Cf. le Comment, do Donat sur le v
LA NOUVEAUTÉ DE L'iNTRIGUE ET DES CARACTÈRES. 81
entretiennent Tamitié (v. 122 sq., 162 sq., 1075). Elle a donc une certaine fortune et un amant qui lui plaît; femme méthodique, elle aspire en outre à obtenir une protection solide qui lui permette de jouir en paix des résultats acquis (v. 147 sq.). C'est pour obtenir cette protection, en même temps que par intérêt pour Pamphila, qu'elle agit dans toute la pièce (v. 202 sq.); avec une certaine inconscience naturelle aux personnes de sa condition, elle n'hésite pas à duper le capitaine d'aventures. Sauf cela et sans faire des protestations hypocrites de désintéressement, elle se montre femme de tête et femme de cœur ; elle brave pour défendre Pamphila les ennuis et les dangers. Elle est loyale avec Phaedria(v. 199 sq.), elle parle sérieusement à Chaeréa et lui fait honte de sa conduite (v. 864 sq.); elle n'essaie point d'en faire accroire aux autres sur son compte; par moments même elle témoigne d'une certaine humilité (v. 124, 865 sq.); elle n'en accomplit pas moins vaillamment une bonne action. Quant à Pamphila, personnage muet, elle n'a point de caractère; mais comme si l'auteur voulait introduire partout du nouveau dans sa pièce il en fait un portrait physique qui la distingue des autres jeunes filles : V. 313 sq. CH... Haud similis uirgost uirginum nostrarum, quas maires siudent Demissis umeris esse, uincto pectore, ut gracilae sient,..
Les jeunes gens sont des personnages indispensables de la comoedia palliaia : l'opposition de leurs caractères est fréquent. Ici nous en avons trois : Phaedria, Chaeréa et Chrêmes qui sont fort diflFérents. La vivacité de la passion que Phaedria ressent pour Thaïs lui est commune avec bien d'autres adulescentes de la comédie : ce qui lui est particulier, c'est que Phaedria a été jusqu'à présent un jeune homme sage et rangé (v. 224 sq.), que la connaissance de Thaïs a fait tout à coup sortir de son naturel ; il est d'autant
plus impétueux qu'il a été plus réservé jusque-là; on ne le reconnaît pas : une véritable maladie ne Taurait pas changé davantage (v. 325 sq.). C'est ce qui explique pourquoi il prend au tragique une exclusion passagère ; il n'est pas fait aux coquetteries des courtisanes ; il est tout d'une pièce et il voudrait trouver chez Thaïs cette affection absolue et incapable de calcul. Rompra- t-il avec elle? il n'en sait rien. 11 flotte entre les décisions extrêmes, ou plutôt il s'agite pour se dissimuler à lui-même la violence de l'amour qui Tasservit. Très délicat de sentiments, la soumission apparente de Thaïs suffit pour le désarmer (v. 178) ; il ne veut pas demeurer en reste de générosité. Son départ pour la campagne n'est pas le résultat d'une décision raisonnée : c'est une immolation subite, un acte héroïque — au-dessus de ses forces du reste ; car il est incapable de rester deux jours loin de Thaïs. Enfin, ce qui distingue Phaedria des autres amoureux de comédie, c'est qu'il a pour Thaïs une estime qui serait déplacée si.Thaïs était une courtisane ordinaire (v. 1053 PH. Mihi illam laudas?). Dans ces circonstances, si la pièce ne se termine point par un mariage, c'est que l'auteur n'a pas voulu rompre avec la convention dramatique en vertu de laquelle les adulescentes comici n'épousent que des jeunes filles issues de citoyens libres, et non des femmes de la catégorie ^e Thaïs. Mais le mariage serait le seul dénouement logique de la pièce, et l'admission en tiers du personnage de Thrason pour fournir aux dépenses du faux ménage (v. 1073 sq.) est une contradiction choquante avec tout ce qu'on nous a dit jusque-là de Phaedria. Chaeréa est plus jeune que son frère ; c'est un personnage très individuel, très vivant, qui a une tournure à part; toutefois il ne serait pas difficile de trouver chez les jeunes gens de Plante la plupart des traits qui composent son caractère ; il est tout spon-