du traumatisme qui les a déclenchées.
Selon STERN, tout traumatisme, si minime soit-il, détermine des modifications locales de la vaso-motricité. Ces modifications consistent essentiellement en une dilatation vasculaire, soit active, soit passive, paralytique, s’accompagnant dans ce dernier cas d’une stase sanguine pouvant aboutir à l’exsudation œdémateuse. Au siège d’un traumatisme, il se produit donc un foyer congestif plus ou moins étendu et plus ou moins intense. C’est à la faveur de cette congestion que la tuberculose pourrait se localiser dans un organe traumatisé.
STERN, en examinant les conditions dans lesquelles
un traumatisme peut influencer un processus infeceux, distingue trois cas :
a) LE TRAUMATISME EST OUVERT. — L'ouverture peut
ètre que minime, microscopique, surtout dans le cas
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des muqueuses. On comprend, dans ce cas, que la blessure ouverte dans le milieu extérieur puisse servir de porte d’entrée à l’agent infectieux. Ce cas ne semble pas se produire pour la tuberculose. CUNÉO et JEANBRAU ont insisté sur l’extrême rareté des cas de tuberculose succédant à des traumatismes ouverts, à des plaies contuses, à des luxations et des fractures ouvertes.
b) LE TRAUMATISME LOCALISE UNE INFECTION JUS- QU'ALORS PLUS OU MOINS LATENTE. — Tel paraît bien être le cas de la plupart des tuberculoses dites traumatiques. On sait qu’actuellement on admet que presque tous les individus adultes ont déjà été en contact avec le bacille tuberculeux. Celui-ci se trouve immobilisé au niveau des lésions éteintes, calcifiées, et ne pourra devenir pathogène qu’à la faveur de certaines circonstances. Or, le traumatisme pourrait bien constituer une telle circonstance. Le bacille de Koch peut devenir un facteur de lésions évolutives dans un territoire siège de congestion plus ou moins intense. Voici, à ce propos, l’explication de Mosny pour le traumatisme tuberculeux : « Une vascularisation riche et une stase sanguine prolongée semblent être les conditions essentielles des localisations tuberculeuses. Aussi les tuberculoses locales apparaissent-elles presque toujours chez l'enfant ou l’adolescent, au moment de la croissance, dans les épiphyses, au voisinage des articulations les plus surmenées de la hanche et du genou... Aïnsi se constitue une lésion dont l’avenir est variable : souvent elle
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progresse et se révèle cliniquement par les troubles fonctionnels inhérents à son siège. Parfois, au contraire, la lésion à peine éclose s'arrête, rétrocède et guérit sans avoir jamais laissé soupçonner son existence. Ou bien encore, lorsqu'elle ne guérit pas complètement, elle demeure totalement lalente et méconnue, jusqu’au jour où une cause imprévue, une lésion inflammatoire quelconque, un traumatisme viennent en réveiller l’activité et en révéler l’existence. » Telle est l’explication qui semble encore aujourd’hui la plus plausible pour la majorité des cas de tuberculose post-traumatique. En somme, le traumatisme révélerait une lésion locale latente.
Il n’est pas invraisemblable que le traumatisme peut provoquer une lésion locale sans qu’il y ait eu localisation tuberculeuse au siège même du traumatisme. La congestion post-traumatique peut constituer un point d'appel pour le bacille de Koch, cantonné dans un coin de l'organisme.
c) LE TRAUMATISME PORTE SUR UN FOYER D’INFECTION. — C’est un cas qui se présente moins souvent pour la tuberculose, mais il existe des cas où la blessure d’une articulation tuberculisée déclenche une granulie ou une méningite. On reviendra sur ce cas plus loin.
Dans l’ensemble, théoriquement, on peut s’expliquer l’éclosion post-traumatique de la tuberculose, mais il n'existe actuellement aucune preuve expérimentale formelle de ces hypothèses.