Arch. Milan
9 avril 1802.
« Le Concordat, approuvé par le Tribunal avec une opposition qui ne se chiffre que par un dixième des votants, a rencontré encore moins d'obstacles au Corps Législatif. Ce matin, le Cardinal Légat s'est présenté au Premier Consul dans les formes les plus solennelles. Quatre voitures consulaires, escortées par trois escadrons de cavalerie, les gendarmes d’élite en tête, sont allées, avec un Préfet du Palais, chercher le Légat à son domicile, où il a été ensuite reconduit. Il est arrivé aux Tuileries avec la croix dressée, suivi par Mgr Erskine et par beaucoup de prêtres de sa suite, répartis en huit voitures, 4 à lui et 4 au Premier Consul. Après avoir présenté sa bulle et prononcé un discours, auquel le Premier Consul a répondu avec une grande affabilité, 1l est passé chez Madame Bonaparte ; c’est là seulement que j'ai pu le rejoindre, la cérémonie ayant été avancée d’une demi-heure. Malgré les criailleries des soi-disant philosophes, ce retour de la religion cause en général de la satisfaction, plus pourtant en province qu’à Paris, et le peuple s’en montre très content !. »
Sur les négociations d'Amiens, et sur la situation générale :
17 avril 1802.
« À Amiens, lord Cornwallis aurait tout terminé en une semaine. C’est le parti de l'opposition anglaise qui a fait traîner les choses en longueur. Mais à la fin, la détresse financière a rendu une décision urgente ; on a fait aussi ce calcul que pour obtenir quelque chose du Premier Consul, il n’était pas de meilleur moyen que de s’en remettre à sa générosité. C’est d’après ce principe qu’on s’est résigné à Londres à garder le silence sur le sort du roi de Sardaigne, mal vu ici pouf avoir cru en imposer par les démarches de ses puissants protecteurs, mais auquel on serait disposé pourtant à accorder quelque modeste compensation. Ayant eu parfois l’occasion de mettre la conversation sur ces questions, je sais qu'on a fait entrevoir aux Anglais que s'ils mettent leur confiance dans le Consul, on arrangera dans leur sens, moyennant de faibles concessions, tout ce qui peut rester encore en suspens. On n’a pas manqué de donner également à entendre que pour ce qui nous concerne, on ne soulèverait pas de difficultés. Il ne faudra
1. Arch. Milan, 36. Sur la cérémonie du 18 avril suivant à Notre-Dame, voir une longue lettre (avril) de Marescalchi à Scarabelli, reproduite par CANTU, Diplomatict,
donc pas s'étonner si l’on assiste encore à quelque innovation en Italie : c’est toutefois peu probable tant que Jackson sera ici. Ce dernier s’est distingué par une animosité contre les Français et leur gouvernement qui s’est traduite d’une manière vraiment insultante : on cite de lui des phrases qui ont irrité l’amour-propre national.
« Pour avoir compté sur une protection étrangère, les Liguriens se sont trahis eux-mêmes, car il n’est rien qui irrite le Premier Consul comme de chercher un appui en dehors de lui-même... C'est une question difficile à résoudre que de savoir si c’est la paix d’Amiens ou le Concordat qui a le plus contribué au lustre dont il est entouré maintenant.
« Ces deux événements me paraissent propres à émerveiller : la paix par l’aveugle déférence aux requêtes françaises montrée par les Anglais, qu'on croyait communément devoir faire la loi ; et le Concordat, parce qu'il a servi au Consul à purger les assemblées législatives de la lie qui les gâtait, et à transformer en organes de sa volonté ceux mêmes qui d’abord estimaient son initiative particulièrement dangereuse.
« Pendant les deux derniers mois, le gouvernement a acquis tant de consistance qu'il se sent assez fort pour résister à toute espèce de secousse, ou plutôt pour n'avoir plus à en redouter aucune.
« Chose surprenante, ce sont les royalistes qui se sont montrés, et qui ont été en réalité les plus mécontents du rétablissement de la religion. Leur attitude s'explique d’ailleurs aisément : c’est que la situation du gouvernement s'en est affermie au point de les faire désespérer de pouvoir revenir à l’ancien ordre de choses. Les autres opposants
sont les savants, qui voient de mauvais œil le relèvement du sacerdoce :. »
Sur la diplomatie secrète du Premier Consul :
19 avril 1802.
« Outre les diplomates qui le représentent maintenant auprès de toutes les cours, le Premier Consul y entretient des personnes qui lui écrivent plus facilement et plus exactement, et au moyen desquelles il peut, s'il le veut, tracer en un instant un tableau caractéristique de tous les fonctionnaires du monde ?. »