LA NOUVEAUTÉ DE L'INTRIGUE ET DES CARACTÈRES
étonnement que ces allusions ne portent point. Nulle part Thrason ne raconte ses campagnes; nulle part il n'étale ses cicatrices; on se demande s'il n'y avait pas déjà dans V Eunuque de Ménandre un soldat fanfaron plus conforme au type ordinaire et si Térence en lui substituant celui-ci, n'a pas laissé par inadvertance subsister ces deux vers qui s'appliquaient mieux à un autre. Cette hypothèse, différente de celle exposée plus haut,S aplanirait quelques difficultés : le capitaine de V Eunuque de Ménandre ayant été sacrifié par Térence à celui du Colax, c'est qu'il était simplement un brutal et un poltron comme ses pareils : c'est donc à lui que s'appliqueraient les v. 482 sq., c'est lui qui opérerait contre la maison de Thaïs à la se. vu de l'acte IV ; c'était lui qui était congédié si énergiqueraent par Phaedria à la fin de la pièce; le reste appartiendrait au capitaine du Colax, En tout cas, Thrason se distingue de ses confrères en ce qu'il veut se faire t^ non pas la réputation d'un grand guerrier, mais celle d'un homme du monde : ce qu'il raconte ce ne sont pas ses exploits merveilleux, c'est la présence d'esprit par laquelle, il a toujours su tenir ses adversaires en respect; ses plaisanteries ont servi cent fois : cela ne l'empêche pas de s'en t attribuer l'invention (v. 428 sq.) ; c'est un pauvre sire prétentieux et borné : v. 1079 GN... Fatuos est, insulsus, tardus; sterltt noctis et dies; mais il sait qu'il est à Athènes, la ville par excellence de la finesse et du bon goût; il veut se mettre à la hauteur de son entourage, ce qui rend ses bévues, ses manques de tact et d'esprit beaucoup plus comiques. Son acolyte Gnathon est bien un parasite, qui a mangé sa fortune (v. 235), dont toute la politique consiste à se faire héberger par autrui, et qui songe avant tout à s'assurer une table gratuite et bien servie