‹ Sur l'Eunuque de TérenceChapitre 3 sur 17 · V. 895 Th. Dami opperiamur potins quam hic ante ostium · texte numérisé non relu

V. 895 Th. Dami opperiamur potins quam hic ante ostium

devant la porte. Se. v. Les quelques réflexions par lesquelles débute le senex peuvent être prononcées en arrivant sur Xd^platea; le reste est une scène devant la porte de Thaïs; il en est de même de la scène vi. Se. VII. Très courte conversation qui peut être prononcée vraisemblablement en arrivant sur la plaiea. Les se. viii et viii*'* sont des scènes de pied ferme sur la p/a^ea.

Dans ce cas, comme précédemment, Tauteur n'a pas pu éviter certaines invraisemblances, qui lui étaient iinposées par la convention dramatique. Toutes les scènes ou toutes les parties d'une même scène ne sont pas identiques; il y en a qui, dans la réalité, pouvaient se passer dans l'espace limité où jouaient les acteurs; d'autres, au contraire, dans la vie, n'eussent été possibles que sur les chemins aboutissant à la. plaiea : les acteurs débitent au terme de leur course même ce qu'ils devraient dire pendant leur course. Mais nécessairement les « scènes en marche » et les « scènes de pied ferme » doivent avoir lieu au même endroit. Nous ignorons si, pour les premières, lorsqu'elles étaient longues, les dimensions de la scène permettaient de donner jusqu'à un certain point l'illusion au spectateur, ou s'il fallait se fier à sa bonne volonté pour mettre les choses au point et démêler sous une forme identique les différences fondamentales.

Poursuivant notre étude de la convention dramatique dans YFunuque, nous allons voir qu'elle a marqué d'un caractère spécial la forme extérieure des scènes, principalement le début et la fin. Dans quelles conditions les personnages entrent-ils en scène? Comment s'abordent-ils? Comment s'en vont-ils?

Au début d'un acte ou, dans l'intérieur d'un acte, lorsque le théâtre est resté vide, le ou les personnages entrent en scène sans être annoncés, ce qui était forcé. Act. I, se. i, etAct. II, se. i. Phaedria sort de chez lui

en causant avec Parmenon. Act, III, se. i. Thrason arrive de chez lui en causant avec Gnathon*. Se. m. Chrêmes arrive de chez lui en faisant des réflexions sur la situation. Se. iv. Antiphon vient du Pirée en faisant lui aussi quelques réflexions. Act. IV, se. i. Dorias revient du dîner chez Thrason en prononçant un monologue. Act. V, se. i. Thaïs sort de chez elle en causant avec Pythias. Le spectateur devinait par les paroles mêmes du personnage à qui il avait affaire; il en était très vite instruit et, lorsque le personnage avait déjà paru, il le reconnaissait à son costume.

Dans rintérieur d'un acte, le personnage nouveau est presque toujours annoncé à la fin de la scène précédente — en général sous son nom — par l'un des acteurs qui sont déjà sur le théâtre. Act. I, se. i, V. 79 PA... Sedeccam ipsaegreditur^ nosiri fundicalamitas. Thaïs n'est pas nommée, mais elle est suffisamment désignée. Act. II, se. i, v. 228 PA. Sed quis hic est^ qui hue pergit? Atlat, hic quidentst parasitus Gnatho Militis : ducit secum una uirginem dono huic. Se. II, V. 289 PA... Sed uideo erilern filium minorent hue aduenire. Miror, quid ex Piraeo abierit ; nam ibi custos publiée est nunc, Act. III, se. ii. Thaïs sort de chez elle sans être annoncée ; c'est une exception dont on ne voit pas la cause ; elle rentre chez elle dans le courant de la scène, et au v. 499 Gnathon dit : Sed Thaïs exil. Se. IV, V. 545 sq. AN... Quis nam hine ab Thaïde exit ? Is est an non est ? Ipsus est, Quid hoc hominis ? Qui hic ornatust ? Chaeréa n'est pas nommé, mais il est suffisamment désigné. Act. IV, se. ii. Phaedria n'est pas nommé à la fin de la scène i parce qu'il n'est pas vu par Dorias : il arrive d'un autre côté du théâtre. A la fin de la scène ii il dit : v. 642 Sed quid hoc, quod

1. Parmenon l'annonce au cinquième vers de la scène (v. 395). Sed eecum militem»

timida subito egreditur Pythias? Il rentre chez lui pendant la scène III et nous avertit qu'il va revenir : v. 663 PY. Vise amabo, num sit, PH. lam faxo scies. Il n'a donc pas besoin d'être annoncé, lorsqu'il ressort quelques instants après avec l'eunuque Dorus. Se. iv, V. 724 DOR. Sed uideon Chremem ? Thaïs iam aderit. Se. V, V. 733 CH... Sed Thaïs mulion ante uenit?\. 738 Sed eccam ipsam... Se. vi, v. 754 sq. CR.Vlden tu illum, Thaïs^... Militem secum ad te quantas copias adducere? Act. V. se. i, v. 834 sq. PY Era mea, tacs tace obsecro^ saluae sumus : Habemus hominem tpsum, TH. Vbi is est? PY. Em ad sinisteram. Viden ? TH. Video, Chaeréa n'est pas nommé, mais il est suffisamment annoncé. Se. ii, v. 905 TH. Adest optume ipse fraier. C'est Chrêmes dont il a été question précédemment., V. 909 TH,.. Tu istic mane^ut Chremem intro ducas, Pythias, Se. m, v. 919 sq. FY,..Virumbonum eccum Parmenonem incedere Video,, Se. iv, v. ^QlFk.,,Ecceautem video rure redeuntem senem. A la fin de la scène v, Parmenon n'annonce pas l'arrivée de Pythias; mais il est plongé dans ses réflexions, et sans doute il ne la voit pas. De même à la fin de la scène vi, il ne paraît pas apercevoir Gnathon et Thrason, et il ne les annonce pas : cela tient sans doute à l'état d'anéantissement dans lequel il se trouve : v. 1023 sq. PA. JSullus sum.,, Eyomet meo indicio miser quasi sorex hodie perii. Se. vu, V. 1029 sq. GN... Sed fores crepuerunt ab ea, TH. Peîni : quid hoc autemst mali ? Hune ego numquam uideram etiam : quid nam hic properans prosilit ? Chaeréa n'est pas nommé parce que Thrason ne le connaît pas. Se. VIII. vers 1042. Chrêmes envoie chercher son frère. Celui-ci arrive avec une brusquerie qu'explique la situation. Il n'est pas annoncé.

La formule, tantôt positive, tantôt interrogative, varie suivant qu'on reconnaît tout de suite le personnage ou qu'on ne le reconnaît pas, soit à cause de la

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distance, soit à cause du costume, soit parce qu'on ne Ta jamais vu, suivant qu'on s'attend ou non à le voir ; mais elle ne varie que dans des limites assez étroites. Les exceptions à Tannonce du personnage sont peu nombreuses et n'ont lieu que dans des cas déterminés : lorsqu'il n'est pas vu, lorsqu'on l'envoie chercher et qu'il vient immédiatement, parfois lorsqu'il rentre pour un instant et qu'il ressort. Quelquefois il se présente lui-même : Thaïs, qui n'est pas annoncée à la fin de la scène i de l'acte III, s'annonce elle-même au début de la scène suivante : v. 454 Audire uocem uisa sum modo militis. De même acte V, scène v, Pythias n'est pas annoncée, mais elle se présente elle-même au début de la scène suivante : v. 1005 Nunc id prodeo ut conueniam Parmenonem,

Le personnage nouveau qui entre en scène n'aperçoit pas tout de suite ceux qui y sont déjà ; mais ceux-ci le voient. Il débute par un monologue dont l'étendue varie et qui est quelquefois très court. La teneur n'en est pas toujours la même, mais en général il nous apprend ce que vient faire le personnage ; puis la reconnaissance a lieu, et c'est le nouvel arrivé qui en prend l'initiative, sauf dans quelques cas spéciaux. Tout cela suppose que la scène a quelque étendue, soit en réalité, soit par convention, sans quoi les intéressés s'apercevraient immédiatement. Naturellement le fait ne se produit que dans le courant d'un acte et lorsque le théâtre n'est pas resté vide.

