‹ Sur l'Eunuque de TérenceChapitre 6 sur 17 · FloriL XXIX, 41 cité par M. Nencini p.UOi · texte numérisé non relu

FloriL XXIX, 41 cité par M. Nencini p.UOi

erravit ideo, quia ya^TJ mustela dicitur. ya^e^TTiç stellio, etc. » Ce passage montre au moins que le traducteur suivait de très près son modèle.

Enfin Térence a changé les noms de la plupart des personnages de son original. Nous apprenons par le passage de Perse cité plus haut, que dans VEunuque de Ménandre Parmenon portait le nom de Aaoç, Phaedria celui de XaipéarpaToç, Thaïs celui de Xpuaiç, par le commentaire de Donat, au vers 971 que le senex s'appelait Sftxwv; par Plutarque, Mor, 57 a, que dans le Colax Thrason s'appelait Btaç et Gnathon STpouôiaç. Nous ne sommes pas renseignés en ce qui concerne Chaeréa, Chrêmes et Pamphila, et nous ne saurions dire dans quel but Térence a abandonné les noms originaux pour les remplacer par d'autres noms également grecs.

En résumé, nous avons la preuve que Térence a traduit fidèlement Y Eunuque de Ménandre : il s'est cependant permis de mettre à la scène Antiphon qui probablement était dans la pièce l'objet d'une simple allusion, mais qui ne figurait point parmi les personnages; il a un peu atténué ce qu'il y avait de trop rustique dans le rôle de Chrêmes; enfin, et c'est là le point le plus important, il a opéré çà et là des suppressions, sans doute parce qu'il ajoutait d'autre part à l'original, surtout en vertu du procédé de la contamination,

Térence convient en effet, dans le prologue, qu'il a emprunté au Colax de Ménandre pour les ajouter à sa pièce les personnages du parasite et du capitaine*.

1. V. 26. Nous n'avons pas à nous occuper ici du fait que ces personnages avaient déjà paru sur la scène romaine. Je remarque toutefois qu'au v. 25 il faut sans doute adopter la conjecture de Bothe : Colacem esse Naevi aut (mss. et) Plattti, ueterem fabulam. Je crois que dans ce vers Térence reproduit les paroles mêmes de Luscius qui sur le moment n'avait pas pu dire exactement si la pièce était de Naevius ou de Plante. C'est une méchanceté de Térence et peut-être aussi un moyen de s'excuser de ne s'être pas lui-même rappelé la pièce. Au v. 30 : Sed eus fabulas factaspriiis Latinas scisse sese.

Comment cette addition a-t-elleété faite? quelle était la physionomie de V Eunuque de Ménandre? C'est sur quoi on a beaucoup discuté.

M. Nencini a prétendu établir que dans la pièce de Ménandre rien n'existait des personnages du capitaine et du parasite et des événements auxquels ils prennent part, et voici comment il se représente la pièce. La brouille entre Chrysis et Chaerestrate était une brouille d'argent : Chaerestrate n'avait donc point de rival.

La pièce de Ménandre contenait l'équivalent des scènes i et ii du premier acte, moins pourtant les allusions au rival qui n'existait pas. Ce qui engageait Chrysis à obtenir de Chaerestrate qu'il partît à la campagne c'est que, voulant entamer avec Chrêmes des négociations au sujet de Pamphila, elle craignait d'être gênée par la présence de Chaerestrate qui aurait pu ne pas comprendre la chose et être jaloux de Chrêmes.

L'hypothèse est singulière par elle-même, Chaerestrate ne s'intéressant nullement à Pamphila; il est puéril de lui supposer une jalousie qu'il eût été facile de calmer d'un mot et qui eût été d'autant plus déplacée que d'après M. Nencini Chrêmes était un vieillard.

M. Nencini restitue ainsi qu'il suit la pièce de Ménandre : comme celle de Térence, elle contenait le départ de Chaerestrate pour la campagne, mais non la scène où Gnathon amène Pamphila à Thaïs (Chrysis) ; la scène entre Chaeréa et Parmenon (Daos) devait se

id uero pernegat, le pluriel fabulas des mss. est forcément fautif : cf. v. 25 ueterem fabiUam. Les édit. adoptent en général la conjecture de Ritschl ah aliis; il y en a peut-être une plus simple :

Sed eas fabula factas prius Latinas scisse sese, etc.

On comprend qu'entre eas et factas l'ablatif instrumental fabula ait pu facilement se transformer en un accusatif pluriel qui donne un non-sens.

trouver chez Ménandre ; mais Chaeréa n'était pas au Pirée, il n'avait pas vu Pamphila dans la rue, celle-ci devait être depuis longtemps chez Chrysis. Comment la connaissance s'était-elle faite? C'est un point qui reste obscur.

Naturellement, à l'acte III, Thrason et Gnathon ne venaient pas chercher Thaïs (Chrysis) pour le festin ; il n'y avait pas de festin. M. Nencini qui n'a motivé que très faiblement le départ de Chaerestrate pour la campagne, convient qu'il est impossible de savoir à quel propos Thaïs (Chrysis) sortait de chez elle (remarquez qu'il faut qu'elle reste absente un certain temps).

