Cf. pourtant p
car Parmenon le quitte presque immédiatement et ce que lui dit Phaedria, il pouvait aussi bien le lui dire dans la maison. Mais il faut que Parmenon soit dehors pour les scènes suivantes et Fauteur n'a rien trouvé de mieux que de le faire sortir avec son riiaître. Se. ir. Le parasite Gnathon vient inviter Thaïs à dîner et lui amène, comme cadeau de son maître,, la jeune Pamphila; il se querelle avec Parmenon; la scène se passe tout naturellement dans la rue. Se. m. Ghaeréa arrive tout essoufflé ayant perdu de vue Pamphila qu'il suivait; c'est encore une scène de rue.
Act. 111, se. I. Thrason arrive de chez lui avec Gnathon pour emmener Thaïs au dîner; Parmenon est sorti de son côté pour épier le moment favorable de présenter les cadeaux de son maître : scène de rue. Se. II. Thrason devrait entrer dans la maison de » Thaïs; les cadeaux de Phaedria pouvaient y être offerts devant lui ; mais alors nous ne serions pas témoins de la scène. Térence fait donc sortir Thaïs au moyen d'un artifice assez naïf; elle croit avoir entendu la voix du soldat, et elle vient à sa rencontre : v. 454. Audire uocem uisa sum modo miliiis : T offre des cadeaux a donc lieu en plein air. On les introduit dans la maison, puis Thaïs et Thrason s'en vont. Se. m. Chrêmes, mandé par Thaïs, vient chez elle ; Pythias le fait conduire chez Thrason : scène de rue. Se. iv. Antiphon cherche Ghaeréa, — qui paraît lui avoir manqué de parole à lui et à ses camarades : — scène de rue. Se. v. Ghaeréa sort brusquement de chez Thaïs et tombe sur Antiphon, à qui il raconte son heureuse aventure. La sortie de Ghaeréa est toute naturelle ; son méfait accompli, il n'a qu'à s'échapper au plus vite de chez Thaïs. La « rue dramatique » étant un endroit solitaire, il peut y faire tout à son aise ses confidences.
Act. IV, se. I. Dorias, qui a été conduire Chrêmes chez le soldat, en revient : scène de rue. Se. ii. Phaedria, qui n'a pas eu la patience de rester à la campagne, en revient : scène de rue. Se. m. Pythias sort assez naturellement de la maison pour courir après Chaeréa, dont elle vient de constater le méfait; elle tombe sur Phaedria et le met au courant : ce peut être à la rigueur et en vertu de ce que nous avons dit plus haut une scène de rue. Se. iv. On s'attendrait à ce que, Phaedria entrant chez lui pour retrouver l'eunuque Dorus, Pythias l'y suivît ; mais alors l'explication aurait lieu dans l'intérieur de la maison, et nous en serions privés. Pythias n'a pas, du reste, ses entrées chez le père de famille : Phaedria entre donc seul et ramène l'eunuque. Se. v. Chrêmes revient du dîner chez le soldat, dîner qui a mal fini ; il rencontre Pythias : scène de rue. Se. vi. Thaïs revient également du diner ; elle retrouve Chrêmes causant avec Pythias ; elle veut brusquer la reconnaissance de Pamphila; il serait naturel qu'elle rentrât chez elle en compagnie de Chrêmes pour s'y barricader * : au lieu de cela, elle envoie Pythias chercher dans la maison la corbeille qui contient les pièces à conviction. A la nécessité d'observer la convention de la palliata se joint ici un motif d'un autre ordre : si Thaïs rentrait chez elle, elle constaterait immédiatement le malheur de Pamphila et la pièce devrait prendre un autre cours. Se. VII. Thrason vient pour forcer la maison de Thaïs et enlever Pamphila : scène de rue.
Act. V, se. I. Explication entre Thaïs et Pythias ; il est incontestable que cette explication devrait avoir lieu dans la maison : la sortie de Thaïs et de Pythias n'est justifiée par rien, l'auteur lui-même ne donne aucun prétexte. Se. ii. Chaeréa survient : c'est unique-
1 . v. 763 CH.... Tu abi atque obsera ostium intus. Cf. v. 784.
