‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 18 sur 101 · Arch. Milan, Affari Esteri, Corr. Paris · texte numérisé non relu

Arch. Milan, Affari Esteri, Corr. Paris

dans l'audience diplomatique du 23 novembre, à la suite des nouvelles reçues de Lunéville, et dans le dîner du 8 décembre, au lendemain de Hohenlinden (18 frumaire-9 décembre) ;

l'indifférence du public en apprenant la capitulation du Caire, prévue depuis longtemps (10 frimaire-1°* décembre) et compensée par l'espoir de voir Alexandrie se défendre victorieusement (22 frimaire-13 décembre).

Un événement sensationnel vient alors rompre la monotonie de cette chronique: c’est l'affaire de la machine infernale. Après avoir recueilli et reproduit les premiers bruits qui circulent au sujet de cet événement, Marescalchi dans une lettre postérieure (6 nivôse-27 décembre), complète son premier récit par les détails suivants:

« Tous les corps constitués se sont présentés au Premier Consul, qui conserve toute sa gaieté. Lui-même nous a raconté qu'au moment de l'explosion, il était tellement absorbé par ses préoccupations qu’elle ne produisit sur lui qu’une très faible impression, et que le général Lannes dut crier pour larracher à ses réflexions. Les carreaux de la voiture volèrent en éclats, mais la raréfaction de lair extérieur les fit tomber au dehors. Le Premier Consul donna au cocher l’ordre de s'arrêter et envoya un piquet s'informer de ce qui était arrivé. Un des gardes était démonté, son cheval ayant eu la croupe écrasée par une grosse pierre. Quant à Madame Bonaparte, qui était en arrière, ses chevaux, pris de peur, tournèrent bride vers les Tuileries. Les vitres de sa voiture furent également brisées. Néanmoins elle prit son courage à deux mains et voulut suivre son mari au théâtre pour savoir ce qui était arrivé... J'ai été moi-même sur les lieux. Il faut vraiment que l’explosion ait été très violente, car une maison à droite s’est écroulée tout à fait, et une autre à gauche menace de tomber, malgré son excellente construction. Aux environs, toutes les vitres sont brisées et il en a été de même sur la façade des Tuileries. Comme vous le devinez, cet évènement fait aujourd’hui, dans tous les milieux sociaux, l’unique objet de la conversation ". »

Quand l'émotion produite par cet attentat et par les rigueurs

1. Arch. Milan, Afari Esteri, Corr. Paris, 323. Marescalchi a laissé encore un autre récit de lPévénement, dans une lettre adressée à Scarabelli-Pedocca et publiée par CANTU, Diplomatici, p. 35.

qui le suivirent s’est un peu dissipée, l'attention du monde diplomatique se partage entre la négociation de la paix avec l'Autriche et celle du rapprochement avec la Russie. Marescalchi note avec la fidélité d’un chroniqueur exact tous les indices qui annoncent l'approche de l’une et font conclure aux progrès de l’autre : et tout d’abord les sautes d'humeur du Premier Consul qui, le même jour, paraît souriant dans son audience et préoccupé au diner (18 nivôse-8 janvier 1801); puis Pirritation du monde officiel, à la nouvelle que Brune a conclu une armistice sans y comprendre Mantoue (8 pluviôse- 28 Janvier) ; l’habileté de Talleyrand à réparer cet oubli en profitant de l'ignorance où était Cobenz! de la convention passée entre Bellegarde et Brune (10 pluviôse-30 janvier); dans la matinée du dimanche 4 février, l’affluence de la population parisienne à la parade hebdomadaire des Tuileries, qui a lieu avec un concours de troupes extraordinaire, et où l’on s'attend à entendre proclamer la paix (16 pluviôse-s février) ; et enfin, lorsqu'elle est conclue, la grande fête donnée par Talleyrand pour célébrer cet événement :

« L'autre soir, écrit Marescalchi (30 pluviôse-19 février), la fête fut magnifique et eut lieu au milieu d’un immense concours de public. On commença par une espèce d'académie musicale, dans laquelle chantèrent Garat et la Grassini. Après l’arrivée des consuls, on passa dans la galerie pour y assister à un spectacle allégorique.. Le tout fut terminé par un bal général qui dura jusqu’au jour. On avait annoncé la présence probable de Cobenzl et de Joseph Bonaparte ‘. »

En même temps le public remarque et Marescalchi recueille tous les symptômes que semblent présager l'établissement de rapports intimes avec le tsar Paul I. C’est d'abord Sprengporten arrivant à Paris, sans mission officielle, mais avec des honneurs réservés ordinairement aux souverains (lettres des 8 et 12 nivôse-29 décembre 1800 et 2 janvier 1801), comblé de distinctions fatteuses, donnant un bal de 200 personnes où se presse la haute société (24 nivôse-14 janvier) ; c'est

Page 1