‹ Sur l'Eunuque de TérenceChapitre 11 sur 17 · LA NOUVEAUTÉ DE L'INTRIGUE ET DES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

LA NOUVEAUTÉ DE L'INTRIGUE ET DES CARACTÈRES

lané et de premier jet, c'est un e*nragé (v. 301 rabies): il aperçoit une jeune lîlle dans la rue, le voilà éperdument amoureux; toutes les autres disparaissent en un instant de ses souvenirs (v. 297), il ne sait plus ni d'où il vient, ni où il va, ni ce qu'il fait (v. 305 sq.); il faut à tout prix qu'il la retrouve, qu'il lui parle (v. 369 sq.). Il emploie auprès de Parmenon les caresses, les flatteries; c'est un enjôleur (v. 307 sq.); il passe à la violence ; il bouscule le malheureux, il ordonne : il n'admet pas qu'on lui résiste (v. 379), il saisit au vol l'idée la plus saugrenue (v. 376), il prend toute la responsabilité (v. 390), il se justifie à ses yeux en se disant qu'après tout il n'est pas défendu de jouer un bon tour à une courtisane, fléau des jeunes gens (v. 383 illis crucibus). Il n'est pas moins exubérant après qu'avant; il est bavard; son aventure lui serait moitié moins agréable s'il ne trouvait pas à qui la raconter (v. 249 sq.) ; avec tout cela il est gai et spirituel ; son récit est un des plus jolis qu'ait écrits Térence. Chaeréa n'est pas assez passionné pour ne pas s'amuser tout le premier de sa situation, pour ne pas apercevoir ce qu'elle a de comique ; et le voilà courant les rues dans un travestissement bizarre dont par suite de contre-temps il nje peut pas se débarrasser (v. 840 sq.). Comme il est doué d'une effronterie peu commune, il ne se démonte pas quand il rencontre Thaïs; il reprend en riant l'attitude du personnage d'esclave qu'il représente ; il n'est point embarrassé de ce qu'il a fait (v. 850 sq.). Excellent garçon du reste, il ne demande qu'à réparer sa faute par un bon mariage (v. 872 sq.); il fera sans doute un singulier mari, mais il y a une foule d'adulescentes comici qui entrent dans le mariage par une de ces voies irrégulières. C'est plutôt par l'ensemble que par chacun des détails pris en particulier que Chaeréa est un caractère original et qui s'impose à la mémoire.

Peut-être ne trouverait-on au même point chez aucun autre adulescens cette précocité qui fait de lui un connaisseur expert en fait de beauté féminine (v. 363 sq.), ce prestige acquis auprès de ses camarades, prestige en vertu duquel il organise les fêtes où Ton s'amuse (v. 540 sq. Chaeream ei rei Praefecimus).

Chrêmes est comme nous Favons vu un diminutif à! adulescens rusticus. Sa seule originalité c'est de ne pas être aussi rustique qu'il pourrait l'être. Il se défie des avances de Thaïs (v. 507 sq.) et il n'a pas grande confiance en elle (v. 347) ; il est tout prêt à l'envoyer promener (v. 533 sq.). Il n'est pas poli (v. 536); comme il n'est pas habitué aux festins, il s'y grise (v. 727 sq.) et il devient galant (v. 730 sq.). Il est fort poltron et il a peur des coups (v. 630 sq.) ; homme de prudent conseil du reste (v. 602), il n'affronte la bataille et il n'y fait à peu près bonne figure que parce qu'il est soutenu et poussé en avant par Thaïs (v. 759 sq.).

Thrason et Gnathon forment un couple original, et c'est sans doute pour cela que Térence les a introduits dans sa comédie. Thrason est un capitaine d'aventures qui a servi le grand roi (v. 397 rex) et qui, enrichi par ses campagnes, est venu à Athènes s'amuser entre deux expéditions. 11 est fastueux, nul ne reçoit plus grandement que lui (v. 1082). L'assaut qu'il dirige contre la maison de Thaïs avec un si grand luxe de connaissances militaires et une prudence si consommée, la retraite qu'il opère en bon ordre en masquant son échec sont des traits qui conviennent à tous les soldats fanfarons. Pourtant lorsque Parmenon, faisant le portrait de son maître, dirige contre Thrason les allusions suivantes : v. 482 sq. Neque pugnas narrât neque cicatrices suas Osienlal neque tibi obstat, quod quidam facit, on constate avec un certain

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