LA NOUVEAUTÉ DE L'INTRTGUE ET DES CARACTÈRES
dépenser entre deux campagnes, dans les villes où Ton s'amusait comme Athènes ou Corinihe, leur or facilement gagné, étaient fort bien accueillis dans le demi-monde, et ils étaient pour les jeunes gens du pays des conclirrents désagréables. Grossiers et, mal élevés, leurs ridicules n'échappaient point aux courtisanes grecques, généralement assez affinées, encore moins à leurs rivaux; on.se moquait d'eux, on les ruinait et on les renvoyait ensuite; ils n'en avaient pas moins dans le monde de la galanterie le succès qu'assure l'argent dépensé sans compter. La lutte de générosité entre Phaedriiaet Thrason, la comparaison entre les cadeaux de l'un et ceux de l'autre, le banquet offert à la courtisane, la querelle qui y éclate étaient dans la comédie nouvelle des banalités ; l'assaut préparé contre la maison de Thaïs n'a peut-être d'un peu nouveau que sa couleur militaire. Ce qui paraît original, c'est que Phaedria est absent pendant presque toute la pièce, qu'il triomphe du soldat non point par ses efforts et son habileté, mais uniquement par l'affection persistante et fidèle que lui a vouée Thaïs.
La liaison de Phaedria avec une demi-mondaine, liaison finalement tolérée par le père, est un des lieux communs de la comoedia palliata : ce qui distingue celle-ci, c'est qu'elle n'est point accompagnée de ces manœuvres destinées à se procurer de l'argent, qui, soutenues par un esclave fourbe, étaient contrariées par la vigilance plus ou moins éveillée du père de fkmille. Le senex ne se donne pas la peine que prennent, en pure perte il est vrai, les vieillards comiques pour se mettre en travers; à peine un mot fait-il allusion à son irritation ; il est tranquillement à la campagne pendant que ses fils s'amusent. Parmenon n'intervient point dans cette intrigue pour fournir à son jeune maître les subsides indispensables. Les
amours de Phaedria ne sont troublés ou égayés par aucun des incidents d'usage.
L'aventure de Chaeréa est une des plus connues : une jeune fille subit les violences d'un amoureux; à la fin de la pièce elle est reconnue comme étant de naissance libre, citoyenne; un mariage a lieu avec l'agrément des parents : c'est là l'intrigue d'une foule de comédies gréco-latines. Ce qui met à part celle de Y Eunuque^ c'est le moyen employé par Chaeréa; il est tout à fait inattendu et constitue à lui seul l'originalité de la pièce de Ménandre.
Tous les personnages qui y figurent, sauf Dorus, une assez bonne caricature qui ne se retrouvait sans doute pas ailleurs, sont des types connus : les jeunes gens, le capitaine d'aventures, l'esclave, le vieillard, la courtisane. Térence paraît pourtant avoir voulu nous indiquer que dans les caractères eux-mêmes il y avait du nouveau. Au vers 37 du prologue il revendique la liberté de représenter : Bonas maironas... meretrices malas. Or il a mis sous nos yeux une courtisane honnête ^ C'est un caractère curieux que celui de Thaïs; elle s'est laissée enlever de Rhodes sa patrie par un négociant athénien, v. 106 sq. Elle a vécu avec lui, s'est établie à Athènes et a hérité de lui ce qu'elle possède. Cette libéralité, qui l'a mise à l'abri du besoin, n'a point pour cela changé ses habitudes; elle a fait la connaissance d'un capitaine d'aventures et ensuite de Phaedria ; elle ne paraît pas accoutumée — ce qui est relativement convenable — à mener deux intrigues de front. En Phaedria elle a trouvé quelqu'un qu'elle aime sincèrement, auquel elle confie ses plus secrètes pensées (v. 127 sq.), comme le font parfois ses pareilles à celui qu'elles préfèrent, sans le dispenser pour cela de ces petits cadeaux qui