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2. Dépêche de Moll du 29 juillet 1803, Arch. Vienne. Corr. Milan, 1803.
désapprouvât cette politique, Melzi s'y laissa pourtant associer, soit par persuasion, soit par espérance d’un meilleur avenir, soit surtout dans le désir d’être utile à son pays. Il prit une part prépondérante aux négociations préliminaires à la Consulte de Lyon, et dans cette assemblée même il accepta le poste de Vice-Président de la Cisalpine transformée en République Italienne. I] fut ainsi appelé à gouverner un Etat qui ne lui paraissait pas viable dans ses conditions actuelles d'existence. Quels inconvénients résultèrent pour lui de cette fausse situation, quelles déceptions l’attendirent et quelles épreuves le lassèrent dans l'exercice de la suprème magistrature, comment il offrit à maintes reprises sa démission, c’est là ce qui a fait l'objet d'un autre travail’.
En 180$, la transformation de la République en royaume et la nomination du prince Eugène de Beauharnais comme Vice- Roi le forcèrent de déposer ces fonctions de Vice-Président qu'il remplissait d’ailleurs à contre-cœur pendant les derniers mois. S'il avait été libre de suivre ses penchants, il serait volontiers rentré dans la vie privée. Napoléon toutefois tint à ménager son amour-propre et à conserver son concours en lui accordant la première place dans l’état, après celle qu’il venait de perdre. Il lui réserva d’abord (9 mai 1805) celle de Chancelier Garde des Sceaux de la Couronne, le plus important des postes de Grands Officiers du Royaume qu'avait institués le second Statut constitutionnel (29 mars). Il fit ensuite de lui un Grand- Aigle de la Légion d'honneur: distinction d'autant plus enviée qu’elle ne fut accordée qu’à deux autres Italiens (Litta et Prina). Enfin lorsqu’en quittant l'Italie, il adressa au prince Eugène ses dernières instructions (12 juin 1805) * elles contenaient cette recommandation expresse : « Je vous recommande de montrer « des égards à M. de Melzi, d’en bien parler, et de le bien « accueillir et de laisser entrevoir que sa protection est une « protection efficace. Parlez de lui comme d’un homme qui «n'a rien perdu dans mon esprit, et dont j'ai toujours té satis-
1. PINGAUD, Bonaparte, président de la République Italienne (livres, IL, TIT et IV). 2. Corr., IX, no 8880.
€ fait. » Et plus tard il s’enquit d’un domaine à lui attribuer à titre de récompense nationale‘.
Malgré les égards dont il était l’objet, la situation de l'ancien Vice-Président ctait forcément délicate dans un état :où il n’occupait que le second rang, après être longtemps resté au premier?. Dès 180$, un petit incident vint trahir de sa part un peu d'humeur et atténuer en même temps la bienveillance impériale à son endroit. Ayant éprouvé le besoin d'aller aux eaux, il avisa de son départ les journaux, sans avoir au préalable, et conformément à la hiérarchie, sollicité l'autorisation du Vice-Roi. Il s’attira aussitôt une lettre sévère de l'Empereur: « Je n'ai pu, lui écrit celui-ci (18 juin 180$}, qu'être peiné de votre conduite depuis mon départ de Milan... Je suis à concevoir comment un hommede votre prudence peut en mettre si peu dans ses relations les plus importantes. Mon intention est que vous répariez cette inconvenance .… » Au lieu d'avouer son inadvertance et de s’en excuser, Melzi eut le tort d’ergoter sur son cas, d'invoquer de mauvaises raisons et de nier la communication qu'il avait envoyée aux journaux: « C'est un homme plus plat que je ne croyais, conclut Napoléon pour clore l'incident #. »
Mais s'il apprécia sévèrement la conduite de lancien Vice- Président en cette circonstance, il lui conserva sa faveur officielle, car il ne pouvait oublier leurs anciennes relations, et tenait à ce que le nom de l’homme le plus considéré de la Lombardie pût contribuer à la splendeur du trône. Ces sentiments
1. Corr., IX, n° 8928. Cf. ce passage du discours du trône de Napoléon au Corps Législatif Italien : « Des orateurs de mon conseil. vous présenteront un projet de loi pour accorder à mon Chancelier, Garde des Sceaux, Melzi, pendant quatre ans dépositaire de mon autorité comme Vice-Président, un domaine qui, restant dans sa famille, atteste à ses descendants la satisfaction que j'ai eue de ses services. » Corr., IX, n° 8849.
2. « Lorsque la République disparut pour faire place au royaume d'Italie, M. de Melzi n'était plus en harmonie avec l'Empereur. Sa conduite fut alors prudente et convenable. À vrai dire, et dans la conversation intime, il se montrait mécontent et frondeur. Il avait des titres et non des dignités ; on lui témoignait constamment beaucoup d’égards, mais il était en disgrâce et ne demandait pas mieux. » BARANTE, Souvenirs, [, 137-138.