Act. I, se. ïi. Thaïs sort de chez elle (v. 79, egrediîur); elle exprime en trois vers la crainte d'avoir blessé Phaedria. Celui-ci n'ose pas l'aborder ; il échange quelques mots avec Parmenon. Par une convention qui n'est pas rare dans la palliata, c'est le bruit de leur voix qui attire l'attention de Thaïs ; elle découvre Phaedria et lui adresse la parole : v. 86 TH. Quis hic ioquitur? Fhem^ tun hic eras^ mi Phaedria? Elle aper-

çoit aussi sans doute Parmenon, mais c'est un esclave ; elle ne s'occupe pas de lui. Lorsqu'il y a sur le théâtre plusieurs personnages, le nouvel arrivé ne s'adresse* qu'au plus important; l'autre s'introduit plus tard dans la conversation. Point de formule de salutation; l'entrée en matière immédiate se justifie par les rapports des deux personnages et l'état d'agitation où ils se trouvent.

Act. II, se. II. Gnathon prononce un monologue de 3S vers qui ne nous apprend pas d'où il vient; mais les vers 228 sq. nous l'ont fait deviner. Il n'aperçoit pas Parmenon qui, lui, le voit et qui accompagne son exposé de doctrine d'apartés assez malveillants. Son monologue fini il le découvre et il l'aborde : v. 267 sq. GN... Sed Parmenonem ante ostiumThaidis hic^ tristem uideo, Riualis seruom,., v. 270 Plurima salute Parmenonem Summum suom inperlit Gnatho, Quid agitur? Salutation cérémonieuse : Gnathon connaît peu Parmenon et ne l'aime pas ; avant de se moquer de lui, il trouve bon de l'aborder avec la plus exquise civilité.

Se. III. Chaeréa entre brusquement en scène et nous met au courant de ce qui l'occupe. Il est trop agité pour nous dire d'où il vient, mais nous le savons par la fin de la scène précédente. Parmenon, qui le voit, prononce un petit aparté. Tout à coup Chaeréa l'aperçoit : v. 304 CH... Sed eccum Parmenonem^, Salue, PA. Quid tu es tristis? etc.. Salutation ordinaire.

Act. III, se. I. Thrason et Gnathon arrivent en causant. Parmenon sort un peu après de chez son maître; il nous dit tout haut ce qu'il vient faire et aperçoit le soldat : v. 394 PA. Hoc prouùo ut^ ubi tempus siet^ Deducam, Sed eccum militem. Il ne désigne

1. Mss. oatium Thaïdis tristem. Dziatzko Ht : ante ostium hoc aatare tristem et se demande où peut bien être exactement Parmenon à ce moment. Évidemment à la porto de Thaïs, ce qui donne lieu à la réflexion de Gnathon : v. 268... Ni mirum homines frigent. Cf. v. 286 sq.

que le personnage principal, écoute la conversation et ne se fait pas voir.

Se. II. Thaïs sort exprès pour aborder le capitaine. Elle a cru entendre sa voix. Elle le cherche donc et le trouve : v. 455 TH... Atque eccum. Salve, mi Thraso. THR. Thaïs metty Meum sauium, quid a^i^Mr? Salutation ordinaire. Ensuite Parmenon, qui était présent, engage la conversation : v. 461 PA. Adibo atque adsimulabo quasi nunc exeam. Iluran, Thaïs, quopiam es? TH. Ehem, Parmeno : . . .

Se. V. Chaeréa sort de chez Thaïs et débute par un monologue où il exprime sa joie et le désir de la communiquer à quelqu'un. Antiphon, qui s'est tenu volontairement à Técartpour voir venir (v. 548 AN... Nisi^ quidquid est, procul hinc lubet prius quid sit sciscitari), se décide à se montrer; c'est lui qui attire les regards de Chaeréa et lui adresse la parole, v. 557 sq. AN. Adibo atque ab eo grattant hanc, quam uideo uelle, inibo, Chaeréa, quid est quod sic gestis? etc. La situation est particulière; puisque Antiphon a pris d'abord ses précautions pour ne pas être vu, il faut que ce soit lui qui fasse les premiers pas. Point de salutation, ce qui s'explique par la vivacité de l'action : les deux jeunes gens ont autre chose à faire que d'échanger des politesses.

Act. IV, se. I et II. Cet acte s'ouvre d'une façon spéciale. Deux personnages, Dorias et Phaedria, arrivent de deux côtés différents. Ils prononcent chacun un monologue sans se voir et sans s'entendre. Nous comprenons par ce que dit Dorias qu'elle arrive de chez Thrason ; Phaedria nous explique tout au long qu'il revient de la campagne et pourquoi. Dans la réalité ces deux monologues seraient débités en môme temps ; car Dorias n'a aucune raison de rester là pendant le monologue de Phaedria et de ne pas entrer tout de suite dans la maison de Thaïs. A la scène m,

Pythias sort de chez Thaïs en révélant le méfait de Chaeréa dans un monologue coupé par des apartés de Phaedria. Saisi de ce qu'il apprend, Phaedria interpelle Pythias : v. 6S0 sq PH... Adibo. Quid istxic? Quid festinas aut quem quaeris Pythias ? PY. Ehem Phaedria, ego quem quaeram? etc.i Ici c'est le personnage déjà en scène qui aborde Vautre, parce qu'il a intérêt à l'aborder, pour avoir les explications désirées. Point de salutation ; on comprend qu'il entre tout de suite en matière. Dorias, simple esclave dont on ne s'occupe pas, se mêle simplement un peu plus loin à la conversation, comme Parmenon à l'acte I, scène ii. Pendant la scène m, Phaedria rentre chez lui pour chercher l'esclave Dorus ; on comprend que lorsqu'il en ressort à la scène iv, celle-ci commence sans le cérémonial d'usage.

Se. v. Chrêmes entre en scène en prononçant un petit monologue de trois vers qui contient ses impressions ; nous devinons qu'il arrive de chez Thrason. Pythias, qui l'a vu arriver et qui a des renseignements à lui demander, l'interpelle : v. 730 PY. Chrêmes. C^, Quis est? Ehem Pythias., etc. Pas de salutation. Comme à la scène m et pour des raisons faciles à comprendre, c'est le personnage déjà sur le théâtre qui prend l'initiative de la reconnaissance.

Se. VI. Thaïs arrive en prononçant un petit monologue de quatre vers, qui exprime son agitation. Chrêmes qui l'attend, lui adresse la parole: la situation est analogue à celle des scènes m et v : v. 743 CH. Thaïs, ego iam dudum hic adsum, TH. mi Chrêmes, te ipsum expectabam. Pas de salutation ; il n'y a pas longtemps que les deux personnages se sont quittés : ils entament immédiatement le sujet qui les occupe.

Se. VII. Thrason entre en scène en causant avec Gnathon et les satellites qu'il a amenés. Thaïs et

Chrémès causent de leur côté de ce qu'ils voient et de ce qu'ils entendent. Thrason aperçoit Thaïs : v. 788 THR. Sed eccam Thaïdem ipsam uideo..; il lui adresse la parole : v. 792 THR. Thaïs, primum hoc mihi responde, etc.. Pas de salutation : les deux personnages viennent de se quitter, et ils ont d'autres soucis que celui de se saluer réciproquement. Ici comme précédemment le personnage secondaire Chrémès n'est pas touché par l'interpellation et se mêle plus tard de lui-même au dialogue.