ment parce que Thaïs est dehors et pour les raisons données plus haut que Texplication peut avoir lieu en plein air. Thaïs et Chaeréa rentrent en laissant Pythias à la porte pour la continuité des scènes. Se. III. Arrivée de Chrêmes, qui revient avec la nourrice; petite scène de rue. Ils entrent. Pythias rentre aussi parce qu'elle a aperçu Parmenon et qu'elle ne veut pas être vue tout de suite. Se. iv. Parmenon arrive pour se rendre compte de ce qui se passe ; Pythias sort et lui raconte faussement que son jeune maître est en danger : scène de rue entre esclaves. Se. v. Arrivée du vieillard, auquel Parmenon donne des explications fausses, et qui se précipite dans la maison de Thaïs. Se. vi. Pythias ressort pour faire savoir à Parmenon qu'elle Ta bafoué : scène de rue. Se. VIT. Arrivée de Thrason, qui ne saurait rester loin de Thaïs, et de son parasite Gnathon : petite scène de rue. Se. viii. Chaeréa sort pour nous faire connaître ce qui s'est passé dans la maison; sa sortie est justifiée parce qu'il veut prévenir son frère : il envoie\Parmenon le chercher : scène de rue. Se. viii**'. Phaedria arrive; la réconciliation avec Thrason s'opère. Si l'on songe au caractère « solitaire » de la rue, à ce fait que Thrason n'a plus ses entrées. chez Thaïs, la réconciliation devant la porte n'est pas trop invraisemblable.
De cette analyse il ressort que Térence — ou plutôt Ménandre — n'a pas échappé complètement à la nécessité de transformer contre toute vraisemblance quelques « scènes d'intérieur » en « scènes de rue » (voir surtout Act. I, se. ii; act. V, se. i); mais ces scènes sont peu nombreuses.
La convention dramatiqve qui était imposée à l'auteur et à laquelle il s'est plié donne à la structure de la pièce un caractère tout particulier : c'est une série de dialogues ou de monologues débités devant une mai-
son OÙ il se passe, où il va se passer, où il s'est passé quelque chose. Le même sujet avec une convention différente donnerait lieu à une pièce bâtie tout autrement. Cette pièce nous n'avons pas à la faire ; mais, en nous tenant même à la conception de l'auteur, nous apercevons quelques scènes importantes dont nous n'avons que l'écho et qui, dans d'autres conditions matérielles, auraient pu être mises sous nos yeux. La scène du dîner chez Thrason aurait été fort comique ; il eût été piquant de voir ce Trimalcion galant faire les honneurs de chez lui, se laisser aller à ses plaisanteries insipides relevées par les compliments ironiques de Gnathon, s'empresser autour de Thaïs et, rendu stupide par une jalousie déplacée, se quereller assez grossièrement avec elle. Les exploits de Chaeréa chez Thaïs ne pouvaient dans aucun cas être mis en action ; mais une partie du cinquième acte, la reconnaissance de Pamphila, le consentement du senex au mariage, l'admission de Thaïs dans sa clientèle, pouvaient fournir des scènes intéressantes : c'est surtout dans ce cinquième acte que nous sommes réduits à écouter aux portes. Les allées et venues des personnages sont vives et amusantes; nous apprenons par des bribes de conversation ce que nous devons savoir; mais nous avons l'impression très nette que la véritable pièce se joue hors de notre portée; nous n'en avons que la réverbération. De ces conditions matérielles découle la prédominance des récits dans la pièce; tous ne résultent point de la même cause. Le grand récit de Thaïs au premier acte a pour origine la suppression du prologue narratif; celui de Chaeréa au second (la rencontre si amusante avec Archidémidès, qui eût donné lieu tout naturellement à une scène de rue) provient de l'impossibilité pour l'auteur de nous mettre sous les yeux autre chose que ce qui se passe sur un point particulier de la
LA CONVENTION DllAMATIQUE. 7
ville, la platea définie plus haut; celui du faux eunuque au troisième résulte à la fois de la convention dramatique et du respect des convenances ; mais c'est à cette convention que nous devons une foule de petits récits disséminés çà et là, celui de Chrêmes au troisième acte (sa première entrevue avec Thaïs ; Fauteur du reste ne peut pas nous mettre tout sous les yeux et l'on ne voit pas trop où dans la pièce se placerait la scène), celui de Dorias au quatrième acte sur les débuts du festin chez Thrason, celui de Pythias également au quatrième acte sur le méfait du faux eunuque, celui de Chrêmes toujours au quatrième acte sur l'issue du dîner, celui de Chaeréa au cinquième sur le dénouement de l'intrigue. L'auteur a tiré un effet très comique du récit au cinquième acte lorsque Pythias fait croire à Parmenon des histoires à dormir debout.
Nous venons de déterminer Finfluence de la convention dramatique sur la charpente de la pièce. Elle a des exigences encore plus étroites, dont nous saisissons les effets dans le détail des scènes. Non seulement elle n'admet que les « scènes de rue », mais ces scènes pour y Eunuque doivent se jouer sur la platea dont il a été plusieurs fois question. Voyons donc comment Térence a pu sans trop compromettre la vraisemblance satisfaire à cette nécessité.