Chrêmes arrivait alors. Il ne trouvait pas Thaïs (Chrysis) chez elle. Où l'en voyait-on? C'est ce que M. Nencini ne peut pas dire.

Chaeréa ressortait de la maison son escapade terminée, et ce qui l'engageait à s'enfuir c'était sans doute le retour imprévu de son frère.

Naturellement le retour de Dorias du festin, celui de Thaïs (Chrysis), celui de Chrêmes n'existaient pas. Chaerestrate (Phaedria) était mis au courant du malheur arrivé par Pythias, il la confrontait avec le véritable eunuque et rentrait chez lui. Chrysis (Thaïs) et Chrêmes reparaissaient (sans qu'on puisse dire où ils étaient allés). C'est à ce moment que Chrysis (Thaïs) faisait reconnaître à Chrêmes sa fille. Celui-ci allait chercher la nourrice. Il n'y avait rien de pareil à l'attaque de la maison par le capitaine.

Le cinquième acte de Ménandre ressemblait beaucoup à celui de Térence. Chrysis (Thaïs) découvrait le méfait de Chaeréa, rencontrait celui-ci, lui faisait des reproches, l'emmenait chez elle. Pythias induisait en erreur Daos (Parmenon), celui-ci à son tour effrayait Simon (le senex de Térence). Pendant que Pythias se moquait de Daos (Parmenon) la reconnaissance avait

o6 SUR L'EUNUQUE DE TÉRENCE.

lieu; Chrêmes et Simon consentaient au mariage de Chaeréa avec Pamphila. Chrêmes, recevait Chrysis (Thaïs) dans sa clientèle; Simon consentait à la prolongation de sa liaison avec Chaerestrate (Phaedria). Chaerêa annonçait le dénouement dans un monologue. Naturellement le retour deThrasonet Gnathon n'existait pas chez Mênandre.

Telle est la pièce qu'imagine M. Nencini ; elle n'est pas impossible, mais elle est pleine de trous et d'inconnu. Il faudrait pourtant l'admettre s'il était démontré qu'elle a dû exister ainsi; mais il n'en est rien.

M. Nencini soutient que, dans le passage de Perse cité plus haut, la brouille entre Chrysis et Chaerestrate n'a pas pour cause l'existence d'un rival, mais bien une question d'argent. Les brouilles de cette nature existent dans la comoedia palliata. Ainsi dans le TVwculentus de Plante, Diniarchus est retenu à la porte de Phronesium par l'esclave Astaphium, parce qu'il est considéré comme un homme ruiné et fini ; mais il n'a qu'à dire :

V. 173 (Schœll) Non hercle ego omnino occidi : sunt mi etiam fundi et aedis.

Astaphium lui répond immédiatement :

Quor, obsecro, ergo ante ostium pro ignoto alienoque adstas? I intro ;... etc..

Seulement, en pareil cas, c'est l'amant rebuté qui doit faire les premiers pas. Or ici les choses ne se passent point de cette façon : Perse, v. 172, nec nunc, cum accersat et ultro Supplicet, Chrysis a fermé sa porte à Chaerestrate ; elle la lui rouvre sans que Chaerestrate ait fait la moindre démarche. Elle avait donc eu une raison particulière de l'écarter, et cette raison ne peut être que la nécessité de ménager momentanément un rival.

Du moment que le rival existait dans la pièce de

Ménandre, il n'y a nul besoin de supposer entre les deux comédies autant de différences que le veut M. Nencini. La seule question qui se pose c'est de savoir pourquoi au lieu de traduire simplement le rôle de ce rival^ comme il avait fait pour le reste de la pièce, Térence a été chercher dans le Colax celui de Thrason et du parasite et quels remaniements ont été nécessaires pour adapter les personnages à la pièce. Il n'est pas impossible que dans X'Eunuque de Ménandre le rival de Chaerestrate ait été un capitaine d'aventure, accompagné d'un parasite : il y a au moins dans la pièce de Térence un passage qui favorise cette hypothèse* ; la substitution des personnages du Colax à ceux de V Eunuque aurait été inspirée à l'auteur tout simplement par le désir de remplacer un soldat fanfaron et un parasite coulés dans le moule banal et bien connu par des caractères qui comme nous le verrons plus loin ont une véritable originalité. Mais, puisque sur ce point nous sommes réduits aux conjectures, en voici une qui peut se défendre et qu'il est intéressant d'exposer : le rival de Chaerestrate chez Ménandre était un adulescens; c'était probablement un rôle effacé, sans relief, sans panache. Térence, tout en étant séduit par l'intrigue de VEunuque^ a eu l'idée d'y introduire un capitaine fanfaron, parce que c'était un rôle comique dont l'action sur les spectateurs était sûre et qu'il n'avait pas encore eu l'occasion de mettre au théâtre. Son adaptation n'a' pas consisté à chercher dans le Colax des événements qu'il a mélangés à ceux de VEunuque, mais simplement à substituer le miles à Vadulescens dans tous les cas où celui-ci paraissait. Toute l'intrigue — sauf peut-être le dénouement — est de Y Eunuque de Ménandre, et il n'est nullement nécessaire de

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