Act. V, se. II. Chaeréa débite en entrant en scène un monologue de huit vers, qui nous renseigne sur ses faits et gestes et sur ses périgrinations depuis que nous ne l'avons vu. Il aperçoit Thaïs; mais il n'ose pas l'aborder, il aurait même quelque intérêt à l'éviter : V. 848 CH..J Sed estne haec Thaïs, quant video? Ipsast. Haereo quid faciam, Quid meaautem? Quidfaciet mihi? Le cas est donc spécial et l'initiative appartient forcément à Thaïs : v. 850 sq. TH. Adeamus, Bone uirDore, salue : die mihi, Aufugistin ? etc.. La salutation paraît être ironique. Le personnage secondaire n'intervient que plus tard.

Se. III. Pythias, restée en scène, prononce un petit monologue de deux vers et demi. Chrémès paraît, parlant à la nourrice, et ne l'aperçoit pas. Pythias l'interpelle : v. 915 PY. lamne ostendisti signa nutrici? CH. Omnia. Pas de salutation. Pythias est pressée de se renseigner.

Se IV. Parmenon entre en scène en prononçant un monologue de dix-huit vers. Pythias feint de ne pas l'apercevoir et se met à jouer la comédie pour le faire tomber dans un piège. Après quelques apartés, Parmenon se décide à l'aborder : v. 947 sq. PA... Adibo, Quid istuc, Pythias? Quid aïs ? In quem exempta fient? PY. Rogitas, audacissume? Pas de salutation, sans doute à cause de l'émotion réelle de Parmenon, feinte

de Pythias : c'est exprès que Pythias n'adresse pas la parole la première.

Se. V. Le senex nous apprend en trois vers d'où il vient et pourquoi il rentre à la ville ; il en a assez de la campagne. l\ aperçoit Parmenon et l'interpelle. Parmenon, qui se trouve dans une situation embarrassée, feint d'être surpris : v. 974 sq. SE... Sed estne ille nosler Parmeno ? Et certe ipsvs est, Quem praestolare, Parmeno, hic ante oslium? PA. Quis homost? Eliem, saluom te aduenire, ère, gaudeo. Le maître ne salue pas l'esclave ; celui-ci lui adresse la formule de salut usitée pour les gens qui reviennent de voyage.

Se. VI. Pythias sort de chez Thaïs en prononçant un peti t monologue de trois vers que Parmenon entend, comme le prouve l'aparté. Étant sortie pour parler à Parmenon, elle le cherche et finit par l'apercevoir : V. 1005 PY. ISunc idprodeo ut conueniam Parmenonem, Sed ubi obsecro est? PA. Me quaerii haec. PY. Aiqve eccum video : adibo. PA. Quid est, inepta ? Quid tibi uis ? C'est bien, comme d'ordinaire, le nouvel arrivé qui va pour aborder l'autre : mais c'est Parmenon qui adresse le premier la parole à Pythias parce qu'il est intrigué de ce qu'elle vient faire, qu'il est pressé de le savoir. Pas de salutation; les deux personnages viennent de se quitter et songent à autre chose qu'à se saluer.

Se. VII. Gnathon et Thrason arrivent en causant. Ils n'aperçoivent point Parmenon, qui n'a pas l'air de les apercevoir non plus.

Se .VIII et viii*^. Chaeréa sort de chez Thaïs en prononçant un monologue de trois vers qu'entend Parmenon ; Chaeréa l'aperçoit et lui adresse la parole : v. 1034 CH. Parmeno mi, o mearum uoluptatum omnium Inuentor inceptor joerfecior, scis me in quihus sim gaudiis ? etc, Gnalhon et Thrason assistent à la scène ; ils entendent tout, mais ils ne se font pas voir. Phaedria entre en

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scène en prononçant un petit monologue d'un vers et demi. On est allé le prévenir; il sait qu'il va trouver son frère; il le cherche donc et demande à haute voix où il est. Celui-ci se présente et lui adresse le premier la parole : v. 1050 PH... Sed ubist frater? CH. Praesto adest. PH. Gaudeo. Pas de salutation. Tous deux causent ensemble; Gnathon et Thrason causent de leur côté. Tout à coup Phaedria les entend : v. 1061 PH. Quem ego hic audio? Thraso. TH. Saluete. C'est Thrason qui salue. Phaedria n'est pas disposé à lui faire des politesses.

Ainsi lorsqu'un personnage entre seul en scène tandis que d'autres, qui sauf circonstances particulières l'ont aperçu, y sont déjà, il prononce un monologue — quelquefois assez long, souvent très court ; s'il est accompagné, il cause avec la personne qui le suit. Tantôt il vient exprès pour parler aux personnages en scène et en sachant qu'ils sont là, tantôt au contraire il ne s'en doute pas ; en tout cas, au bout d'un temps plus ou moins long, il les aperçoit et leur adresse la parole. Quelquefois il est averti de leur présence en les entendant parler. C'est dans des cas tout particuliers que les personnages en scène interpellent les premiers le nouveau venu : lorsqu'ils ont jugé à propos de se dissimuler et qu'ils croient le moment venu d'attirer l'attention , lorsqu'ils attendent le nouvel arrivé et qu'ils ont intérêt à lui demander des renseignements, lorsqu'ils ont une raison spéciale d'être impatients. Dans le cas où deux personnages entrent en scène ensemble, c'est avec le plus important que la reconnaissance s'opère, il n'est pas question de l'autre; de même dans le cas où plusieurs personnages sont en scène : les comparses prennent part plus tard à la conversation, mais sans reconnaissance formelle. Les formules de salutation sont souvent supprimées dans VEunuque. Cette suppression

s'explique en général assez facilement par réraotion des personnages, la vivacité de Faction, etc.

Nous venons de voir comment les acteurs entrent en scène; il nous reste à examiner comment ils en sortent. Dans le courant d'un acte (excepté deux fois act. III, se. III et iv) les personnages ne sortent pas de la scène tous à la fois; il en reste toujours au moins un pour conserver la continuité des scènes. Térence essaie de rendre vraisemblable le maintien en scène du personnage, bien que cette vraisemblance ne soit parfois qu'apparente. Celui-ci resté seul prononce un petit monologue qui résume la situation, qui annonce le ou les personnages en vue et qui vont faire leur entrée. Quand il en reste plusieurs, ils causent ensemble. Ce sont les personnages secondaires, les esclaves qui servent à Térence à établir le lien de l'action.

Act. I. Il ne contient que deux scènes et la difficulté en question ne se pose pas, puisque personne ne quitte le théâtre avant la fin de l'acte.

Act. II, se. I. Térence fait sortir de la maison Parmenon avec son maître ; après le départ de celui-ci, Parmenon demeure sur le théâtre uniquement parce que sa présence est nécessaire aux scènes suivantes. En effet, après un monologue de six vers, 223-231, qui contient quelques réflexions sur la situation et l'annonce de l'arrivée de Gnathon, il assiste au monologue de celui-ci et se querelle avec lui (se. ii) ; après que Gnathon est entré chez Thaïs, Parmenon consacre un petit monologue à l'arrivée de Chaeréa (v. 289-291 ) et reste encore sur le théâtre (se. m) pour recevoir la confidence du jeune homme et décider avec lui des mesures à prendre.

Son intervention pendant tout cet acte est nécessaire ; sa dispute avec Gnathon, son entretien avec Chaeréa font partie du plan de l'auteur. Mais la seule

raison que Fesclave ait d'être là, c'est qu'étant sorti avec son maître (ce qui n'était pas indispensable), il n'est pas rentré tout de suite. Sa présence n'est pas sérieusement motivée au point de vue de la vraisemblance.