Act. I, se. I. Matériellement cette scène se joue devant la porte de Thaïs. Or, au début, non seulement Phaedria hésite à se rendre chez elle : v. 46 PH. ... TVbn eam ne nimc quidem^ Quom accersor ultro? ; mais il est décidé à ne pas le faire : v. 49... redeamf non^ si me obsecret. Puis il se laisse ébranler par les conseils de Parmenon. Rigoureusement la scène devrait se passer chez lui, et c'est seulement une fois sa résistance vaincue qu'il devrait se mettre en marche en disant quelque chose comme : eamus ergo. Tout
au plus peut-on admettre que la scène représente ses dernières hésitations pendant le trajet de chez lui chez Thaïs et que c'est une conversation en chemin; mais matériellement la maison de Phaedria est toute proche de celle de Thaïs; le trajet n'était donc pas long : les acteurs allaient sans doute d'une maison à l'autre. La se. ii n'offre pas de difficulté : elle a lieu de pied ferme devant la porte de Thaïs.
Act. II, se. I. Elle est courte et peut avoir lieu pendant que Phaedria traverse la platea pour se rendre à la campagne. Se. ii. La seconde partie se passe devant la porte de Thaïs. Gnathon, avant d'entrer, est bien aise d'échanger quelques aménités avec l'esclave du rival de son maître; rien de plus naturel. Il Test moins qu'étant chargé d'amener Pamphila à Thaïs; il s'arrête un long moment sur la. plaiea pour débiter un monologue, et Ton ne se représente pas bien quelle attitude pouvaient avoir pendant ce monologue Pamphila et la servante qui l'accompagne*. L'auteur n'a pas cherché à dissimuler l'invraisemblance; car Gnathon dit lui-même à la fin de son monologue , V. 265 sq.: Sed ego cesso Ad Thaïdem hanc deducere^ etc. En réalité il débite là en une fois et par suite d'une convention les réflexions qui lui sont venues à Tesprit pendant le trajet de la maison de Thrason à celle de Thaïs : le monologue devrait être dit chemin faisant^ ce qui était impossible ^. Se. m. Elle ne soulève pas de difficulté : c'est une conversation de pied ferme sur la platea,
Act. III, se. I. Les circonstances sont les mêmes qu'acte II, se. ii. Thrason, qui vient chercher Thaïs, n'a aucune raison pour s'arrêter sur la platea afin de causer avec Gnathon. Toute la conversation doit être
1. V. 346 PH. Comités aecuti scilicet simt uirginetn? CH. Vieri/m : parasitus cum ancUla.
t. Cf. lo Comment, de Donat sur le v, IZl,
supposée tenue chemin faisante Se. ii. Elle ne soulève pas de difficulté et a bien lieu devant la porte de Thaïs. Se. III. Toute la première partie (v. 507-530) est un monologue prononcé chemin faisant; nous ne connaissons pas les dimensions de la plaiea, nous ignorons si l'étendue du théâtre permettait aux acteurs, par leur jeu, de différencier les scènes « de pied ferme » et les scènes « chemin faisant ». Se. iv. Même observation que précédemment. Se. v. Il est invraisemblable que Chaeréa reste sur la p/a/ea pour faire son récit; il devrait être pressé de s'éloigner.
Act. IV, se. i et II. C'est en chemin que Dorias et Phaedria font les réflexions qu'ils expriment chacun dans leur monologue. Se. m et iv. Elles ont lieu devant la porte de Thaïs et, au début de la scène iv, Phaedria sortant de chez lui traverse Idiplatea, Se. v. Le petit monologue du début est une réflexion venue en route; mais il est si court qu'il peut être débité en traversant la j^^ct^^^^^ le reste de la scène se passe devant la maison de Thaïs. Se. vi et vu de même.
Art. V, se. I. Devant la porte de Thaïs. Se. ii. Le petit monologue du début (v. 840-847) représente les impressions ressenties chemin faisant ; le reste de la scène a lieu devant la porte de Thaïs^ Se. m. Sur la platea : les v. 912 sq. sont intéressants parce qu'ils nous montrent les personnages en mouvement et non pas encore arrivés au terme de leur course : CH. Moue ie oro ocius^ Mea nutrix, SO. Moueo. CH. Video ^ sed nil promoues. Ils traversent ensemble la platea. Se. iv. Les réflexions de Parmenon sont celles qu'il a faites « chemin faisant » ; elles peuvent être débitées sur la platea en se promenant de long en large, car il vient reconnaître les lieux; il n'a pas la prétention d'entrer chez Thaïs. Le reste est une scène de pied ferme