L'acte III est conçu différemment. Personne ne sort à la fin des scènes i et ii, et, à la fin de la scène m, ïhrrason s'en retourne chez lui avec Gnathon, Thaïs et les suivantes de celle-ci. Quant à Parmenon, il disparaît sans qu'on nous dise ce qu'il devient. Après la scène m le théâtre reste vide; de même après la scène iv. Mais l'apparition d'Antiphon dans la scène iv n'a pour but que de préparer un interlocuteur à Chaeréa dans la scène v qui se trouve ainsi reliée à la précédente.

A l'acte IV, les scènes i et ii sont sans lien entre elles, étant occupées par des personnages qui arrivent chacun de leur côté ; mais au début de la scène m Pythias sort de chez Thaïs et, comme Parmenon au second acte, c'est elle qui pendant un certain temps constitue l'unité de l'action. Pendant que Phaedria rentre chez lui (se. m) pour chercher l'eunuque, Pythias et Dorias restent en scène et devisent ensemble. Elles sont donc là lorsqu'il revient, à la scène iv, et, quand il rentre avec Dorus dans la maison, Pythias et Dorias demeurent, en échangeant leurs réflexions. Puis Pythias fait rentrer Dorias chez Thaïs pour mettre en sûreté les bijoux qu'elle a rapportés. Quant à elle, elle justifie son maintien sur le théâtre en disant qu'elle veut savoir de Chrêmes ce qui s'est passé : v. 11^ Ego scibo ex hoc^ quid siet : c'est là un sacrifice à la convention dramatique, car elle l'attendrait aussi bien dans la maison. Elle assiste ainsi à la scène v où elle dit quelques mots, puis à la scène vi où elle sert à aller chercher dans la maison les signes de reconnaissance de Pamphila. Nous ne

savons si elle assiste également à la scène vu; en tout cas sa présence n'est plus nécessaire à la continuité, puisque Thaïs et Chrêmes attendent Thrason de pied ferme.

Pythias joue un rôle analogue à Tacte V. Elle sortavec Thaïs au début de la scène i et toutes deux restent sur le théâtre à la fin de la scène pour attendre Chaeréa. Lorsque à la fin de la scène ii Thaïs rentre avec Chaeréa, elle laisse là Pythias sous prétexte d'introduire Chrêmes qui est en vue : v. 909 Tu istic mane^ ut Chremem intro ducas, Pythias, Mais Chrémès s'introduit bien tout seul avec la nourrice qu'il ramène. Pythias se borne à leur dire: v. 917 Ite intro: iam dudum era uos expectat domi. C'est par convention qu'elle est demeurée là. A la fin de la scène m ayant aperçu Parmenon, elle prononce un petit monologue pour nous avertir qu'elle va lui jouer un tour; comme il ne faut pas que celui-ci l'aperçoive en ce moment, elle rentre dans la maison. Le théâtre au surplus ne reste pas vide à proprement parler, puisque Parmenon est déjà en vue. A partir de la scène iv, c'est Parmenon venu aux nouvelles qui est chargé de l'office dévolu précédemment à Pythias, celui de tenir la scène pendant que les autres acteurs s'y succèdent. Après avoir récité un assez long monologue, il subit la mystification imaginée par Pythias. Celle-ci rentre et Parmenon fait au senex qui arrive d'inquiétantes révélations (se. v). A la fin de la scène v, quand le senex s'est précipité dans la maison, Parmenon dans un petit monologue de cinq vers prévoit mélancoliquement le sort qui l'attend ; puis (se. vi) il subit les moqueries de Pythias et après le départ de celle-ci résume en un vers sa triste situation. Après la scène vi, il reste encore sur le théâtre, mais son rôle de gardien de la continuité des scènes est terminé. On ne nous dit pas s'il aperçoit Thrason et Gnathon qui arrivent et ceux-

ci ne s'inquiètent pas de lui ; ce sont eux qui s'installent sur le théâtre et qui voient arriver d'abord Chaeréa (se. viii) à qui ils ne disent rien, puis Phaedria. Tandis que Chaeréa a envoyé Parmenon chercher son père, Thrason et Gnathon échangent quelques réflexions et Chaeréa récite un petit monologue.

A la fin des actes II, III et V, les personnages s'en vont tous ensemble. A la fin de l'acte I, Thaïs reste en scène après le départ de Phaedria. Elle prononce un petit monologue de huit vers qui résume la situation et nous donne une indication pour l'avenir. A la fin de l'acte IV, Thrason et Gnathon abandonnés par Chrêmes et Thaïs causent encore un instant entre eux et avec les acolytes du soldat.

Il nous reste à voir sur quelles formules les personnages se retirent et quelles indications ils nous donnent sur ce qu'ils deviennent.

Act. I, se. II. Au moment de quitter Thaïs, Phaedria nous prévient qu'il ira à la campagne : v. 187 Rmibo. Mais nous ne savons pas où il va immédiatement : en réalité il rentre chez lui. Il prend congé solennellement de Thaïs : v. 190 PH. In hoc biduom^ mea Thaïs, uale. TH. Mi Phaedria^ Et tu. Num quid uis aliud^ ? Il emmène avec lui son esclave Parmenon, mais sans nous donner là-dessus aucune indication formelle. Thaïs nous avertit qu'elle rentre chez elle et pourquoi : V. 206 Concedam hinc intro atque expectabo, dum uenit,

Act. II, se. I. Avant de quitter Parmenon, Phaedria nous apprend où il va : v. 216 PH. Ego rus ibo atque ibi manebo. Il quitte Parmenon brusquement au vers 224 et sans aucune formule d'adieu, ce qui se comprend étant donnée l'agitation dans laquelle il se trouve.

1. C'est la formule régulière pour prendre congé. Cf. v. 341 Bq.Rogo num quid uelit. « Becte • inquîL Y. 363. Num quid me aliud?

Se. II, V. 281 sq. Gnathon entre dans la maison de Thaïs sans avoir besoin de s'annoncer et de demander la porte. Cette infraction aux usages paraît voulue ; évidemment on l'attend, à cause du cadeau qu'il vient faire : v. 282 PA. Age modo, i: nunc tibi patent fores haec, quia tstam ducis. V. 284 Qui mihi nunc uno digitulo fores aperis fortunatus, etc.; Gnathon ne prend pas congé de Parmenon : il se borne à le plaisanter, ce qui est d'autant plus comique qu'au début de la scène il l'avait salué solennellement. Il serait possible que les vers 286 sq. fussent prononcés du vestibule par Gnathon qui se retourne une fois la porte ouverte ; il est plus probable (cf. le Comment, de Donat, ad h, /.) que c'est au moment où il s'en va, sa commission faite. Se. III. Chaeréa et Parmenon s'en vont ensemble. Nous savons qu'ils rentrent à la maison : v. 377 âge eamus intro nunciam, Parmenon dit à Chaeréa : v. 390 Sequere : di uortant benel L'emploi de cette formule qui n'est pas conforme à Tusage — car c'est lui qui est l'esclave — montre bien que c'est Parmenon qui en cette circonstance conduit l'affaire; ils ne se font pas ouvrir la porte suivant la formule usuelle, peutêtre parce qu'au début de l'acte Parmenon l'a laissée ouverte.

Act. III, se. II. Thaïs s'absente un moment pour rentrer chez elle — sans prendre congé naturellement, puisqu'elle va revenir : v. 492 TH. H os prius intro ducam et quae uolo Simul imperabo : post hue continuo exeo. Elle a évidemment laissé la porte ouverte derrière elle, quand elle est sortie au début de la scène. Elle ressort au vers 500 en donnant ses ordres aux gens qui sont dans la maison : situation assez fréquente ddLnsldi palliata. On ferme la porte derrière elle comme nous le voyons dans la scène suivante : v. 530. Nous savons par toute la scène qu'elle va chez le capitaine Thrason. Celui-ci se borne à dire Eamus, et Thaïs

s'adressant à ses suivantes leur dit : Vos me sequimini^. C'est la formule qui sert à nous avertir ici que Thaïs ne part pas seule; nous savons d'ailleurs que, lorsque les courtisanes s'en allaient ainsi dîner en ville, elles emmenaient une partie de leur domesticité. Parmenon s'en va aussi, car il n'est plus question de lui aux scènes suivantes; il est singulier et peu conforme aux usages de la pièce que nous ne sachions pas ce qu'il devient. Il ne revient pas à la maison, car à l'acte IV, scène iv, Phaedria rentre chez lui sans le trouver. Il reparaît, acte V, scène iv, sans qu'on sache ce qu'il est devenu pendant tout ce temps-là. Une autre preuve qu'il n'était pas à la maison, c'est qu'il ne sait rien de ce qui s'est passé : or Phaedria, qui y est depuis la scène iv de l'acte IV, n'aurait pas manqué de l'en instruire.

Se. III. Chrêmes qui est venu frapper à la porte de Thaïs suivant la formule usuelle : v. 530 CH... Beus heus, ecquis hic? Ego sum Chrêmes, se décide à aller rejoindre Thaïs chez le capitaine. Il ne prend pas congé de Pythias; — Pythias n'est qu'une esclave et Chrêmes est peu poli — ; celle-ci le fait conduire : v. 537 sq. CH. Fo. PY. A^t, Dorias, cito hune deduce ai militem.

Se. v. Antiphon et Chaeréa s'en vont ensemble. Sur le conseil de celui-ci, ils vont chez Antiphon afin que Chaeréa déguisé en eunuque puisse changer : v. 612 AN. Eamus ad me^iài proxumumsiubi mutes, CH. Recle dicis, Eamus, etc.

Act. IV, se. IV. Phaedria rentre un instant chez lui pour voir si l'eunuque Dorus n'y est pas : v. 662 PH... Pfisi si domum Forte ad nos rediit. PY. Vise amabo, num sit. PH. lam faxo scies... Naturellement il n'a pas à prendre congé; comme il s'éloigne un peu, puisqu'il

1. Gf«v. 580 CH. ^Ego' inquit 'ad cenani hinc eo\ Xhdu.c'xt aecum ancillas.

était devant la porte de Thaïs, et qu'au moment où il se fait ouvrir, il n'est plus à proprement parler en scène, nous n'avons pas à savoir comment il s'y prend. 11 ressort au début de la scène suivante, v. 668.

Se. V. Il s'en va brusquement avec l'eunuque sans prendre congé. Nous voyons par le texte qu'il rentre chez lui et qu'il est bien aise de s'esquiver : v. 715 PH. / intro nunciam, DO. Oieï. PH. Alio pacto honeste quo modo hinc abeam nescio. Il a sans doute laissé la porte ouverte. Pylhias fait rentrer Dorias chez Thaïs, v. 726 Au fer auruîn hoc : il est bien certain qu'au début de la scène m elle a laissé la porte ouverte derrière elle. Se. VI. Thaïs fait rentrer Pythias : v. 753 Abi tu^ cistellam^ Pythias^ domo ecfer cum monumentis. Nous ne sommes pas exactement prévenus du moment où elle ressort. Nous voyons seulement qu'elle assiste à la fin de cette scène : v. 767 sq. TH... Signa ostende PY. Adsunt. TH. Cape,,,, et peut être à la scène suivante. Le fait que pendant tout ce temps la porte de Thaïs est restée ouverte nous est attesté par le vers 763 CH... Tu abi atque obsera ostium intus. Cf. v. 784 CH... Ni mirum, consilium illud rectumst de occludendis aedibus. C'est une règle que lorsqu'un personnage sort de chez lui et prend part à une scène devant la maison, scène à la suite de laquelle il rentre, il laisse la porte ouverte. Nous ne le voyons pas frapper et appeler pour se faire ouvrir.

Se. VIT. Chrêmes s'en va chez la nourrice Sophrona sur les mots suivants adressés à Thaïs : v. 807 CH... Thaïs, ego eo ad Sophronam Nutricem, ut eam adducam et signa ostendam haec. Naturellement il ne prend pas congé deThrason. Thaïs s'en va brusquement: v. 810 THR. Idem hoc iu, Thaïs? TH. Quaere qui respondeat. On ne nous dit pas où elle va, mais le spectateur voyait bien qu'elle rentrait en emmenant Pythias. La délibération avec Gnathon nous apprend que Thrason

retourne Xîhez lui : le v. 816 THR. Vos me hac seqvimini indique qu'il emmène ses acolytes (cf. v. 506).

Act. V, se. II. Thaïs rentre avec Chaeréa, v. 894 sq. TH . Vin hife?'ea, dum uenit^ Domi opperiamur poilus quam hic ante osfium ? La porte est ouverte puisque Pythias vient de sortir. Thaïs emploie la formule suivante : V. 908 TH. 7 prae, sequor. Elle donne ses ordres à Pythias : v. 909 TH.. . Tu istic mane, ut Chremem intro ducas^ Pythias.

Se. III. Chrêmes et Sophrona ne font que traverser la scène et entrent chez Thaïs : v. 917 PY... Ile intro : iam dudum era uos expeciat domi, Pythias rentre après eux : V. 921, PY... Ibo intro,.,.

Se. IV. Après être ressortie, pour mystifier Parme non, Pythias rentre chez Thaïs : v. 970, PY... Ego abeo intro,,, : elle ne prend pas congé de lui; il est probable qu'elle ferme la porte.

Se. v. Le senex^ au comble de l'émotion, entre chez Thaïs sans prendre congé de Parmenon : v. 996 SE. Cesso hue intro rumpere? Il s'introduit donc très violemment ; comment cette violence était-elle rendue pour les spectateurs? Nous l'ignorons.

Se. VI. Pythias s'en va après s'être moquée de Parmenon en disant simplement : v. 1023, abeo, sans dire oii; mais le spectateur voit bien qu'elle rentre à la maison.

Se. VIII. Chaeréa envoie Parmenon chercher son frère : v. 1042 CH. Tu frater ubi ubi est fac quam pirimum haec audiat, PA. Visam domum. Parmenon s'en va sur ces mots.

Il est probable qu'à la fin de la pièce tous les personnages en scène entrent chez Thaïs : v. 1094 i7e hac.

Il résulte de cette analyse que les personnages qui s'en vont prennent rarement congé dans les formes régulières, soient qu'ils aient afîaire à des esclaves, soit que l'état d'esprit dans lequel ils se trouvent jus-

tifie une certaine brusquerie. En revanche, Fauteur nous renseigne toujours très exactement sur ce qu'ils deviennent en quittant le théâtre ; siauf pour le cas de Parmenon qui subit une éclipse inexpliquée, nous savons toujours où ils vont. On remarquera que dans le courant d'un acte, s'ils sont rentrés, l'hypothèse est qu'ils restent chez eux pendant tout le courant de l'acte jusqu'au moment où nous les voyons ressortir : le cas où ils ressortiraient pendant l'entr'acte de façon à être absents au début de l'acte suivant, ne se présente pas dans Y Eunuque, L'exactitude avec laquelle Térence donne ces renseignements est une conséquence de la convention dramatique qu'il suivait ; la pièce se passant en allées et venues, il faut que les entrées et sorties des personnages soient parfaitement réglées et que nous sachions toujours d'où ils viennent, pourquoi ils viennent, où ils vont, où ils se trouvent pendant que la pièce suit son cours. Ainsi nous ne sommes pas étonnés de les retrouver à point nommé ici ou là. L'auteur essaie d'expliquer la chose d'une façon plus ou moins heureuse : si Antiphon apparaît subitement à la scène iv de l'acte III, c'est qu'il vient chercher Chaeréa : v. 545 Idque adeo uisam, si domist,.. Si Parmenon se montre à la scène iv de l'acte V, c'est qu'il est inquiet et veut savoir où en sont les choses. Il n'y a de véritablement singulier que le retour de Chaeréa à la scène ii de l'acte V. Il nous raconte bien pourquoi il n'a pu entrer chez Antiphon et comment il a dû courir les ruelles désertes de la ville pour échapper aux indiscrets; mais il les connaît assez pour ne pas revenir, sans s'en apercevoir, au point de départ. L'auteur paraît expliquer son retour par le désir de justifier sa conduite : v. 855 CH. Hanc metui ne me criminaretur tibi.

Dans les conditions matérielles de la comoedia palliata et en l'absence de changement de décors l'unité

LA CONVKNTION DRAMATIQUE. 29

de lieu est de rigueur ; les personnages ne peuvent intervenir dans le drame que sur la plaiea, où toute l'action se concentre. Ce n'est pas un endroit vague et irréel, mais une place déterminée d'Athènes, où se trouvent des maisons dont nous connaissons les habitants. Tout ce qui se passe en dehors et que nous avons intérêt à savoir doit nous être raconté; c'est pour l'auteur une raison — indépendamment de celle mentionnée plus haut — de multiplier les monologues et les récits.

L'unité de temps n'est pas la conséquence nécessaire de l'unité de lieu; mais elle est strictement observée dans Y Eunuque.

A propos d'indication d'heure, nous n'avons que le fait qu'au deuxième acte Thaïs est invitée à une cena^ qu'elle y va au troisième et qu'elle en revient au quatrième. La cena est le repas du soir et le mot est sans doute la traduction du grec Seïtcvov. Chez les Grecs comme chez les Romains, ce repas n'ayait lieu qu'à la fin de la journée et une fois les affaires terminées. Mais nous pouvons d'autant moins en fixer l'heure exacte qu'il s'agit ici d'un banquet offert à une courtisane par un viveur qui fait la fête, une sorte de (tu(X7c6(tiov (v. 6*26 conuiuium). Ces repas pouvaient commencer en plein jour, comme le festin par écot dont il est question au vers 539 sq. Il est bien certain que celui-ci n'a pas lieu aux lumières et que les événements qui le suivent dans la pièce s'accomplissent avant la nuit.

Examinons maintenant la question de durée et l'espace que prendraient les événements de la pièce s'ils avaient lieu dans la réalité, en tenant compte de ce qui doit remplir les entr'actes. Le temps exigé ne paraît pas très long. Phaedria s'est vu fermer la porte de Thaïs la veille, sûrement dans la journée, puisqu'il a eu le temps d'aller ensuite acheter une négresse et un eunuque ou tout au moins de conclure le marché s'il

était commencé (v. 168 sq. et 356 sq.). Mandé par Thaïs le lendemain, il doit se présenter chez elle dans la matinée, et le premier acte se passe dans le temps nécessaire pour le jouer. Pendant le premier entr'acte, il rentre chez lui pour faire les quelques préparatifs nécessités par son départ pour la campagne : ces préparatifs ne doivent pas être bien longs. Mais il faut que Thaïs ait le temps de prévenir Thrason qu'il a pour deux jours le champ libre ; c'est la crainte de son rival qui l'empêchait de donner à Thaïs Pamphila (Act. I, se. II, V. 139 sq.). Puisqu'il l'envoie au deuxième acte, il faut bien qu'il se soit passé quelque chose de nouveau. Peut-être y a-t-il eu une entrevue entre Thaïs et lui : c'est ce que semble indiquer le v. 792 sq. THR... Quom tibi do isiam uirginem, Dixtin hos dies rniki soli dare ie? Tout au moins on est allé chez lui et Gnathon en vient. Le second acte se passe dans le temps nécessaire pour le jouer; pendant le second entr'acte Gnathon a dû retourner chez Thrason, puisque au début du troisième acte celui-ci est informé de l'accueil fait à son cadeau. Comme Gnathon a dû revenir tout de suite pour satisfaire l'impatience de son maître, que Thrason, de son côté, a dû s'empresser de venir chercher Thaïs, il ne faut guère compter que le temps de deux voyages entre la maison de Thaïs et celle de Thrason. Nous ignorons où demeure Thrason, mais à Athènes les distances n'étaient pas énormes. Les trois premières scènes du troisième acte ne nécessiteraient pas plus de temps dans la réalité que sur le théâtre. Chrêmes doit arriver aussitôt après le départ de Thaïs et Antiphon aussitôt après celui de Chrêmes, de sorte que le théâtre ne reste vide qu'un instant. Mais le temps des deux petites scène m et iv ne suffît pas à contenir l'escapade de Chaeréa, de sorte que le temps de débiter ces quarante-deux vers représente en réalité une durée

sensiblement plus longue ; c'est là du reste une liberté qui n'est point particulière à Térence et elle ne devait pas ici choquer le spectateur qui, très désireux de savoir ce qui était arrivé de l'entreprise de Chaeréa, était enchanté de le voir reparaître et très disposé à savoir gré à l'auteur de lui abréger les délais. Pendant cette seconde moitié du troisième acte, pendant le troisième entr'acte et le commencement du quatrième acte, Thaïs va chez Thrason, assiste au festin qui est interrompu nous ignorons à quel moment, mais sans doute au bout de peu de temps; puis elle revient chez elle. Le quatrième acte se passe dans le temps nécessaire pour le jouer. Pendant les six derniers vers du quatrième acte, le quatrième entr'acte et les deux premières scènes du cinquième acte, Chrêmes va chercher la nourrice Sophrona; nous ignorons où elle demeure. La reconnaissance s'opère. Enfin Thrason, qui est retourné cliez lui pendant le quatrième entr'acte en revient à la fin du cinquième acte. Il faut ajouter qu'entre le commencement du deuxième acte et le début du cinquième, Phaedria a le temps d'aller à la maison de campagne de son père et d'en revenir. Nous ne savons pas exactement à quelle distance elle était d'Athènes, mais nous sommes avertis qu'on y allait et qu'on en revenait facilement : v. 971 sq. Cela fait un certain nombre d'allées et venues qui dans la vie auraient demandé du temps, et la pièce ne saurait dans la réalité s'accomplir exactement pendant l'espace indispensable pour la jouer. Il n'est pourtant pas nécessaire d'admettre qu'elle remplisse même les douze heures de la journée.

La technique dramatique.

On sent dans YEnnuque la main d'un homme du métier qui était lin dramaturge expert ; la pièce n'est pas faite pour la lecture de cabinet, mais pour la scène : c'est à ce point de vue qu'il faut la considérer.

En retranchant le prologue narratif, l'auteur* s'imposait une assez grosse difficulté, celle de nous communiquer dans le drame lui-même les renseignements dont nous avons besoin pour le comprendre ^. On regarde généralement comme un progrès l'incorporation au drame de cet avertissement préliminaire : c'est une question. Si le premier procédé a quelque chose d'un peu naïf, le second n'échappe pas à une invraisemblance d'un autre genre, celle de faire raconter par les personnages en scène des faits qui leur sont familiers et qu'ils n'ont nul besoin de se communiquer ; l'exposition alourdit et embarrasse les débuts de la pièce, qui ne prend véritablement son essor qu'une fois sortie de cette mise en train. Comment Térence (ou Ménandre) s'est-il tiré de cette difficulté ?

C'est une habileté que d'avoir rejeté l'exposition à la seconde scène de l'acte premier. La pièce s'ouvre par un dialogue passionné que nous comprenons sans peine et qui nous intéresse : un amant rebuté par sa maîtresse, puis rappelé par elle, se demande s'il lui obéira ou s'il ne secouera pas le joug. Nous voici jetés dès l'abord en pleine intrigue.

1. Il est vraisemblable que V Eunuque de Ménandre n'avait pas de prologue narratif.

2. VArgum. Donali fait remarquer en outre que la pièce n'a pas de personnage protatique.

En outre rexposilion est attendue. Si Thaïs rappelle Phaedria, c'est pour lui donner une explication de sa conduite ; cette explication, le spectateur la désire ; comme l'indique la réplique de Parmenon, v. 87 : Ceterum de exclusione verôum nullum? Il serait surpris qu'elle ne vînt pas. Aussi, lorsque Thaïs entame son récit, il est disposé à l'écouter, parce qu'elle va salisfaire une curiosité excitée d'avance.

Jusqu'à quel point dans cette exposition la vraisemblance est-elle observée ou violée ? Les choses que Thaïs dit à Phaedria étaient-elles connues de ce dernier et sont-elles destinées uniquement au spectateur?

La liaison de Phaedria et de Thaïs n'est pas très ancienne*; elle n'a commencé qu'après le départ du capitaine pour la Carie. Qu'est-ce que Thrason était allé faire en Carie? Lever des troupes? Diriger une expédition? Combien son absence a-t-elle duré? Nous ne le savons pas exactement. Mais il semble bien que le voyage ait été court, puisqu'à son retour Thrason prétend tout simplement reprendre ses habitudes avec Thaïs, ce qui ne permet d'admettre qu'une séparation momentanée. En tous cas la mère de Thaïs est morte récemment — nuper — v. 1 31 . Or, avant cette mort, il ne pouvait être question pour Thaïs de prendre chez elle Pamphila ; elle n'avait pas à s'occuper d'elle et ne pensait pas sans doute la revoir jamais. Dans ces circonstances, qu'est-ce que Phaedria a bien pu lui demander de son passé ? Il a su probablement que Thaïs était une étrangère de Rhodes, qu'elle avait été amenée à Athènes par un négociant et que celui-ci lui avait laissé sa fortune. Ces faits sont donc rappelés dans le récit de Thaïs pour les spectateurs et non pour

1. Elle doit durer cependant depuis quelque temps : v. 1000 iam diu aliquam causam quaerebat senex... Il n*y a aucune raison pour supposer qu'elle soit postérieure au déménagement 4q Tha'is q[ui est ^out récent.

Phaedria. Mais ils sont accessoires, ils tiennent peu de place et l'invraisemblance n'est pas très considérable. Quant à l'enlèvement de Pamphila par des pirates à Sunium, aux soins que la mère de Thaïs a pris de son éducation, ce sont là des choses qui doivent être nouvelles pour lui; carjusque-là il n'avait aucune raison de s'en enquérir et Thaïs n'avait pas de motifs pour les lui raconter. La vente de Pamphila par l'oncle de Thaïs, son achat par Thrason, l'intention où celuici est d'en faire cadeau à sa maîtresse sont des choses que Thaïs n'a pu apprendre que depuis le retour du capitaine. Or ce retour est récent, et, comme Phaedria est depuis tenu à l'écart, on peut admettre sans grande peine qu'il n'a pas encore entendu parler de tout cela. La partie capitale de Yexposition ne se compose pas de nouveautés pour le spectateur, qui seraient des redites pour Phaedria; ce sont des nouveautés pour Phaedria lui-même et la vraisemblance est très convenablement sauvegardée.

Il n'y a donc pas grand'chose à reprendre quant au fond. Pour ce qui est de la forme, un long récit prononcé par un acteur tandis que les autres jouent le rôle de personnages muets est toujours anti-dramatique. Mais le récit de Thaïs ne ressemble pas à notre fameux récit de Théramène. D'abord il est assez court : il ne va que du vers 107 au vers 144, soit 38 vers. A partir du vers 144, Thaïs plaide sa cause dans une péroraison pathétique, Phaedria se plaint, se révolte, se soumet ; nous rentrons dans le conflit de sentiments qui est l'essence du drame. Ensuite le récit lui-même est coupé par des interruptions. Il y en a de deux sortes, celles de Phaedria et celles de Parmenon. Les premières sont peu nombreuses : v. 110 PH. Ciuemne? v. 129 PH. Oli, dubiumne id est^'l v. 143

1. Les mss. donnent la première partie du vers à Phaedria, la seconde à Parmenon : Fleckeisen suivi par Dziatzko la première partie à Parmenon, la

PH. Etiamne amplius ? Elles sont assez iDsîgni fiantes ^ sauf la seconde, provoquée par Parmenon; et en effet Phaedria qui ne voit pas où Thaïs veut en venir ne peut guère s'intéresser à cette histoire : v. 155 PH. At ego nescibam, quorsum tu ires. L'auteur a de plus ajouté les interruptions de Parmenon; celui-ci, par suite de rhostilité bien connue de Tesclavepour la courtisane, s'érige en juge de sa véracité et faitle plaisant, comique du reste passablement artificiel, car, en somme, Thaïs dit la vérité et, sauf sur un point secondaire, v. 121, les facéties de Parmenon tombent à faux : v. 199 TH. hoc certo scio, Neque me finxisse falsi quicquam, etc. Le procédé de l'interruption n'est donc pas très heureusement appliqué ici ; mais ce que nous avons à retenir, c'est que l'auteur ayant à mettre en scène un récit qui est simplement et finement écrit, mais qui n'a pas une valeur littéraire remarquable, qui ne compte point parmi les plus intéressant de Térence, a fait tout ce qui dépendait de lui pour le rendre dramatique.

Il y en a deux autres dans la pièce qui sont beaucoup plus amusants, mais que Térence s'est bien gardé de donner eux non plus d'un seul morceau : d'abord la rencontre de Chaeréa avec Archidémidès, V. 327-345, soit 19 vers. Ici les interruptions sont fort bien amenées. On sait que Chaeréa est un jeune homme bouillant et impétueux; il ne lui suffit pas de raconter les choses, il veut jouir de l'effet qu'elles produisent sur l'interlocuteur, obtenir son assentiment. Il ne se contente pas d'une attention distraite : il interroge.

seconde à Thaïs. Mais Thaïs au vers suivant dit: Boc agite amabo ; elle s'adresse donc non pas à Parmenon seul mais à deux personnages et il doit y avoir une double interruption. Parmenon soulève un doute — Phaedria lui répond. C'est pour couper court à la discussion entre le maître et l'esclave que Thaïs reprend : Hoc agite, A propos de cette réclamation ds Phaedria qui trouve Parmenon injuste, cf. Perse, Sat. V, v. 168 sed censen plorabit Daue relicta ? Phaedria sait bien qu'il est aimé : Eun. v. 1053 Mihi illam lawlas ? I.a confiance entre Thaïs et Phaedria est réciproque.

il exige une réponse : v. 327 CH... Patris cognatum atque aequalem Archidemidem Nouistin? PA. Quidni? V. 334 CH... Eho^ nonne hoc monsiri similest? quid aïs? PA. Maxume, Dans ce dernier cas Parménon ne répond pas à la première injonction, mais Ghaeréa insiste et Parménon finit par laisser tomber obligeamment ce mot de maxume. Précédemment une interruption de complaisance n'avait pas obtenu un succès complet; Ghaeréa avait trouvé l'expression insuffisante : v. 329 PA. Incommode hercle, GH. Immo enim uero iti féliciter. Nam incommoda alia sunt dicenda^ Parmeno. Il veut à toute force qu'on entre dans ses vues, sans se rendre compte que les autres n'ont pas les mêmes raisons que lui pour s'exalter.

Le récit de l'aventure de Ghaeréa est le plus long : il renferme 44 vers, v. 563-606 ; il est fort spirituel ; mais ce que nous étudions ici, c'est la mise en scène du récit et non sa valeur littéraire. Les interruptions y sont très naturelles et fort piquantes. La première, comme dans le morceau précédent, est provoquée par Ghaeréa lui-même : v. 563 QXL,.,Nosiin hanc^ quam amat frater? AN. Noui : nempe, opinor^ Thaïdem. GH. Istam ipsam, AN. Sic commemineram. Mais bientôt Ghaeréa, qui estla turbulence même, qui brûle de raconter son exploit, qui veut garder la parole, qui se grise lui-même de ce qu'il dit, impose silence à l'interrupteur : v. 571 GH. Tacitus cilius audies. Seulement Àntiphon est, lui aussi, un jeune étourdi qui se contient difficilement, qui ne saurait s'empêcher de souligner chaque phase du récit par l'expression de ses sentiments ; v. 573 l'étonnement : pro eunuchonï v. 593 la curiosité : Quid ex ea re tandem ut caperes commodi? v. 577 l'étonnement encore: Quoi? tiôine?,,, Satis tuto tamen? v. 580 la compassion ironique: Miser ;w. 597 le regret de n'avoir pas assisté à une scène si prodigieusement drôle : Tum equidem istuc os tuom inpudens uidere

nimium uellem, Qui esset status^ flabellulum tenere te asinum tantum; v. 604 de nouveau la curiosité : Quid tum? V. 604 l'intelligence à demi mot : Fateor.

Pour les monologues Térence en admet un assez grand nombre qui se développent solitairement. Nous avons déjà passé en revue les petits monologues qui ouvrent ou terminent une scène; les plus longs sont les suivants : I, ii, 197-206. II, i, 225-^231. II, ii, 232- 265. II, III, 292-303. III, m, 507-530. III, iv, 539-545. III, v, 549-556. IV, i, 615-628. IV, ii, 629-642. V, ii, 840-847. V, IV, 923-940. Le grand monologue de Gnathon, est ponctué par quelques apartés de Parmenon : V. 254 Scitum hercle hominem! Hic homines prorsum ex stultis insanos facit^ ; v.265 Viden otium etcibus quidfacit alienus ? Il en est de même du monologue de Chaeréa(v. 292-303). C'estun procédé de lapalliata que, tandis qu'un personnage récite un monologue sur le théâtre, un autre, embusqué à quelque distance et qui n'est ni vu ni entendu de lui, accompagne ainsi son discours de réflexions désobligeantes, ironiques, qui indiquent au spectateur l'impression à ressentir. Térence, dans V Eunuque, fait volontiers usage du procédé, au début des scènes où les réflexions du dernier arrivant provoquent souvent des réflexions correspondantes chez les acteurs en scène. Il l'emploie également pour le dialogue. Ainsi à l'acte II, se. i, lorsque Gnathon met en œuvre les principes de flatterie qu'il a exposés plus haut, Parmenon exprime de temps à autre son mépris : v. 418 PH. Di uostram fidem, hominem perditum Miserumque et illum sacrilegum; v. 431 PA. At te di perdant! Se. ii, il envoie quelques traits mordants à l'adresse de Thrason et du parasite : v. 457 Quam uenuste! Quod dédit Principium adueniens! v. 459 £m

1. Don. ad h. loc. : Mire Terentius longae orationi interloquia quaedam adhibet, ut fastidium prolixitatis evitet, velut nunc Parmeno, procul audiens Gnathonem, haec loquitur. Cf. ad v. 265.

alterum : Ex komine hune natum dicas? A leur tour les deux compères expriment leurs sentiments sur les cadeaux de Phaedria. De même à Tacte V, scène viii, Thrason exprime son dépit de voir comment tournent les choses et s'entretient avec Gnathon d'un côté de la scène, tandis que les acteurs ne font pas attention à. lui. Cela suppose, au moins par convention, un théâtre assez large où les acteurs peuvent évoluer sans se voir, parler sans s'écouter réciproquement. C'est une conclusion à laquelle nous sommes déjà arrivés plus haut.

La main de l'homme de théâtre se révèle surtout dans l'Eunuque par la multiplicité des précautions et des annonces dramatiques. Sans doute, le plaisir du théâtre est jusqu'à un certain point un plaisir de surprise, et si dès l'abord la pièce s'acheminait par des voies géométriques à un dénouement prévu, la curiosité n'existant point, ' le spectateur s'intéresserait peu à l'intrigue. Mais il a besoin d'être guidé, d'être mis sur la voie; l'inattendu le déroute, et un auteur qui sait son métier s'arrange pour ne point le déconcerter. Il sème çà et là des indications qui sont des pierres d'attente, des points de repère. La difficulté pour lui, c'est qu'elles ne soient pas d'un artifice trop visible, qu'elles paraissent en situation , qu'elles viennent naturellement dans la bouche des acteurs, qu'elles passent cependant par-dessus leur tête pour tomber dans l'oreille du spectateur intelligent et attentif. Comment Térence a-t-il satisfait à ce besoin?

Le postulat d'une pièce doit être facilement accepté par le spectateur; or, dans la donnée même, il y avait deux choses qui pouvaient le choquer. Pour que la ruse de Chaeréa soit possible, il faut qu'il ne soit pas connu dans la maison de la courtisane et cela était assez difficile puisque, par suite de la convention dramatique^ son père et Thaïs habitent porte à porte. L'auteur a senti la difficulté et l'a esquivée de la

façon suivante. D'abord il nous avertit que Chaeréa, qui est parmi les éphèbes, est détaché au Pirée pour y tenir garnison : v. 290 PA... Miroi\ quid ex Piraeo abierit; nam ibi custos jouùlice est nunc^^ ensuite que c'est tout dernièrement que Thaïs est venue habiter auprès du père de Phaedria et de Chaeréa : v. 359, CH... Sed istam ThaXdem non sciui nobis uicinam, PA. Haud diust. L'invraisemblance est donc galamment sauvée — bien qu'à la réflexion l'artifice soit visible — et cela juste au moment où la question pouvait se poser pour nous, c'est-à-dire lorsque Chaeréa va tenter son entreprise. Une autre condition indispensable, c'est que le père des deux jeunes gens soit absent pendant la pièce — car il gênerait singulièrement leurs frasques — et présent au dénouement — pour donner le consentement final. L'auteur, sans parler de lui outre mesure, nous avertit pourtant de son existence au V. 298 infortunatum senem/.,, et plus tard du fait qu'il est à la campagne et qu'il peut revenir d'un moment à l'autre : v. 611 porro autem pater ne rure redierit iam^. Ces indications sont données à la volée : elles suffisent pour que nous ne soyons pas étonnés lorsque à la scène v du cinquième acte le vieillard se montre et nous dit qu'il possède tout près d'Athènes une campagne, qu'il partage ses loisirs entre sa maison de ville et sa maison des champs, qu'il va de l'une à l'autre lorsqu'il s'ennuie : v. 971 sq. SE. Ex meo propinquo rure hoc capio commodi : Neque agri neque urbis odium me umquam percipit, Ubi satias coepit fieri, commuto locum. Il eût peut-être mieux valu cependant que l'existence de cette villa nous fût révélée soit au premier acte, soit au moins au deuxième, lorsque Phaedria part pour la campagne. Nous avons déjà noté que l'auteur ne fait guère

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